‹ Lecons sur les maladies vénériennesChapitre 88 sur 441 · LA DIMINUTION DU CHANCBE SIMPLE · texte numérisé non relu

LA DIMINUTION DU CHANCBE SIMPLE

une particularité qui est absolument propre au chancre simple. Cette particularité, c'est l'absence complète en lui de Vêlement constitua iionneL

Le virus du chancre simple, en effet, ne pénètre pas dans l'économie >ous ce mode de diffusion générale qui permet au virus syphilitique, au \irus morveux, à celui de la rage, etc., d'imprégner toutes les molécules organiques, quel que soit leur éloiguement du point où ^V^t effectuée la contagion. Il ne se mêle pas à la vie de tout l'être pour la modifier et lui imprimer le sceau d'un état pathologique puis^amment doué de spécificité. 11 se localise dans l'endroit même « !i il a été déposé. C'est là qu'il concentre son action morbide; et, >i elle franchit quelquefois ces limites, soyez sûrs qu^elle ne dépassrrd jamais la zone des lymphatiques du district cutané, et que les ;?aDglions superficiels seront le terme extrême de ses pérégrinations \asculaires.

Cest donc une maladie qui est tout à fait à fleur de peau, pour ainsi dire, quoiqu'elle l'entame profondément, beaucoup plus que le (.hancre syphilitique. Elle y reste confinée; et ses excursions extralymphatiques se bornent au tissu cellulaire sons-cutané, c'est-à-dire à une dépendance de la peau.

II me semble que le chancre mou ne saurait mieux être comparé quà un animal parasitaire. Comme lui, il est doué d'un puissant appétit. Quand il a sous la dent des chairs de son goût, et qui se laisfe^Dt facilement entamer, sa voracité ne connaît plus de bornes. 11 «lexieut insatiable, phagédénique, et présente alors une intensité de vie incroyable. Les surfaces cutanées de toute une région sont dévo^ r»'es avant qu'on puisse arrêter ses ravages.

Comme le parasite animal ou végétal, on peut le tuer sur place, et, (hi moment qu'il est tué, tout est fini avec lui. On n'a point à s'en |ir^occuper; c'en est fait -de sa spécificité et de ses conséquences. Si • tendues ou profondes que soient les lésions, elles guériront comme •Its lésions simples, et l'organisme, quelque détérioré qu'il soit à sa surface, sortira de là intact au point de vue constitutionnel.

Saos doute, la blennorrhagie est, elle aussi, une affection locale. Mais qui voudrait soutenir cependant qu'elle n'a pas des attaches plus ):*:nies que le chancre simple avec l'économie? N'est-elle pas un ••iiarrhe, une sécrétion normale, vicieusement modifiée dans un sens ^'.««^rifique? N'existe-t-il pas entre elle et certains états diathésiques un •^fbangc d'actions et de réactions, qui fait qu'elle est emportée dans le

1S8 CONSIDÉRATIONS SUR LA NATURE DES TROIS ESPÈCES YÉNéfilKKNES.

tourbillon de la vie commune et qu'elle s'associe étroitement à ses principaux actes?

Ne crée t-elle pas quelquefois, à elle seule, une action morbide générale qui prouve sa pénétration lointaine, son influence puissante sur certains ordres d'opérations organiques? Le rhumatisme blennorrhagique, quelle que soit la manière de l'interpréter, n'atteste-t-il pas une sorte de diathëse congénitale ou acquise tenant peut-être plus de l'individu que de la blennorrhagie ; mais, dans tous les cas, fortement influencée par cette dernière, puisque sans elle la disposition morbicltserait restée latente, ce qui équivaut presque à sa non- existence?

Y a-t-il, au contraire, je vous le demande, dans le chancre simple, un seul acte diathésique, si minime que vous le supposiez, dont on puisse le rendre responsable, soit comme principe, soit comme accident ou occasion?

Quant à la syphilis, vous savez qu'elle est constitutionnelle par excellence; et qu'à partir du moment où le virus syphilitique a pénétré dans l'organisme, il n'y a pas un de ses actes les plus profonds, les plus intimes, qui ne puisse tôt ou tard concevoir l'action morbide et en manifester les effets.

Comparez les deux chancres, le simple et le syphilitique, et vou< verrez quelles différences profondes les séparent. Je ne veux insister que sur l'une d'elles, l'incubation, parce qu'elle vous prouvera que, s'il est possible de détruire le chancre simple, il faut renoncer à ct\ espoir pour le chancre syphilitique.

Le chancre simple n'a pas, à proprement parler, d'incubation. Lt virus qui lui est propre agit immédiatement sur les tissus où il a étt* déposé. Avec une grande attention et une forte loupe, on pourrait* deles premières vingt-quatre heures, distinguer le travail morbide lî suivre son évolution destructive.

