ET AUX SURFACES MUCOSO -CUTANÉES
liquides ou demi-liquides, tout aussi dangereux que ceux qui émanent du néoplasme primitif. — La lésion qui résulte de leur contagion ou de leur inoculation, chez les sujets vierges de syphilis, est toujours un chancre et non point une plaque muqueuse. Comme le chancre, les sj-philides muqueuses ne sont pas auto-inoculables y c'est-à-dire que le résultat de leur inoculation est toujours négatif, quand elle est faite sur le sujet qui la porte. Vous verrez quelquefois, il est vrai, ces lésions se produire symétriquemeut sur des surfaces opposées et en contact ; vous serez peut-être tentés de croire alors que celles qui ont poussé les premières, ont engendré les secondes. Il n'en est rien : d'abord, elles naissent quelquefois simultanément, et puis, quand elles se produisent successivement dans les mêmes lieux, il n'y a point propagation par le fait de leur contagiosité. Leur coexistence tient à d'autres causes et, entre autres, à toutes ces conditions de terrain, d'humidité, d'irritation par Trottement, etc., qui favorisent à un si haut degré la spontanéité (reclosion qu'elles portent en elles-mêmes. Je vous ai parlé plusieurs fois du rôle si important des syphilides muqueuses, dans l'étiologie de la syphilis. Le sujet vaut la peine qu'on y revienne souvent, et aujourd hui, je vous répète que : Les syphilides muqueuses sont un agent de cotitagion syphilitique aussi énergique^ aussi actif et beaucoup plus commun que r accident primitif lui-même; c'est par elle^, plus que par toute autre lésion de la phase primitive ou de la phase secondaire qtie la syphilis se propage et se perpétue. Pour vous en convaincre, rappelez-vous que presque toutes les contagions qui se produisent pendant l'allaitement, dans les rapports réciproques de la nourrice et du nourrisson, n'ont d'autre agent que la plaque muqueuse de la bouche et du sein; que l'infection syphilitique dans le mariage, qui est loin d'être rare, procède de la même source ; qu'il en est ainsi pour celle qui se produit en dehors du mariage dans toutes les classes de la population, et que les nombreux cas de syphilis contractés médiatement se font par l'intermédiaire d'ustensiles de ménage ou d'objets quelconques qu'a souillés le hquide sécrété par ces lésions virulentes, etc. Ou ya-t-il d'étonnant à cela? Est-ce que les plaques muqueuses ne sont pas infiniment plus nombreuses que les chancres? Est-ce que la durée souvent éphémère de ces derniers peut être comparée à la longue durée des syphilodermies muqueuses qui ne disparaissent un moment que pour repulluler plus tard avec une opiniâtreté, une persistance doni les médications spécifiques les mieux instituées, le traitement local le plus énergique ne peuvent triompher que momentanément. C'est, en effet, un des cara<!tères les plus remarquables de ces mani-
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festations que leur aptitude étonnante à récidiver. Par elles chaque individu devient un foyer de contagion qui, s'il s'éteint quelquefois, se rallume aussitôt, foyer peu dangereux pour celui qui le porte et qui l'alimente, mais d'autant plus pour ceux avec lesquels des rapport^ fortuits ou habituels le mettent en contact.
Par leur indolence , leur insidiosité , leur état latent ignoré ou méconnu, leur insignifiance en tant que lésion, les plaques muqueusf> déjouent trop souvent toutes nos précautions. Combien de foisn'ai-jf pas vu des gens avertis qui se tenaient sur leurs gardes et qui surveillaient toutes leurs muqueuses avec la plus minutieuse attention, infecter ceux qui les entouraient ! Ne cherchez pas ailleurs que dans les syphilodermies des muqueuses, la source de ces contagions mystérieuses, inexplicables, qui se font, pendant toute la période virulente de la syphilis et même à une époque très reculée de son début. J'ai vu des malades que des accidents profonds, destructifs ou viscéraux avaient fait entrer en plein dans la phase tertiaire, réputée non contagieuse^, communiquer néanmoins la syphilis au moyen de petites plaques muqueuses qui survivaient encore et dépassaient le terme ordinaire de leur aptitude à se reproduire.
