G POLYURIE R E II V E U SE? E T PO LYUR] E II Y S T É R I (J IJ E
une question de mots? C'est ce que nous ven ons tout à l'heure. En tout cas, on ('"prouve une véritable surprise lorsque, en parcourant les observations anciennes de poiyurie nerveuse simple, on s'aperçoit que la plupart d'entre elles — disons 95 pour 100 au bas mot, sans crainte d'exagérer — sont relatives à des sujets ebez lesquels l'hystérie la mieux caractérisée a été méconnue ou passée sous silence. Cela ne signifie pas que les auteurs aient ignoré l'existence de la polyfirie hystérique. On en trouve dans les recueils quelques cas ('pars, ceux de Lacombe, de Fleury, de Valenliner, «le Lancereaux, de Vogel, d'Oppolzer, etc. — Mais que ne trouve-t-on pas dans le dossier de l'hystérie?
Ce qui, jusqu'à la discussion de la Société médicale des Hôpitaux, avait échappé aux observateurs les plus avisés, c'était, non pas que les hystériques peuvent avoir de la poiyurie simple, mais que la poiyurie simple appartient presque exclusivement aux hystériques. Lancereaux, qui avait très bien constaté la coïncidence de l'hystérie et de la poiyurie, nous avait appris en outre une chose capitale, à savoir : que l'alcoolisme ou, plus exactement, l'intoxication chronique par les essences, domine l'étiologie de cette hystérie et de cette poiyurie combinées.
Huchard, établissant une division plus théorique que pratique entre des cas fort disparates et môme foncièrement étrangers les uns aux autres, avait également signalé deux variétés principales de poiyurie hystérique : celle qui succède aux grandes crises et qu'on peut appeler poiyurie post-paroxystique, et celle qui, se manifestant en dehors des crises, à titre de symptôme isolé, emprunte à sa chronicité môme la valeur d'un stigmate. Mais, encore une fois, il y avait bien loin de là à la conception nouvelle qui rapporte à l'hystérie la presque totalité des cas de diabète hydrurique. Aussi, les observations de Mathieu, de Ballet, de Babinski, de Dcbove, de Dejerine, de Boiffîn, ne pouvaien [-elles manquer de frapper par leur surprenante concordance.
L'éveil était donné; dès 1895, la thèse d'Erhardt, apportant de nouveaux faits et corroborant la valeur de ceux qui venaient d'être publiés, présentait la question sous un jour imprévu. Plus récemment, Cilles de la Tourelle, dans un chapitre substantiel de son Traité de V hystérie, ajoutait encore de bons et solides arguments à ceux qui permettaient de faire passer presque tous les cas
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d'hydrurie essentielle à l'actif de la grande névrose. Il n'y a donc plus à contester le rapport do fréquence. Tout au plus a-l-on le droit de discuter la relation de cause à effet, discussion puremenl théorique, mais non dépourvue d'intérêt, puisqu'il s'agit, en somme, d'un problème à solutions multiples.
D'ailleurs, la donnée de ce problème est toujours la même, car les cas sonl presque absolument identiques.
En voici un de plus qui résume eu lui tous les éléments du litige;
II. — Comme danspresque toutesles observations publiées, ils'agil d'un homme, et cet homme est alcoolique. Du moins, s'il n'a pas d'accidents ou de lésions viscérales imputables à l'alcoolisme, nous savons qu'il boit avec excès du vin et des apéritifs. Il invoque une excuse professionnelle; il est chauffeur : « C'est le métier qui veut ça. » 11 a trente-huit ans, il est grand et bien musclé, intelligent, actif, il raconte posément son histoire, sans exaltation, sans doléances exagérées, sans paroles inutiles. Nous avons appris directement de ses patrons qu'il est très bon ouvrier et recommandable à tous égards. 11 n'a jamais eu de ces coups de tète auxquels sont sujets les buveurs, et rien dans son passé pathologique personnel n'aurait permis de le considérer jusqu'à ce jour comme un névropathe. Ses antécédents héréditaires ne l'ont pas non plus prédisposé à la névrose. Il n'est pas syphilitique; mais il a subi, en 1880 et en 1895, deux attaques violentes de rhumatisme articulaire aigu généralisé, et la seconde a élé compliquée d'une endocardite qui l'a rendu sujet à de fréquentes palpitations cardiaques. Au mois d'octobre dernier, une légère congestion pulmonaire l'a forcé à passer une quinzaine de jours à l'hôpital. L'affection qui l'y ramène aujourd'hui ne se relie d'aucune façon à cette maladie, et avant d'en énumérer les caractères actuels, il faut dire dans quelles conditions elle est survenue.
