‹ Leçons sur les modifications du sang sous l'influence des agents médicamenteux et des pratiques thérapeutiquesChapitre 111 sur 126 · BIS · texte numérisé non relu

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TRANSFUSION DU SANG

Celle observation est encore intéressante par l’intensité de la crise hématoblastique qui s’est produite 8 jours après la transfusion.

Mais si nous comparons les résultats de cette expérience à ceux des transfusions faites dans des conditions analogues avec du sang défibriné, nous ne trouvons pas de différences très sensibles. Cependant la réparation sanguine a été plus active avec le sang complet qu’avec le sang défibriné.

Cette étude de là transfusion de sang complet est évidemment insuffisante. Cependant nous croyons pouvoir conclure de ces trois expériences et surtout des deux premières, que les hématies du sang complet survivent plus longtemps après l’opération de la transfusion, que celle du sang défibriné.

Pendant que se poursuivait l’étude expérimentale de la transfusion entre animaux de la même espèce, soit avec du sang défibriné soit avec du sang complet , il se produisait une sorte de scission entre les transfuseurs modernes ; quelques médecins contemporains cherchaient à faire prévaloir les anciennes pratiques , c’est-à-dire l’emploi du sang cl’ animaux d'espèce différente , et pour l’homme donnaient la préférence au sang d’agneau.

A la tête de ce mouvement nous trouvons M. Oré, en France; Gesellius1 et Hasse2, à l’étranger. On peut, disent ces médecins , obtenir les mêmes résultats avec le sang d’animaux qu’avec le sang humain ; il n’est donc pas permis d’exposer un homme bien portant aux dangers d’une opération , quelque inoffensive qu’elle soit en général. De plus, le respect bien naturel de la vie ou delà santé de notre semblable oblige à la plus grande circons-

< clxxv. — 2 ccm.

ENTRE ANIMAUX D'ESPECE DIFFERENTE

pection dans l’emploi de la transfusion, dont on hésite à se servir, alors qu’elle pourrait rendre des services.

Vous concevez d’ailleurs, Messieurs, qu’au premier rang des défenseurs de la transfusion entre animaux d’espèce différente figurent les médecins contemporains qui ont préconisé l’usage de cette opération dans une foule de maladies, où son efficacité est plus que problématique, comme la phtisie, le cancer, l’aliénation mentale.

Évidemment toutes ces considérations ont une grande valeur; la transfusion serait bien plus souvent pratiquée s’il ne fallait pas employer du sang humain. Mais estelle efficace dans ces conditions?

Toute la question est là.

Or, quelles que soient les analogies que certains animaux présentent entre eux, il n’en est pas moins évident que chaque espèce a, en quelque sorte, son sang avec des caractères physico-chimiques et anatomiques particuliers; aussi à priori pouvait-on avoir quelque répugnance à admettre que l’élément essentiel du sang, lés globules rouges, pussent vivre dans un milieu autre que leur milieu physiologique? L’expérimentation, comme vous allez le voir, a pleinement justifié ces craintes.

C’est par des expériences faites en dehors de l’organisme, in vitro, que ce mode de transfusion a été surtout étudié. Nous devons à Creite 1 et à Landois des observations microscopiques fort nombreuses et assez démonstratives sur cette question. Elles ont consisté à mélanger du sang, hors de l’organisme, avec le sérum emprunté à des animaux d’espèces différentes : vous comprenez que ces combinaisons peuvent être variées à l’infini.

Landois a fait beaucoup d’essais de ce genre, particulièrement avec le sérum du chien. Il a constaté que

1 cciv.

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celui-ci possède une action dissolvante très énergique; après lui viennent, en suivant un ordre décroissant, les sérums de chat, de porc, de l’homme, de mouton, des bétes à cornes, de lapin, de cheval, enfin de cochon d’Inde.

Celte action dissolvante, qui ne fait jamais défaut, ne s’exerce pas avec la même intensité sur tous les sangs; il y a même, sous ce rapport, de grandes différences suivant les espèces.

Ainsi, pour nous en tenir au chien, chez qui ces résultats offrent le plus grand intérêt au point de vue expérimental, cet animal posséderait, au dire de Landois, des globules relativement très résistants ; dans le sérum humain ils ne se dissoudraient qu’au bout de deux jours, et dans le sérum du mouton ils seraient à peine altérés au bout de deux à trois jours.

