VIII. — Cependant, une grosse difficulté subsiste
La chorée chronique présente exceptionnellement des rémissions et des alternances de localisation. En ce qui concerne les rémissions, je ferai remarquer que la chorée variable se sépare nettement de la chorée chronique par le fait de leur courte durée. Celles de la chorée chronique sont de plusieurs jours, de plusieurs semaines et môme de plusieurs mois (Ziehen). Quant aux alternances de localisation, elles n'ont pas, au point de vue du diagnostic, l'importance qu'on pourrait leur attribuer au premier a bord .
La chorée chronique affecte quelquefois d'une manière prépondérante tels ou tels groupes de muscles (Hoffmann). La chorée variable, au contraire, dans les cas qu'il nous a été donné d'observer, ne montre guère de préférences, et cela en vertu même de sa variabilité: outre qu'elle passe presque instantanément d'un groupe à un autre, elle possède en propre la faculté de changera l'infini la qua-
MO LA CHOHÉIÎ VAIUABLE DES DÉGÉNÉRÉS.
lité de sos secousses musculaires ; et si elle si; traduit de temps à autre par des mouvements violemment désordonnés ou par des contractions brusques, identiques a celles des décharges électriques, il est certain qu'elle affecte le plus ordinairement une allure symptomatique assez calme. Nous avons dit qu'on la reconnaissait de loin à une instabilité continuelle, à des gestes plus on moins complexes traduisant nue sorte d'impatience ou d'inquiétude, lies pestes se succèdent sans se répéter, et quelque analogie qu'ils présentent avec les tics, ils n'ont de ceux-ci ni le rythme, ni la fixité de lieu; enfin j'ai suffisamment insisté sur l'action inhibitrice de la volonté à leur égard.
C'est donc encore et toujours la variabilité des symptômes qui, par opposition à l'évolution progressive de la chorée chronique, nous mettra en mesure de décider.
IX. — Enfin, n'avons-nous pas le devoir de nous demander si la chorée variable ne serait pas — à la rigueur — une variété de ( borée chronique non progressive?
Etant donné un ensemble d'analogies si frappantes, la variabilité des troubles moteurs — dans le temps et dans la forme — suffitelle à constituer un type clinique distinct, ou même, comme il ressort de tout ce qui précède, une espèce nosographique? La question a été déjà posée. Ziehen, qui a consacré à la chorée héréditaire une étude fort intéressante1, soupçonne qu'il existe des variétés de chorée chronique non progressives. Je le cite textuellement : « Celles-ci ont été encore très peu étudiées. Je crois qu'il s'agit en réalité de cas de chorée mineure à récidives successives. Grosse a très justement insisté sur les rapports de celte forme de chorée avec X endocardite récurrente. Ces cas auxquels rassortissent beaucoup de chorées séniles en imposent pour des chorées chroniques. Au point de vue de leur développement, elles sont aiguës; au point de vue de leur évolution consécutive elles sont récidivantes et non chroniques. Enfin, il est très remarquable que, presque jamais, elles n'aboutissent à cette démence complète, qui est si régulièrement le terme de la chorée chronique progressive héréditaire. Pour tous ces motifs, il appert que la chorée aiguë, la chorée progressive et la chorée chronique récidivante sont apparentées mais ne sont pas des maladies identiques. »
1. Real Encyclopœdie der gesammten Ilcilkunde. Encycloptedische Jahrbûcher. VI Dd.
Peut-être Ziehen, lorsqu'il parle de chorée chronique récidivante, fait-il allusion à des cas de la même nature que ceux dont je viens de donner an aperçu? Il semble néanmoins que la variabilité des symptômes n'eu soi i pas le caractère essentiel. Dans les faits que j'ai rapportés, il n'y avait rien qui pût frapper davantage. En outre, il ne pouvait être question de récidives, au sens qu'on prête habituellement à ce terme. Enfin la chorée récidivante est une chorée chronique d'une durée indéterminée et probablement même illimitée, tandis que la chorée variable est un trouble passager. Nous avons vu qu'elle peut se prolonger pendant plusieurs années; mais de cette constatation il ne résulte pas que son pronostic soit aussi grave que celui de la variété récidivante de Iluntington.
En commençant cette leçon, je vous disais que la chorée variable était comme un caprice de la fonction musculaire. Si peu scientifique que ce mot paraisse, il répond assez exactement uu trouble fonctionnel que j'ai décrit, et qui n'est en somme qu'un des nombreux désordres passagers et polymorphes dont la dégénérescence mentale est coutumière.