‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 27 sur 441 · LB PUS VIRULENT NE PÉNÈTRE PAS DANS LES VEINES · texte numérisé non relu

LB PUS VIRULENT NE PÉNÈTRE PAS DANS LES VEINES

arrêter le processus. Il pourrait donc envahir une grande étendue du système circulatoire. Le pus irait se déposer un peu partout, plus particulièrement peut-être dans certains organes, ainsi que le font les virus diffusibles. — Mais remarquez que ces virus diffusibles ne se réinoculent pas sur l'individu qui en est infecté, tandis que le virus cbancrelleux, lui, est et reste réinoculable dans tous les milieux organiques. Comme conséquences de l'introduction du pus chancroïdal dans le sang, nous verrions des abcès, des cavernes chancreuses du poumon avec expectoration de crachats virulents, des phlébites, des foyers virulents dans tous les organes, des chancres sur toutes les égratignures, coupures et solutions de continuité quelconques de la peau et des muqueuses, etc.

Ce serait une erreur de supposer que le principe virulent peut se modifier et perdre ses propriétés dans telle ou telle partie de l'organisme. Les virus en général, et le virus chancroïdal ne fait pas exception, ont une force de vitalité et de résistance qui leur donne le privilège de la pérennité et de l'immutabilité. Le principe contagieux oe change pas de nature en passant à travers les organismes. Il y prolifère ets'ymultiplie. Mais, malgré ce travail, chaque parcelle consiTve en elle toute la puissance virulente du virus générateur, et son principe se dégage sans avoir cessé un instant d'être identique avec lui-même.

Les organismes changent, mais les virus restent toujours les mèule^ dans leur immutabilité à travers les siècles. S'il en était autrement, dt ^ maladies nouvelles et inconnues naîtraient chaque jour d'un même virus, après toutes ses métamorphoses. Par suite de cette intégrité persistante des principes contagieux, les maladies qu'ils engendrent conservent à peu près intact leur type primitif.

Le chancre simple né d'hier ressemble exactement au chancre simple des hommes qui vivaient il y a des milliers d'années.

Il serait donc antimédical, antiphysiologique de supposer que le pus chancroïdal pourrait perdre dans la circulation artérielle et veineuse* cet attribut essentiel de réinoculation qu'il conserve à un si haut degré dans la circulation lymphatique.

Ces considérations ne prouveront-elles pas surabondamment que le pus virulent du chancre simple, si extraordinaire que cela soit, ne pénètre ni par absorption, ni par effraction dans le système veineux: qu'il n'envahit pas l'organisme, et qu'il reste toujours à l'état de maladie locale, n'irradiant ses effets morbides que dans le cercle lymphatique qui l'environne.

PBOCESSUS ANATOHIQU£ DU CHANCBE SIMPLE. 41

La lésioD qui se développe ainsi sur les muqueuses et sur la peau, j ar contagion ou inoculation et sans aucune incubation préalable, est t>seuliellement inflammatoire. Elle est produite par une prolifération iffréoée de cellules embryonnaires. D'emblée ou en très peu de temps, ;•' chancre mou entame les membranes. Ce n'est pas seulement leur '^|û<lerme ou leur épithélium qui sont détruits ; c'est le tissu du derme lui-même qui subit une perte de substance irréparable. Sur les parois à*' Tanfractuosité cratériforme qui en résulte on voit des débris de lissu conjonclif, de vaisseaux, de nerfs, de canaux excréteurs des irlandes sudoripares. Dans ce qui reste du tissu dermo-papillaire, dans l'^fjaisseur du chorion, dans le tissu cellulaire sous -cutané vous trouvez j:ie infiltration de cellules rondes qui dissocient et submergent les r^l^ments constitutifs du tissu conjonctif, deviennent peu à peu mobiles \^i unes sur les autres, et se répandent en nappes comme torrentueuses a la surface des bourgeons charnus, mollasses , sans fibrilles et fongueux qui constituent le fond pultacé du chancre mou. Ces éléments dt nouvelle formation n'ont aucune tendance à l'organisation. Aussi le [mlvssus est-il destructeur au plus haut degré. Pour réparer le mal <]u il fait, il faudra un tissu cicatriciel.

Au milieu de ce déluge cellulaire, que deviennent les vaisseaux? Ils n- se sclérosent point, comme dans le chancre syphilitique; ils se riinoUiraient plutôt, car leur tunique adventice est envahie aussi par le tî t des cellules migratrices. Peut-être ces cellules qui s'infiltrent au 'I la du foyer le long des vaisseaux, rétrécissent-elles leur calibre par 'impression et favorisent-elles la formation de caillots oblitérants. -Vest-ce pas par un semblable mécanisme que se produiraient les corn- [•H ations dont il me reste à vous parler ?

La plus importante, c'est le phagédénisme, c'est-à-dire la destruction ni^iwulaire et progressive des tissus et par suite Textension indéfinie ^'*t l'ulcération chancrelleuse qui arrive quelquefois à détruire la peau '> loote une région, à faire disparaître des organes ou à les labourer, ^ '^perforer dans tous les sens, etc.

I^ phagédénisme n'est point le produit d'un virus spécial. Sa cause

42 PHAG£DKN18M£ ET GANORENE DU CHANCHE SIMPLE.

réside dans le malade et est par conséquent constitutionnelle et dyscrasique. Ce qui le prouve bien, c'est que le pus du chancre le plus horriblement phagédénique, inoculé à un autre individu, ne donnera lieu qu'à un chancre simple.

Une autre complication du chancre simple, c'est la gangrène. Par li il faut entendre une destruction en masse et rapide des tissus sur lesquels repose l'ulcération ou qui l'avoisinent. Ses causes sont très nombreuses et d'ordre bien âifférent puisqu'il y en a de dyscrasiques, de purement locales, de mécaniques, etc. Quant au résultat il est toujours le même : les parties mortifiées se séparent des parties vivantes au moyen d'un fossé d'élimination; un bourgeonnement réparateur ei de bonne nature se fait tout autour de l'eschare qui ne tarde pas à tomber, laissant une plaie à la surface de laquelle il n'existe plus un atomt* de pus virulent. Et en eflfet, messieurs, le propre de la gangrène e>t d'éteindre radicalement toute virulence dans le foyer* chancroldal. C'est donc une complication qui a son bon côté lorsqu'elle ne franchit pas certaines limites. Malheureusement elle reste rarement bornée aux parois chancreuses ; elle dépasse la sphère de virulence pour détruire les tissus sains, qui peut-être, sans elle, auraient été respectés.

Quoi qu'il en soit, la gangrène nous met sur la voie du traitement le plus efficace pour arriver à guérir rapidement le chancre. Ce traitement, c'est la cautérisation destructive. Le chancre est comme un animal parasite; il faut le tuer sur place par une neutralisatiou absolue, complète de tous ses éléments contagieux. S'il en restait uu seul, la lésion se reproduirait.

Mais du moment que toutes les cellules virulentes sont anéanties, la lésion n'existe plus en tant que chancre, et l'organisme est sauf, car aucune conséquence prochaine ou éloignée, générale ou locale, n'est à redouter. Tout est fini et bien fini et le dommage se réduit a des pertes dç substance.

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