Malheureusement ces résultats sont évidemment entachés d'erreur ; car le procédé employé par Landois, pour étudier la dissolution des globules rouges, manque de précision. Se fondant sur ce que l’hémoglobine mise en liberté par suite de la fonte globulaire teinte le sérum, c’est par la coloration laquée que prend ce liquide qu’il juge du moment et de l’intensité de la dissolution globulaire ; de plus il soumet les éléments du sang à un examen microscopique. Or, il est évident qu’en faisant la numération des hématies comparativement dans un sérum qui les conserve bien et dans le sérum à essayer, on obtiendrait des résultats plus précis, à l’abri de toute conteste ; cette étude demanderait à être reprise à l’aide de ce procédé.

Voici du reste un exemple des résultats que l’on obtient parla numération. Le 12 février dernier je trouve comme nombre des globules du sang d’un chien, en 'me servant d’un sérum artificiel convenable, 5 G30 000 ; le même sang, examiné immédiatement dans du sérum humain pro-

ENTRE ANIMAUX D’ESPÈCE DIFFERENTE

venant d’une saignée, ne donne que 3 690 000 globules. Cette différence énorme nous permet de mesurer la puissance dissolvante du sérum humain à l’égard des globules du chien. Pendant que l’on faisait la préparation, les globules encore existants s’étaient déjà altérés; ils étaient gonflés, sphériques, très réfringents, mal répartis, distribués par amas un peu confus ; c’est à peine s’il existait quelques rares éléments encore intacts, non déformés. — Une heure après on ne comptait plus, dans le sérum humain, que 2 460 000 globules ; il avait donc disparu plus de la moitié de ces éléments ; la destruction avait surtout porté sur ceux qui étaient disposés en amas.

Il faut faire remarquer, toutefois que lorsqu’on mélange un sang quelconque avec un liquide qui conserve mal les globules, la dissolution des hématies dépend du titre du mélange. En général, plus le sang est dilué, plus la destruction est grande, particularité dont il n’a pas été tenu compte et dont l’importance pourrait être déterminée par la numération. Plus la quantité du sang étranger transfusé est porportionnellement faible, plus rapide est la destruction des hématies dans ce sang.

L’expérience précédente nous montre combien les évaluations de Landois sont encore sujettes à caution; cependant, comme les faits généraux que cet auteur avance sont exacts, nous allons vous indiquer les résultats principaux de ses recherches; mais nous n’insisterons pas sur ces données ; car en vérité, cette question ne mérite pas, vous allez le voir, qu’on l’étudie dans tous ses détails.

C’est du sang d’agneau que l’on se sert habituellement pour la transfusion [sur l’homme; or, d’après Landois, les globules humains se dissoudraient dans le sérum de cet animal au bout de 7 heures ; de même, les globules d’agneau disparaissent rapidement dans le sérum humain.

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La température aurait sur ce phénomène une influence marquée; à la température du corps la dissolution se ferait beaucoup plus vite encore qu’à celle de l’atmosphère. Inutile d’insister, Messieurs, sur les conséquences de ce fait, au point de vue pratique.

Enfin il importe de remarquer que cette influence dissolvante est réciproque. Non seulement les globules introduits dans un organisme étranger s’y détruisent rapidement, mais encore ceux de l’animal récepteur se dissolvent sous l’action du sang injecté. Non seulement celui-ci ne peut pas survivre, mais encore il compromet la vitalité du sang de l’animal transfusé.

Greite et Landois ont suivi au microscope les altérations que présentent les globules lorsqu’on les place dans un sérum étranger: ils changent de forme, prennent un aspect mùriforme ou deviennent vésiculeux, polyédriques, se gonflent ; puis ils tendent à se réunir en amas, dans lesquels les globules sont fortement accolés, d’où la possibilité d’embolies globulaires. Greite a remarqué que l’on peut dissocier ces amas et disjoindre les globules qui les composent en employant du sérum au chlorure de sodium, et non en ajoutant à la préparation du sérum de sang.

