CACHEXIE DU DÉBUT. — DIX SEMAINES APRÈS LE CHAKCBE
complète, malgré tous mes efforts pour Jes prévenir ou les arrêter, ie me sui^ couvaincu qu'il était presque toujours impossible de porter uo prooostic clinique sur les conséquences d'un chancre syphilitique, et que nos prévi:iioo< touchant le mode symptomatique, le processus, la forme, la durée, la cunbilité des accidents de la maladie constitutionnelle ne pouvant se déduire ri^rureusement- des circonstances pathologiques qui impriment telle ou telle pb\5i> nomie aux premières phases, étaient fort aléatoires, puisqu'elles ne reposâtes que sur un calcul de probabilités.
A l'appui de ce que j'avance, il me serait facile de citer un grand nomlired'^ faits. Je choisis celui dont je vais raconter l'histoire en détail, parce qoeloffre quelques particularités qu'on rencontre rarement et qui méritent d'auui plus d'être étudiées avec soin ^
Chancre infectant déforme commime et d intensité moyenne, survenu après vingt jt hd'incubation. —Au bout de cinq semaines, début d'un état cachectique aigu, nn iétnsé par de r anémie, de V inappétence, u^e grande faiblesse muscutaire, etc., ii>v. aucune autre cause que la syphilis. — Vers la même époque, roséole discrète.
C'est après six mois de conlinence que M. X... eut commerce, une seule fois T^r> ^ commencement de février 1870, avec la femme qui l'infecta. Au bout de TiDfrt-«H jours, le chancre syphilitique était déclaré: il occupait une partie de la rainure etd la muqueuse préputiale, et ne tarda pas à se compliquer de phimosis. Il était arc(<mpagné de Tadénopathie inguinale caractéristique.
Cinq semaines après le début de ce chancre, qui ne présenta rien d'insolite et gu^' facilement, je fis entrer le malade dans mon service, à l'hôpital du Midi, paive qj commençait à éprouver des troubles constitutionnels assez sérieux. Il avait per '. Tappétit, était devenu très anémique et éprouvait un sentiment général de lassitud' ' de faiblesse.
La première poussée des accidents consécutifs consista en une roséole papuleo^e \ confluente, qui fit son apparition vers la même époque. J'instituai un traitement tojî la fois tonique et hydrargyrique.
Malgré ce traitement suivi et surveillé avec le plus grand soin, Tétat général de^ : * de plus en plus mauvais, et le 20 avril (neuvième ou dixième semaine du chancre , t > produisit un accident tout à fait inattendu.
Avant d'aller plus loin, il importe de remarquer que ce jeune homme, ^ui a^u presque toujours habité la campagne, était d'une très belle constitution, d'une santr 5 rissante, qu'il n'avait jamais eu aucune maladie vénérienne et qu'on ne trouvait ni .:lui, ni chez ses ascendants, ou ses collatéraux, aucune trace de scrofule ou de t v autre maladie constitutionnelle, héréditaire ou acquise.
La seule manifestation syphilitique secondaire consista en cette roséole papuleu*^ , disparut au bout de trois semaines. — Continuation de V état cnchectique. - Dix semaines après le début du chancre, développement d'une tumeur oommtuv tnf jambe droite. Elle est inutilement traitée par l'iodure de potassium, et s*ui€ère.
A partir de la dixième semaine, la syphilis du malade prit une forme qu'il est eir^ sivement rare d'observer à une époque aussi rapprochée du début de l'accideat prinui-
1. Ce fait résume à lui s«ul presque toute la pathologie de la syphilide bjpodenoiqiie $nw H avec toutes ses formes et toutes ses variétés. Aussi je le «:oaiidère comme on des plu piiiMe trouver daus ce geui-e de maiiifestations spécifiques.
POUSSéES SUCCESSIVES DE GOMMES ULCEREUSES. 889
eile devint gommeuse dans toutes ses manifestations ultérieures qui se succédèrent presque sans interruption pendant quatre uns.
Ainsi la phase des accidents dits secondaires fut remplacée, au bout de trois ou quatre v»maine$, parla phase des accidents tertiaires.
