‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 429 sur 441 · DANS LA SYPHILIS K · texte numérisé non relu

DANS LA SYPHILIS K

C'est un essai de pathologie générale que j'ai tenté dans ce travail; il trouve sa place ici, après la leçon sur le traitement de la syphilis.

J'aurais pu l'intituler : Effets du conflit entre une maladie constitutionnelle en activité et une maladie aiguë accidentelle. J'ai donné plusieurs exemples de ce conflit entre la syphilis et Pérysipèle, conflit qui se termine toujours, quand l'érysipèle n'est pas mortel, par une guérison extrêmement rapide des accidents même les plus invétérés de la

maladie constitutionnelle.

J'ai étudié aussi le conflit entre la syphilis et les angines aiguës sérieuses qui mettent en jeu les forces réactives de l'organisme. Il était naturel , après l'analyse clinique de faits aussi concluants, d'élargir le cadre de cette étude et d'embrasser la question dans son ensemble.

Je l'ai tenté en montrant que dans les autres maladies constitutionnelles en puissance, des maladies aiguës ou impersonnelles qui exigent une grande énergie réactionnelle de toutes les forces vives et saines de l'organisme, mettent momentanément en déroute les déterminations diatbésiques. Mais ce triomphe n*est pas de longue durée, car la maladie chronique, un instant subjuguée, reprend plus ou moins vite possession de l'économie dont semblait l'avoir chassée pour toujours la maladie aiguë accidentelle.

En terminant, j'ai examiné quels sont les effets curatifs de l'érysipèle sur le phagédénisme chancrelleux et sur les scrofulides.

PeadaDt que les maladies coDstitutionneiles sont en voie d*éToIution, et que leur activité s'exprime par les affections variées qu'elles tiennent sous leur dépendance, une maladie aiguë, accidentelle et dégagée de tout lien de parenté avec elles, peut envahir Tor^anisme.

Qu'arrivera-t-il en pareil cas? Que produira le conflit de la maladie constitu* tionnelie et de la maladie aiguë?

Y aura-t-il lutte et neutralisation ou destruction des phénomènes morbides de l'une par les phénomènes morbides de l'autre? ou bien l'entente entre les deux se fera-t>elle aux dépens de l'économie, et l'état général ou local se trou*

1. Galette des Hôpitaux, 1873 et tirage à part. In-8« de 50 p.

1034 QUESTIONS gUE SOVhtVE CE COXPLIT.

vera-t-il aggravé par une combinaisna, une addition ou uue muKiplication des deux ordres de phénomèoes morbides?

Telles sont quelques-unes des questioas qui se présentent immédiatcmeal à l'espril. Hais il en surgit bien d'autres, lorsqu'on prend la peine de réfléchir ■ ce problème, un des plus vastes et des plus compliqués de la pathologie.

Remarquez, en effet que, pour le résoudre d'une Taçoo complèle, il fauilrtii étudier dans ce sens, et une à une, toutes les maniTeslalions de dos qoitr» maladies constitutionnelles : scrofule, syphilis, arthrilis et dartre ï et délenai* ner,à l'aide d'observations cliniques probantes, l'action qu'exerce siir.cbacuD« d'elles toute la série des maladies aiguSs ouréaclives. Ne faudrait il pas auiii se rendre compte des chaiigemeuls que i:haque maladie coostitutiooDclle, pendant ses phases de repos ou d'activité. Tait subir aui maladies aigufis? La forte médiatrice est-elle atteinte ou reate-t-elle intacte? Est-elle pervertie, eiaférét! S'épuisera-t-elle en efforts stériles? N'abouti ra-l-elle qu'à des crises iacomplêtc»' ou bien les énergies réaclionnelles, stimulées par l'imminence d'uo daoeer nouveau, auront-elles le même ressort spontané, la même lensîoa soutenue. Ii même concentration des vertus curalives que chez les sujets sains?

Et si l'on ne se borne pas à l'observation superficielle de quelques modalité; phénoménales plus ou moins fugaces ou mobiles, ne doil-on passf demanderai rechercher de quelle manière et dans quelle mesure la spécificité des lésions cl des troubles fonctionnels propres aux maladies conslilutionneltes est aliéréc par l'invasion d'une maladie aiguè? Qu'advient-il, par exemple, lors4|u il y t convergence dans le même moment, sur un tissu, sur un organe ou un sy»lrme, des déterminations morbides qui appartiennent à la maladie ^igaë et à U maladie constitutionnelle? La virulence des produits morbides, qui s'ajoute à leur spécificité pendant la première phase de la syphilis, sera-l-elle atténuée et éteinte ou activée et portée à sa plus haute puissance d'intensité?...

Hais il ne faut pas oublier qu'un organisme conslilutionoellenienl aBerlt n'est pas toujours en activité ; qu'il présente des périodes de calme et de silence, pendant lesquelles l'imminence morbide se cache et veille sous le masque de U santé. Eh bien, l'invasion d'une maladie aiguë sera-t-elle favorable ou cootnire à cette imminence morbide? En éloignera-Lelle ou en rapprocherait -elle \ei manirestalions?