Les globules perdent peu à peu leur hémoglobine, qui se dissout dans le plasma ; mais les stromas albuminoïdes des hématies persistent, et Landois, qui leur a donné le nom de stromas- fibrine, admet qu’ils peuvent agir à la façon de bouchons de fibrine et, eux aussi, produire des oblitérations vasculaires. Il pense également, avec Naunyn, que l'hémoglobine dissoute dans le plasma de l’animal récepteur sollicite la coagulation du sang et provoque la formation de thrombus.

Vous voyez qu’il s’agit d’altérations profondes qui doivent entraîner les effets les plus fâcheux. Nous sommes ainsi amené à l’étude des phénomènes observés à la suite de ce genre de transfusion.

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Nous prendrons surtout pour exemple ce qui se passe chez le chien, puisque c’est sur cet animal qu’a d’ordinaire porté l’expérimentation.

Les premières expériences dans cet ordre d’idées remontent à plus de deux siècles. Dès 1667, King nous donne la relation d’une transfusion directe de sang de mouton au renard. Elle fut suivie d’un fort frisson et la mort survint au bout de 24 heures ; après la mort il se produisit un écoulement de sang par le nez. A l’autopsie King trouva les cavités thoraciques et abdominales pleines de sérosité sanguinolente; les vaisseaux étaient dilatés et les membranes de l’intestin paraissaient enflammées.

Ces altérations, de nature hémorragique, furent constatées à la même époque (1667-1668) par Magnani sur trois chiens transfusés avec du sang de mouton. Ces animaux moururent rapidement, après avoir rendu des urines sanglantes. L’autopsie d’un de ces animaux révéla l’existence de lésions hémorragiques fort étendues. Magnani trouva des exsudats sanguinolents dans le péritoine, des exhalations de même nature dans le tube digestif, les reins, la vessie, le cœur, enfin dans la cavité crânienne.

Après King et Magnani le silence se fait sur cette question, et il nous faut arriver à l’époque contemporaine pour assister à la reprise de ces études. Parmi les expérimentateurs modernes, nous citerons Panum, Mittler, Landois, Ponfick, Worm Millier, etc.

C’est à leurs travaux que nous emprunterons la description des phénomènes qui suivent la transfusion entre animaux d’espèce différente.

Au moment de l’opération, les mouvements respiratoires s’accélèrent d’ordinaire et l’animal est pris d’une dyspnée plus ou moins accusée, parfois considérable. Peu après survient de l’hémoglobinurie, presque toujours

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aussi des hémorragies capillaires au niveau de la plaie ; plus rarement le sang coule par d’autres voies.

Quand on injecte une très grande quantité de sang étranger à la fois, la mort peut survenir dans un court espace de temps; elle est généralement précédée de convulsions. On a remarqué que de tous les animaux les lapins étaient les moins résistants.

Landois et Ponfick ont montré que ces phénomènes ne font défaut que dans le cas où l’on n’injecte qu’une très faible quantité de sang.

Ils sont, du reste, variables suivant l’animal auquel on fait la transfusion et aussi celui auquel le sang est emprunté.

On admet qu’ils sont moins prononcés quand le transfuseur et le transfusé appartiennent à des espèces très voisines. Il serait intéressant sous ce rapport d’examiner les résultats que fourniraient les transfusions entre lapins et lièvres, chevaux et ânes, etc. Les renseignements manquent sur ce point.

D’après Ponlick, la mort survient, chez les chiens, après transfusion de sang d’agneau.

Au bout de 15 heures pour une injection de 1/5,5 de la masse du sang.

L’ hémoglobinurie apparaît de 50 à 80 minutes environ après l’opération; elle est d’autant plus accusée, d’autant plus persistante que la proportion de sang étranger est plus grande.

C’est Minier le premier, je crois, qui lit remarquer qu’il n’y a de sang en nature ni dans l’urine ni dans les voies urinaires. liasse rapporta ce phénomène à la destruction rapide des globules du transfusé. Landois et Ponlick ont complété ces données; à ce dernier est due la dénomination d’hémoglobinurie. D’après des expériences de Landois, dans lesquelles il examinait la sécrétion

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urinaire à l’aide d’une fistule vésicale, la durée de l’hémoglobinurie peut être de 12 heures et davantage.