Au commencement de novembre, cet homme remarqua qu'il tr anspirait abondamment toutes les nuits. Les sueurs nocturnes passent pour un signe de faiblesse; il venait d'être malade, il avait repris son travail un peu prématurément cl, dans sa logique, il attribua à ce phénomène la signification admise par le vulgaire. Vers les premiers jours de décembre, un malin, étant sur le point (Y " enfourner », il fut pris soudainement d'un fort tremblement ries jambes, puis, presque aussitôt, il éprouva une faiblesse dans
508 POLYURIE NERVEUSE ET POLYURIE HYSTÉRIQUE, 1rs genoux avec une abondante sueur [roule aux deux jambes. En essayanl de se retenir au four, il se brûla le boni cubital de L'avantbras et s'affaissa sur lui-même. Il ne perdit pas connaissance un seul instant, se releva, s'assit sur une caisse, reprit peu à peu la liberté de ses mouvements, se remit au travail, mais resta au moins une heure dans un état de malaise étrange. Quinze jours après cet incident auquel il n'avait attaché aucune importance, une deuxième chute se produisit exactement à la môme heure précédée du même tremblement et de la même transpiration profusc des deuxjambes. Au moment où il voulut se retenir, il se brûla encore l'avant-bras, cette fois du côté gauche. Alors seulement il commença à s'alarmer et il se rappela que, dans l'intervalle des deux chutes, il avait été pris trois ou quatre fois de transpirations froides aux deux jambes, survenant comme des crises avortées, sans défaillance, mais avec des fourmillements et des crampes.
A partir de ce jour, il ne cessa de ressentir des douleurs lombaires assez pénibles, surtout le soir; il perdit son bon sommeil; et. actuellement encore, il est réveillé presque toutes les nuits par des secousses « électriques ».
Entré à l'hôpital le 7 janvier, cet homme se plaint d'une douleur sourde et continue dans les deux genoux; il marche péniblement; ses membres inférieurs sont raides, lents à exécuter leurs mouvements, si bien qu'il a pris le parti derester presque toujours couché. Les douleurs qu'il éprouve dans les deux genoux et qu'il déclare incessantes n'ont pas de localisation précise ; la marche les exaspère ; la pression les augmente parfois, mais non toujours, et encore sontelles sujettes à varier selon le lieu delà pression. Les réflexes rotuliens ne sont pas exagères. Les adducteurs cruraux ne font pas de saillie anormale. Lorsque ce malade se lève et marche, on voit qu'il évite d'appuyer le talon sur le sol, comme si les muscles du mollet étaient en état de contracture permanente; cependant, il est évident que cette attitude est voulue. Elle rend la progression moins douloureuse. Il ne s'agit donc pas d'une véritable paraplégie spasmodique, mais d'une sorte de rigidité de défense, destinée à atténuer une sensation douloureuse, dont le maximum d'intensité occupe vaguement les deux genoux dans leur ensemble.
La sensibilité est profondément modifiée : aux deux membres inférieurs le contact simple, la piqûre, le pincement, le chaud, le froid sont très confusément perçus.
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Uhypoesthêsie générale dont il s'agit est beaucoup plus prononcée au membre droit qu'au membre gauche. C'est une véritable anes* thésie: et, taudis qu'à gauche la diminution delà sensibilité s'arrôte à la racine du membre, elle remonte à droite jusqu'à la base du thorax, exactement limitée en dedans par la ligne médiane. La même aneslhèsie droite réapparaît plus haut, au niveau de la clavicule, el s'étend sur toute la moitié droite du cou, de la tète et du visage. Cotte dernière constatation suffit presque à établir Je diagnostic. Un notable rétrécissement concentrique du champ visuel droit lève tous les doutes. D'ailleurs, l'ouïe, le goût et l'odorat sont également très émoussés du même côté.
Tout cela, le malade l'ignorait. Ce qui l'avait amené à l'hôpital* c'était la rigidité douloureuse de ses jambes; c'était aussi la transpiration profuse qui l'inonde encore chaque nuit et qui revient aussi pendant le jour, de temps à autre, comme par accès aux deux membres inférieurs. Nous avons vu quelques-uns de ces accès à son réveil, et il n'est pas douteux qu'une pareille hyperhydrosc est toujours un phénomène nerveux, auquel les centres sécrétoires doivent seuls présider; car la couleur du tégument ne subit pas la moindre modification, môme transitoire. Ce n'est pas d'ailleurs l'unique trouble sécrétoire auquel notre hystérique soit sujet, attendu qu'il est polyurique; et c'est celte polyurie qui m'a conduit à vous raconter son histoire.
