IV. — Celle discussion ne peut aboutir
En effet, Messieurs, il est évident que les limites de l'hystérie monosymptomatique n'existenl pas, et cependant l'hystérie monosymptomatique n'est pas contestable. Donc, si je répète encore une Ibis qu'il n'y a dans tout cela qu'une question de mots, c'est parce que la grande névrose, limitée à un symptôme unique, n'est plus la grande névrose. Bref, il y a des cas exceptionnels de polyurie qui peuvent être considérés comme relevant de l'hystérie, mais qui, tout aussi bien, peuvent être incorporés aux symptômes épisodiques de la dégénérescence.
Il n'est pas jusqu'à la valeur diagnostique delà suggestion hypnotique qui ne soit, dans les mêmes cas, indécise et trompeuse, attendu que si la suggestion supprime ou atténue parfois certaines manifestations hystériques, elle n'est que trop souvent impuissante. La guérison par la suggestion étant seule capable de prouver la nature hystérique de la polyurie, il ne s'ensuit pas que l'incurabilité prouve la nature non hystérique d'une polyurie identique — du moins dans les cas rares auxquels je fais allusion.
En résumé, au point de vue pratique, tout autant qu'au point de vue théorique, le problème reste quelquefois insoluble. Mais je n'en ai pas fini avec les difficultés qu'il renferme.
Lanccreaux a montré l'influence étiologique de V alcoolisme ; et comme l'alcoolisme est assurément plus répandu parmi les hommes que parmi les femmes, on comprendrait à la rigueur que les femmes fussent relativement épargnées. Cependant, il n'y a même là rien de relatif : car, hormis les deux ou trois observations auxquelles je faisais allusion toutà l'heure, l'immunité des femmes est absolue, ou bien peut s'en faut.
La première idée qui nous vient pour expliquer une pareille différence, c'est que la provocation du syndrome a, chez l'homme, un point de départ qui n'existe pas chez la femme. En présence de l'intégrité de l'appareil urinaire presque invariablement constatée chez les hommes polyuriques, on est en droit d'accuser non pas hommv, utfon, — II. "i
514 POLYURIE NERVEUSE ET POLYURIE HYSTÉRIQUE.
l'appareil urinaire lui-môme, mais la représentation corticale de cri appareil.
Cela est si logique que le diagnostic et la thérapeutique de M. Bahinski en découlent tout naturellement. La prépondérance de Vidée fixe dans la pathogénie du syndrome devient alors considérable. M. Souques Ta très bien fait voir à propos d'un cas de polyurie franchement hystérique que nous avons observé ensemble à la Salpêtrière1. C'est que l'homme a des motifs de préoccupation urinaire justifiés par toute la pathologie urélhralc. La femme les ignore; ses trois centimètres d'urèthre la laissent bien indifférent. Chez elle, la tolérance, la longanimité vésicale excluent les réminiscences ou les appréhensions morhides. Aussi, l'expression de faux urinaires ne peut-elle guère s'appliquer qu'aux hommes.
Est-ce à dire que tous les faux urinaires soient hystériques1! — Pas du tout. La neurasthénie, la mélancolie, le doute, l'anxiété choisissent cette localisation aussi hien que n'importe quelle autre, et quelquefois celle-là exclusivement2. On commence par la pollakiurie et l'on finit par la polyurie. Les connexions fonctionnelles, toujours étroites, de la sécrétion et de l'excrétion laissent entrevoir l'enchaînement des deux phénomènes. L'habitude crée la maladie par la répétition d'un acte anormal. Ne serait-ce pas pour cela (pie la polyurie hystérique, au lieu de se déclarer du jour au lendemain, est toujours précédée d'une période de pollakiurie? La neurasthénie d'ailleurs n'a pas, à cet égard, d'autres procédés que l'hystérie. Et c'est bien ce qui fait qu'après l'insuccès de la suggestion hypnotique, nous ne savons plus guère, en lin décompte, ce qu'il faut diagnostiquer.
V. — On peut supposer même des difficultés de diagnostic encore beaucoup plus grandes que celles qui nous foui hésiter entre la polyurie hystérique, la polyurie neurasthénique, la polyurie nerveuse simple des dégénérés, etc. A la suiled'un violent traumatisme crânien, il n'est pas rare de voir survenir el s'installer pour une longuedurée une polyurie insipide. Le même traumatisme es! au— i