Quant à la réaction albumineuse de l’urine, elle semble liée à la présence de l’hémoglobine, car elle apparaît et cesse avec l’hémoglobinurie. Cependant elle pourrait provenir aussi d’un sérum étranger. Jakowicky, comme Cl. Bernard et Creite, a constaté l’albuminurie après de simples injections de sérum.

Mais quels sont les éléments qui fournissent l’hémoglobine?

Dans des expériences sur la transfusion de sang d’agneau au chien, Landois dit que l’hémoglobine mise en liberté dans le plasma du chien provient exclusivement des globules d’agneau et non des globules du chien.

Il a constaté in vitro que le sérum d’agneau ne dissout pas les globules du chien. La rougeur du plasma persiste aussi longtemps que l’hémoglobine étrangère n’est pas éliminée ou transformée dans l’organisme. Cette coloration rouge disparaît progressivement et le sérum du chien redevient normal au bout de 20 à 30 heures.

Mais, de son côté, Ponfick a remarqué qu’on peut injecter du sérum d’agneau au chien dans la proportion d’au moins 65 0/0 de la masse normale, sans qu’il survienne d’hémoglobinurie ni d’albuminurie, tandis qu’une quantité beaucoup plus faible de sang d’agneau produit ces phénomènes. Ce résultat est en contradiction évidente avec l’hypothèse de Landois, qui rapporte l’hémoglobinurie à la fonte des hématies du transfusé.

Je crois, pour mon compte, que ces faits doivent être interprétés d’une façon différente. Lorsqu’on injecte, comme nous l’avons fait dans des expériences rapportées précédemment, au lapin, au chien, une notable quantité d’eau, et vous savez avec quelle rapidité ce liquide amène la dissolution des globules, on n’observe pas d’hémoglobinurie. Par contre, ce phénomène se produit d’une

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manière constante quand on injecte du sang d’espèce différente ; c’est donc aux globules de ce sang qu’il faut l’attribuer. J’admettrais volontiers que l’hémoglobine étrangère, mise en liberté dans le sang, est plus mal tolérée, et par suite plus complètement éliminée que l’hémoglobine provenant de l’animal lui-même. Celle-ci serait facilement utilisée ou brûlée dans l’organisme, tandis que l’hémoglobine étrangère jouerait en quelque sorte le rôle d’un corps étranger, et serait par suite éliminée rapidement en nature par les diverses voies d’excrétion et notamment par l’appareil urinaire. Cette interprétation cadre bien avec les faits observés. D’ailleurs l’hémoglobine étrangère ne parait pas elle-même être éliminée en totalité. Landois, du moins, admet qu’une partie est retenue dans l’organisme pour prendre part au mouvement nutritif de la même manière que l'albumine du sérum ; cela explique pourquoi une faible injection de sang étranger peut être supportée et ne pas déterminer le phénomène hémoglobinurique.

Continuons l’analyse des manifestations observées dans ce genre de transfusion. Diverses sécrétions présentent une coloration sanguinolente ; il en est ainsi pour le mucus bronchique, le liquide intestinal, les liquides sécrétés par les parties sexuelles des femelles, l’humeur aqueuse, etc.

L’urine hémoglobinurique est fortement alcaline, d’après Panum, et renferme parfois des cylindres épithéliaux colorés par l’hémoglobine ; son poids spécifique est abaissé, ce qui tient sans doute à la diminution de l’urée.

L’oxyhémoglobine ayant une réaction acide, l’alcalinité de l’urine parait due à un excès de sels et d’albuminates. La diminution de l’urée a plusieurs origines : perle d’appétit et lésions rénales, d’où à la fois diminution dans la production et dans l’excrétion.

Enfin on trouve encore dans l’urine de la matière colo-

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rante de la bile. Celle-ci peut provenir d’une transformation de l’hémoglobine. Tarchanoff a constaté en effet, dans l’urine de la matière colorante de la bile après injection d’une solution d’hémoglobine dans les veines d’un chien. Il est bon de rappeler toutefois que les chiens ont assez souvent une urine ictérique.

Quant aux hémorragies capillaires qui ont lieu au niveau de la plaie d’une manière à peu près constante, elles se produisent rarement pendant ou immédiatement après l’opération ; elles surviennent parfois dès les premières heures qui suivent la transfusion, parfois plus tard.