Le chancre syphilitique, au contraire, n'apparaît que vingt-cin«j, trente, quarante, cinquante et même soixante jours, et peut-être plan après la contamination; de telle sorte qu'à ce moment il est, en réaliti*. non plus un accident local, superficiel, isolé et comme perdu sur la surface cutanée, mais une émanation directe de l'action syphilitique qui s'est emparée déjà de toute Téconomie.

Ce chancre, à première vue, nous apparaît comme un phénonièn» qui trouve en lui-même sa raison d'être et n'a d'autre substratum qxu le terrain même sur lequel il s'est développé. Mais attendez quelque;! jours, et vous verrez l'action syphilitique, latente jusque-là et cominf

POSSIBILITÉ DE DETBUIBB LE CHAXCBE SIMPLE. 159

« ^ncentrée dans l'accident primitif, s'étendre, se généraliser, et laisser l>.irtout, sur la peau et sur les muqueuses en particulier, l'empreinte lie son caractère constitutionnel et diathésique.

Eh bien, s'il en est ainsi, ne voyez-vous pas que le chancre syphilitique échappe à nos moyens destructeurs ? Ah ! vous pouvez le cautériser, le détruire ainsi que les tissus qui l'entourent, l'enlever même, si vous le voulez, avec un instrument tranchant ; vous n'arrêterez pas rinfection, puisqu'elle est déjà un fait accompli; vous n'empêcherez pas 1 éclosion des germes morbides disséminés dans l'organisme, parce []u'ils sont hors de votre atteinte, et que, par leur essence constitutionnelle, ils échappent à l'action brutale des agents physiques, chiiiiques ou mécaniques. C'est la vie elle-même qu'il faudrait modiBer laos ce que ses actes ont de plus profond et de plus mystérieux; et ce D'e>t pas avec un caustique ou le bistouri que vous y arriverez.

Ce caustique-là, au contraire, si vous l'appliquez sur le chancre (impie au moment où vous en apercevez les premières traces, soyez s^ùrs qu'il ue manquera pas son effet destructeur, pourvu qu'il agisse iQ>qu aux limites et même au delà des limites de la sphère de virulence.

Vous êtes, au début, absolument maîtres du chancre simple, et vous n'avez d'autre préoccupation à avoir que le choix, le mode et la portée Jes moyens.

C'est le cas de dire ici : Morte la béie, mort le venin ! Il n'y a d'autre ou»«iquence possible que le dommage plus ou moins considérable raa^é sur le théâtre circonscrit de l'action morbide, par cette action elle-même et par les agents que vous lui opposez; et ce dommage n'est, en général, qu*une perte de substance qui se cicatrise vite du jour où 1** principe virulent ne vient plus contrarier et annuler les tendances ré|»aratrices inhérentes à l'organisme.

Ainsi, dans le chancre simple, l'effet est immédiat et adéquat à la ( i'i^e: et cette cause, on peut la prendre sur le fait, en flagrant délit, H ^n faire sûre et prompte justice.

Je dis donc bien haut et j'affirme avec la plus profonde conviction •jue le chancre mou est une espèce vénérienne fatalement condamnée " disparaître dans un bref délais pour peu qu'on veuille se donner la l»- iae de la poursuivre et de la traquer dans ses repaires.

Cfile lâche n'est pas difficile; on peut être certain des résultats. La mdecine, Tbygiène, une police sanitaire bien entendue, vigilante et "ii'-rgique, auraient dû nous en débarrasser depuis longtemps.

C'est un fait d'une importance considérable que cette rareté si éton-

160 LE CHAKCRE SIMPLE ÉCHAPPE MOIKS A L'EXAMEN

uante du chaticre simple; et si elle contiDuait à s'accuser peadanl quelques années dans les mêmes proportions, notre espoir en soi extinction prochaine serait bien près de devenir une réalité.

Il importe donc de rechercher les causes qui peuvent favoriser oi contrarier cet événement. J'ai voulu vous préparer à cette étude j>aj quelques considérations sur les différences les plus fondamental*^ les plus spécifiques entre les trois espèces de maladies vénériennes.

Parmi les causes qui ont le plus contribué à produire la diminutioi progressive du chancre simple, je crois qu'il faut tenir grand compl de V hygiène générale, et, en particulier, de V hygiène des organes gém taux. Les ablutions fréquentes, les soins de propreté sous toutes !♦ formes avec les diverses substances qui sont habituellement en u^n'^^un examen minutieux et fréquemment réitéré des organes ex|X)>c5 qui permet de surprendre le mal à son origine et d'obvier à son exteu sion; le recours immédiat au traitement radical, etc., etc., tels soi les principaux éléments de la prophylaxie du chancre simple, comnj» du reste, des deux autres maladies vénériennes.

