‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 14 sur 441 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES DIFFÉRENTES ESPÈCES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES DIFFÉRENTES ESPÈCES

commun aussi, et qui a une importance plus grande que les deux autres : c'est la propriété qu'elles possèdent, à un haut degré, d'être contagieuses par le fait d'un principe virulent fixe et non volatil.

Telles sont les raisons qui ont de tout temps paru suffisantes pour faire de ces maladies une classe à part. Mais pénétrez-vous bien cependant de cette idée que les particularités étiologiques et topographiques qui les distinguent, n'étabUssent point entre elles et les autres maladies une ligne de démarcation profonde. Si réelle en eiïet que soit leur individualité, elles n'en subissent pas moins les lois fondamentales qui gouvernent tous les autres états morbides, dans l'infinie variété de leurs manifestations.

Aussi, quoique je n'aie à m'occuper ici que d'une classe Hmitée de maladies, je ne perdrai jamais de vue la pathologie générale, car j'ai la conviction que la spéciaHté n'est vraiment élevée et scientifique qu'autant qu'elle s'inspire des larges vues de la physiologie et de la médecine.

Est-il nécessaire de commencer ces leçons par de longues et minutieuses considérations historiques sur les maladies vénériennes ou par un examen critique des nombreuses doctrines que leur étude a fait nattre à toutes les .époques, mais surtout depuis la grande épidémie du quinzième siècle ?

Non, messieurs, et je m'abstiendrai de ce préambule presque obligatoire qui n'est trop souvent qu'un Ueu commun, parce que les larges vues d'ensemble ne me paraissent à leur place et n'acquièrent toute leur valeur que lorsqu'on est déjà familiarisé avec les détails. C'est alors qu'elles sont réellement intéressantes et instructives.

Quant aux questions de doctrine, leur fastidieuse stérilité est surabondanmient démontrée. Qu'elles aient alimenté pendant longtemps des polémiques plus ou moins irritantes, c'est ce qui n'est que trop vrai. Mais ce qui l'est moins, c'est qu'elles aient contribué aux progrès de la science autant qu'on se l'imaginait, il n'y a pas un demi-siècle.

Du reste, l'occasion se présentera fréquemment d'aborder ces questions spéculatives à propos de divers sujets que je traiterai devant vous. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de vous en dire alors quelques mots ; mais je le ferai sobrement, car mon programme est de rester toujours dans le domaine de la clinique pure. Sur les points où la controverse n'est pas devenue trop surannée et conserve encore quelque actualité, j'aurai soin de vous montrer les faits ou de vous exposer les expériences qui vous permettront de comprendre et de

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«Titiquer les points de vue opposés, el de fonder votre jugement sur les bases solides et invariables de l'observation scientifique.

Si mon dessein n'est pas de débuter par des généralités vagues ou trop compréhensives, je pense cependant qu'il importe de vous tracer un rapide aperçu des diverses maladies vénériennes. Ce sont là des préliminaires fort utiles et presque indispensables, surtout pour ceux d'entre vous qui ne sont pas encore initiés à leur étude.

Je vous disais qu'envisagées dans leur ensemble elles présentent Qoe individualité réelle et bien tranchée.

Or, savez-vous ce qui résulta de la considération étroite et exclusive des caractères conmiuns qui constituent cette individualité? Il en résulta que pendant plusieurs siècles, à peu d'exceptions près, la plupart des pathologistes, méconnaissant les différences profondes qui eiistent entre les diverses espèces de maladies vénériennes, n'en firent qu'un seul tout, le mal véiérieriy qui procédait, d'après eux, d'un principe unique, d'unm^e virus , et qui, dès lors, était un dans son origine, quoique très variable dans ses manifestations multiples.

Ces idées furent soutenues par les hommes du plus haut mérite. En t^te et bien au-dessus d'eux tous il faut placer John Hunter, le plus grand génie médical des temps modernes.

Mais peu à peu cette doctrine a été battue en brèche et définitivement détruite, et, si aujourd'hui tout le monde est d'accord pour reconnaître que les maladies vénériennes forment une classe à part dans le vaste domaine de la pathologie, personne ne conteste plus qu'elles ne proviennent de principes différents.

Ces principes ou virus sont au nombre de trois : le virus blennorrha- ;nqiie, le virus du chancre simple ou ulcère vénérien et le virus syphilitique. De là l'existence de trois espèces bien distinctes de maladies vénériennes : la blennorrhagie, le chancre simple et la syphilis.

Voilà une vérité des mieux établies.

