‹ Leçons sur les maladies nerveusesChapitre 2 sur 159 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

Influence de la théorie du neurone sur la pathologie tout entière. — Les maladies parenchymateuses des nerfs sont des maladies des cellules nerveuses. — Il n'y a pas de nerfs conducteurs indifférents ou à conductibilité indifférente. — Les fonctions normales et morbides des nerfs périphériques sont des fonctions centrales. — Les nerfs représentent, à la périphérie, l'épanouissement ramifié des centres. — Moelle diffuse de Gubler.

Maladies spinales systématiques. — Dégénérescence wallérienne. — La dégénérescence wallérienne n'est pas le seul procédé de dégénération des tubes nerveux. — Maladies des systèmes de cellules. — Les maladies systématiques de la moelle, selon Charcoi et Vulpian, étaient des maladies de syslctnes de cordons.

I. Dendrites et axone. — Terminaisons de l'axone. — Dichotomie terminale sans subdivisions secondaires. — Dendrites condensées en un tronc unique. — Polarisation du neurone. — Pôle négatif passif, pôle positif actif. — Sensibilité et motricité. — Tous les neurones sont sensitivo-moteurs. — Neurililé et « influx nerveux ».

II. La conductibilité indifférente est remplacée par la conductibilité à sens invariable.

— Les prolongements protoplasmatiques conduisent un courant toujours cellulipète, et les prolongements cylindraxiles un courant toujours cellulifuge (Van (Jehuchlen).

— Les prolongements cellulifuges du premier neurone ne sont pas plus sensibles que les prolongements cellulipètes du dernier neurone. — La notion du sens du courant s'est substituée à celle de la sensibilité. — Réflexes élémentaires. — Exemple d'un réfleie plus complexe réclamant la participation de trois ou quatre neurones. — Mouvements de succion du nouveau-né.

III. Le mot qui indique le sens du courant détermine à la fois l'organe et la fonction.

— Passivité des dendrites et activité des axones. — Les excitations produites par les aïones sont les vibrations périphériques transformées par la cellule. — Myoneuronc, angtoneorone, adénonenrone. — Invariabilité de la disposition bipolaire. — Invariabilité du sens du courant. — Assimilation de ces phénomènes à ceux du courant de pile.

Vf. Différences de la tension nerveuse aux extrémités des prolongements de la cellule.

— Inhibition. — Exemple d'inhibition emprunté à la clinique : Inhibition du réflexe

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patellairc. — L'influence inhibitrice résulle de la polarisation exclusive d'un prolongement protoplasmatique.

V. Amiboïsme du neurone et amiboïsme cellulaire en général. — L'amiboïsme de l'élément nerveux a pour but de mettre en contact son pôle positif avec le pôle négatif d'un autre neurone — ou inversement.

VI. Comment s'effectuent les contacts entre les prolongements de nom contraire. — Hypothèse de Kabl-Rûckhard. — Wiedersheim, Mathias Duval. — Application à la pathologie des faits relatifs à l'amiboïsme. — Organes de contact : recherches de Siefanowska et de Soukhanoff.

Messieurs,

Depuis une dizaine d'années une transformation absolument imprévue s'est accomplie dans la manière d'envisager la structure des centres et des conducteurs nerveux. C'est une révolution qui a déjà retenti sur la neuropathologie tout entière; c'est un progrès dont la clinique elle-même ne peut que tirer profit : les résultats pratiques se feront peut-être attendre longtemps encore, j'entends ceux que vise spécialement l'art àe guérir. Mais beaucoup de choses inexpliquées devenant compréhensibles, le diagnostic et le pronostic gagneront nécessairement en certitude et en précision.

Ainsi des notions histologiques qu'on croyait définitives sont bouleversées. Les filets nerveux sont de simples prolongements des cellules nerveuses, tandis qu'ils passaient pour des organes indépendants, sortes de traits d'union entre des éléments distincts. Ils font partie intégrante des centres nerveux eux-mêmes puisqu'ils continuent, sans transition, jusqu'à la périphérie les noyaux gris de l'axe encéphalo-médullaire et de la chaîne sympathique. L'autonomie physiologique et pathologique des nerfs n'existe donc plus. Les nerfs sont subordonnés aux cellules de la substance grise, par la simple raison qu'ils représentent, en fait, les cellules mêmes de cette substance, étirées depuis l'axe médian jusqu'aux territoires superficiels ou profonds de la périphérie.

Une première conclusion s'impose : les maladies parenchymateuses des nerfs sont des maladies des cellules nerveuses.