Mais il y a dans le chancre simple quelque chose d'extérieur, i\\ superficiel, de facile à voir et à découvrir, qui peut mettre plus fai'ilment à l'abri de ses atteintes, quand on se tient sur ses gardes.

Ainsi l'homme qui, avant de se livrer au coït, se donnera la poin d'examiner les organes génitaux de la femme, aura probablement li chance d'apercevoir cet ulcère, s'il y existe. Je doute qu'il échapin* 1 ses regards. Ses bords taillés à pic, son fond pultacé, l'auréole inflaiu matoire qui l'entoure, le pus sanieux qu'il sécrète, toutes les parlim larités de sa symptomatologie trahissent sa présence.

Il n'en est pas de même du chancre syphilitique. Il tranche beaucoii moins la plupart du temps sur les parties voisines, suscite autour li lui infiniment moins d'inflammation, sécrète peu, n'a pas la nuim tendance à l'extension, est souvent ignoré, méconnu, et reste toujourchez la femme surtout, dans un état de latence qui le rend fort dan gereux. A plus forte raison les plaques muqueuses échapperout-t^ll'! à une inspection sommaire. Neuf fois sur dix elles seront prises, \^i ceux qui ne sont pas initiés à leur diagnostic, pour de simples bouton de chaleur.

La blennorrhagie elle-même ne saute pas aux yeux aussi facileiutii que le chancre simple, (ihez presque toutes les femmes, les parties ui-a taies sont constamment humides. Allez donc distinguer (>armi tou< • •: flux qui se donnent rendez-vous à la vulve» ceux qui sont spécifiqu«'^ ti

QUE LES DEUX AUTRES MALADIES VéNÉRIENNES. 161

un qui ne le sont pas. Je ne parle que de la blennorrhagie dépouillée de ippareil inflammatoire et plus ou moins généralisé qui signale surtout i [>remîère phase. A cette époque, elle serait assez facile à reconnaître. ais plus tard, quand elle se confine dans l'urètbre et les glandes ilvo-uréthrales, dans les glandes vulvo-vaginales, dans les culs-de-sac

I vagin, dans le col de la matrice, dans la matrice elle-même, comif ut voulez-vous qu'à la simple vue, et sans le secours du spéculum, i('lqu*un qui n'est pas familiarisé avec ces recherches toujours déliites puisse se rendre compte de l'état de choses ? Aussi combien de \'ns vous affirment qu'ils ont contracté la blennorrhagie avec des ixnmes qui n'avaient rien !

Des trois maladies vénériennes, le chancre simple est donc le plus

II ile à voir, à découvrir et à reconnaître. Par conséquent, c'est le KÛQï» insidieux au point de vue de la contagion, et le plus facile à viler.

Ajoutez, que ceux qui sont atteints de chancres simples ne sont pas

ongtemps sans le savoir. Les chancres simples causent, en effet, presque

fi'iiours des douleurs assez vives. Il y en a même qui font cruellepient

oiifTrir. Enfin ils ne tardent pas à devenir menaçants parleur extension,

eur multiplication et les accidents locaux variés qui les compliquent,

*-!> que les abcès lymphatiques, les adénopatbies virulentes, etc. Il y a

mVu là de quoi inspirer aux malades des inquiétudes sérieuses et faire

«ntir, même aux plus négligents, la nécessité de se soigner. Et ils

Ty manquent pas.

Il y a une autre raison qui les y porte : c'est que les chancres

miples siègent très souvent sinon toujours sur les parties les plus

i lAts et les plus sensibles des organes génitaux, en entravent l'exer-

icou le rendent impossible, presque autant que les blennorrhagies

p l'iiis aiguës.

; 'Ui m'objectera qu'il en était ainsi autrefois, à l'époque où le chancre Wju Oorissait, et que le besoin de les guérir promptement devait se e st^ntir d'une façon aussi impérieuse qu'aujourd'hui. Pourquoi i: croissait-il et multipliait-il de la sorte? Est-ce que son virus était w d'une spécificité plus active, plus pénétrante, qui augmentait sa QUgiosité ? Les générations qid nous ont précédé étaient-elles plus '•:^ 'à le contracter ?

J^ D*en crois rien. Je suis persuadé que tout le monde, constitution-

li'^menl parlant, est égal devant le chancre mou. Il n'y a point pour

i <1 iuuDunités ni d'aptitudes organiques. Tout se réduit à une question

piderme. Suivant l'état de cet enduit cutané, qui varie d'épaisseur

V4CIUC. — MALADIB8 VÉICKB. ^^

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