‹ Leçons sur les maladies nerveusesChapitre 19 sur 159 · SUR L A DISTRIBUTION M ÉT AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

SUR L A DISTRIBUTION M ÉT AMÉRIQUE

Le problème est donc encore loin d'être élucidé. Qui plus est, certains auteurs se refusent à admettre non seulement la neurotomie, mais la métamérie elle-même. « Les organes latéraux des vertébrés, dit Mitrophanow, ne prennent nulle part naissance d'une tnanière métamérique dans tout le corps1 ». Celle opinion, soutenue il y a trois ans à peine, ne compte plus guère de défenseurs. Sans prendre parti directement dans le débat, nous pouvons arguer de faits pathologiques en faveur de la métamérie nerveuse centrale. 11 est, à défaut de preuves immédiates, des hypothèses nécessaires, el la métamérie est de ce nombre. En ce qui a trait à la réalité des neurotomes, les derniers travaux de Houssay ne laissenl plus place au doute. Quoiqu'il s'agisse d'un vertébré inférieur, ses observation^ sur l'axolotl n'en ont pas moins une valeur générale. J'ajouterai que, si la métamérie de l'axe spinal n'a pas encore

été démontrée cbez l'homme, il faut se garder de conclure qu'elle ne soit qu'une fiction. La physiologie aurait dû la faire soupçonner depuis longtemps. Lorsque Legallois sectionnait la moelle transversalement à deux niveaux différents, il constatait que le tronçon médullaire ainsi isolé conservait le pouvoir réflexe; et lorsque, plus tard, Masius et Yanlair répétaient avec succès la môme expérience, en pratiquant les deux sections au-dessus et au-dessous d'une paire de racines, ils donnaient la preuve que l'étage spinal séparé de tout le reste des centres nerveux gardait, pour un étage correspondant de la périphérie, son individualité fonctionnelle (Fig. 50). A une telle individualité fonctionnelle correspond fatalement une individualité analomique non moins caractérisée el préétablie de longue date. Qu'importe, en effet, la brièveté de la période métamérique dans l'évolution de. l'embryon? Si peu de temps qu'ait duré la segmentation primitive du névraxe, il suffit qu'elle ail existé, ne

1. MunopiiANow. Étude embÉyogénîque sur les Sélaciens. Arch. de Zool. expér. et génér., tirage à part, p. 10'J.

Fig. 50. — A chaque étage spinal correspond un étage périphériquè.

fût-ce qu'un instant; l'empreinte est imperceptible, mais ineflaçable. Il v a donc toujours, dans chacun de nous, jusqu'au terme de la plus longue vie, mi peu d'embryon qui sommeille. Je dis un peu. et peut-être faudrait-il dire beaucoup. Les preuves s'accumulent; ta pathologie nous les apporte par centaines, et je ne vous rappellerai que la pins commune : le kysle branchial du cou est, à n'importe quel âge, une maladie embryonnaire. La parcelle d'embryon se réveille tout à coup de la torpeur qui l'avait envahie aux temps fabuleux de sa préhistoire.

VI. — Je crois avoir suffisamment insisté sur le fait que les zones métamériques des membres supérieurs sont, comme la continuation des zones métamériques de la région cervico-thoraciquc, régulièrement étagées. Je vous ai dit la raison pour laquelle la disposition métamérique des membres inférieurs est forcément moins facile à reconnaître que celle des membres supérieurs. Mais il me reste encore à vous entretenir d'une variété toute spéciale de distribution nerveuse, sur laquelle l'attention ne s'est réellement portée que depuis qu'on connaît la syringomyélie.

Dans celte maladie, l'anesthésie se répartit souvent sur des zones perpendiculaires au grand axe des membres. La ligne de démarcation des parties sensibles et des parties insensibles est donc approximativement une circonférence de cercle et non pas une ligne droite. Le membre étant vertical, l'anesthésie paraît s'arrêter à nu [dan de section horizontal, tantôt au poignet, tantôt au pli du coude, tantôt au milieu du bras, etc.... Je ne m'attarderai pas davantage à ces faits, qui sont de notion classique.

La coexistence fréquente des troubles de la sensibilité et des troubles trophiques, dans certaines maladies, nous conduit à nous demander si celte topographie pathologique appartient en propre à la syringomyélie, et si, dans le cas où d'autres maladies nous en offriraient de nouveaux exemples, il ne serait pas possible de l'attribuer à une disposition anatomique inaccessible à la dissection, mais constante. Or, le zona des membres présente parfois une répartition éruptive conforme à celle de la dissociation syringomyélique de la sensibilité. Dans le cas de Head que je vous rappelais au début de cette leçon, l' herpès n'occupait que le bras cl Pavantbras, et la partie interne de la main: il s'arrêtait en haut, à l'aisselle. En revanche il avait envahi, à la face antérieure comme à la

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