AV£C LES FIÈVRES EXANTHEMATIQUES VIRULENTES
>urtout lorsque l'intoxication généralisée suscite dans l'organisme les troubles constitutionnels variés dont je viens devons tracer le tableau, il est difficile de ne pas lui trouver quelque air de ressemblance avec tes fièvres éruptives. Presque tous les syphiliographes en ont été frappés. Quelques-uns, on pourrait même dire le plus grand nombre, if y ont attaché aucune importance ; d'autres, au contraire, en ont fait là base de leurs théories sur la nature de la maladie constitutionnelle. Ce sont là des spéculations qui ne sont point absolument vaines, puisque l'analogie entre des états morbides plus ou moins rapprochés, mais inégalement connus, sert toujours à dissiper quelque peu l'obscurité de ceux dont nous ne pouvons pénétrer les lois mystérieuses. Il ne faudrait pas cependant aller trop loin dans cette voie, car on courrait risque de n'aboutir qu'à des subtilités insignifiantes sinon dangereuses. Je ne vois pas, en effet, quel grand profit il y a à dire que la syphilis est une fième spécifique^ à périodes prolongées, mais nettement définies, comme celles de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, etc. Une pareille définition ne peut s'appliquer qu'à la phase TJrulente delà maladie, et encore ne faut-il pas oublier que la fièvre est un de ses éléments les plus transitoires et les moins importants, et que les étapes, quand elles sont bien tranchées, se comptent par années et non plus par jours comme dans les exanthèmes spécifiques. Mais j'admets que l'analogie puisse aller jusque-là et qu'il n'y ait rien de choquant, malgré de nombreuses restrictions, à assimiler la syphilis aux fièvres éruptives virulentes. Tiendrez-vous ce langage lorsque la maladie sera d'emblée tertiaire, et lorsqu'elle le deviendra promptement après ses premières manifestations exanthématiques, ou beaucoup plus tard, après un sommeil diathésique qui n'est trop souvent que l'image trompeuse d'une guérison définitive. Voilà, messieurs, la pierre d'achoppement. C'est par sa constitutionnalité, c'est-à-dire par la partie la plus intime de son essence, que la syphilis déjoue, dans la théorie et dans la pratique , les vues systématiques basées sur une analogie superficielle.
Mais ces ulcérations à tendaftice si constamment phagédénique, ces hyperplasies diffuses ou circonscrites qui peuvent envahir la trame cellulaire de tous les organes, toutes ces lésions gommeuses, si variées dans leurs formes et dans leurs déterminations, quoiqu'elles émanent de la même source et obéissent au même processus, en un mot, les accidents tertiaires résultent-ils de l'éclosion plus ou moins prématurée ou tardive de germes laissés dans les tissus par les premières manifestations de la maladie pendant sa phase virulente? Telle est
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encore une de ces questions que les théoriciens de la sj^philis ont ii.'j>
guement discutée, sans la résoudre. Elle fut suggéré saib du- r;
doute par les idées de M. le professeur Virchow sur les récidj\*^'':
les poussées successives des lésions dans les maladies chroui;/^
D'après lui, ces rechutes proviennent toujours d'un stock de <>...h
toxiques qui, restées plus ou moins longtemps à Tétat de lattr." •
d'inertie, dans diverses parties de l'organisme, spécialement dith'*^
glandes lymphatiques, se réveiUent tout à coup, entrent en aciivi ^.
