I. A MÉTAIRIE DANS LES TR0P1I0NËVROSES. I Si
liation de l'épidémie, chaque papule correspond à un orifice folliculaire cl aux parties qui l'environnent. La tuméfaction el l'infiltration des papilles forment la papule, el l'amas d'épiderme hyperplasié ou d'exsudat à l'orifice du follieule représente la squame centrale ou la petite pustule1.
Vous le voyez, ce processus complexe peut se résumer d'un mot : il s'agil d'une hyperplasié systématisée.
Et maintenant, au point de vue clinique, quels sont les attributs de la trophonévrose communément appelée lichen*! Sans enlrer dans les détails, il me suffira de vous rappeler que l'élément dermatologique du lichen est la papule, et que celte papule présenle des variétés très nombreuses. L'anatomie pathologique vous le faisait bien pressentir. En raison même des grandes différences objectives qu'il affecte suivant les cas, le lichen a forcément été l'objet de subdivisions un peu arbitraires. Deux principales paraissent universellement admises : le lichen de Wilson et le lichen simplex de Yidal.
Celui-ci n'est autre chose que la névrodermite circonscrite de Brocq, appellation suffisamment significative. Les éléments éruptifs sont disposés tantôt en plaques, tantôt en bandes longitudinales, tantôt enfin en tranches transversales. Nous n'avons à considérer bien entendu que ces deux derniers cas. Or, les bandes longitudinales sont parfois mathématiquement superposées à un trajet nerveux, et ce ne peut être là l'effet du hasard (l'ig. G2
). ibid., p. 029.
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tlti. — Trophonévrose liclii'noïdê !<:;ts de
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LA MÉTAMERIE DANS LES TROPJIONfiVROSES.
M. Balzer a publié mi remarquable exemple de lichen réparti sur tout le territoire du petit scialique1, et il a bien voulu m'en signaler un second, celui-là non publié encore, de tout point identique au premier. Le trouble trophique étant, sans contestation possible, soumis à la sphère d'influence d'un conducteur nerveux périphérique, il y a tout lieu de croire qu'une éruption semblable sera, un jour on l'autre, reconnut1 tributaire, non pas d'un nerf périphérique, mais d'une racine. 11 eu a élé ainsi du zona des membres ([ni, jusqu'à ces toutes dernières années, semblait devoir conformer sa distribution à celle d'un nerf périphérique, llead a prouvé que, s'il esl des zonas de nerfs, il en est aussi de racines. En tout cas, pour ce qui a trait au lichen, nous savons que l'éruption occupe parfois une aire cutanée dont les limites correspondent évidemment à un territoire de métamérie spinale. Je vous en apporte la preuve.
Voici un lichen chronique corné observé dans le service de Quinquaud; l'éruption — une névrodermite, ne l'oublions pas — occupe tout l'avant-bras , mais rien que l'avantbras. Le pli du coude et l'interligne articulaire du poignet semblent lui avoir imposé des limites infranchissables. Puisqu'il s'agil d'une névrodermite, force est d'admettre que tous les nerfs cutanés de l'avant-bras contribuent, chacun pour sa pari, à la dystrophie hyperplasique (Fig. 63). Or ces nerfs proviennent d'étages radiculaires différents; ils né conjonction qu'en un point de la moelle eprésentant le centre métamérique du tronçon antibrachial. Ici l'intervention du mijélomère ne saurait donc être douteuse. En fait, elle l'est d'autant moins que le lichen et, en général, tontes
Fig". 63. — Lichen chronique corné cas de Quinquaud), ibid. ii" 1555.
peu vent avoir leur r
t. Musée de l'hôpital Saint-Louis, n" 1062. Celte Ggure cl les suivantes sonl des photographies de pièces de l'hôpital Saint-Louis (moulages de Barctta), mises obligeamment à ma disposition par M. le directeur de l'Assistance publique.
LA MÉTAMÉRIE DANS LES TROPHONÉVROSES. III
les éruptions lichénoïdes apparaissenl exclusivement chez des sujets entachés de uéwopathie.
