Anal, in Tribune médicale, '20 juillet
deux garçons et denx filles d'une grandeur ordinaire. Le « petit Simon no présenta rien d'anormal jusqu'à ce qu'il eût atteint l'âge de 3 ans; mais à ce moment, il cessa tout h coup de croître et ne grandit plus d'un pouce jusqu'à sa mort. A 26 ans, quand il commença à se montrer en public, il mesurait 0m,75G et ne pesait que 27 livres. Il était d'une ligure agréable cl bien proportionné dans ses membres et dans toute sa personne; cependant sa tête était plutôt un peu forte pour sa grandeur. Son appétit était modéré et
Simon Jane PAAP
Fig. 160. — Infantilisme myxœdémateux.
dépassait rarement celui d'un enfant de 5 à 4 ans: il buvait du vin pur, sans excès, mais était passionné pour sa pipe et pour le tabac à priser. Son caractère était 'doux, aimable et communicalif : outre le hollandais, il parlait facilement le français et r anglais.
« 11 se fit voir d'abord en Hollande, puis en France et, surtout en Angleterre, où il obtint un véritable succès.
« Au théâtre de Covent-Garden, il paraissait en public, vêtu d'une veste de soie bleue, avec de larges culottes fioltanles en salin bleu, coupées à la mode hollandaise, un gilet et des bas en soie blanche et des boucles d'argent à ses chaussures. Ainsi vêtu, il était la copie vivante d'un portrait peint en miniature et monté en or du
prince d'Orange, que lui avait donne la princesse. Sa veste était ornée de larges boulons d'or et il portait à ses doigts plusieurs bagu.es dont on lui avait l'ait cadeau. (l'est dans ce costume qu'il fui présenté à la reine, au prince régent et à toute la famille royale à Garltô'n-House, le ."> niai 1815.
« 11 aimait beaucoup se promener dans les rues qui avoisinaient son habitation; mais, pour ne pas trop attirer l'attention — et surtout pour ne pas se priver du bénéfice que lui rapportaient ses exhibitions du soir — il sortait vêtu comme un enfant de 3 à 4 ans et portant un pelil fouet ou un jouet dans su main; une femme habillée en nourrice l 'accompagnait en le tenant par lu main1. »
On pourrait multiplier les exemples. Mais il faut se borne) . el nous nous en tiendrons là.
IV. — A présent. Messieurs, opposons à l'infantilisme myxœdémateux ou dysthyroïdien l'autre infantilisme, celui de Lorain, que j'ai appelé anangioplasique, sans prétendre attacher à ce mot une valeur exclusive et définitive : il signifie tout simplement que l'arrêt de développement résulte d'une exiguilé des voies artérielles ou des orifices cardiaques, ayant elle-même pour conséquence une insuffisance de L'hématose. L'aplasie artérielle, les malformations cardiaques congénitales, voilà les principales causes de cet infantilisme; mais tous les états morbides chroniques qui retardent le cours du sang artériel peuvent entraîner les mêmes effets. Nous avons vu quel était, à cet égard, le rôle de la tuberculose, de l'alcoolisme, de la syphilis, etc. Dans l'infantilisme, tel que le concevait Lorain, les attributs morphologiques de l'enfance sont exceptionnels. On n'a plus affaire qu'à de petits hommes ou à de petites femmes chez lesquels la sexualité attend indéfiniment son heure. Vous avez fait connaissance avec ces infantiles. Ceux-là non plus ne sont pas rares. Nous en avions un tout dernièrement dans notre service en même temps qu'un infantile myxœdémateux. Mes élèves, MM. Meige et Allard, en ont recueilli l'histoire et je me fais un plaisir de vous en lire intégralement le passage principal : « C'esl un garçon de 17 ans 1/2. A le voir tout habillé, on dirait un
1. Édouaiid Gaknieii. Les nains et les géants. Paris. Hachette, 1884. — Voir également : Hemiy Meige. Les nains et les bossus dans l'art. Somalie Iconographie de la Salpélrièrc 18%.
Fijr |6l. — Jeune Iiomnic Fip. 162. ' — Infantile du type l'ig-. 163. — Infantile
de rroissance normale. Lorain. myxœdémateux.
19 .,„.. Taille : I°,75. 17 ans. — faille : Im,40. 19 ans. —Taille :
enfant de 10 à \c2 ans à peine. Il mesure 1 '",40 dehauteur et n'a pas 70 centimètres de tour de poitrine.
