DES ANIMAUX A L’HOMME
elle présente toujours le premier jour une coloration foncée. Dans un cas, Czerny 1 y a trouvé une quantité d’hématine représentant la totalité de l’hémoglobine du sang transfusé.
Du côté des téguments, en dehors des plaques cvaniques qui se produisent pendant ou immédiatement après l’opération, et qui indiquent une stase veineuse, on a observé presque constamment, au bout de quelques jours, l’apparition d’une urticaire plus ou moins intense. Dans deux cas on vit survenir de l’ictère.
Vous voyez, Messieurs, que le tableau symptomatique est le même que pour les animaux. Aussi ne serez-vous pas étonnés d'apprendre qu’on trouve la même destruction globulaire et les mêmes altérations organiques qu’à la suite des recherches expérimentales faites sur les animaux.
D’ailleurs les expériences directes de Landois déjà rapportées ont montré que les globules d’agneau se dissolvent très rapidement dans le sérum humain ; les globules humains ne se dissolveraient, au contraire, que lentement et en petite quantité dans le sérum d’agneau. Landois admet que la dissolution des globules d’agneau dans le sang humain fournit l’hémoglobine qui passe dans les urines.
Quelle est la quantité de sang d’agneau qu’il est nécessaire d’injecter à l’homme pour qu’il se produise de l’hémoglobinurie? Sur ce point, les résultats sont variables. Dans quelques cas, 150, 200 et même 240 grammes de sang d’agneau n’ont pas donné lieu à l’albuminurie. Dans d’autres, elle a été constatée après injection de 140, 150, 200 grammes et, dans un cas, même de 120.
La destruction des globules du sang transfusé a été
i ccv.
TRANSFUSION DU SANG
constatée une fois directement par Bruegelmann \ qui, au bout de deux jours, ne retrouva plus un seul globule d’agneau chez un phtisique auquel on avait transfusé 117 centimètres cubes de ce sang.
Il est probable aussi que les lésions sont analogues pour l’homme et les animaux, bien que Gesellius et liasse affirment n’avoir rien découvert à l’autopsie. Du reste, Masing2 a trouvé les reins criblés d’infarctus hémorragiques miliaires.
Cependant, en examinant les observations cliniques, on voit qu’en général les phénomènes consécutifs à ce genre de transfusion sont moins prononcés chez l’homme que chez les animaux. Cette différence s’explique par ce fait que, chez le premier, la transfusion porte sur une quantité de liquide qui, relativement à la masse totale de son sang, est toujours plus faible que dans les expériences. Il est d’ailleurs regrettable que la proportion de sang injectée n’ait pas été le plus souvent calculée d’une manière rigoureuse.
Vous possédez maintenant, Messieurs, tous les éléments d’un jugement définitif sur la valeur de ce mode de transfusion. Il est inutile, je crois, d’insister longuement et de développer toutes les considérations qui le condamnent d’une manière absolue.
Cette pratique repose sur une connaissance imparfaite des propriétés physiologiques du sang. Si une telle ignorance était fort excusable à l’époque des premières transfusions, il y a deux siècles, elle ne l’est plus de nos jours, et cet essai de réhabilitation ne peut plus trouver d’écho. On doit, au nom de la science, repousser avec énergie, quoi qu’il nous en coûte au point de vue des applications de la transfusion, une opération qui ne peut que faire courir au malade des dangers sérieux sans lui procurer, en compensation, le moindre bénélice.
ccvi. — 3 ccvn.
26e LEÇON
Sommaire : Utilité de la transfusion. — Valeur des grandes convulsions comme critérium de la mort imminente permettant d’apprécier l’utilité de la transfusion. — Comparaison, à ce point de vue, des divers genres de liansfusion. — Action du sang défibriné. — Du sang complet.
Messieurs,
La transfusion n’est pas encore entrée, permettez-moi cette expression, dans nos mœurs; beaucoup d’entre vous termineront leurs études sans avoir assisté à aucune opération de ce genre. Les chirurgiens français, moins hardis ou moins téméraires que nos collègues étrangers, reculent devant une pratique thérapeutique dont les effets physiologiques ne sont encore connus que d’une manière fort imparfaite, dont l’utilité n’est pas nettement démontrée, dont les indications ne sont pas posées d’une façon précise.
La transfusion ne deviendra une opération cournn'e que lorsque deux conditions auront été remplies, lorsque, d’une part, les conséquences physiologiques de ce mode d’intervention seront bien établies et que, d’autre part, on aura déterminé dans quels cas et jusqu’à quel point elle peut être utile.
C’est la dernière question que nous ayons à résoudre et elle n’est pas la moins importante. Les conditions dans lesquelles on a eu recours à cette opération sont tellement multiples que l’expérimentation ne saurait intervenir pour résoudre tous les problèmes cliniques, ainsi soulevés. Ainsi pour prendre un exemple , elle ne peut évidemment nous fournir aucune donnée sur
TRANSFUSION DU SANG
l’emploi de la transfusion clans l’aliénation mentale, préconisé par certains médecins italiens.