Bien plus, les membranes et le tissu de soutien sur lesquels s'insèrent les cellules dans les centres se continuent jusqu'à l'épiderme et aux épithéliums d'une part, jusqu'aux fibres musculaires lisses ou striées d'autre part, sous la forme de gaines ou de tuniques adventices ininterrompues. Dans le liquide céphalo-rachidien où sont plongées les cellules nerveuses, dès leur origine

SUR LA NEUROPATHOLOGIE. 5

embryonnaire, — on pourrait dire à un âge où le cerveau et la moelle ne sont encore qu'une gouttière épilhéliale — dans ce Liquide, dis-je, baignent également les ramifications des tubes nerveux les plus éloignées des centres, par exemple celles des couches superficielles du tégument ectodermique ou des muqueuses. De même, comme il n'y a plus à parler de nerfs conducleurs indifférents ou à conductibilité indifférente, reliant presque au hasard

is groupes cellulaires distincts, toutes les fibres nerveuses ou, pour parler plus explicitement, tous les cylindraxes représentent à la périphérie l'épanouissement ramifié des centres; ils sont bien ce que Gubler appelait par une sorte d'intuition la moelle diffuse.

Celte acquisition — fait accompli sur lequel il n'y a plus à revenir — entraîne-t-elle l'anéantissement complet des hypothèses plus ou moins logiques sur lesquelles s'appuyaient les précédentes doctrines, celle des maladies spinales systématiques, celle des centres trophiques, celle des névrites périphériques? Quoiqu'on ne soit pas encore en mesure d'appliquer dans toute leur rigueur à tous les faits pathologiques les données nouvelles de l'histologie nerveuse, il n'en est pas moins certain que nous commençons à entrevoir beaucoup plus clairement les processus anatomo-pathologiques des lésions des nerfs et des centres.

Voyez, par exemple, sur quoi reposait la thèse des maladies spinales systématiques. Exclusivement sur le fait de la dégénérescence wallérienne. Or, les conclusions pathologiques qu'on a tirées de ce fait sont-elles de tous points inattaquables? — Assurément non. Un grand nombre de preuves en témoignent. Vous savez bien d'ailleurs, que la dégénération wallérienne, quelle que soit sa valeur au point de vue de l'étude, ne représente pas, à beaucoup près, le seul et unique procédé de dégénération secondaire des tubes nerveux. Un cylindraxe étant toujours un prolongement de cellule nerveuse, toute maladie systématique doit relever forcément d'une lésion limitée à un système de cellules, et, qui plus est, étendue à tout ce système.

Sans doute une altération de la moelle qui, à l'égal d'un traumatisme expérimental, interromprait la continuité d'un cordon blanc, aurait pour conséquence inévitable une dégénération en apparence systématique des cylindraxes séparés de leurs cellules : ainsi un écrasement limité de la inoelle entraînera toujours, si le blessé ne

succombe pas, une dégénération ascendante postérieure et une dégénéralion descendante latérale. Mais ces dégénéralions, pour afleeler des systèmes de fibres topographiquement distincts, ne sont pas ;'i proprement parler des maladies systématiques. Ce sonl • les lésions systématiques d'occasion. Elles n'atteignent pas primitivement les systèmes de fibres dans ce qu'ils ont d'essentiel, c'està-dire dans les groupes cellulaires où ils prennent naissance. Par là vous comprenez ce que les découvertes toutes contemporaines, auxquelles je viens de faire allusion, peuvent apporter fie nouveau à l'histoire pathologique des dégénérations encéphalo-médullaires.

Gardez-vous d'en inférer que l'œuvre de Vulpian et de Charcol soit compromise et que les maladies systématiques dont ils nous ont révélé l'existence soient purement conventionnelles. Les observations anatomiques et cliniques demeurent. Il s'agit simplement de décider si l'interprétation proposée par les chefs de l'école de la Salpêtrière et adoptée par la presque totalité des médecins neuropalhologisles mérite d'être conservée telle quelle, ou si elle ne doit pas être remplacée par une adaptation de l'anatomie du neurone aux faits dont nous devons à Charcot et à Vulpian la description irréprochable.

C'est donc surtout de certaines données anatomiques et physiologiques relatives au neurone en général que je vais tout d'abord vous entretenir.

Aujourd'hui je me bornerai à une étude tout à fait élémentaire où il ne sera question que de choses connues et désormais classiques, en m'attachant exclusivement toutefois aux données spéciales qui peuvent servir la pathologie.

I. — En premier lieu je vous rappellerai que le neurone — selon l'acception imposée à ce mot par Waldeyer — est constitué non seulement par la cellule nerveuse et ses prolongements protoplasmatiques, mais par le cylindraxe ou axone qui en émane et par les ramifications de l'axone les plus éloignées de la cellule. Rien que cette définition suffit pour vous faire concevoir que les maladies spinales et les maladies cérébrales se confondent presque nécessairement par une sorte de synergie morbide, commandée elle-même par la pénétration réciproque des parties et l'enchaînement de leurs fonctions respectives. Vous savez, en effet, que les prolongements protoplasmaliques ou dendritej, identiques par leur constitution au corps même de la cellule, ne s'anastomosent

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