Y. — La disposition névropathique n'est pas moins manifeste dans les différentes variétés tfurticaire aiguë et chronique. 11 n'y a donc pas lieu de s'étonner si l'on voit de temps à autre l'éry thème ou l'œdème ortiés strictement limités à des départements métamériques. Il en est de même des cas rangés dans une catégorie à part sous les noms de clermographisme ou d1 'autographisme. Mais c'est surtout dans ['urticaire pigmentée que l'influence de la métaméric spinale se révèle avec une entière et remarquable évidence. Il s'agit, vous le savez, d'une dermatose fort rare et plus spéciale à la première enfance-, consistant en une éruption d'urticaire vulgaire à laquelle succèdent des macules saillantes de teinte brunâtre. Celle affection procède par poussées successives et sa durée est en quelque sorte illimitée.
« Relativement à la nature de cette maladie, la plupart des auteurs, dit M. Ifallopeau, sont d'accord pour admettre avec le professeur Pick une angionewf&se, à laquelle il faut ajouter, d'après M. P. Reymond, une trophonévrose. Les particularités (constatées) viennent pleinement confirmer cette manière de voir. On ne peut en effet s'expliquer autrement que par un trouble de l'innervation trophique la disposition zoniforme des plaques éruptives et les atrophies d'apparence cicatricielle qui s'y sont développées sans cause occasionnelle appréciable; elles permettent de dire que l'urticaire pigmentée doit être rangée parmi les trophonévroscs. L'analogie que peuvent présenter ses localisations avec celles du zona et de cer tains nsevi conduit à penser qu'elles peuvent avoir pour cause prochaine, comme ces affections, une altération mélamérique1. »
Nous voyons souvent un mode de répartition très analogue, dans les nombreuses variétés de purpura qui, toutes sans exception et quelle qu'en soit la cause, relèvent, à l'origine, d'une fragilité vasculaire par vasodilatation excessive.
VI. — Dans le groupe artificiel des eczémas, la mélamérie peul se montrer encore avec autant de précision topographique que
1. (Uuomv. Uuséede l'hôpital Sainl-Louis, p. "d7>. Pl. XI.IX.
Fig. lii. — Eczéma primitif des onplcs. Ibid'., h- 1625 (cas de Quinqùaud).
1*3 LA MËTAMÉRIE DANS LES TROPHONÉVR0SES.
dans les dermatoses précédentes.
Et ici cependant le trouble dyslrophique ne semble pas jouer le rôle principal ou, du moins, le rôle primordial. Considérez par exemple les eczémas chroniques des ongles (l'ïg. 64). « Leurs lésions consistent soit en une inflammation du tégument an pourtour de l'ongle, avec rougeur et tuméfaction ou avec desquamation, soit en altérations de l'ongle lui-même qui est épaissi, rugueux, irrégùlicr et déformé, présentant l'aspect de la moelle de sureau à son extrémité libre, ou exfolié cl strié, parfois simplement piqueté de petites dépressions; ces dernières altérations constituent plutôt des dyslrophies unguéales (Besnicr) que des lésions eczémateuses proprement dites »
Assurément la dystrophie unguéale est indiscutable. L'inflammation simple, purement irrita tive, telle qu'on l'observe dans les onyxis, n'a rien de commun avec ce trouble de nutrition. Mais, à l'opinion que je soutiens el qui fait intervenir ici une action nerveuse lointaine, n'est-on pas admis à opposer une autre thèse : celle d'une maladie systématique de lissu'.' Ce serait une thèse parfaitement soulenable, si l'eczéma des ongles n'était, dans la pluparl des cas, consécutif à l'eczéma des phalanges (Fig. 65). <»i la localisation de la dermatose aux articles
I. Thibierge. Thérapeutique des maladies de la ]>cait,\. I. ]i 410.
Fig. 65. — Eczéma aigu.
Ibid., n" 1088 (cas de Besnier).
LA M É T A M É II 1 K DANS LES TROPUONÉVJIOSKS. 145 digitaux, c'est-à-dire à dos tronçons métaménques caractciisés au premier chef, ne laisse subsister aucun doute sur le rôle dominant des centres nerveux trophiques. Vous ne vous méprendrez pas sur la signification que j'attribue au terme centre trophique pour La commodité du langage.