Ici, conformément à la règle générale, la polyurie a été précédée par une période de pollakiurie simple. Cet homme eut d'abord des envies d'uriner trois ou quatre fois par nuit, lorsqu'il était réveillé par ses secousses électriques : simple caprice de la vessie, car la quantité d'urine était minime pour chaque miction. Peu à peu les besoins devinrent plus impérieux, plus légitimes, et les mictions furent en effet plus fréquentes et plus abondantes. Aujourd'hui la quantité totale des urines émises en vingt-quatre heures est de six litres, et comme la déperdition de liquide par les sueurs est, à n'en pas douter, considérable, notre malade est polydipsique. Je n'ai rien à «lire de la qualité des urines; leur constitution chimique n'est modifiée que par le taux de la dilution. La quantité de l'urée dépasse quelquefois, mais non tous les jours, le chiffre normal. Le rapport quantitatif des phosphates terreux et alcalins n'est pas interverti'.
Résumons ta situation :
Nous avons affaire à un homme qui, n'ayant jamais éprouvé la
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moindre atteinte de névrose, devient, du jour au lendemain, sujet à des accidents foncièrement hystériques : rigidité paraplégique douloureuse (qu'on peut considérer comme une variété de rhumatisme nerveux de Brodic), hémianesthésie sensitivo- sensorielle, accès d'hyperhydrose et polyuric insipide. Ce n'est certainement pas là une forme banale d'hystérie, mais c'est de l'hystérie au premier chef. Nous avons, cela va sans dire, cherché avec tout le soin possible la cause déterminante de celle hystérie tardive el soudaine; nous n'avons pas su la découvrir.
III. — Je disais que cette observation pourrait servir de type à une description classique de polyuric hystérique. Il ne lui manque, en effet, que deux éléments pour être un schéma d'étude : L'un étiologique, à savoir la notion de la circonstance provocatrice : l'autre, symptomatique, tiré de la quantité de la sécrétion urinaire, et qui, dans de certains cas, tranche la question du diagnostic immédiatement et en dernier ressort. Je m'explique :
Une polyurie insipide de 25 litres est toujours une polyurie hystérique, l/extravagance de la sécrétion est telle que, pendant bien longtemps, on a cru ne pouvoir l'expliquer que par une supercherie. Quelquefois, il faut bien le dire, la supercherie s'en môle, les malades se faisa-nt un malin plaisir d'ajouter de l'eau au contenu du bocal. Si, par exemple, le hasard place deux hystériques polyuriques clans la même salle, et surtout dans deux lits voisins, vous êtes bien sûrs qu'ils rivaliseront de capacité sécrétoire, au point d'en venir à tricher tous les deux pour gagner la partie. Mais, abstraction faite de la tricherie qui, en pareille matière, ut1 peut être inspirée que par une évidente incorrection mentale, il y a des polyuries authentiques de 25 à 5.0 litres. La moyenne est de 10 à 1 5, et notre malade est au-dessous de ce chiffre; jamais il n'a dépassé 8 litres. La diaphorèse, il est vrai, fait la compensation.
Ces réserves admises — et elles ne concernent que des difl'érences du plus au moins — tous les incidents pathologiques relevés dans le cas actuel s'adaptent parfaitement au cadre préparé pour les modèles du genre. D'abord, il s'agit d'un homme, et rien que cela es! une condition nosographiquemenl prévue, puisque les femmes, par un privilège, moins surprenant en réalité qu'en apparence, échappent à celte désagréable manifestation de l'hystérie. Il y a toujours des exceptions à la règle ; et, parmi celles-là, je ne peux
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guère vous signaler que deux observations, l'une do Ballet, l'autre de Gilles do la Tourelle.
Noire malade a Irenlc-huit ans. Par là encore, il se conforme à la loi qui assigné comme limites d'âge extrêmes à la polyurie hystérique vingt-cinq et cinquante ans : toujours, on effet, la polyurie hystérique est un phénomène tardif. Il se conforme également à une autre loi étiologique, celle-là de beaucoup la plus générale, par le seul fait qu'il est alcoolique. Sa polyurie a débuté par une phase de pollakiurie. Selon Gilles de la Touretto, la polyurie hystérique est plutôt nocturne que diurne; selon Erhardt, elle serait plutôt diurne que nocturne. Autre malade met d'accord ces deux ailleurs, puisqu'il urine autant la nuit que le jour, ou autant le jour que la nuit. Il est devenu polydipsique et, en cela, il obéit à une obligation physiologique inévitable ; mais, ce n'est pas la polydipsie qui a commencé. Il a la chimie urinaire d'un homme bien portant qui mettrait beaucoup d'eau dans son vin, eteomme, après tout, sa polyurie n'est pas exorbitante, sa tension artérielle est à peu près normale.
