‹ Leçons sur les maladies nerveusesChapitre 3 sur 159 · SUR LA NEUR0PATII0L0G1E · texte numérisé non relu

SUR LA NEUR0PATII0L0G1E

avec aucun autre prolongement, protoplasmalique ou cylindraxile. Leur nombre, leurs formes, leurs dimensions varient suivant la nature des cellules, c'est-à-dire suivant la fonction des « centres » que représentent les agrégats plus ou moins délimités de ces cellules.

On admettait de longue date que le cylindraxe, à l'inverse des prolongements proloplasmatiqucs, était indivis, depuis son origine dans le corps cellulaire, jusqu'au voisinage de sa terminaison (Fig. 1) ; et comme ses ramifications ultimes :-ont souvent très éloignées du corps cellulaire on avait pu croire, jusqu'à ces toutes dernières années, qu'il restait invariablement cylindrique et .homogène dans la totalité de son parcours. Actuellement il est démontré que le prolongement cylindraxile se termine par des brandies multiples.

Seulement, tandis que les prolongements protoplasmatiques se divisent en rameaux inégaux, de diamètre, de siège, de longueur variables (comme les branches d'un chêne), le prolongement cylindraxile a des branches presque toujours dichotomisées sans subdivisions secondaires. Mais en définitive tous les prolongements de la cellule nerveuse — protoplasmatiques et cylindraxiles — sont des arborisations de protoplasma nerveux; et comme,' d'autre part, certaines cellules (par exemple celles des ganglions rachidiens) ont des arborisations protoplasmatiques condensées en une masse uniformément cylindrique et analogue à celle du prolongement axile, nous pouvons imaginer un neurone idéal constitué par un élément ovoïde dont les deux pôles donnent insertion chacun à un prolongement identique, mais diversement ramifié, de la masse cellulaire (Fig. 2).

Pour simplifier les fermes, appelons provisoirement pôle négatif celui où s'insère le prolongement protoplasmalique, et pôle positif

Fig. 1. — Cellule nerveuse (schématique) avec ses dendrites (Dd) ramifiées el son axone (Ax) à terminaisons dichotomisées.

6 INFLUENCE DE LA THÉORIE ANATO.MIQUE DU NEURONE celui où s'insère le prolongement cylindraxile. La physiologie justifie celle convention de langage, car les ramifications protoplasmatiques sont passives en tant que conductrices des vibrations du

Fig. 2. — Neurone (schématique) des ganglions rachidiens. Cellule bipolaire dont le prolongement centripète (ou négatif) est ramifié eu dendrites (Dd), et dont le prolongement cylindraxile ou positif (Ax) se termine par des branches collatérales (dichotomie;.

monde extérieur, tandis que les ramifications cylindraxiles sont actives en tant que conductrices des réactions contractiles, sécrétoires, vaso-motrices, etc.

Ces qualificatifs de positif et de négatif, remarquez-le bien, ne compliquent pas la terminologie technique. Ils la simplifient, je le répète, et voici comment :

Toute réaction exige la collaboration de deux neurones au moins; chez l'homme et, d'ailleurs, chez tous les vertébrés, le réflexe le plus simple, le plus élémentaire n'a lieu que si le premier neurone, celui qui reçoit les sensations épidermiques — en d'autres termes les vibrations tactiles — actionne le dernier neurone, celui qui provoque la contraction musculaire, ou la vasoconstriction, ou la sécrétion (Fig. 3). Les ramusculcs périphériques des dendrites, dans l'épaisseur du tégument, subissent les moindres ébranlements, les plus légères modifications thermiques, les recueillent en quelque sorte et les transmettent aux corps cellulaires du ganglion rachidien. Ces ramusculcs sont-ils sensibles^ Oui, sans doute. Mais les ramifications cylindraxiles des mêmes corps cellulaires, chargées de transmettre au dernier neurone « l'incitation motrice » sont-elles sensibles'! Et les ramifications dendriliques

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du dernier neurone qui reçoivent les vibrations transformées en « courant nerveux » sont-elles sensibles? Assurément tout est sen-

Fig. 5. — Réflexe direct. Tel est, par exemple, le réflexe abdominal. L'excitation du tégument se transmet depuis les dendrites terminales (D) du protoneurone (PK) à la cellule ganglionnaire postérieure G. — Le prolongement cylindraxile (RP) de cette cellule se met en contact avec le prolongement protoplasmatique d'un myoneurone de même niveau (MX). Celui-ci a pour axone un des cylindraxes de la racine antérieure.

sible, jusques et y compris la racine antérieure, dite racine motrice ; et il n'y a pas de cellules ou de neurones exclusivement sensitifs pas plus qu'il n'y a de neurones exclusivement moteurs. Tous les neurones sont sensitivo- moteurs ; tous ont pour propriété ce qu'on appelait autrefois la neurilité, c'est-à-dire le pouvoir de conduire Vinflux nerveux... autant de mots qui peuvent vous paraître aujourd'hui vides de sens, mais qui avaient cependant leur raison d'être puisqu'ils ont rendu à la physiologie de signalés services.

