Acad. roy de méd. de Belgique, ôO octobre
CLASSIFICATION CLINIQl'E DRS INFANTILES. 451
bien bâti, solide sur ses jambes, vigoureux el de belle sanlé : il ne rappelle en rien les faux infantiles du paludisme, de la syphilis, de
la tuberculose ou de l'alcoolisme. Kl puis jugeai par les résultats du traitement) à quel pointée diagnostic d'infantilisme my.vcedemaleux
est exact. Grùcc à la prodigieuse action « trophogène » des préparations de corps thyroïde, L'enfant grandit de 10 centimètres en
six mois. Il gagne cinq centimètres pendant les six mois suivants, et 10 centimètres encore pendant six autres mois; de telle sorte
qu'en deux ans il a atteint — à un centimètre près — la taille du conscrit français. Mais ce a'esl pas là la chose capitale, car il v a des hommes faits sensiblement pins petits que celui-là. Le succès ne consiste pas dans nn gain de quelques centimètres. L'essentiel est que cel entant s'est transformé complètement et qu'il est devenu <i<lulie. Les organes génitaux ont acquis leur volume normal el ils sont prêts pour leur l'onction; tonte l'architecture du squelette et des muscles s'est modifiée : les rondeurs de la surface se sont effacées et laissent maintenant apercevoir les saillies ou les angles des parties profondes. La tète, qui n'a pas grossi proportionnellement an reste, ne semble pins volumineuse. La face est moins petite par rapport an crâne; (die s'est élargie, quoique pins maigre, car la dispari Lion des boules graisseuses de Bichat lui a fait perdre sa forme lunaire.
Il y a dans ce portrait en quelque sorte stéréotypé de l'infantile myxœdémateux quelque chose de si caractéristique, qu'il me parait impossible de le confondre avec, aucun antre. Tons les cas se ressemblent et quoiqu'ils ne soient pas rares, on peut leur appliquer ce que Bourneville disait >i justement des idiois myx œdémateux :
Fig. lot). — Infantilisme myxœdémateux.
Dix-neuf ans. Dix ans.
-iCO CLASSIFICATION CLINIQUE DES INFANTILES.
« Qui en a vu un les a vu tous ». Aujourd'hui même je suis en mesure de vous en présenter un nouvel exemple, sans avoir besoin d'entrer dans les détails de la description ni de raconter par le menu l'histoire du sujet. Vous y reconnaîtrez la reproduction exacte de l'observation précédente.
Celte l'ois nous avons affaire à un garçon de dix-neuf ans; el c'est encore un véritable enfant. Jugez-en par comparaison : son frère, qui n'a que dix ans, est sensiblement plus grand que Lui. L'aspect général, la conformation, la taille, l'état rudimentaire des organes génitaux, enfin Y enfantillage de l'intelligence e1 du caractère font de ce petit sujet un parfait échantillon d'infantilisme. La santé physique serait excellente si nous n'avions quelque appréhension au sujet d'une légère déviation rachidienne qu'on a considérée — il y a déjà longtemps — comme une menace de mal de Pott. Mais la déviation dont il s'agit ne fait pas perdre à ce garçon un centimètre de sa taille. Il mesure à la toise 1 m. 15. el depuis dix ans il ne grandit plus. De myxœdème vrai, il ne saurait être question. Nous ne constatons chez lui aucun des symptômes dystrophiques de la véritable cachexie strumiprive : il a la peau fine, le teint transparent, les cheveux souples; bien loin d'avoir de La torpeur, il sait employer son temps d'une façon utile, il sait lire et écrire, met l'orthographe, apprend des fables, s'amuse à faire de la photographie; d'ailleurs, il joue tranquillement, est d'humeur facile, et, dans tout ce qu'il fait, montre beaucoup de méthode et de patience.
Nous ne sommes pas encore très exactement renseigné sur la raison d'être de cet infantilisme, el cependant nous sommes fondé à l'attribuer à une lointaine influence régionale. Les parents sont originaires de l'Ardèche. Peut-être n'ignorez-vous pas que le goitre est fréquent dans les vallées profondes et fraîches du Vivarais. Or, une sœur de cet enfant, plus jeune que lui de quatre ans. ayant été envoyée toute jeune chez sa grand'mère — c'est-à-dire au pays natal des parents — fut atteinte d'un léger goitre vers l'âge de dix ans. Un médecin, appelé auprès d'elle, remarqua que sa peau était devenue épaisse, rude et squameuse, principalement aux mains et au visage. Ce médecin ayant prescrit des pilule- d'extrait thyroïdien, une grande amélioration s'en suivit. Le traitement fut malheureusement interrompu et, au bout d'une année, les symptômes du myxoïdème réapparurent, beaucoup plus prononcés que
la première lois, car les cheveux et les sourcils devinrent secs, cassants, ci ultime tombèrent en grande quantité.
Dans ie même temps L'intelligence s'alourdissait: et lorsque la mère qui n'avait pas vu sa fille depuis longtemps, la retrouva en cet état, elle pensa qu'elle devenait « idiote ». En fait, c'était du crétinisme au premier chef. Alors on eut de nouveau recours à la médication thyroïdienne, et l'amélioration qui en résulta fil espérer une guérison complète. Actuellement, elle ne s'est pas encore réalisée, malgré des progrès lents, mais continus.
La parenté nosologique du mxycedème et de l'infantilisme dysthyroïdien est. vous ai-jc dit, tellement étroite que ces deux étals morbides n'en feraient réellement qu'un seul, si l'on ne tenait compte de la bonne santé physique et intellectuelle des infantiles. Il n'en est pas moins vrai que les deux dystrophies relèvent de conditions pathogéniques à peu près identiques, et que, dans le cas actuel, une insuffisance thyroïdienne, sinon héréditaire, du moins congénitale, semble devoir être directement mise en cause.
Puisque nous parlons de prédisposition congénitale, il me faut encore appeler votre attention sur une particularité peu connue de létiologie du myxœdème ou des états analogues. Les « dysthyroïdies » — pour employer le mot de M. Herloghe — sont relativement fréquentes dans les familles de gémellipares. Or, la mère de notre infantile a eu une grossesse gémellaire. Dans une de mes prochaines leçons, je vous montrerai un autre infantile vraisemblablement atteint de porencéphalie — et jumeau. Tout récemment. MM. Jaue el Saenger communiquaient à la Société médicale de Hambourg un cas fort curieux de myxœdème infantile, également chez un jumeau '.
Il s'agissait d"un garçon de 4 ans, jumeau, qui pesait à la naissance, 5 450 grammes, tandis que son frère ne pesait que 5230 grammes. Jusqu'à l'âge de 6 mois, le développement de ces deux frères marcha de pair; mais, à partir de ce moment, l'aîné se développa moins bien : il n'apprit ni à marcher ni à parler. Il donnait l'impression d'un enfant idiot. Il fit ses premières dents a 12 mois et les autres ne percèrent (pie 9 mois plus tord. Les dents qui sortirent restèrent petites. Divers trailc-