A côté de ces phénomènes, on observe un mouvement fébrile, une période de réaction qui ne fait jamais défaut. Elle débute par un frisson qui commence de 20 minutes à 1 heure et demie après l’opération; la température s’élève et atteint son acmé environ à la troisième heure; il existe d’ailleurs à cet égard d’assez grandes irrégularités, mais la température revient au bout de peu de temps à son degré initial.

Enfin on a encore noté les phénomènes suivants : secousses et contractions dans certains groupes de muscles, raideur des extrémités, inquiétude de l’animal, impossibilité de garder le repos, enfin parfois sialorrhée.

L'examen du sang du transfusé pouvait seul compléter cette étude expérimentale. Landois, en prenant un échantillon de sang par coupure de l’oreille et en l’examinant dans le liquide de Pacini, est arrivé aux estimations suivantes, relalivement à la transfusion du sang d’agneau au chien. Lorsqu’on fait une injection de ^ à de la masse du sang de chien, les globules d’agneau disparaissent au bout de 10 à 11 minutes. Pour une injection de — ils disparaissent au bout de 13 minutes. Landois n’ayant jamais trouvé dans les autopsies d’accumulation de globules d’agneau en a conclu que ces éléments

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se dissolvent ; d’ailleurs, ainsi que nous l’avons dit plus haut, il aconstaté directement que les globules d’agneau se détruisent dans le sérum du chien à la température normale. Worm Müller est le seul auteur qui, dans l’étude de cette question, ait employé la numération des globules, d’après une méthode analogue à celle qui lui permit de suivre les effets de la transfusion entre animaux de la même espèce. Il s’est rapproché des conditions de cette opération chez l’homme en injectant au chien du sang d’agneau. Gomme il le fait observer avec raison, les grandes différences de diamètre entre les globules du mouton et ceux du chien devaient lui permettre de distinguer dans la combinaison de ces deux sangs les éléments qui appartiennent au transfuseur de ceux du transfusé. Cependant, ainsi que Panum l’a montré, il ne faut pas oublier qu’à l’état normal le sang du chien contient de petits globules, mais ils ne seraient au maximum que dans la proportion de 11 à 12 pour 100. Nos déterminations confirment cette évaluation ; mais il importe de tenir également compte d’un autre fait, à savoir que toute opération sur le sang a pour résultat de modifier et généralement d’augmenter la proportion des petits globules.

Malheureusement les expériences de Worm Müller, quelque intéressantes qu’elles soient, sont entachées d’une cause d’erreur , car cet auteur a eu la fâcheuse inspiration d’employer un sérum artificiel renfermant 5 0/0 de sulfate de soude , sérum dont l’usage a été souvent préconisé, même en France. Or, on ne saurait trop le répéter, ce liquide détruit rapidement un grand nombre de globules du sang des animaux, ainsi que j’ai eu maintes fois l’occasion de le constater.

Toutes réserves faites sur l’exactitude absolue des résultats obtenus par Worm Müller, ses expériences n’en méritent pas moins de vous être rapportées succinctement, car elles nous fournissent des données générales

ENTRE ANIMAUX D’ESPECE DIFFERENTE

sur les modifications du sang à la suite de transfusions entre animaux d'espèce différente.

Worm Müller a fait quatre séries d’expériences. La première comprend 4 transfusions de sang défibriné d’agneau sur le chien ; 3 furent faites sans saignée déplétive; il fut injecté une quantité égale à 31, 38, 49 0/0 de la masse totale, de sorte que la masse du sang préexistante fut augmentée dans la proportion de 22, 30,5 et 44 0/0. Dans la quatrième expérience, après avoir fait une saignée déplétive, Worm Müller injecta une quantité de sang correspondant à 48 0/0 de la masse normale. Tous ces animaux moururent plus ou moins rapidement.

Les expériences de la seconde série consistèrent en injection de sang défibriné de mouton sur le lapin. Worm Müller augmenta ainsi la masse sanguine jusqu’à concurrence de 10, 26 (deux fois), 37 0/0.

Dans celles de la troisième série, du sang de chat fut injecté au chien, de manière à élever la masse de son sang de 44 et 33 0/0.

