‹ Leçons sur les modifications du sang sous l'influence des agents médicamenteux et des pratiques thérapeutiquesChapitre 116 sur 126 · FUR · texte numérisé non relu

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santé en augmentant l’appétit et en activant la nutrition générale. Cette question a pu être résolue, je crois, parla comparaison de l’action de l’oxygène avec celle du fer.

Vous savez que les troubles gastriques jouent un rôle important dans la chlorose. Beaucoup de malades ont un appétit capricieux, bizarre, un dégoût persistant pour toute alimentation substantielle ; souvent aussi il y a de la gastralgie, des vomituritions ou même des vomissements, et la nutrition devient alors tellement languissante qu’il est logique d’attribuer à cet état une large part dans la production de l’anémie.

En choisissant des malades présentant ces phénomènes et en les soumettant aux inhalations d’oxygène, on peut faire disparaitre, en général très rapidement, les troubles gastriques et produire une augmentation considérable de l’appétit ainsi que du pouvoir d’assimilation. L’état général des malades s’améliore , mais malgré la continuation pendant plusieurs mois des inhalations d’oxygène, il est impossible d’obtenir une modification bien appréciable des altérations globulaires. Quelques malades, se sentant mieux, abandonnent tout traitement et ne tardent pas à retomber dans un état maladif aussi prononcé qu’avant le commencement des inhalations ; celles qui, au contraire, sont soumises après cette première médication à un traitement ferrugineux suffisamment prolongé guérissent plus ou moins rapidement.

On est en droit de conclure, d’après ces recherches, que le fer des aliments n’agit pas chez les chlorotiques comme le fer donné sous la forme médicamenteuse, soit parce que la quantité de fer assimilée dans les conditions d’une alimentation habituelle ne suffit pas pour réparer les pertes subies par l’organisme malade, soit parce que le passage dans le sang d’une quantité surabondante de fer est nécessaire pour que l’action pharmacothérapique se produise.

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En tout cas, la valeur du fer ne saurait être niée; bien employé, cet agent est des plus précieux, et il est véritablement fâcheux que des praticiens de mérite se soient laissés entraîner un peu à la légère à se prononcer contre son emploi.

Dans l’anémie chlorotique, un de ses principaux effets consiste dans l’augmentation du contenu des hématies en matière colorante.

Ce résultat caractérise à tel point l’action du fer qu’il est possible de l’obtenir dans les anémies symptomatiques, alors même que l’évolution anomale du sang est entretenue par une lésion organique, telle qu’un cancer par exemple.

Le fer paraît donc apporter aux hématies l’élément nécessaire à leur évolution complète, et lorsqu’il pénètre en excès dans le sang, il augmente, même dans les conditions pathologiques les plus défavorables, la proportion d’hémoglobine des hématies, jusqu’à déterminer la sursaturation de ces petits éléments.

Telle est, d’une façon indéniable, l’action intime de la médication martiale.

Pour en revenir au traitement de la chlorose, s’ensuitil, comme on me l’a fait dire à tort, que cette maladie ne peut guérir sans fer ?

Rien ne me parait plus utile, en pratique, que de se bien expliquer sur ce point. La chlorose est une affection dont la durée et l’intensité sont extrêmement variables. Tandis que nombre de jeunes filles y sont condamnées pendant des années, d’autres en sont à peine atteintes et s’en remettent aisément en quelques mois. Abandonnée à elle-même ou traitée inconsidérément, elle ne s’éternise pas et tond d’elle-mème à s’affaiblir avec les progrès de l’âge. Elle ne devient grave que par l’intervention de diverses circonstancesfortuites dont tout clinicien saura tenir compte. Si donc elle est capable de s’acheminer d’elle-

HAYEM. — SANG

FER

même vers une solution favorable, rien n’est plus naturel que de la voir s’amender sous l’influence des traitements les plus divers.

Les considérations qu’on a fait valoir en faveur de ces traitements s’appliquent le plus souvent à la chlorose, tandis que notre étude du fer vise uniquement un des éléments de cette maladie, soit l’anémie chlorotique.

11 est indispensable de rappeler que cette anémie joue dans la chlorose un rôle très variable, souvent considérable, mais parfois aussi tellement effacé que, dans quelques cas, rares à la vérité, mais qui paraissent incontestablement appartenir à cette maladie, on ne constate aucune altération appréciable du sang. Dans ces dernières circonstances, les phénomènes nerveux et dyspeptiques dominent, et par conséquent le traitement de la maladie ne sera pas celui de l’agi obulie. Je ne pense pas que ces distinctions aient été toujours suffisamment faites. L’examen méthodique du sang, sur lequel se trouve fondée l’étude pharmacologique du 1er, ne permet pas de les négliger. Lorsqu’on en tient compte, les observations des malades démontrent d’une manière péremptoire que, chez les chlorotiques, plus l’aglobulie domine, plus la maladie est justiciable de la médication martiale.