BRIS1VCD, I.KÇOX3. — II. 30
« Cependant, dévêtu, ses formes plastiques ne sont plus celles d'un enfan! ; on dirait plutôt d'un adulte, mais d'un adulte vu par le gros bout d'une lorgnette; ses épaules sont larges, son bassin étroit, les saillies osseuses bien marquées; ses muscles, sans être forts, sont bien « écrits », débarrassés de la gangue graisseuse de l'enfance; on lit aisément sons la peau leurs insertions, leurs faisceaux, leurs reliefs et les méplats qui les séparent.
« L'ensemble de ce petit homme représente plutôt une réduction à l'échelle de l'individu qu'il devait être normalement à l'approche de sa dix-huitième année.
« Toutes les parties de son corps ont subi les transformations qui font passer de l'habitus extérieur de l'enfance, à la morphologie de l'adulte, à cela près qu'elles n'ont pas obéi aux lois générales de la croissance. La métamorphose s'est opérée in silu : tout a cessé de croître; et cependant ce corps exigu est devenu un hommê en miniature.
« S'il lui manque la pilosité dn mâle, — car il n'a de poils ni sur le visage, ni au pubis, ni dans les aisselles, — il en a pourtant les attributs primordiaux : des organes sexuels bien conformés, peu volumineux assurément, mais proportionnés au reste de l'organisme.
« Diminutif masculin où ne sont qu'ébauchés les stigmates de la virilité, on ne saurait y voir un être demeuré enfant passé l'âge. Car sa tète est petite, son tronc presque proportionné ; plus de boule de Bichat arrondissant ses joues, plus d'enveloppement adipeux masquant les reliefs des membres ; le thorax est dessiné, le ventre ne proémine pas. Cinq pouces de plus avec des poils où il en faut, et cet avorton pourrait être soldat.
« Ce cas d'infantilisme relève de conditions étiologiques multiples ; la principale paraît être un trouble trophique vasculaire congénital, Vanangioplasie; l'alcoolisme, la syphilis, la tuberculose, la cachexie palustre, les mauvaises conditions de nourriture et d'hygiène contribuent, isolément ou simultanément, à cet arrêt de croissance qui porte sur toutes les parties de l'organisme.
« Dans notre exemple, c'est la tuberculose qui semble seule coupable : l'enfant est né d'un père tuberculeux, mort de tuberculose, et il est tuberculeux lui-même. On lui a dit que dès l'âge de 18 mois, Il n'avait pins qu/uti poumon. Ce qui est certain.
c'est qu'il a toujours été tousseur, s'enrhuinant tous les hivers. Depuis deux ans surtout, il a eu bronchites sur bronchites, et actuellement la matité de ses sommets, les craquements qu'on y entend (à droite en particulier;, ne laissent aucun doute sur la réalité de ses lésions1 ».
En dehors de la tuberculose qui, par le seul l'ail de sa grande fréquence, occupe La première place dans l'étiolôgie de l'infantilisme selon Lorain, l'aplasie artérielle remplit toutes les conditions pathogéniques d'où peuvent résulter les arrêts de développement généraux ou partiels.
Il ya quelques semaines, MM. Moutard-Martin et Baealoglu présentaient à la Société médicale des hôpitaux, l'observation d'une jeune fille de 22 ans, chez laquelle l'infantilisme était rigoureusement conforme au type de Lorain. Sa taille n'était pas cependant inférieure de beaucoup à la moyenne : elle mesurait l'\47 mais, chose curieuse, il y avait eu des « nains », dans sa famille. Elle avait été réglée à 16 ans. Ses membres étaient grêles, sa voix enfantine, elle pleurait sans raison. Entrée à l'hôpital pour des accidents urémiques delà dernière gravité, elle y succomba et. à l'autopsie, on constata un rétrécissement considérable de l'aorte thoracique et abdominale. Dans son ensemble, tout L'arbre artériel rappelait celui d'un enfant de 12 ans. Les artères rénales étaient toutes petites et les reins atrophiés pesaient 40 et 50 grammes. « Ce cas vient grossir le nombre des observalions de coïncidence de néphrite scléreuse et d'aplasie artérielle. M. Lancereaux qui, le premier, attira l'attention sur ce sujet, montra la fréquence de la néphrite chez les malades atteints de rétrécissement congénital de l'aorte et du système artériel. Cette hypoplasie se traduit par des phénomènes de chlorose d'abord, comme l'a signalé Virchow, puis, plus tard, par une albuminurie Liée à une néphrite scléreuse atrophique. » Nous avons vu ici même l'an dernier, un jeune garçon qui a succombé dans des conditions absolument identiques. Mais je préfère emprunter mes arguments à l'expérience de mes collègues. C'est ainsi que M. Rendu, à l'occasion du fait communiqué par MM. .Moutard-Martin et Baealoglu, rappelait un cas également démonstratif du même infantilisme : il s'agissait encore, d'une malade « toute petite, mais bien cori-