D’autre part, je sais bien que les résultats des expériences de saignées et de transfusions faites sur des animaux ne peuvent s’appliquer d’une manière rigoureuse à l’homme. Mais, il ne faut pas vous attacher aux questions de doses et de résistance individuelle et ici, comme dans toutes les questions de thérapeutique expérimentale, nous ne devons pas oublier que les faits physiologiques sont soumis chez les animaux et chez l’homme à des lois communes.
Or, vous l’avez vu dans l’étude soit des saignées, soit delà transfusion, ce sont les faits d’orclre physiologique qui ont dû nous préoccuper avant tout.
Les anémies d’origine expérimentale nous fournissent un excellent terrain pour étudier les avantages de la transfusion.
Prenons le cas où ce genre d’intervention parait le mieux indiqué, les hémorragies profuses menaçant l’existence. De ce que, dans un cas en apparence désespéré, cette opération a élé suivie de guérison ou cl’une amélioration soutenue, on ne peut avec certitude en conclure que le résultat obtenu soit le fait de la transfusion.
A quel critérium, en effet, reconnaître que le malade était perdu sans ressource au moment où la transfusion a été pratiquée, et de quel droit pouvons-nous rapporter à cette opération le bénéfice d’une guérison qui se fût peut-être produite par les seules forces de la nature ?
De même dans les anémies chroniques, comment établir, sans le secours de l’étude des modifications dans l’évoluion et dans la constitution du sang, le résultat obtenu par la transfusion ?
L’expérimentation me semble donc pouvoir répondre aux deux questions principales qui se posent ici et que nous formulerons dans les termes suivants :
UTILITÉ DE LA TRANSFUSION. 457
1° La transfusion est-elle utile dans les cas d’anémie aigue, lorsque la perte du sang met la vie en danger, ou mieux encore lorsqu’il y a mort imminente?
Dans le cas de réponse affirmative, à quel mode de transfusion doit-on donner la préférence?
2° La transfusion est-elle utile dans les cas d’anémie chronique ?
A cette dernière question nous répondrons en énonçant les conclusions des expériences que nous vous avons exposées.
Au contraire, pour résoudre la première, il est nécessaire de compléter notre étude expérimentale sur ce point spécial, assez important pour qu’on y revienne en détail.
Ici, il nous faut faire appel aux notions que nous avons acquises en étudiant les pertes de sang mortelles. Aujourd’hui très nombreuses sont les expériences où il est dit que les animaux saignés à mort sont revenus à la vie, grâce à la transfusion. Quelle foi faut-il accorder à ces faits de prétendue résurrection? C’est ce qu’il importe de discuter.
Nous avons vu que les animaux et l’homme peuvent perdre une quantité relativement très considérable de sang, avoir une syncope prolongée, se trouver en état de mort apparente et, cependant, revenir à la santé, sans aucune intervention. Dans ces cas, ce qu’il reste de sang dans l’organisme suffit pour l’entretien do la vie, jusqu’à ce qu’une poussée de nouveaux globules rétablisse définitivement l’équilibre sanguin. On peut donc se demander si tous les faits de résurrection par la transfusion sont bien imputables à cette opération.
D’un autre côté, si elle n’intervient que pour faciliter la rénovation sanguine, son utilité devient discutable ; et dès lors, en raison des difficultés que présente la transfusion dans ces cas, il est malaisé d’affirmer qu’elle soit formellement indiquée.
TRANSFUSION DU SANG
Aussi, pour démontrer expérimentalement que la transfusion est utile dans l’anémie aiguë, qu’elle peut empêcher une mort imminente, il faut chercher tout d’abord à l’aide de quels signes on reconnaîtra qu’un animal doit forcément succomber à une hémorragie. Si, au moment où ces symptômes se produisent, l’injection de sang nouveau assure son rétablissement, la preuve sera faite de l’utilité de la transfusion dans ces circonstances.
Cette question préjudicielle ne semble avoir en aucune façon préoccupé les expérimentateurs. Or, supposons le cas le plus simple, une hémorragie abondante chez un animal d’ailleurs sain. Vous connaissez tous les phénomènes, d’ailleurs variables, que l’on constate. En est-il un qui puisse servir de critérium d’une mort imminente? A cet égard, nous ne trouvons que dans le travail déjà cité deM. Paul Bert1 une indication précise sur ce point. Après avoir passé en revue les phénomènes qui précèdent la mort, il montre que tous peuvent s’observer sans quela mort soit inévitable, tous, àl’exception d’un seul, les grandes convulsions. Chaque fois que ces dernières manifestations se produisent, le dénouement fatal est, d’après lui, certain.
Les faits que nous avons recueillis viennent à l’appui de cette manière de voir. Si quelques-uns de nos animaux ont succombé sans présenter de grandes convulsions, tous ceux qui ont présenté ces phénomènes sont morts.
Nous avons déjà décrit les grandesconvulsions à propos de la mort par hémorragie. Revenons ici sur quelques particularités qu’elles présentent.
Le plus souvent, ces convulsions se montrent dans le cours même de la saignée, surtout si le sang coule bien et rapidement. Habituellemeht, ainsi que l’a vu