NÉCESSITÉ DE TBAITEB PAR LES SPÉCIFIQUES A L'INTÉRIEUR
Sou association avec le mercure donne les résultats les plus heureui lorsque les accidents sont sur les limites indécises de la période secondaire et de la période tertiaire. C'est alors surtout que je prescris Je sirop de biiodure ioduré. Dans les affections cutanées et muqueuses rapidement distructives, dans les syphilides malignes à forme okvreuse prédominante, j*ai recours presque exclusivement à l'iodure de potassium. La pratique mieux que les conseils vous fera vite saisir toutes les nuances d'indications que présentent les deux spécifique» de la syphilis. Du reste, comme leur action curative, loin de se contrarier, converge vers le même but, il faudra souvent les employer tous les deux. L'iodure est d'un maniement beaucoup plus facile que le mercure ; il n'est formellement contre-indiqué dans aucun cas, saut dans les syphilides sèches, où il ne m'a paru d'aucun secours, et encore pouvez-vous alors le donner sans nuire. Le mercure, au contraire, est contre-indiqué dans un grand nombre de cas, soit parce qu'il est impuissant contre l'action morbide, soit parce qu'il nuit à l'organisme par ses propriétés toxiques. Ce parallèle, si court qu'il soit, suffit a vous montrer la place de premier ordre qu'occupe l'iodure dans le traitement de la syphilis.
Occupons-nous maintenant d'autres questions fort importantes. Une des premières est celle de savoir à quelle époque il convient d*' commencer le traitement de la syphilis. Eh bien ! convaincu comme je le suis, que s*il n'est pas absolument nécessaire do traiter quand même et surtout à outrance, toutes les manifestations de la syphilis, il est cependant utile toujours et souvent indispensable de les attaquer avec nos spécifiques, j'institue la médication hydrargyrique ou ioduré* dans tous les cas sans exception. De plus je l'administre aussitôt qu'i-. ne me reste aucun doute sur la nature de l'accident primitif. Il y a beaucoup de médecins ' qui ne veulent traiter la syphilis qu'à partir du moment où apparaissent les accidents consécutifs. Je ne vois aucun» raison sérieuse pour justifier cette pratique. Ce qu'il y a de plus êtoonant,c'est que ceux quiagissentainsi croient, laplupart,que l'hydrarg^Te non seulement guérit, mais prévient les manifestations, et que de pia» il attaque directement la diathèse. Or s'il en est ainsi, n'y a-t-ilpas touto?
1. Parmi eux, je citerai deux éminents syphiliof^raphes, MM. Sîgmund et Zeii>.'. i '^'•enne.
LES GHAN0RF8 IKPECTANT8 ET LA 8TPHILIS PRIMiriYE. 1003
sortes de raisons pour agir par les spécifiques sur réconomie dès qu'apparaît le premier signe de son intoxication, c'est-à-dire le chancre? N'est-ce pas le moment le plus propice pour combattre un empoisonnement qui ne fait que commencer, que le chancre parachève et amène par lui-même et par les adénopathies qu'il suscite à un état d'infection généralisée, qui va sortir de la virtuaUté pour entrer dans l'action? Agir autrement n'est-ce pas manquer de logique? Pour ma part je n'ai jamais compris que, systématiquement, on s'abstint de toute médication interne dans le traitement de la syphilis primitive et qu'on se bornât à appliquer des topiques sur le chancre. Ce chancre syphilitique quel qu'il soit, vous le guérirez plus vite si vous administrez du mercure, que si vous vous en abstenez. Dès lors pourquoi rester inactif? Certes je ne suis pas un fanatique en fait de traitement hydrargyrique. Je vous en ai donné d'assez nombreuses preuves au commencement de cette leçon. Mais ayant la certitude qu'il exerce une action curative incontestable sur toutes les manifestations syphilitiques, principalement pendant les trois ou quatre premières années de la diathèse, je ne vois pas pourquoi j'empêcherais le chancre et les adénopathies primitives d*en bénéficier. Si en donnant un peu de mercure à Tintérieur on pouvait diminuer l'intensité et la durée d'un furoncle, par exemple, se priverait-on de ce moyen?
Je dis aussi que M. Diday serait plus conséquent avec lui-même, au point de vue pratique, si au lieu de faire des catégories de syphilis qu'il faut traiter et d'autres catégories qu'il ne faut pas traiter, il les soumettait toutes au traitement hydrargyrique. Ne reconnalt-il que, s'il n'est pas préventif, il est incontestablement curatif? Pourquoi dès lors s abstenir de l'administrer dans les cas légers? Est-ce parce qu'il est nuisible?Maisnon,il nel'cstpoiutàde faibles doses. Est-ce pour se donner la satisfaction de voir une grave maladie évoluer et guérir spontanément? Certes ce spectacle est intéressant au point de vue pathologique, mais le fait établi et étudié sous toutes ses faces, ne vaudrait-il pas mieux traiter, proportionnellement à l'intensité des manifestations, que de se condamner à l'inertie thérapeutique pour en faire un argument? Oui) il y a des affections spontanés, accidentelles, toxiques et même constitutionnelles qui s'arrêtent et se résolvent d'elles-mêmes. Bf^aucoup d inflammations aiguës et d'exanthèmes sont dans ce cas. A la rigueur on pourrait se dispenser de les attaquer avec violence. Et pourtant si i^ous avions un spécifique contre la pneumonie, la rougeole, la scarlatine, etc., et si ce spécifique pouvait être toujours administré sans
mconvénients et avec des avantagea marqués, ne tâcherions-nous pas