Lorsqu’il existe des troubles dyspeptiques plus ou moins prononcés, les inhalations d’oxygène peuvent rendre de grands services en permettant, par leurs effets sur l’estomac, de faire intervenir des préparations ferrugineuses préalablement mal supportées. Nul doute que l’aérothérapie et peut-être l’hydrothérapie recommandées par quelques praticiens ne soient d’un secours analogue.

Encore un mot pour achever cet important sujet. Bien que je vous représente le fer comme l’agent le plus efficace à opposer à l’anémie chlorotique, je ne vous le donne pas comme mettant plus que tout autre à l’abri des récidives. Celles-ci sont très fréquentes dans l’ancmie chlorotique,

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soit parce que les malades s’exposent de nouveau aux causes qui ont déterminé leur état morbide, soit parce que la disposition constitutionnelle à l’anémie persiste et reproduit bientôt les mêmes effets lorsqu’on abandonne l’organisme à ses propres ressources.

Il est cependant possible d’éviter ces récidives, et c’est encore le fer qui nous en procure le moyen. En réitérant de temps en temps l’examen du sang chez les malades qui paraissent définitivement guéries, il est facile de surprendre la moindre tendance au retour de l’aglobulie, avant même que l’état du sang se soit révélé par quelques1 phénomènes pathologiques. Une reprise, pendant quelques semaines, delà médication martiale, enraye alors la menace de récidive.

C’est toujours d’après l’état individuel des globules, plus encore que d’après le nombre de ces éléments, qu’on jugera de l’opportunité de ces nouvelles interventions thérapeutiques, bien que, je le répète, la valeur individuelle des globules (G) ne soit qu’un des facteurs de l’état anatomique du sang.

J’ai insisté particulièrement sur l’étude pharmacothérapique du fer dans la chlorose, parce que l’anémie chlorotique constitue précisément l’indication principale du fer et qu’elle nous a fourni l’occasion de discuter les diverses opinions émises sur le mode d'action de ce pré* cieux médicament.

Nous compléterons rapidement cette étude par celle des autres indications de la médication martiale.

b) L’anémie par pertes de sang est un sujet pathologique des plus intéressants, mais malheureusement fort incomplètement connu. Il est, du reste, extrêmement vaste si l’on veut lui faire embrasser toutes les variétés d’hémorragies primitives et symptomatiques.

Essayons de distinguer les principales conditions dans lesquelles surviennent ces pertes, puisque c’est à ces

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circonstances que nous devrons conformer notre conduite.

1° Une hémorragie plus ou moins prolongée, mais temporaire, survenant chez un sujet sain ayant le sang normal, telle que celle résultant d’une épistaxis, d’une saignée, d’un traumatisme, d’une métrorragie, constitue le cas le plus simple.

Dès que la perte sanguine s’arrête, la réparation hématique se produit spontanément et se fait, en général, aisément, même lorsque la quantité de sang perdue a été très abondante.

A l’état normal, l’organisme sain possède un pouvoir de sanguification très remarquable, qui varie nécessairement suivant des circonstances 'extrinsèques et intrinsèques multiples, mais qui presque toujours est au niveau de sa tâche. Le fer nécessaire à la rénovation du sang est emprunté à l’alimentation, et lorsque celle-ci est suffisamment réparatrice, il n’y a pas nécessité d’intervenir à l’aide de la médication martiale.

Il serait cependant intéressant de rechercher si le fer n’assurerait pas à cette réparation spontanée plus de promptitude et de solidité.

2° Examinons maintenant ce qui se passe lorsque surviennent des hémorragies multiples, séparées par des intervalles trop courts pour que la réparation hématique ait le temps de s’effectuer complètement entre chacune d’elles (hémoptysies ou épistaxis répétées, métrorragies par corps fibreux, etc.).

Les observations cliniques montrent, ainsi qu’on pouvait s’y attendre, qu’en pareils cas les lésions du sang deviennent peu à peu absolument semblables à celles de l’anémie dite spontanée. D’ailleurs, toutes les aglobulies chroniques, quelle qu’en soit l’origine, sont caractérisées par les mêmes lésions. Au point de vue anatomique, on ne trouve que des variations dans l’intensité de ces altéra-

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lions. Mais lorsqu’on se place au point du vue physiologique et qu’on cherche à tenir compte de l’évolution du sang, on peut distinguer deux cas bien différents.

