EXCISION DU CHANCRE SYPHILITIQUE
très rapprochée du début, je dirais presque aussi rapprochée que possible ; car la lésion, encore à l'état rudimentaire, offrait si peu de prise à un diagnostic positif, que j'aurais attendu qu'elle s'accentuât davaiitag^ si je n'avais eu devant moi la cause très plausible de sa spécificité. Sans cette source de contagion, qu'aurait-on dit en cas de succès? Que je n'avais excisé qu'une simple érosion herpétique. La tentative eût été douteuse à mes propres yeux. Vous voyez combien il est difficile d'exécuter cette opération au moment précis où l'on peut voir qu'il s'agit bien d'un chancre syphilitique, mais d'un chancre tout récent et qui n'a pu encore infecter l'économie.
Après un insuccès aussi éclatant, les quelques illusions que j'avais sur la possibilité de prévenir la généralisation du mal, en détruisant de bonne heure l'accident primitif, se sont évanouies. Nous voilà donc obligés d'adopter la première interprétation, celle de l'empoisoanemeDt d'emblée, sans aucune lésion locale préalable, et par l'absorption du virus déposé à la surface de la peau ou des muqueuses.
Eh bien, plaçons-nous à ce point de vue. Est-ce ici une véritable intoxication, semblable à celle qui suit le chancre, et dont nous alluD> vous exposer les conséquences ? Comment l'organisme resterait-il silencieux s'il en était ainsi ? Pourquoi un seul point serait-il atteint, celui précisément où a été déposé le virus ? Tout est obscur, inexplicable, mystérieux dans cette hypothèse que les faits nous forcent d'admettre. Mais du moins pouvons-nous dire que l'empoisonnement de Téconomie pendant l'incubation est incomplet, insuffisant, et que raccident primitif qu'il suscite lui est indispensable, pour aller plus avant daD> les voies de l'infection progressive et de la diatbèse.
Aussi, tout en étant un résultat; le chancre est-il une cause, et une cause puissante, sans laquelle le premier empoisonnement n'aboutiriit à rien. Il faut que ce foyer morbide crée de nouvelles particules virulentes ou renforce celles qui existaient déjà, en leur communiquant d^y propriétés infectieuses plus actives et plus pénétrantes.
Ce n'est pas tout encore. Il faut que son processus, s'emparant dt-^ voies lymphatiques, y crée d'autres foyers qui multipUent le virus et en inondent le Uquide sanguin. I>f'est-ce pas le rôle pathologique d(S lympho-adénopathies qui accompagnent toujours le chancre et servent comme de trait d'union entre la lésion locale et les accidents cons**cutifs ?
Dans la dyscrasie qui résulte forcément de l'intoxication syphilitique^ il existe presque toujours une augmentation très sensible de globule:^
CLABSIFICATION DES 8TPHILIDEB. 57
! «v circonscripUon sar des points limités des téguments. — Processas ulcéreux d'emblée. — rn>ct»k»tis tobercnlo-gommeux. — Nécrobiose des néoplasies ulcéro-gommeases. Irmv'iUrité de leur processus. — Elles n'ont pas de place invariable dans l'évolution. — Leurs rrrtidives indéûnies. — Leur précocité. — Sypbilides malignes précoces. — Les syphilides tardives tiu i^rejnier groupe ne paraissent pas être virulentes ni contagieuses. — Elles sont une des déterit.oations les plus communes de la syphilis dans sa phase constitutionnelle.
Dans la grande majorité des cas, la syphilis attaque en premier lieu la peau et les muqueuses. C'est ce qui faisait dire à Hunter que les parties exposée» à l'air étaient plus susceptibles que les parties profondes de subir Faction syphilitique. Aussi appelait-il parties du premier ordre la peau, les amygdales, le nez, la gorge, la surface interne de la bouche, et quelquefois la langue ; et, parties du second ordre, le périoste, les aponévroses et les os, etc. C'est une façon spécieuse denvisager l'évolution de la syphilis à laquelle, comme je vous le démontrerai tout à l'heure, il ne faut attacher aucune signification [idtbogénique.
