ESQUISSE HISTORIQUE DE LA SYPHILIS
Trois hypothèses sur l'origine ancienne, sur l'origine moderne et sur l'origine exotique de cette maladie. — Sa conception pathologique ne remonte qu'au seizième siècle.
De la syphiliographie depuis cette époque jusqu'à nos jours : Quatre périodes : lo période créatrice; — 20 période dogmatique ou de confusion; — S" période expérimentale; — 4* période scientifique ou pathologique.
De la syphilis chez les hommes préhistoriques de l'ancien et du nouveau monde, à l'époque néolithique.
Au sujet de la syphilis, il subsiste des doutes sur son ancienneté et je ne me chargerai point de les dissiper. J'ai toujours admiré avec quelle facilité, et je dirais presque quelle complaisance, certains historiens syphiliographiques admettent que cette grave maladie sévissait dans l'antiquité et au moyen âge comme dans les temps modernes. II leur suffit de quelques phrases et même de quelques lignes pour la reconstituer de toutes pièces. Ces fragments de texte qu'on trouve cités dans la plupart des traités de syphiliographie ne m'ont jamais paru très probants, quelque attention que j'aie mise à en pénétrer le sens et la portée.
Il est vrai que les partisans de l'origine ancienne vous disent : ^> cherchez pas dans les écrits des auteurs grecs ou romains l'autonomie de la maladie constitutionnelle. Vous ne l'y trouveriez pas. La conception de cette grande entité morbide n'existait pas encore. La plupart de ses manifestations ne s'en montraient pas moins alors comme de nos jours. Seulement on les rattachait à des maladies auxquelles elles n'appartenaient pas.
Us ajoutent que la syphilis devait être rare.
Ne pèutK)n pas opposer à cette manière de voir des arguments fort sérieux ?
Et d'abord, si la syphilis régnait dans le monde antique, pourquoi n'aurait-elle pas développé ces redoutables propriétés de diffusion contagieuse qui ne lui ont jamais fait défaut et qu'elle possède toujours à un si haut degré?
N'avait-elle pas pour se propager des théâtres aussi vastes que de nos jours? Rome, Alexandrie, Byzance et tant d'autres grandes cités n'étaient-elles pas aussi favorables que les nôtres à la contagion vénérienne? La débauche n'y était pas moindre; elle atteignait même souvent des proportions monstrueuses.
OBIGIITE ANCIENNE DE LA STPHILIB. 7
On en peut donc conclure que si la syphilis avait existé à cette époque, elle aurait sévi avec des proportions aussi grandes, sinon plus grandes que dans les temps modernes. Comment, dès lors, expliquer qu'elle n'eût pas laissé des traces profondes dans la littérature et dans les livres de médecine ?
Chez les Grecs comme chez les Romains, on est frappé de l'absence de documents sur cette grave question. Us font défaut même aux époques les plus florissantes de la civilisation. La voix de la tradition, qui parle si haut et qui se fait entendre si longtemps, est muette, elle aussi. Cependant, la vie en plein air, les mœurs et le climat qui permettaient une nudité presque complète dans les gymnases et les thermes, l'habitude des vêtements légers et flottants et tant d'autres particularités de Texistence dans l'antiquité, n'auraient-elles pas révélé à tous les yeux une maladie dont les manifestations sont aussi apparentes et aussi durables que celles de la syphilis?
Les malades n'auraient-ils pas saisi le rapport qui existait entre 1 affection locale des organes génitaux et les accidents qui, à brève échéance, en étaient fatalement la conséquence ? La malignité publique, en voyant tant de maux engendrés par la débauche, n'en aurait-elle pas compris la véritable cause et divulgué la source impure? Le mal de Campanie qu'on invoque, ne présente avec la syphilis que des rap- [lorts très éloignés. On parle aussi des maladies d'Auguste et de Tibère, qui excitèrent les plaisanteries des satiriques. On cite quelques passages de Dion Chrysostome, d'Arétée de Cappadoce, etc., etc. Toutes ces données sont fort obscures et aussi sommaires qu'équivoques. On n'en peut tirer aucime conclusion rigoureusement scientifique.
Il m'a toujours semblé que c'était faire comme une sorte d'injure îrratuite au génie de la médecine ancienne, que de le supposer incapable d'avoir pu réunir en un seul faisceau les éléments épaf s d'une aussi redoutable maladie, à supposer qu'elle eût existé. Les grands pathologistes grecs, romains et arabes n'ont-ils pas résolu des problêmes plus difficiles que celui-là? Avaient-ils moins de perspicacité < Unique, moins de puissance d'induction et d'esprit synthétique que It's médecins de la renaissance ?
Or qu'arriva-t-il lorsque le fléau éclata sur l'Europe à la fin du quinzième siècle? Échappa-t-il à aucun de ceux qui l'observèrent? Non, messieurs, et d*emblée on le constitua dans sa puissante autonomie. Une fut confondu avec aucune autre maladie. Il fut proclamé un mal Douveaa, un mal inconnu jusqu'alors; et, si on lui trouva quelques