EHDO-ÉPIDÉMIES SYPHILITIQUES POSTÉRIEURES A CELLE
DU QUINZIÈMB SIÈCLE
> ^Qt des maladies eitraordinaires ou particulières à certaines localités, \ai ne soot autre chose que la syphilis. Elles offrent entre elles de grandes do?ies dans leur ensemble. La critique moderne leur a restitué leur indivitiité réelle. Le mérite en revient surtout à un des plus éminents syphiliophr» français, M. le docteur Rollet, de Lyon'.
>< maladies ne ressemblent en rien ni à la blennorrhagie, ni au chancre ip'>-f:t à son dérivé le bubon chancreux. — C'est à la syphilis vraie, à la f)i)j« ^eule qu'elles se rattachent. Il faut donc mettre de côté, dans leur i*-. !♦' préjugé qui fait encore considérer la syphilis,comme se transmettant y^n ou à peu près toujours par l'acte génésique. Elle est la moins i*::<r des trois maladies vénériennes. Les contemporains de l'épidémie du &' «-me siècle considéraient la syphilis comme une maladie avant tout géiié- • •-( à modes de contagion infiniment variés. Notre syphilis ne diffère pas ^ '*: rapport de celle du quinzième siècle. Les chancres syphilitiques buccaux t a'j\ chancres primitifs d'un autre siège dans la proportion de 4 à 100. Le
L'^ ki belles descriptions de toutes ces épidémies dans RoLLrr : Rechet^hes sur '" " . etc., et Traité des maladies vénériennes.
228 MALADIES DE BBUNN (1578).
caractère vénérien de la syphilis est un caractère d'emprunt qui appartient surtout aux deux maladies avec lesquelles on s*est accoutumé à la cooroodr. — L'accident primitif parmi les manifestations de la syphilis est plus sou>' n; génital que les autres. Les accidents consécutifs transmettent presque toujo'l^ la syphilis autrement que par les rapports sexuels.
Pour bien comprendre les endo-épidémies syphilitiques dans leur nature. tt leur restituer leur autonomie, il faut s'appuyer sur le dogme de la pluralilèât^ maladies vénériennes et sur celui de la contagion des accidents consécutifs.
Le mystère dont s'enveloppela contagion des maladies vénérieanesa duu.\ connaissance de leurs principaux foyers et^de leurs divers modes de profagation. Lorsque la syphilis se propage par les rapports sexuels, il D*eât pi^ plus difficile de la suivre que la blennorrhagie et le chancre simple, dans uot série un peu longue de transmissions successives. D en est autrement quati la contagion ne s'eiïectue pas par l'intermédiaire des organes sexuels. Or, cVrt précisément là ce qui a lieu dans la plupart des endo-épidémies.
I. Maladibs de Brunn (1578). — Décrite par Thomas Jordan en 1378, cette maladie se développa à la suite d'applications de ventouses. Malgré le gran^ nombre de ventouses appliquées (dix environ chez quelques-uns), une on àv'-\ seulement passaient à l'état d'ulcère phagédénique.
Symptômes : Pustules sur le visage et sur tout le corps, purulentes et rr>û teuses; taches noires. — Callosités de la tête, qui se fondaient, rendaient \\u humeur melli forme, visqueuse et tenace, et se convertissaient en ulcère?. - Douleurs ostéocopes surtout aux tibias. — Céphalées. — Stupidité et mr. ii aberration mentale.
On crut que l'épidémie provenait des bains qu'on supposait empoisonné^, i le barbier qui avait appliqué les ventouses prit la fuite. Le peuple soupc'^ni^ que la maladie avait été propagée par plusieurs malades vénériensqui a\a:efl pris des bains. — Le sénat fit fermer l'établissement, et la maladie sVui atténuée pendant l'hiver, disparut vers lequinoxe du printemps. Dans Vv^^\ de deux ou trois mois, elle attaqua 80 personnes dans la ville et à peu pH 100 dans les faubourgs. — Des gens de la campagne en furent aussi atlein^
Les cas de syphilis transmise par des ventouses scarifiées ne sont pas rai^ Qu'on compare à cette épidémie des faits plus récents, par exemple, les io'.vi lationsde syphilides secondaires pratiquées par Waller, au moyen de la fil fication, et surtout celles qui ont été faites avec du sang syphilitique :th^ a après l'inoculation, tubercules cutanés, etc.; — 34 jours après Tinoculatioc {^ le sang, apparition de deux tubercules, puis ulcérations, etc., etc.
