‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 32 sur 441 · DEUX THÉ0BIE8 DE L'INCUBATION · texte numérisé non relu

DEUX THÉ0BIE8 DE L'INCUBATION

immédiatement après la c(HilaminatioD, et* que Torganiçme, ayant élé intoxiqué d'emblée, n'a cependant révélé le grand fait de son imprégnation que par une lésion locale, sur le point précis où s'est effectué la contagion.

Cette lésion isolée, cette première manifestation, locale malgré sod origine constitutionnelle, serait le chancre syphilitique. Si cette hypothèse était vraie, on aurait tort de l'appeler infectant^ puisque loin d'être la cause de l'empoisonnement, il n'en serait que le premier effet.

Malgré ce qu'il y a d'étrange dans cette manière de voir, surtout quand on met en regard la généralisation de la cause, c'est-à-dire d** l'empoisonnement, et le siège si circonscrit, si précis du résultat, c*eslà-dire du chancre au point même où le virus a été déposé, presque tous les auteurs, et les plus autorisés, s'en sont déclarés les partisans.

Dans la deuxième interprétation, on suppose au contraire que le virus n'a pas été absorbé et n'a point intoxiqué d'emblée l'organisme ; qu'il est resté au sein des tissus qui l'ont reçu de gré ou de force ; qu'il a incubé dans cette sphère organique infiniment restreinte, et qu il n'est sorti de son inertie ou de sa latence qu'au bout de quelque> semaines en produisant tout à coup le chancre syphilitique.

D'après cette théorie, le chancre est au premier plan, non seulement comme date, mais aussi comme action morbide, puisqu'il précède l'empoisonnement général. Enfin il s'élève à la dignité de cause, puisque c'est par lui que s'effectue graduellement Tintoxication dfi l'organisme. Il devient le foyer primitif de la maladie, le laboratoire ou naissent, croissent et se multiplient les particules virulentes qu*il jett*! sans cesse dans la circulation du sang et de la lymphe. C'est alors uu chancre qui mérite réellement qu'on le nomme infectant.

Cette conception du processus d'intoxication, paraît peut-être pluj satisfaisante que la première. Sans doute, il est difficile d'expliquei le sommeil si prolongé du virus au sein des tissus. Mais Cohnheini n'a-t-il pas montré que la matière tuberculeuse introduite dans !{ chambre antérieure de l'œil d'un animal, a pu y rester huit jour^ sans y développer son action locale, et que ce n'est qu'au bout ih cette incubation qu*elle a rendu tuberculeux l'organe où on l'aval déposée, et, par son intermédiaire, tuberculisé ultérieurement tout< l'économie ?

Ces théories, messieurs, ne sont pas purement spéculatives; ellei ont, au contraire^ un côté pratique dont la haute importance ne voui échappera pas. Si vous adoptez la première, vous n'essaierez pas ci

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détruire le chancre lorsqu'il apparaîtra. A quoi bon ? Il n'est qu'un résultat, puisque l'intoxication est déjà un fait accompli.

Si TOUS adoptez la seconde, vous n'hésiterez pas à détruire le chancre par tous les moyens possibles, car si vous y parvenez à temps, vous [>'jurrez prévenir l'empoisonnement. C'est ce que faisaient autrefois Ribes, Ricord et autres. C'est ce que tentent aujourd'hui, par l'exci* sioD du chancre, MM. Paul Unna, Heinrich Auspitz, Kôlliker, etc. Us sapplaudissent de quelques succès ; mais la question est encore loin d'èlre jugée en dernier ressort.

Et moi aussi j'ai pratiqué fréquemment l'excision depuis quelques mois. Quoique j'eusse toujours échoué, je ne perdais pas encore tout espoir, parce que l'opération était trop tardive et ne s'exécutait pas dans les conditions rares qui ne peuvent laisser aucun doute sur la

onclusion soit au point de vue du résultat négatif, soit au point de vue du résultat positif. Je restais dans le doute et j'attendais.