Les éruptions d'origine syphilitique sont très nombreuses et occu- [H'nt une place capitale dans la symptomatologie de la maladie constitutionnelle, non seulement à son début où elles font rarement défaut, mais aussi plus tard et jusque dans ses périodes les plus ultimes. On U> désigne sous le nom de syphilides. Leur description tant de fois faite, depuis le seizième siècle, laisse aujourd'hui peu à désirer. Elle est même trop surchargée par suite de la multiplication, sans motifs riiniques sérieux, de divisions et de subdivisions. Je crois qu'il serait bon de la simplifier, et c'est dans ce but que je vous propose une classification que vous comprendrez et retiendrez aisément. Toutes les «éruptions syphilitiques cutanées et muqueuses peuvent être ramenées dT2i quatre types fondamentaux suivants :
1* Le type érythémateux.
2* Le type papuleux.
3* Le type pustulo-ulcéreux.
4* Le type tuberculo-gpmmeux.
Ces quatre types constituent deux grands groupes. Le premier «rroupe comprend les deux premiers types, l'érythémateux et le papuleax. Le deuxième comprend les deux derniers, le pustulo-ulcéreux -^t le taberculo-gommeux ^
1 Dins cette description synthétique des syphilides, je ne parle ni des formes vési- ' '^^^. ni des formes huileuses, parce qu'elles sont très rares à Tétat de pureté. Quand ' -- «'iiit^Dt, elles se trouvent associées à d^autres éléments : — ainsi sous la vésicule il y > ' ' 'ir» ou presque toujours une papule qui tinit par prédominer; sous la bulle, on T j. Qoe ulcération, etc.
50 ADÉNOPATHIES PRIMITIVES.
entre telle forme de raccident primitif et telles ou telles lésions consécutives; vous vous exposeriez à de nombreuses déceptions dans le pronostic.
Je me borne à vous faire remarquer, sans rien préjuger du processus, que le virus syphilitique, bien qu'il soit toujours identique à lui-même dans son inaltérable unité, n'en produit pas moins localement les effets les plus variés. J'ajoute que cette diversité de formes et même d*évolutions n'empêche pas l'accident primitif de présenter, dans sa raarch>> et dans sa durée, qui est de quatre ou cinq semaines, une régularllf beaucoup plus grande que la chancrelle.
A la surface des érosions ou dans les anfractuosités ulcéreuses, le virus est sécrété tantôt à l'état de pureté et sous forme d'un liquide transparent, 4in peu visqueux et légèrement ambré ; tantôt à l'état de mélau^f avec du pus, des matières ichoreuses, du sang, des débris organi* ques, etc. Ces mélanges, qui se font aussi avec beaucoup d'autres liquides de l'économie, n'altèrent point ses propriétés et ne lui enlèveut rien de son énergie.
Quelques complications, dont les deux principales sont le phagédênisme et la gangrène, modifient parfois la physionomie du néoplasiiu primitif. La première est loin d'avoir la gravité du phagédénisme chancrelleux. Elle se limite d'elle-même et guérit en général assez vite, surtout si on la combat par le mercure et Tiodure de potassium. Quaut à la seconde, si elle détruit plus ou moins le foyer du mal, elle n'eni> pêche pas l'intoxication.
Telles sont, messieurs, les particularités intrinsèques les plus carartéristiques du chancre syphilitique. Mais vous n'auriez qu'une idc*' incomplète de cette lésion, si je ne vous parlais d'un fait pathologique qui se produit à peu de distance d'elle, cinq ou six jours après son début. Ce fait consiste dans l'hyperplasie des ganglions et quelquefois aussi des vaisseaux lymphatiques, appartenant au district cutané ou muqueux sur lequel le chancre s'est implanté.
Il ne s'agit pas ici comme dans la chancrelle, d'une complication fortuite, soumise aux hasards de la pénétration mécanique du pus virulent dans les voies lymphatiques. Les lympho-adénopathies dont il est question résultent d'un processus nécessaire, pour ainsi dire fatal. Elles font partie intégrante de la sclérose initiale ; elles en sont la conséquence immemquable. Elles marquent une étape qui ne fait jamais défaut.
Leurs caractères cliniques sont d'être presque indolentes, aphlegmasi-