Enfin Worm Müller transfusa directement le sang de l’agneau au chien, d’ordinaire en le faisant passer de l’artère carotide à la veine jugulaire. Dans ces expériences l’injection fut poussée jusqu’à ce quelle équivalût à 16, 29 et 32 0/0 de la masse du sang du transfusé.

Voici maintenant les résultats généraux de ces recherches, fort multipliées, comme vous pouvez en juger.

Il existe une différence frappante entre les effets de la transfusion faite dans ces conditions et ceux de cette même opération pratiquée entre animaux de même espèce. Quand l’injectioa à un chien du sang de mouton, par voie directe on indirecte, s’élève à 20 0/0 de la masse normale, la mort du transfusé est certaine. Sur ce point, Worm Müller ne fait que confirmer à peu près (ces évaluations ne sont pas toutes concordantes) les données recueillies avant lui par divers expérimentateurs.

TRANSFUSION DU SANG

Ce n’est pas à l’augmentation de la masse sanguine qu’il faut attribuer la mort, car le résultat est le même qu’on ait fait ou non une saignée déplétive préalable.

Les numérations montrent que les globules d’agneau, qu’il s’agisse de sang défibriné ou de sang complet, introduits dans les vaisseaux du chien, y sont détruits en très peu de temps. Mais la rapidité de la fonte globulaire varie suivant la proportion de sang injecté. Ainsi, quand celle-ci est très faible, les globules d’agneau paraissent immédiatement détruits ; dans le cas contraire, on en trouve encore habituellement quelques-uns intacts le deuxième jour après l’opération.

Les globules du chien sont plus résistants, ils ne se détruisent qu’en faible proportion. Jamais Worm Müller n’a pu constater une dissolution intense de ces éléments, ce qui est conforme aux observations de Landois.

Une dernière remarque. Quelques-uns de ces animaux ont été soumis après l’opération à l’inanition. Dans ces conditions leur sang a dû s’épaissir, se condenser, et, par suite, le nombre des globules s’est nécessairement élevé. C’est une cause d’erreur dont il eût fallu tenir compte pour avoir une idée exacte de la proportion de globules détruits.

25e LEÇON

Sommaire : De la transfusion du sang d'espèce différente. (Fin.) — Lésions trouvées chez les animaux. — Phénomènes observés chez l’homme. — Lésions trouvées chez l’homme.

Messieurs,

Les autopsies des animaux soumis à des transfusions de sang emprunté à des espèces différentes complètent les renseignements que l’expérimentation nous fournit sur les conséquences de cette opération.

De toutes les lésions observées, celles des reins doivent être placées au premier rang. De tout temps on avait signalé la congestion de ces organes; mais c’est surtout Mittler qui a attiré l’attention sur les altérations de l’appareil uropoiétique. Il a constaté que quand la transfusion est faite avec du sang de la même espèce, le rein ne présente pas d’autre modification pathologique qu’un état hyperhémique, qui lui-même n’est pas constant, tandis que, dans les transfusions de sang étranger, les reins ont une coloration rouge foncé due en partie à l’imbibition, en partie à des infarctus. Landois confirme ces faits et donne une description plus complète des lésions rénales. La substance corticale est pâle, ou colorée en brun gris sale et présente des taches ou des traînées couleur café foncé; les pyramides de Ferreinsont réduites à l’état de traînées d’un jaune grisâtre; on trouve dans les calices et le bassinet une sérosité brunâtre.-

L’examen microscopique nous montre des altérations profondes : dégénérescence graisseuse de l’épithélium rénal, présence de bouchons solides dans les canaux col-

TRANSFUSION DU SANG

lecteurs ; accumulation dans les canalicules non de globules, mais d’une substance semblable à l’hémoglobine, d’aspect hyalin ou granuleux. Ajoutons que plusieurs de ces lésions n’ont été observées que chez des animaux qui avaient survécu un certain temps.

D’un autre côté, Panum a constaté que l’urine est peu abondante, pauvre en urée.