De quelles lésions provenait le virus, dans l'épidémie de Bruna? On n^ sait. Toujours est-il que, les accidents consécutifs furent ceux de la Mplii secondaire et de la syphilis tertiaire. La maladie fut transmise par ceux ) avaient été inoculés. — Traitement : Turbith, Ong. mercurie).
On peut rapprocher de la maladie de Brunn une épidémie analogue qut produisit au commencement du seizième siècle à Nuremberg (Franconio . | Tusagc de saignées et de ventouses dans les établissements de bains ; de <>l de Zurich en 1592, survenue sous l'influence de cause moins connues, et i\ du mal de saint Euphémie (également éphémère), et de celle qui fut pnv^ji par la lancette des vaccinateurs de Freinfels.
PIAN, TAWS, FBàMBŒSIA. 229
U, SiBBESis d'Ecosse (1690). ^ Le sibbens s'est montré pour la première fois en Ecosse, vers Ja flo du dix-septième siècle. — Quelques auteurs préteDdent qu'il y fut apporté par les soldats de Cromwel. Décrit d*abord parGilchrist, etenfin f:u5 tird magistralement par Benjamin Bell. Il régnait surtout dans la région '•^rideotale de TÉcosse et principalement dans les comtés de Galoway,Dumfr)es, ^i^town, Ayr, etc.
V)D origine et sa nature syphilitiques n'ont pas été méconnues. La contagion ^< faisait par les vases, les serviettes, l'allaitement, le coucher, le coït, etc. — duboos, nodus, ulcères dans la gorge, la bouche, le nez, ulcérations des os et »ortoDt productions fongueuses, excroissances molles, etc., ressemblant à des ^ramboises sauvages nommées sibbens ou siwens en Ecosse : tels étaient ses principaux symptômes. Le seul remède était le mercure.
Ma^ifique description de Bell où sont notés: 1* les accidents primitifs avec ear siège de prédilection : parties génitales, mamelons des nourrices, bouche, ifvres, amygdales, etc.; 2* les éruptions consécutives, papuleuses, pustuleuses, de ouîeur cuivrée, serpigineuses ; 3» l'hérédité, l'avortement, l'invasion de la ma- 3«Jie chez les enfants, seulement le premier mois après leur naissance ; 4* l'efkicilé souveraine du traitement mercuriel.
Le? excroissances étaient probablement des plaques muqueuses végétantes, des uU'rcuIes muqueux. Wills parle d'une incubation de 7 à i4 jours, Sv^édiaur erarde le sibbens comme syphilitique.
Pi45, Yaws, Frambobsia: Pian d'Amérique;— Yaws (T Afrique; Frambœsia de tyliqyart des dermatologistes français ; bobos au Brésil j Gàllao en Guinée. — îrDalée par les médecins arabes dès le dixième siècle sous le nom de Sahafati, cette laladie infecte presque toute une race d'hommes en Afrique et en Amérique. Ht attaque principalement les noirs sur la côte occidentale de l'Afrique, depuis irive ganche du Sénégal, jusqu'au cap Négro, dans la Sénégambie, le Congo, I Sierra Leone, la Nigritie. Mais on ne l'observe ni au sud de l'Afrique ni sur toMe orientale.
Dans toutes les colonies où les nègres ont été transportés : au sud des États t ; Laion, dans les Antilles françaises, anglaises, espagnoles, à Saint-Dominne, a la Guadeloupe, à la Jamaïque, au Brésil, à Cuba et dans presque toute &mèriqae méridionale, on retrouve le pian. Il difTère un peu en Afrique et en Amérique.
A. btsaiptiOK anglaise, — ^uptions successives de papules qui deviennent Dst'jkuses, s'agrandissent et se phagédénisent. — Douleurs nocturnes, gonto^nX des os, ulcères de la gorge. — Les végétations fongueuses qui s'élèvent ir Ir? ulcères caractérisent cette maladie. — Durée : six mois, un an, en it^enoe hait mois.