Leur chronologie doit entrer en ligne de compte pour donner la mesure de leur importance. Parmi toutes les lésions secondaires, ce sont ell^** qu'on retrouve le plus fréquemment sous les formes les plus variées, et dans les Ueux les plus favorables à la contagion. Elles sont les premières à apparaître ; elles précèdent même quelquefois les syphilides cutanées les plus précoces. Et puis, tandis que celles-ci s'effacent pour faire place à d'autres, ou que l'action morbide parait s*ètre épuisée sur le tégument externe, l'éruption muqueuse repullule et son actirité ne s'éteint qu'à la longue, quelquefois trois ou quatre ans après le début de l'accident primitif.
Toutes les circonstances précédentes leur confèrent une bien haute signification spécifique. Ajoutez-y la fatalité qui condamne tou> les individus à en être atteints, quels que soient leur âge, leur sexe, leur tempérament, leur constitution, la gravité ou la bénignité de leur maladie constitutionnelle. Dans le vaste ensemble des manifestations générales, ce sont les seules qui, peut-être ne font jamais défaut. Vous pourrez rencontrer quelques individus privilégiés, chez lesquels -après un chancre infectant dûment constaté et indiscutable, la peau et les autres organes resteront indemnes de tout accident spécifique p«M)dant plusieurs années et même toujours. Mais, je doute qu'il y einii un seul chez lequel l'intoxication générale ne se traduise pas tAt ou
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tard par quelque sypbilodermie muqueuse, pendant les deux ou trois premières années de la diatbèse. C'est un minimum qui est inéluctable.
Des considérations que je viens de vous exposer, il résulte que les syphilides muqueuses ne reproduisent pas fidèlement, conune on l'a soutenu, l'image des syphilides cutanées. Peu importe, qu'elles procèdent conmie ces dernières d'éléments générateurs identiques. Il n'en est pas moins vrai qu'on trouve en elles un ensemble de conditions cliniques tellement accentuées qu'on est forcé de leur reconnaître une autonomie puissante. Elles sont, avec le chancre, depuis le début jusqu'à la fin de leur existence, l'expression la plus concentrée, la plus active et la plus féconde de la spécificité syphilitique. Cette autonomie, quoiqu'elle ne se démente point, a cependant des degrés. Elle atteint toute sa plénitude sur les vraies muqueuses. Elle diminue un peu sur les parties de la peau qui ont revêtu momentanément le caractère des membranes muqueuses; elle s'efface peu à peu et finit par s'éteindre, lorsque léniption se fait sur les zones qui servent de limites à ces deux espèces de téguments et va se perdre peu à peu au milieu des syphilodennies franchement cutanées. Il y a là une série de nuances et de transitions insensibles que vous pourrez constater et suivre facilement sur une même région, celles des organes génitaux, par exemple, et en particulier dans le sexe féminin.
Ces préliminaires posés, je vais vous faire Tbistoire des syphilodermies muqueuses, pendant la période secondaire. Elle est vaste et complexe, et afin de mettre de la méthode et de la clarté dans l'exposition, je diviserai mon sujet en deux parties. Dans la première, je m'occuperai de ces éruptions envisagées en elles-mêmes, dans leur ensemble, et abstraction faite de leur siège; dans la seconde, je les étudierai sur les lieux mêmes où elles se développent, afin de vous faire connaître toutes les particularités qui dérivent de leur topographie.
PiTioio«it GiNÉRàLi des syphiUdes propres aux muqueuses et aux surfaces mucoso'cu-
Uoé«t.
Sy»(nymie dei plaquée muqueuses. — Toutes les désignations de ces variétés de syphiUdes sont
defectoeuses.
Chronolùgie. — Début très précoce. — PossibiUté des récidives pendant cinq ou six ans. Stioioffie, . Spontanéité diathésique. — Causes irritantes. — Prédispositions individueUes. Sf^ômet. — Mouvement congestif et hyperplasique de la couche dermo-papiHaire. — L'érythème
prédomine sur les muqueuses, l'hyperplasie sur la peau.