En effet, la roséole papuleuse était à peine en voie de résolution, lorsqu'il se montra, iiHie<sus de la cheville interne droite, une tumeur indolente, volumineuse, d*un rouge violet, ayant des racines profondes dans le tissu cellulaire sous-cutané et occupant loure répaisseur de la peau.
Cette tumeur ne tarda pas à se ramollir, puis elle s'ouvrit spontanément et se con- Tertii en une vasie ulcération de 4 centimètres carrés, à bords déchiquetés, à fond iné>ral et fongueux, qui mit plus de trois mois à se cicatriser.
L'os sous-jacent à la tumeur ne paraissait pas atteint. Cependant, après la guérison, la surface du tibia à ce niveau était un peu déprimée.
Ësl-il possible d'élever le moindre doute sur la nature de cette tumeur? Na*t-elle pas présenté tous les caractères de la gomme? N'a-t-elle pas évolué de la même façon qu*elle? Et ce qui m'étonne presque autant que sa singulière précocité, c'est sa tendance à la fonte, à l'ulcération qui a été aussi prononcée que dans la syphilis tertiaire la plus cachectique. Pourtant, il n'y avait que deux mois et quelques jours que le chancre avait débuté et, dès l'apparition de retle turneur, j'avais admini>tré de l'iodure de potassium à hautes doses. Si ce médicament devait produire tout son elTet curatif, il me semble que c'était dans un cas semblable. Il resta inerte : la tumeur évalua comme si elle avait été abandonnée à elle-même. Il n'en fut pas autrement pour celles qui lui succédèrent.
Aggravation de la cachexie aiguè dés tes premières phases de la syphilis. Quatre mois ayrèi le début du chancre, deuxième tumeur gommfuse sur la cuisse droite : elle s'ouvre 'f guérit rapidement.
Au huitième mois, troisième tumeur gommeuse suppurée dans la région du coude droit. — Malgré Capparition de '-es gommes, l'état général s'améliore rapidement, et la cachexie syphilitique disparait après quatre ou cinq mois de durée.
L'état général du malade était de plus en plus mauvais. Il avait de Tinappétence, des digestions difficiles ; son anémie tournait à la cachexie. Je le fis sortir de mon ser ^ice avant la guérison complète de Tulcère gommeux, et je renvoyai à Tasile de Vinri?nne8.
En mai 1870 (quinzième semaine de la syphilis), M. X... eut à la cuisse droite une lotre tumeur, un peu moins volumineuse que la première, également indolente, qui ^'^^uvrit, suppura et guérit assez rapidement.
Plus tard, étant toujours à Vincennes, dans d'excellentes conditions hygiéniques qui
avaient amélioré sa santé, si fortement ébranlée par les premières poussées de la
^vphilis. il éprouva des douleurs dans les deux coudes. Elles se dissipèrent rapidement
j «fauche, mais elles persistèrent à droite, où il se forma, dans le mois de septembre
huitième mois de la syphilis), un vaste abcès gommeux.
Je fis reprendre à hautes doses l'iodure de potassium, qui avait été interrompu. L'ulcération consécutive à la fonte de cette gomme mit plus d'un mois à se guérir.
J'ai dit que la santé générale s'était peu à peu remise de la première secousse que lui ^vait fait subir l'invasion de la maladie. Quand le malade sortit de l'asile de Vincennes, le 10 août 1870, il s'était admirablement rétabli. La convalescence présenta comme caractère particulier un appétit insatiable.
Depuis cette époque il s*est toujours très bien porté, et sa santé est revenue aussi l'^^nne qu'auparavant, malgré tous les accidents qu'il a eu à subir pendant trois ou quatre ans.