K Iksaription française. — Boutons rouges sur diverses régions du corps. Puis îTji.tion se montre sous trois aspects : — 1® Les gros pians ou pians blancs ; ' ** prtite pians ; 3* les plaies rouges. — Ajoutez à cela les guignes, excroissances ^ 'tuir à la paume des mains et à la plante des pieds, les crabes, végétations V 'a plante des pieds, les Saonaonas, épaississement considérable, rouge et dou- Kir^ui de la peau à la plante des pieds et dans l'intérieur des mains ; le mal ^ "S (Douleurs ostéocopes, tuméfaction des os spongieux, exostoses, caries.
230 BADEZTGE DE NOBViOE (1710).
La maladie ne naît jamais spontanément, mais toujours parcontagion : rapprochement des sexes, allaitement, etc., pus variolique. — La maladie esthei^ ditaire et se développe chez les enfants à 3, 4 ou 7 mois. Elle ne se contracte qu'une fois. Des inoculations positives du pian furent faites par Thompsoo to 1819. — Hunter rapporte le cas de Tinoculation positive du pian qu'un médecin se fit accidentellement en ouvrant une tumeur pianique. Paulet, 18I-8 {Archm^ de médecine, 4* série, t. XVII, p. 393.), fit plusieurs expériences pour savoir si le pia'i était contagieux et héréditaire : inoculations suivies, 12 à 20 jours api^^. d'éruptions pianiques générales. Enfants procréés par des parents piaoiqn*^ qui furent atteints du pian, de 3 à 7 mois, et le communiquèrent à leurs noarrices.
Le pian est une syphilis, dans laquelle prédominent les éruptions cutaore^. et ces éruptions cutanées sont constituées par des plaques végétantes. La Rade* zyge etle.pian représentent deux formes symptomatiques de la syphilis, qui dilT'-rent par suite des conditions dans lesquelles se développent Tune et Tautr» de ces maladies. Le premier exprime, comme nous allons le voir, la syphilis du Nord, avec prédominance des lésions muqueuses, osseuses et des syphilopathi'-!' viscérales. L'autre représente la syphilis du sud, qui affecte surtout la peai Ce sont deux termes opposés dont notre syphilis française est le véritable tnit d'union.
Pian expérimental. — Inoculations : 3, par Thompson ; 14 par Paulet. Mèmrs résultats que celles de Wallace, de Waller, de Vidal, de Rinekeer, de GiL^^rl Guyenot, etc. Incubation de trois semaines environ après les piqûres ; pui>. ^nt les piqûres, ulcères de plus en plus profonds ; enfin, après une deuxième inm^ bation de cinq ou six semaines, éruption papuleusegénéralisée. — Dansquatn cas, sur 14 inoculations de Paulet, il y a eu, chose remarquable et contraire s ci que donne l'expérimentation en France, infection d'emblée sans accidenh f* mitifs.
Le pian se traite et se guérit par le mercure.
IV. RADBZYGBMi'710}. ^ La syphilis radezygienne est dans les États s^aih dinaves l'analogue du Sibbens en Ecosse. — Elle a été étudiée avec une grande abondance de documents par le professeur Boeck, de Christiania. ConfondH avec une autre maladie endémique la spedalskhed qui n'est autre chose *\u{ l'éléphantiasis des Grecs, ou notre lèpre tuberculeuse, la radezyge a éclatt* d Norvège au commencement du dix-huitième ^iècle. Elle y était inconoD^ avant 1710, époque où un vaisseau russe vint hiverner près de Stavanj^tr Des femmes norvégiennes allèrent visiter les marins russes à bord, et elle> 1 1 rapportèrent des ulcérations aux parties génitales. Plus tard survinrent ùr maux de gorge, des éruptions cutanées, et autres symptômes généraux de '.i maladie. De Stavauger, son point de départ et son premier foyer, la radez>s:' ^' répandit peu à peu dans toute la Norvège, et à la fin du siècle dernier où <'.)i prit son plus grand développement, ou la rencontrait partout, mais princif'i lement sur les côtes, à Bergen, à Christiania. Elle ne tarda pas à gaguir i Suède et régna bientôt sur toutes les côtes de la Baltique.
Les nombreux médecins qui l'observèrent et la décrivirent, fureDl loin di