II. — Je vous parlais tout à l'heure de conductibilité indifférente. Il n'en sera plus question désormais. Les fibres nerveuses ne conduisent pas indifléremrnenl le courant nerveux dans tel ou tel sens.

Le sens du courant est invariable : c'est toujours celui des vibrations du dehors transmises de la périphérie au centre el transformées ensuite en toutes ces formes de réactions motrices, circulatoires, sécrétoires qui constituent la vie animale. C'est-à-dire que dans un neurone, quel qu'il soit, les prolongements proloplasmatiques sont conducteurs de vibrations cellulipètes, tandis que les prolongement cylindraxiles sont conducteurs de vibrations cellulifuges. Ces deux mots introduits par Van Gehuchten dans la nomenclature anatomique et physiologique résument en quelque sorte, toutes les propriétés du neurone. Ils expriment une chose si absolue qu'ils définissent les dendrites et les axones. Car la fonction des dendrites est toujours cellulipète, comme celle des axones est toujours cellulifuge.

Les ramifications cellulifuges du premier neurone ne sont donc pas plus sensibles que les ramifications cellulipètes du dernier neurone. Les unes s'insèrent au pôle positif du premier neurone, les autres s'insèrent au pôle négatif du dernier neurone. Et voilà comme quoi la notion du sens du courant, qui peut être déterminé par des mots de signification précise, s'est inévitablement substituée à la notion de la sensibilité qui est par trop vague étant par trop comprébensive.

D'ailleurs, en dehors des actes réflexes élémentaires, comme le réflexe abdominal, qui impliquent la mise enjeu de deux neurones seulement, je dois immédiatement vous rappeler certains actes réflexes dont l'exécution réclame la participation de trois ou quatre neurones. Par exemple, les mouvements de succion chez le nouveau-né représentent un acte réflexe parfaitement coordonné, nullement automatique, puisqu'il n'y a pas d'apprentissage préalable, et très complexe puisqu'il nécessite l'activité synergique et méthodique de tous les noyaux « moteurs » du bulbe. Or l'étude de ee neurone va vous permettre de suivre de neurone en neurone la voie des vibrations sensitives qui déterminent le réflexe moteur, et vous verrez que ce syndrome physiologique comporte les mêmes phénomènes de neurilité, partout et au même titre, dans la série des neurones parcourus. Il ne peut donc plus être question de propriété sensible et de propriété motrice pour les neurones intermédiaires entre le premier et le dernier, attendu que, d'une part, les prolongements protoplasmaliques du second neurone — pour ne parler que de celui-là — ne reçoivent pas l'ébranlement des agents

SUR LA NEUItOPATHOLOGIE. 9 extérieurs; et que, d'autre part, ses prolongements cylindraxilcs n'actionnent pas directement la libre striée.

Une ligure schématique très simple mettra les choses en évidence.

Lorsque l'enfant' vient au monde il est immédiatement en état d'exécuter La série des mouvements qui, en produisant le vide dans la cavité buccale, ont pour résultat l'aspiration du lait maternel. Rien que l'introduction du mamelon entre les lèvres provoque — par le simple fait du contact — la série méthodique des actes musculaires réalisant ce vide aspiratif. Il ne peut être ici question de sensation à proprement parler. C'est-à-dire que le nouveau-né ne perçoit pas le contact. Sa personnalité n'est encore que bnlbomédullaire; et la stimulation des nerfs centripètes ramifiés dans la muqueuse et dans le tégument des lèvres suffit pour mettre en mouvement toutes les pièces de l'appareil aspirateur. Dans la présentation de la face, le feelus qui ignore tout ce qui est du monde extérieur et qui n'a encore que sa respiration placentaire, sait exercer déjà des mouvements de succion sur le doigt de l'accoucheur. Quels sont les muscles qui accomplissent ce premier acte de la vie de « relation »?

1° Ce sont d'abord tous les muscles de l'orifice buccal et les muscles des joues innervés les uns et les autres par la septième paire crânienne;

2° Les muscles de la langue innervés par la douzième paire;

5° Les muscles abaisseurs de la mâchoire innervés par les premières paires cervicales;

4° Les muscles releveurs de la mâchoire innervés par la branche masticatrice de la cinquième paire crânienne;

5° Les muscles à proprement parler aspirateurs, c'est-à-dire ceux qui sont, comme le phrénique, tributaires d'un certain nombre de racines cervicales. Or les réactions motrices de tous ces muscles ne sont nullement comparables à la réaction motrice d'un réflexe élémentaire, du réflexe abdominal par exemple, puisque je vous ai déjà signalé celui-là. Les mouvements provoqués par l'excitation périphérique du tégument muqueux et cutané des lèvres sont des mouvements coordonnés; ils ne sont pas simultanés, ils se suivent et s'enchaînent : chacun d'eux vient en son temps. Voilà le fait, non plus d'un centre spinal mais d'un centre plus élevé, sous-

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