J'admets, eties choses se passent ainsi dans quelques cas, comme je leproo^te-

rai, j'admets que la maladie constitutionnelle a été vaincue dans la lutte et que

ses manifestations locales n'ont pu résister à l'attaque violente et iaatleodae

d'une maladie accidentelle qui suscite et concentre pour un court instant toclrs

les énergies saines de l'économie. La déroute sera-t-elle complète, irrémédiablt' *

N'y aurait-il pas un retour oCTeusif soit dans la défervescence, soit plut tard,

"organisme sera revenu, après tant de secousses,àla«ie phjsiolagique?

ot, la guérison de la maladie constitutiounetle aura-t-«Ue été apparvaie

, momentanée ou durable, radicale ou superficielle?...

les questions que je viens de poser ne se peuvent évidenuneDi pai

à priori et avec les seules données de la pathologie générale. Il faut de-

n grand nombre ; des faits précis, rigoureusement observée, loagtmi^

iterprétés et fécondés selon une conception vraiment médicale dt*

coustilutionnelles ou personnelles et des maladies aiguës ou imper-

GUÉBIBOK EAPIDB DE PLAQUES MUQUEUSES PAR UN I^BTSIPÈLB. 1035

C'est à ce point de vue que je veux me placer, et j*espère y rester fidèle eu me reaTermant dans les limites de Tobservation pure et en ne tirant des faits qui servent de base à ce travail que des déductions logiques, limitées, et qui n^ont pas la prétention d*être absolues et sans réserves.

O0S. I. — Au mois d'août 1872, je reçus dans mon service à Thôpital du Midi, salle 8. n. 5, M. R.vf coiffeur, âgé de 27 ans, qui étail atteint d'accidents syphilitiques, bien qu'il D*eût eu récemment, disait-il, aucun chancre aux parties génitales ou sur d'autres parties du corps. Il en avait contracté un en 1867, qui n'avait pas été compliqué de bubons, ni suivi d'accidents constitutionnels. Les accidents dont il était actuellement atteint avaient débuté le 12 juin 1872, par un étourdissement, des troubles généraux fébriles et des douleurs violenter dans les jambes. H avait été obligé de garder la chambre pendant vingt jours. Sur ces entrefaites, étaient survenus les phénomènes propres a la syphilis : roséole maculeuse sur le tronc et la face, papules disséminées, maux de gorge, alopécie.

Quand ce malade entra dans mon service, les manifestations cutanées avaient à peu près disparu. Mais il existait sur les lèvres et dans la bouche une éruption extrêmement confluente de plaques muqueuses, dont le début remontait à deux mois. Aucun traitement spécifique n'avait été suivi. Ces plaques muqueuses étaient en pleine activité et elles avaient déterminé dans le tissu cellulaire sous-cutané et sous-muqueux des lèvres une sorte d'cedème dur, plastique, accompagné d'une énorme tuméfaction indolente. L'angine syphilitique était très intense et de nombreuses plaques muqueuses recouvraient les piliers des amygdales.

Une première cautérisation énergique des plaques muqueuses labiales fut faite le 2 août. On la renouvela le 8. Dans la soirée, une fièvre se déclara, et le lendemain toute la face était envahi*' par un érysipèle accompagné d'un gonflement très volumineux des joues, des lèvres, du nez et des paupières. On suspendit tout traitement.

La fièvre persista avec intensité et sans interruption pendant cinq ou six jours, puis la défenrescence se produisit régulièrement, et la résolution du gonflement érysipélatcux se fit avec rapidité ; la convalescence fut franche et la santé du malade fut bien meilleure qu'auparavant.

Mais ce qu'il y a de curieux dans ce fait, c'est que Pérysipèle emporta avec lui et fit disparaître, comme par enchantement, dans l'espace de quatre ou cinq jours, toutes les plaques muqueuses des lèvres et de l'isthme du gosier. Bien plus, l'hypertrophie hyperptasique des lèvres diminua et se fondit à vue d'œil ; le teint s eclaircit et les macules et les papules affaissées qui étaient, il est vrai, en voie de décroissance depuis quelques jours, ne présentèr(^)t bientôt plus que des taches imperceptibles.

Q«]oiqu*il y eût eu une amélioration prodigieusement rapide et un nettoyage presque complet de tous les accidents syphilitiques cutanés et muqueux, le traitement spécifique fut repris le 19 août. Mais le malade se sentait si bien, qu'il ne voulut pas rester à l'iiOpital, et vers la un du mois il sortit. Je l'ai perdu de vue et je le regrette, carj'aumis été curieux de savoir combien de temps avait duré la'guérison, et si les manifestations ultérieures de la maladie avaient été retardées et atténuées, ou avancées et aggravées par celt»* fièvre érysipélateuse.

Cette observation pourrait se passer de commentaires, si on ne considérait que le résultat brut. Il est bien évident, en effet, même pour les esprits les plus scrupuleux en matière de causal ité,que la disparition si rapide d'accidents syphilitiques qui duraient depuis deux mois, doit être rapportée à Térysipèle. Objectera-t-on que les plaques muqueuses avaient été préalablement cautérisées avec énergie? Mais les a-t-on jamais vues fondre sous le crayon de nitrate d'argent avec cette rapidité, surtout quand elles n*ont pas été attaquées dès le début et

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