Dans les viscères on trouve des lésions de même nature. Ainsi pour les poumons, ce sont des foyers circonscrits d’hyperhémie, ou même des hémorragies interstitielles qui, en se réunissant, atteignent parfois des dimensions assez considérables ; ce sont dans certains cas des infarctus ou un exsudât sanguinolent dans les bronches. Les lésions du tube digestif sont généralement plus circonscrites. L’estomac est ordinairement à peu près normal ; il est rare d’y rencontrer des infarctus hémorragiques ou des altérations delà muqueuse; mais sa surface est recouverte d’un mucus brunâtre. Les intestins sont plus malades ; on y trouve dans certaines régions, en particulier le duodénum, des masses irrégulières d’un rouge grisâtre, constituées par de l’hémoglobine, recouvrant une muqueuse grisâtre, fortement tuméfiée avec saillie des villosités. D’après Ponfickle gonflement et l’hyperhémie de la muqueuse seraient surtout prononcés dans le côlon et l’S iliaque.

Les séreuses ne sont pas plus indemnes; à la surface des plèvres, du péritoine, ou môme des méninges peuvent sevoir des suffusions sanguines ou plutôt hémoglobiques.

Le foie est généralement congestionné ; au dire de Landois, son parenchyme est atteint de dégénérescence graisseuse.

Enfin le système vasculaire renferme de nombreuses coagulations.

Vous voyez que toutes ces lésions sont du même ordre; elles relèvent évidemment soit d’une altération du liquide

ENTRE ANIMAUX D’ESPÈCE DIFFÉRENTE

sanguin, soit cl’une perturbation fonctionnelle de la circulation; mallieureusementdl manque à ce tableau l’examen du sang contenu dans les différents organes.

Maintenant que nous connaissons et les symptômes présentés par les animaux pendant la vie et les lésions produites par l’opération, nous devrions être en mesure d’établir la pathogénie de ces divers accidents et aussi de la mort. Or il n’en est rien; c’est là un point encore obscur et fort contesté.

L’hypothèse de l’anémie ne peut être acceptée, car les vaisseaux sont remplis de sang et la destruction globulaire ne porte que sur une partie des éléments. Celle de la réplétion exagérée, de la pléthore n’est pas davantage admissible,puisque, comme nous l’avons vu, l’augmentation dans une proportion considérable delà masse de sang n’est pas suivie de phénomènes graves.

La théorie de Landois est-elle plus satisfaisante? Pour lui, tous les accidents sont dus aux coagulations vasculaires produites soit par des amas de globules étrangers, soit par des conglomérats de stromas-fibrine dans les capillaires et les petits vaisseaux. Les hémorragies capillaires au niveau de la plaie seraient imputables à l’augmentation de pression dans les vaisseaux non oblitérés.

Worm Müller repousse cette interprétation. En autopsiant rapidement les animaux, il n’a pas trouvé les thromboses vasculaires signalées par Landois. De plus celles-ci n’expliqueraient pas tous les phénomènes observés, en particulier les hémorragies qui surviennent pendant et immédiatement après l’opération. Worm Müller met en avant une autre théorie. Tous ces accidents seraient dus à une altération rapide de la paroi vasculaire, elle-même causée par le sang étranger injecté dans l’organisme. Ainsi s’expliquerait la présence des hémorragies au niveiu de la plaie.

HAYEM. — SANG

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Ce n’est là évidemment qu’une hypothèse et encore une hypothèse peu satisfaisante. Car les injections de sérum étranger chez le chien ne sont pas aussi redoutables, tant s’en faut, que celles de sang, et on ne voit pas pourquoi le sérum n’agirait pas aussi rapidement et de la même manière sur les parois vasculaires.

Pourrait-on, pour expliquer la mort, invoquer l’urémie, en se fondant sur les alterations si accusées des reins, sur la diminution de l’urée? Pourrait-on, comme l’a fait Ponfick, attribuer la mort aux lésions rénales et particulièrement à l’insuffisance urinaire? Évidemment non. Lorsqu’en effet la mort est rapide, l’affection rénale n’a pas le temps de jouer un rôle important, capital, comme on le suppose dans cette hypothèse. On ne peut guère songer à l’urémie quand on voit des lapins mourir 2 à 3 heures après la transfusion. D’ailleurs, quand la vie se prolonge, on n’observe pas de symptômes urémiques; les chiens meurent tranquillement, sans présenter ni convulsions, ni coma, ni sopor.

D’un autre côté, la fibrine n’exerce aucune action pathogénique ;car, ainsi que nous l’avons vu, les accidents sont les mêmes, que la transfusion se fasse avec du sangcomplet ou du sang défibriné.