Mais si bien constatée qu'elle soit aujourd'hui, si évidente qu'elle graisse à tous les esprits non prévenus, il a fallu bien des efforts pour i raire triompher. Et pourtant elle avait été entrevue, et même pro- -itmée par de nombreux observateurs, à l'époque où la syphilis

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envahit TEarope. Puis elle subit une éclipse complète pendant plus de deux siècles. Aussi peut-on dire qu'elle est tout à la fois ancienne et moderne, et c'est ce qui prouve combien sont grandes les vicissitudes par lesquelles passent trop souvent les opinions médicales sur le même sujet, avant de s'asseoir définitivement dans la réalité des faits positifs.

N'est-ce pas une chose remarquable que la confusion entre les diverses espèces de maladies vénériennes ne se soit faite que vers le milieu du seizième siècle? Les médecins qui décrivirent les premiers l'épidémie de syphilis qui fit explosion à la fin du quinzième siècle et la regardèrent comme une maladie nouvelle, eurent toujours soin, en effet, de la distinguer de la blennorrhagie et de l'ulcère contagieux des parties génitales, maladies anciennes dont on trouve de si frappantes descriptions dans Moïse, dans les auteurs grecs et latins, chez les Arabes et les Arabistes.

Cette confusion, commencée dès 1520, fut à peu près universellement accomplie vers 1550. On annexa d'abord à la syphilis le chancre simple et le bubon chancreux. Puis vint le tour de la blennorrhagie que Brassavole engloba dans la grande diathèse pour en faire un symptôme du mal dit français. Dès lors et jusqu'en 1700, l'histoire des maladies vénériennes resta stationnaire, du moins au point de vue de la distinction des espèces.

L'erreur fut donc de longue durée. Mais peu à peu le jour se fit sur toutes ces questions qui nous paraissent si simples, si claires aujourd'hui, et qu'on avait embrouillées, compliquées et obscurcies à plaisir pendant tant d'années. La doctrine si fausse de l'unité vénérienne fut vivement attaquée vers la fin du dix-huitième siècle, et plus tard elle s'écroula rapidement sous les coups de la clinique expérimentale.

Ce fut d*abord la blennorrhagie qu'on détacha de cette unité pour en faire une espèce distincte.

Benjamin Bell (1793), Hernandez et, plus tard, un de nos mattres les plus éminents, M. Ricord, pour ne citer que les principaux, prouvèrent d'une façon irréfutable et qui devait convaincre tous ceux que n'aveuglait pas l'idée systématique d'une doctrine erronée, que l'inflammation spécifique du canal de Turèthre, désignée, depuis, par Swédiaur, sous le nom de blennorrhagie, n'était point produite par le virus syphilitique ni par l'ulcère vénérien des parties génitales ; qu'elle pouvait s'associer avec eux, mais qu'elle avait une origine bien

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distincte; qu'elle évoluait d'une autre manière, se traduisait par d autres effets, et que l'observation, comme les expériences, la constituaient à l'état d'individualité vénérienne.

Quant au virus du chancre simple et au virus du chancre syphilitique ils restèrent confondus jusque vers le milieu de notre siècle. Il y a trente ou quarante ans, on croyait encore, et M. Ricord lui-même professait, que les deux chancres sont dus au même principe virulent, et que si leurs conséquences sont les unes locales et les autres constitutionnelles, cette circonstance pathologique capitale ne tient qu'à des conditions indépendantes du virus lui-même et inhérentes au terrain sur lequel il est implanté.

Après de longues luttes, qui ont eu un grand retentissement et dont le souvenir n'est point encore effacé, une nouvelle doctrine, celle du dualisme j devait l'emporter.

C'est à un médecin français, M. Bassereau, que revient l'honneur de lavoir créée et imposée, pour ainsi dire, à force de preuves convaincantes, à tous les esprits non prévenus. Aujourd'hui elle est généralement adoptée. C'est ici même, dans cet hôpital, que ce savant médecin réunit les matériaux de son remarquable ouvrage sur les affections de la peau symptomatiques de la syphilis^ qui devait opérer une révolution si importante dans la syphiliographie.

C'est de Tannée 1852, époque à laquelle parut le livre de M. Bassereau, que je fais dater l'ère moderne et vraiment féconde en travaux remarquables, de la pathologie vénérienne.

Il est inutile de m'étendre plus longuement sur les phases historiques des trois virus qui sont la source de toutes les maladies vénériennes. Mais peut-être désireriez-vous savoir à quelle époque remonte leur première apparition sur notre globe.

Eh bien, messieurs, la blennorrhagie a existé de tout temps. Elle semble aussi vieille que le monde; elle est inhérente à l'humanité.

Le chancre mou, est lui aussi, d'une ancienneté fort respectable. Il était^^nnu dans l'antiquité, chez les Grecs et chez les Romains '.

l. Noos dirons quelques mots de l'historique du chancre mou et de la blennorrhagie, "Ua^ les leçons qui seront consacrées à ces deux affections.

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