Ne pourrait-on pas encore objecter que, si l'eczéma se localise aux phalanges et à l'extrémité inférieure des métacarpiens, c'est pan e que La circulation sanguine est, dans ces régions, plus lente que partout ailleurs: ou parce que la richesse vasculairc des doiffts favorise et entretient un état congestif permanent? Il est
je
Fig. ci;. — Eczéma rulu-uiu. lbhl. Dessin n° 66 (du fond Cazenave).
bien facile de répondre à cela par un argument péremptoire. Voici un cas à'eczema rubrum (Fig. 66) dont les limites sont exactement celles de la tranche métamérique a nti brachiale. Il n'est plus permis celle fois d'invoquer la prédisposition analomo-physiologique du régime circulatoire spécial aux extrémités digitales. Ài-je besoin de vous dire que, pour affirmer le caractère métamérique d'une éruption, surtout lorsque vous soupçonnez une localisalion de métamérie spinale, il faut éliminer bien soigneusement certaines causes d'erreur : par exemple, chez nombre d'ouvriers, le fait de travailler les manches relevées, modifie les conditions trophiques normales du tégument; il ne faut pas confondre une pigmentation métamérique d'origine morbide, avec
« ... le teint plus jauni que de vingt ans de hàlc. »
Je ne m'attarde pas à ce genre de méprises, mais il en est d'autres dont je dois vous dire quelques mots.
VII. — Certaines éruptions ont les apparences et donnent l'illusion de troubles trophiques mélamérisés conformément à la seg-
U4 LA M K TA M Kit IK DANS LES TROPHONÉVROSJSS.
mentation radiculaire ou à la segmentation spinale. La plupart appartienne^ à la pathologie des intoxications. Cependant le groupement des éléments éruplifs sur les territoires que vous savez n'a rien à voir avec l'influence trophique des ganglions ou de l'axe gris médullaire. Il faut se garder de commettre cette erreur, qui
Kig. G7. — llydroa Gestationis (cas de Bar el Tissicr).
serait vraiment le fait d'un examen par trop superficiel.
Voici, par exemple, un beau cas de maladie de Duhring observé et commenté par mes collègues MM. Bar et Tissier1.
A première vue, l'éruption semble répartie sur des départements cutanés radiculaires. L'épreuve photographique qui m'a été obli-
\. Contribution à l'étude de la dennalilc polymorphe prurigineuse récidivante chez les femmes enceintes el récemment, accouchées, in Bull, et Mém. de la Société obsté Iricale et gynécologique de Paris, février 1895
LA MÉTAMÉRIE DANS LES TROPHONÉVROSES. 145
geamment conliée par M. Bar vous montre que l'herpès all'ecle une distribution analogue à celle (l"un zona bilatéral. La maladie en question, désignée encore sous les noms de dermalite polymorphe prurigineuse récidivante de la grossesse, d'hydroa gestaiionis, d en thème ou d'herpès de la gr ossesse, passe pour une manifestalion exantfcématique d'auto-intoxication. La prédisposition individuelle est évidente, puisque la même dermatose réapparaît chez le même sujet à chaque grossesse nouvelle. Selon Tcnneson et Lyon, Thibierge, Fournier, Brousse, Julien, elle serait liée à unehypoazo- L 1 1 lie transitoire. Même en admettant l'intoxication préalable, 1 intluencedu système nerveux serait très importante aux yeux de certains auteurs. « La rapidité avec laquelle bulles et vésicules se développent, la sensation de cuisson, de brûlure, de vésication qui précède leur apparition et la symétrie avec laquelle se produisent les poussées dans les différentes régions atteintes plaideraient en laveur de cette opinion1. »
Cependant si vous y regardez d'un peu près (Fig. 67), vous vous rendrez compte que la topographie des lésions est subordonnée à un l'ait de constitution histologique. L'érythème, l'herpès, les huiles, etc., apparaissent sur les parties du tégument dont la structure est particulièrement délicate, à la face antérieure des avant-bras, à la face interne des cuisses, et surtout au thorax où les espaces intercostaux se devinent en quelque sorte à travers l'éruption. Par contre, les régions découvertes, le visage et les mains, qui sont moins susceptibles, sont le plus souvent épargnées.
Vous vous souviendrez d'ailleurs que les exanthèmes des maladies éniptives qui ont leurs lois générales de distribution topographique, et qui relèvent manifestement d'une infection, présentent des particularités — on pourrait dire des fantaisies — qui excluent toute ingérence primitive et directe des appareils nerveux centraux ou périphériques.
MU. — Je reviens aux cas de métamérie vraie.
Dans notre énumération des espèces dermatologiques susceptibles d'affecter — à l'occasion — les caractères lopographiques si tranchés de la métamérie spinale, j'ai négligé à dessein de vous signaler le vitiligo. VA cependant le vitiligo est essentiellement