Demazure. L'Agriculture nouvelle, 1890, p
pharynx. Vous savez que ces productions sont très communes, et que leur rolopathogéniqueesl assez complexe. D'abord elles gênent la fonction respiratoire; et puis, du seul fait de leur existence, on est porté à supposer une sorte d'intoxication lente; les végétations adénoïdes sont évidemment des organes normaux hypertrophiés, dont la sécrétion interne est surabondante. C'est une forme de « lymphatisme », qui a des caractères cliniques assez tranchés pour être diagnostiquée à distance. Il y a — le fait est certain, un faciès adênàxdien. Or, les infantiles myxœdémateux et même les myxœdémateux adultes seraient, selon M. Ilertoghe, toujours atteints de végétations adénoïdes. Et même, chose inattendue, tous les adénoïdiens, au dire du même auteur, seraient en réalité, atteints de myxœdème ou, tout au moins, de lares héréditaires d'hypothyroïdie1.
Les conclusions de M. Ilertoghe sont formelles : « Le myxœdème des enfants et des adultes s'accompagne toujours de désordres naso-pharyngés, et ces derniers sont curables dans la même mesure que le myxœdème lui-même. Dans nombre de cas, les végétations adénoïdes sont sons la dépendance d'un appauvrissement thyroïdien. L'bypothyroïdic échappe souvent à un examen superficiel et il faut soumettre à une enquête sévère les proches parents du malade pour découvrir la tare thyroïdienne. » — H y a bien des apparences que cette opinion soit vraie, encore que les documents cliniques nous semblent un peu insuffisants jusqu'à ce jour. Mais, dès à présent, une seule chose nous intéresse; c'est que les adénoïdiens sont des malades, et même très souvent des cachectiques. Car vous verrez décrite à juste litre, dans les publications spéciales et aussi dans les traités classiques de pathologie, la cachexie adénoïdierme. C'est un véritable type nosologique; et s'il existe des connexions étroites entre le myxœdème et Yadénoïdisme (aux choses nouvelles il faut des mots nouveaux), l'embryologie nous les explique : les nodules glandulaires adénoïdes ou lymphoïdes se développent aux dépens lies mêmes iormalions branchiales que le corps thyroïde lui-même.
Il n'en est pas moins vrai que beaucoup d'infantiles n'ont, en quoi que ce soit, l'aspect ni les caractères morbides des adénoïdiens.
III. — Je crois, Messieurs, vous en avoir dit assez sur ces variétés
I. Hf KTfx-iiK. Y i'i/lalionn titlrnoidct et myxœdème, Anvers, Busclimann, 1808.
Abi CLASSIFICATION CLINIQUE DES INFANTILES.
complexes de cachexie, d'athrepsie ou de misère physiologique, relevant de causes très variées, cl sé traduisant, les unes el les autres, par un arrêl de développement dans lequel on a voulu voir une sorte d'infantilisme. L'infantilisme n'est pas cela. C'est la persistance des caractères fondamentaux de l'enfance à un âge ou l'on n'est plus enfant. Il ne saurait d : être question d'infantilisme que pour des sujets déjà adultes ou ayant parcouru la majeure partie de celle période de la vie qu'on appelle l'adolescence. Sans définir avec plus de précision l'infantilisme — vous êtes suffisamment édifiés à cet égard - • il me scmhle que vous devez maintenant comprendre la différence qui existe entre le myxœdèmc infantile et l'infantilisme myxœdémateux. Il n'y a fias là seulement une question de mots. Le myxœdème infantile, c'est la cachexie strumiprive, spontanée ou acquise, identique chez l'enfant à ce qu'elle est chez l'adulte. L'infantilisme myxœdémateux au contraire, n'est pas une cachexie; ce n'est même pas une maladie. C'est une manière d'être résultant d'un trouhle de la fonction thyroïdienne, survenu le plus souvent au cours de l'adolescence, et constituant un fait acquis. Pour éviter la confusion que ferait naître dans l'espril les appellations très analogues de myxœdème infantile et d'infantilisme myxœdémateux, je serais très disposé à réserver le nom de myxœdème infantile à la maladie dont Bourneville a si hien décrit le prototype dans ses travaux sur l'idiotie myxœdémateuse ; et je vous proposerais de réserver le nom d'infantilisme dysthyroïdien qualification employée par ïïertoghe — à notre infantilisme myxœdémateux, celui-là même que Thibierge a su distinguer parmi les variétés du myxœdème fruste. La complication de tous ces noms n'est qu'apparente. Au fond, il s'agit toujours d'un seul el même syndrome morbide, avec des différences selon le degré de la « dysthyroïdie » et l'âge auquel elle se manifeste. La seule chose importante à retenir, c'est que la persistance des attributs morphologiques el fonctionnels de l'enfance, qui est la définition même de l'infantilisme et que nous savons absolument compatible avec l'étal de santé parfaite, est subordonnée à l'insuffisance de la sécrétion thyroïdienne. Mais voici une conception qui simplifie beaucoup les choses : Si nous distrayons de l'infantilisme authentique les arrêts de développement résultant des causes multiples qui viennent d'être énumérées, nous nous trouvons en présence de deux types nette-
ment branchés : l'infantilisme mij.ni'démulcit.c ou dysUtgroïdien et l'infantilisme anangioplasique. Dans la leçon précédente, je me suis appliqué à vous taire voir leurs différences. Or, M. Ilertoghe n'admet pas cette distinction et confond les deux types en un seul.