Le cas est trop récent pour qu'il nous soit permis de rien pronostiquer. Bien qu'elle soit hystérique par nature, cette polyurie peut en effet durer longtemps, plusieurs années, la vie entière. Chose étrange, tandis que la plupart, sinon la totalité des autres syndromes hystériques offrent un caractère transitoire, qui fait qu'on peut avecun peu de philosophie s'en consoler, la polyurie se dislingue entre tous par sa déplorable ténacité. L'hystérie supposée préalable perd successivement tous ses attributs morbides, et ne conserve que celui-là. Sans la polyurie qui persiste, la névrose deviendrait méconnaissable ; elle l'est même nécessairement pour quiconque n'admet pas l'hystérie monosymplomatique. ^
Mais comment s'assurer qu'une polyurie monosymptomatique est de nature hystérique? Car on en compte déjà un cerlain nombre d'exemples, et c'est M. Dcbove qui a, je crois, signalé les premiers. L'unique manière de résoudre à la fois le problème diagnostique et thérapeutique nous est indiquée par M. Dabinski : la suggestion hypnotique.
La suggestion ne réussit pas toujours; cependant, lorsqu'elle réussit, môme partiellement, la nature hystérique de la polyurie ne doit plus guère parailre douteuse. A cria on peut objecter que la
512 POLYURIE NERVEUSE ET POLYLIRIE HYSTÉRIQUE, suggestion hypnotique a été quelquefois suivie d'effets utiles, non seulement chez les hystériques, mais encore chez les dégénérés simples non hystériques. Cet argument, vous Le savez, n'est pas admis par ceux qui soutiennent que la condition sine qua non de la suggestibilité, c'est l'hystérie: hystérie dans le passé, hystérie dans le présent, hystérie dans l'avenir, peu importe, mais hystérie quand môme et toujours.
Voilà la question de mots dont je parlais en déhutant, et qui entretient encore une certaine confusion, môme en présence des faits les plus évidents. Que démontrent-ils, ces faits?
Dans l'immense majorité des cas de polyurie essentielle, on trouve Vhérnianesthésie sensitivo-sensorielle , qui est le grand stigmate de l'hystérie. On la trouve parce qu'on la cherche, mais les malades ne s'en sont point encore aperçus, lorsqu'aucun autre symptôme nerveux n'a interrompu ou ralenti le train de leur vie normale. Est-il vrai cependant que la dite hémianesthésie ne fasse jamais défaut? En d'autres termes, existe-t-il à côté de la polyurie hystérique une polyurie simple? — Cela n'est pas douteux, et cette dernière est, comme l'a très bien fait voir M. Ballet, un symptôme de dégénérescence. Car chez les dégénérés héréditaires non hystériques l'alcoolisme joue le rôle d'agent provocateur, aussi bien que chez les hystériques avérés. Ce qu'il provoque, ce n'est pas l'hémianesthésic, ce n'est pas la contracture, ce n'est rien, en somme, de ce qui fait le fonds de l'hystérie : c'est tout un ensemble d'autres manifestations morbides appartenant en propre à la dégénérescence, quoique passagères, elles aussi, comme celles de l'hystérie. Ce sont là les « syndromes épisodiques de la dégénérescence », pour employer un terme proposé par M. Magnan et définitivement consacré.
La polyurie peut donc être un syndrome èpisodique de la dégénérescence : voilà qui est établi. Or, le plus grand nombre des hystériques, même lorsque leur névrose doit survenir de la façon la plus accidentelle, la plus imprévue, se recrutent parmi les dégénérés héréditaires. On peut, en renversant la proposition, établir que beaucoup de dégénérés ont l'hystérie en puissance. S'ils ne réalisent pas à jour lixe tout le programme de l'hystérie, du moins sont-ils capables de condenser la névrose en tel ou tel symptôme, voire môme en un seul symptôme qui constitue, de soi, une hystérie monosymplomatique. iMais, avant tout, ce sont des dégénérés. Donc, qu'ils versent ou non dans l'hystérie, le syndrome
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épisQdique de dégénérescence qui les fait taxer d'hystériques, ne peut-il pas, en vérité; conserver son aulonoinic de syndrome de dégénérescence?