produisent une nouvelle infection du sang. En est-il ainsi ( •'/ 1
syphilis? Une gomme du foie ou du cerveau, par exemple, r-- -
t-elle de produits morbides déposés là où ailleurs pendant la |» :. 4
chancreuse et la période exanthématique ? Sans le nier d'une iiiiiH
absolue, il est difficile cependant de l'admettre. Les objecliuD< i -i
manière de voir se présentent en foule à l'esprit. Et d'abord p -'iriU
les germes morbides s'arrèteraient-ils dans leur évolution? fc*-fl
parce que le malade a été soumis à l'action des spécifiques et q^i- H
cellules toxiques ont été entravées dans leur action avant quri'^ 1
épuisée ? Mais alors le traitement, au lieu d'être salutaire, serai' li
gereux, et, loin de prévenir le tertiarisme, il le favoriserait. D'un ; d
côté, il faut avoir une foi robuste dans l'intensité de vie de> .-mj
morbides, pour croire qu'après vingt, trente, cinquante années i\ ii.-i
plus, d'un sommeil innocent et paisible au sein des tissus, ils ^n
capables de déployer une malignité d'action qu'ils étaient loin >! 4^'
dans un âge moins avancé. Je sais bien que des graines sou>(r4':
à leur milieu fécondant et abritées contre les causes qui les {»on\':t^
détruire, conservent pendant des siècles leur force gerniiualivf», «
peut-on comparer un pareil fait à celui qui nous occu|>e 1 Cv \n H
admettre que des cellules toxiques vivant au sein de rorg-mi-n^
y conserveront tout à la fois leur structure moléculaire ■ ot leur^ \'\
priétés spécifiques? Par quel privilège étrange d'immunil»* r-^
raient-elles aux mutations incessantes que le mouvement df .. I
imprime à tous nos tissus? Et ce sont ces reliquats avortés qui d <* \
impuissants dans la phase des manifestations bénignes, acquen
de nouvelles forces en vieillissant, et, après avoir bravé peu«l.iJiî
années les forces saines et réactives de l'économie, rinfeeteraïM
nouveau et lui infligeraient des altération^ morbides incom[)arat
plus profondes et plus irrémédiables qu'aux premiers jour:
maladie constitutionnelle! Je ne crois pas qu'il y ait, du moin-i ji>
présent, des raisons sérieuses en faveur d'une semblabh' hj|-.*
Je n'aurais mùme pas soulevé ces questions stériles qui ne servtu'
J>B8 ACCIDENTS T£RTIAIB£S DE LA SYPUILI8. 479
oous montrer notre ignorance, si je ne me proposais, en terminant cette leçon, de vous dire quelques mots sur les caractères qui appartiennent en propre à la syphilis tertiaire et qui la distinguent si nettement dans la plupart des cas, de la syphilis secondaire. Ce tableau, bien que je voas en aie déjà donné un aperçu dans les généralités sur les maladies vénériennes, trouve sa place ici et exige quelques développements. Dans les leçons suivantes je ne décrirai pas, eu effet, séparément, comme le font la plupart des auteurs, d'une part toutes les manifestations secondaires, et d'autre part toutes les manifestations tertiaires. Il me semble plus rationnel et plus instructif, de poursuivre dans les mêmes tissus et les mêmes organes, sans aucune interruption, l'ensemble des troubles fonctionnels et des lésions que la syphilis peut y produire depuis son début jusqu'à sa terminaison, si tant est qu'elle en ait une et s'éteigne pour toujours dans les organismes qu*elle a infectés. Il faut donc, pour simplifier leur étude, que vous sachiez d'avance à quoi vous en tenir sur les accidents qui appartiennent à la phase tertiaire.
La cause des phénomènes morbides qui sont propres à la phase virulente de la syphilis est indiscutable et n'expose à aucune surprise, puisque, à partir du chancre infectant, le processus de généralisation devient inéluctable et se déroule avec une continuité qui n'est interrompue que par des entr'actes plus ou moins courts dont nous pouvons toujours approximativement calculer la durée. Il est permis de prévoir aussi, dans une mesure à peu près exacte, quelles seront la nature et la portée pathologique des poussées qui vont se succéder pendant les deux ou trois premières années de l'intoxication. Mais au delà et pour les phénomènes ultérieurs qui relèvent du tertiarisme, l'étiologie dans ce qu'elle a de particulier et d'intime devient fort obscure. Sans doute, c'est toujours à l'infection de l'économie parle virus syphilitique qu'il faut rattacher tous les accidents, quels que soient leurs caractères et l'époque de leur apparition. Cette notion de la cause première est-elle suffisante ? Ne faudrait-il pas aussi déterminer les causes intermédiaires qui transforment une syphilis secondaire en syphiUs tertiaire? Certes elles e'xistent et il serait bon de la connaître, car, malgré leur subordination à la cause primitive, il est incontestable qu'elles jouent^un rôle important dans la genèse de ces redoutables manifestations, et, si elles ne nous échappaient pas, peutêtre pourrions-nous arriver à prévenir ou à atténi\er leurs conséquences. Malheureusement il n'en est pas ainsi. Il y a des syphilis qui d'emblée aboutissent au tertiarisme, sont maUgnes et galopantes dès