Miltler a cependant trouvé à cet égard une différence; il a admis que la transfusion de sang défibriné est moins dangereuse que celle de sang complet; mais cette opinion n’a pas encore été confirmée.

Vous voyez qu’en somme on ne connaît pas le mécanisme de ces manifestations morbides et surtout de la mort.

La plupart des causes indiquées, et particulièrement celles que Landois met en avant, n’expliquent que les altérations locales. Pour qu’il y ait mort et surtout mort rapide, comme dans quelques observations, il faut une cause plus générale, soit une sorte d’intoxication pro-

DES ANIMAUX A l’hOMME.

duite par le sang étranger frappé de mort, soit une altération delà vitalité du sang du transfusé, avant disparition des éléments anatomiques. Ces deux causes peuvent d’ailleurs agir à la fois et unir leur influence.

Il me reste, pour épuiser cette étude, à vous faire connaître les phénomènes observés chez l'homme lorsqu’on lui injecte du sang d’un animal, et, comme vous le savez, c'est presque toujours d’un agneau qu’il s’agit.

Déjà, dans la première opération de ce genre, celle de Denis, on nota un accident hémorragique; le malade perdit au bout de deux heures quelques gouttes de sang parle nez. Dans une autre transfusion faite avec du sang de veau, Denis observa de la lièvre, de la douleur dans la région lombaire, une épistaxis, enfin une hématurie, nous dirions aujourd’hui une hémoglobinurie, qui dura 3 jours.

Les recherches modernes, celles en particulier d’auteurs qui, comme Gesellius et fiasse, ont voulu réhabiliter ce mode de transfusion, nous permettent de tracer un tableau exact des phénomènes qui se produisent chez l’homme. Landois surtout, compulsant toutes les observations antérieures, en a donné une description aussi complète que possible, que nous vous rapporterons succinctement, bien que les symptômes constatés chez l’homme offrent une similitude presque absolue avec ceux que l’expérimentation nous révèle chez les animaux.

Pendant l’opération, il se produit une sensation de chaleur ou de cuisson dans le bras, sensation plus forte que quand on se sert de sang humain.

Puis les vaisseaux se dilatent; il en résulte une stase veineuse qui peut, surtout quand l’injection est faite rapidement, aller jusqu’à la cyanose. La teinte cvanique se montre diffuse ou par plaques, sur le visage, le tronc. La sueur perle à la face et au front.

TRANSFUSION DU SANS

Il se produit des hémorragies par les plaies, les ulcérations, diverses muqueuses; on observe des crachements de sang chez les individus atteints de lésions pulmonaires.

Puis survient de la dyspnée accompagnée ou plutôt suivie d’un sentiment de plénitude, d’oppression avec profond malaise.

Les pulsations cardiaques sont fortes et précipitées.

Du côté du tube digestif, on note une exagération des mouvements péristaltiques, qui se traduit par des nausées, des vomissements, des évacuations alvines involontaires, enfin du ténesme.

Comme symptômes nerveux, on a noté des symptômes d’excitation comparables à l’exaltation qui suit l’administration du chloroforme, des bourdonnements dans les oreilles, des troubles visuels, des vertiges, de la céphalalgie plus ou moins intense, parfois une perte de connaissance de courte durée. Tôt ou tard le malade accuse de la rachialgie; phénomène constant, mais d’intensité variable, qui dure quelques heures, en présentant des rémissions.

De dix minutes à une heure après l’opération se produit la réaction fébrile. Le frisson se montre de cinq minutes à cinquante-cinq minutes après l’opération et peut durer jusqu’à deux heures. Au frisson, qui est parfois très violent, succède peu à peu un stade de chaleur pendant lequel la température s’élève de plusieurs degrés, puis une période de sueur. Dans un cas, d’ailleurs mortel, Hasse a vu monter la température au chiffre énorme de 42°, 8. Puis l’opéré tombe dans un état d’accablement et de somnolence.

L’urine présente quelques particularités remarquables. D’ordinaire, immédiatement après la transfusion ou le lendemain, elle renferme de l’albumine et de l’hémoglobine. Lors même qu’il n’y a pas d’hémoglobinurie franche,

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