890 TUMKURS G0MMEU8ES DE LA JOUB
Avant de raconter ces accidents, résumons la première période de la maladie : un chancre inTectant survient chez un jeune homme de I9 ans, très l\*i portant. Au bout de cinq semaines, troubles graves de la santé générale, rov .• papuleuse. Au bout de deux mois et demi, tumeurs gommeuses, contre l<^quelles Tiodure de potassium est impuissant. Cette sorte d*état cachectique •:• début de la syphilis s'améliore peu à peu et est complètement guéri an bout isept mois. Mais les manifestations gommeuses de la maladie coDstitutiocn-f n'en persistent pas moins à se montrer, et l'iodure de potassium ne peut ûi -^ prévenir ni les guérir. Ajoutons que les accidents cutanés de la périod*- •: secondaire ne se sont jamais reproduits, et que la syphilis, à partir de la i-.vième semaine, a été presque d'emblée et est restée eTcltisirement gommefts^
Au neuvième mois de la syphilis^ quatrième tumeur gommeuse développée dam ' ', seur de la joue droite. — Cinquième tumeur gommeuse., vers le même temps, d'-t- • région du poignet gauche; ses alternatives cT augmentation et de tliminuiion; *lh %\ • au quatrc'vingtième jour de sa durée. État général parfait. — Inefficacité d^l'at • de potassium donné à la dose de 8 grammes.
Pendant que se développait, dans la région du coude, la gomme dont il a t-tr -:: tion plus haut, une tumeur se montra dans Tépaisseur de la joue droite, vers If^ i-r miers jours d^octobre ( neuvième mois de la syphilis). Cependant le malade prr;^* depuis longtemps, chaque jourf 4 grammes d'iodure de potassium et du prr>to..>\ d'hydrargyre. Cette tumeur, qui était ronde, indolente, augmenta progressiveint»r.i . volume, se ramollit peu à peu du centre à la périphérie, et, après être ivstt^tî lnnct»'"'. indépendante delà peau qui la recouvrait, finit par lui adhérer. Son Tolume tjjicelui d'une noix. Elle était située au-dessous de Tos de la pommette et proéraiaait a fois sur la joue et dans Tintérieur de la bouche.
Tandis qu'elle parcourait les phases de son évolution, malgré le traitement. \*\v mité inférieure du cubitus gauche devint douloureuse et augmenta très rapidi^nit-rt volume. Cette lésion avait débuté le 31 octobre ; cinq jours après, toute rextrémit* Heure du cubitus, dans une hauteur de 5 centimètres, était trois fois plus fn^^^^i * l'état normal, mais sans changement de couleur et sans fluctuation.
Cette tumeur, du reste, contrairement aux autres, se dissipa avec une merve..'.rapidité et comme à vue d'œil, et voici ce que je constatai le 10 novembre du jour de la tumeur du cubitus, dixième mois de la syphilis). L'empâtement des tif^h*niveau de la tumeur osseuse avait diminué et laissait sentir facilement l'os, quirt. tuméfié dans toute son épaisseur sur une hauteur de 3 centimètres environ. La tun*^;. qui était douloureuse au début était maintenant indolente ; elle semblait formée par plutôt que par le périoste.
Je me demandais pourquoi, parmi toutes ces tumeurs, qui jusqu'alors n*aviJeLi .rsente aucune tendance à la résolution, qui, au contraire s'étaient rapidement ranf ^ et ulcérées, cette dernière avait fait exception? J'espérais qu'elle n'aurait pas le n><:: sort que les autres ; mais je présumais trop des vertus curatives de l'iodure d^ }• •• sium ou de la force réactive du malade.
En effet, vers le dix-neuxième jour de sa durée, celle tumeur du cubitus après .iw diminué, augmenta de volume et devint le siège d'une recrudescence ioflamniat • avec douleur et empâtement périosseux. Les jours suivants, elle offrit plusieuri i ' natives de mieux et déplus mal, et enfin, le 20 janvier 1S71 (q uatre- vingtième ]• u' ' sa durée), elle s'ouvrit spontanément et se convertit en une ulcération taille^ i t* lui'ge comme une pièce de 2 francs en argent. L'os sous-jacent offrait une epà.--'' boaucoup plus considérable qu'à l'état normal Le malade, dont la santé était etcus-'-f pivnnit rhaquojourH grammes d'iodun* «le nniassium.