Enfin, je trouvai un chancre qui n'avait que quarante-huit à cinquante heures d'existence. C'était une simple papule à peine érodée, grosse comme une tète d'épingle, siégeant sur la muqueuse préputiale, K >aû5 aucun retentissementsurlesganglionsinguinaux.Lemaladeavait eu commerce quelques semaines auparavant avec une femme chez laquelle je constatai la syphilis. 11 y avait donc quelque présomption que ceUe papule insignifiante était un chancre à l'état embryonnaire. Jen'hé- »itai pas à l'exciser largement : j'enlevai d'un coup de ciseau une grande rondelle de la muqueuse, allant ainsi bien au delà des limites de la lésion. La plaie se cicatrisa en quelques jours, comme une plaie ordiiiaire et resta mince et souple pendant deux semaines. Ensuite elle devint 1^ siège d'une induration interstitielle sous forme de plaque ou de dibque très régulier, enchâssé dans la muqueuse, lisse à sa surface, très ^ec et sans aucune trace d'érosion, et qui resta toujours tel. Il y eut ensuite un peu d'adénopathie inguinale, et enfin quatre ou cinq grosses («apales plates dont une annulaire, très caractéristique, apparurent quannte à quarante-cinq jours après le début du chancre et ne me laissèrent aucun doute sur l'existence de la syphilis, ^expérience vous parait-elle concluante ? En vous parlant de ce fait

Kir lequel je reviendrai plus tard, je suis loin de vouloir vous découra-

^^r. Je doute néanmoins que l'excision puisse être faite dans des cir-^

nimances plus favorables à sa réussite, b'ibord elle a été complète grâce à la petitesse du chancre et à sa

^i^oation sur la muqueuse préputiale. Puis elle a été faite à une époque

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très rapprochée du début, je dirais presque aussi rapprochée que possible ; car la lésion, encore à l'état rudimentaire, offrait si peu de prise à un diagnostic positif, que j'aurais attendu qu'elle s'accentuât davatitaga, si je n'avais eu devant moi la cause très plausible de sa spécificité. Sans cette source de contagion, qu'aurait-on dit en casde succès ? Que je n'avais excisé qu'une simple érosion herpétique. La tentative eût été douteuse à mes propres yeux. Vous voyez combien il est difficile d'exécuter cette opération au moment précis où l'on peut voir qu'il s'agit bien d'un chancre syphilitique, mais d'un chancre tout récent et qui n'a pu encore infecter l'économie.

Après un insuccès aussi éclatant, les quelques illusions que j'avais sur la possibilité de prévenir la généralisation du mal, en détruisant de bonne heure l'accident primitif, se sont évanouies. Nous voilà donc obligés d'adopter la première interprétation, celle de l'empoisonnement d'emblée, sans aucune lésion locale préalable, et par l'absorption du virus déposé à la surface de la peau ou des muqueuses.

Eh bien, plaçons-nous à ce point de vue. Est-ce ici une véritable intoxication, semblable à celle qui suit le chancre, et dont nous allon> vous exposer les conséquences ? Comment l'organisme resterait-il silencieux s'il en était ainsi ? Pourquoi un seul point serait-il atteint, celui précisément où a été déposé le virus? Tout est obscur, inexplicable, mystérieux dans cette hypothèse que les faits nous forcent d'admettre. Mais du moins pouvons-nous dire que l'empoisonnement de l'économie pendant l'incubation est incomplet, insuffisant, et que l'accident primitif qu'il suscite lui est indispensable, pour aller plus avant dans les voies de l'infection progressive et de la diathèse.

Aussi, tout en étant un résultat; le chancre est-il une cause, et une cause puissante, sans laquelle le premier empoisonnement n'aboutirait à rien. Il faut que ce foyer morbide crée de nouvelles particules virulentes ou renforce celles qui existaient déjà, en leur communiquant i\e< propriétés infectieuses plus actives et plus pénétrantes.

Ce n'est pas tout encore. Il faut que son processus, s'emparant de^ voies lymphatiques, y crée d'autres foyers qui multiplient le virus et en mondent le Uquide sanguin. N'est-ce pas le rôle pathologique dc's lympho-adénopathios qui accompagnent toujours le chancre et servent comme de trait d'union entre la lésion locale et les accidents const^cutifs ?

Dans la dyscrasie qui résulte forcément de l'intoxication syphilitique, il existe presque toujours une augmentation très sensible de globuJes

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