« Si l'on considère, ditM. Hertoghe, que l'on peiat rencontrer dans la même famille des nains nettement myxœdémateux, des nains rachitiques, des nains chondrodyslropliiques et parfois simplement des enfants obèses, si l'on considère, d'autre part, que tout nain myxœdémateux présente du côté du squelette des déformations, rachitiques, si l'on note enfin que ces diverses manifestations dystrophiques se laissent uniformément et avec succès traiter par les extraits de glande thyroïde, on se laisse petit à petit envahir par cette idée que les influences délétères capables d'arrêter la croissance portent toutes leureffort premier sur la glande thyroïde; que celle-ci, diversement altérée dans son fonctionnement d'après le degré de la lésion, crée des enfants obèses, des rachitiques, des chondrodystrophiques et finalement des myxœdémateux plus ou moins complets.
« La notion de l'infantilisme serait ainsi notablement simplifiée, et l'on aurait bientôt fait d'effacer de la nomenclature ancienne ces classifications arbitraires qui ne disent rien à l'esprit. J'attire donc l'attention des auteurs qui s'occupent de ces questions sur ce fait que l'infantilisme est un et qu'il est essentiellement d'origine dysthyroïdique1. »
Voici d'ailleurs, Messieurs, les conclusions de l'important travail de M. Hertoghe. Je crois devoir les reproduire intégralement :
« En physiologie :
« L'hypertrophie normale de la glande thyroïde, à l'époque de la puberté, est antérieure au développement des organes sexuels; la sécrétion thyroïdienne s'exagère par le fait de celle hypertrophie, et le surplus de thyrdïdine se consacre à la croissance de l'appareil génital, laquelle n'est qu'un corollaire, une modalité de la croissance générale.
« En palbologie :
« L'infantilisme est un et la cause initiale est de nature dyslhyroïdienne.
I. Ilulletins de l'Académie royale de llel//ifjuc, T>0 octobre 1X97
« Le myxœdèmé complet esl le degré extrême de la dégénérescence thyroïdienne.
« La dysthyroïdie présente comme symptôme principal l'arrôl de la croissance et accessoirement l'absence de puberté.
« La dysthyroïdie, d'après son degré, produil chez lès enfants l'infantilisme à des degrés variables.
« Les stades intermédiaires sont l'obésité simple, le rachitisme, la dystrophie chondro-fœtale, l'infantilisme (type Lorain), l'infantilisme anangioplasique.
« L'unité étiologiquedysthyroïdienne de Pinfantilisme est prouvée : «1° Par la coexistence, dans la même famille, des différents
types de l'infantilisme (obésité, chondrodystrophie, rachitisme,
myxœdèmé) ;
« 2° Par les antécédents dyslhyroïdiens des parents (maladie de Basedow, asthme thyroïdien, ménorragies) ;
« 5° Par les effets thérapeutiques qu'exerce sur ces différentes formes d'infantilisme l'ingestion de produits thyroïdiens. »
Telle esl, très explicitement formulée, l'opinion de M. Hertoghe.
Immédiatement vous constatez qu'elle ne diffère en somme que fort peu de la nôtre. Les infantiles myxœdémateux, c'est-à-dire ceux qui sont dysthyroïdiens, soit d'eux-mêmes, soit par leur hérédité, constituent le groupe d'infantilisme le plus pur. On ne saurait mieux l'aire, pour s'en assurer, que de considérer l'exemple apporté par M. Hertoghe lui-même à l'appui de sa thèse. Avec une complaisance dont je lui sais grand gré, notre confrère d'Anvers a bien voulu mettre à ma disposition les photographies d'un infantilé dysthyroïdien qui est assurément le plus beau spécimen du genre1. Vous voyez un garçon de vingl et un ans qui mesure 1 m. 17 et qui, par sa construction, par les rapports volumélriques de sa tête et des autres parties de son corps, par ses formes rondes, par son embonpoint, par sa physionomie, donne l'impression d'un enfant de six à huit ans. Si vous ne saviez rien de l'infantilisme et que vous voulussiez vous le représenter, c'est ainsi que vous devriez le concevoir. Dans tout cel ensemble de caractères morphologiques, il n'y a place pour aucun doute. C'est un enfant que vous avez sous les yeux; c'esl même un enfant