Dans le premier, les hémorragies ayant été modérées et peu fréquentes, le pouvoir sanguifioateur n’est pas atteint. Les accidents cessent-ils à ce moment, la réparation hématique peut encore s’effectuer spontanément, mais elle marche lentement et demande, pour se parfaire, un temps d’autant plus long que l’aglobulie est plus prononcée.

Lorsque la fréquence et l’importance des hémorragies ont affaibli tout l’organisme au point de porter un préjudice sérieux aux fonctions hématopoiétiques, on se trouve alors en présence de cas analogues à ceux de l’anémie chlorotique : le pouvoir sanguificateur est plus ou moins profondément altéré et la réparation sanguine n’a plus de tendance à se faire spontanément ; l’évolution du sang reste pendant un temps plus ou moins long définitivement anomale.

Dans l’un et l’autre cas, l’intervention du fer est utile, avec cette différence que dans le dernier on peut la considérer comme formellement indiquée.

Elle le sera encore lorsque les pertes se reproduisent, et dans cette grave occurrence le fer soutiendra efficacement l’organisme dans sa lutte. Chez des malades arrivés à un degré extrême d’anémie, ce médicament produira tout au moins une amélioration, en faisant augmenter la proportion d’hémoglobine contenue dans les quelques hématies persistantes.

Si nous voulions traiter ce sujet d’une manière complète, nous devrions nous demander ici quelle est la valeur du fer comme hémostatique ; son intervention dans les hémorragies a été, en effet, considérée par les médecins comme ayant un double but. N’ayant encore aucune explication à donner de l’effet hémostatique du fpr em-

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ployé à l’intérieur, nous laisserons de côté ce point intéressant, que nous chercherons plus tard à résoudre par la voie expérimentale.

3° Jusqu’à présent nous avons supposé les individus atteints d’hémorragie parfaitement sains au moment où les pertes se produisent. Il y a lieu de placer dans une catégorie distincte les cas dans lesquels ces accidents se montrent chez des malades déjà anémiés, ayant un pouvoir sanguificateur amoindri. Citons par exemple les hémorragies (épistaxis, métrorragies, pertes sanguines accompagnant un avortement ou un accouchement, etc.) dont peuvent être atteintes les chlorotiques.

Une perte qui serait presque insignifiante pour une personne saine devient ici la cause d’un état souvent grave, capable de compromettre rapidement l’existence. C’est ainsi qu’ont pris parfois naissance certains faits de prétendue anémie pernicieuse progressive.

Inutile d’insister longuement sur les indications qui s’imposent ici avec évidence. L’administration du fer ne saurait être trop hâtive et il y faut adjoindre tous les moyens d’en rendre l’assimilation facile et prompte. En pareille circonstance la transfusion a été souvent pratiquée ; en apportant quelques éléments au sang, elle a rendu curables des états qui paraissaient au-dessus des ressources de l’art.

II. — a) Nous pouvons ranger dans un groupe commun les maladies hémorragipares : purpura, scorbut, hémophylie.

Toutes ces affections déterminent une anémie plus ou moins rapide et profonde ; mais il est clair que les efforts de la médication doivent porter avant tout sur la maladie elle-même qui tient les pertes sanguines sous sa dépendance. La première indication est évidemment de tarir la source de la perte sanguine ; et, dans l’application de ce précepte, le fer n’intervient qu’à titre d’hémostatique.

étude ph a rm acoth Éradique.

Rien de plus obscur encore que la physiologie pathologique de ces maladies. Toutefois, au point de vue restreint qui nous occupe, nous pouvons dire que le traitement de l’anémie n’est indiqué ici qu’au moment de la convalescence, lorsque la réparation hématique est languissante (scorbut, purpura hemorragica).

b) Dans l'anémie des convalescences (variole, fièvre typhoïde, etc.), nous avons vu que la réparation hématique s’effectue en général facilement par le simple emprunt du fer à une alimentation convenable. Le fer n’est donc pas nécessaire, bien que parfois, surtout lorsque le tube digestif le supporte, il puisse rendre des services. Nous signalerons cependant l’indication de l’employer lorsque la maladie aiguë aura frappé une personne atteinte antérieurement d’anémie, lorsque par exemple on sera en présence de la convalescence d’une fièvre typhoïde survenue chez une jeune fille chlorotique. Cette fièvre continue, qui habituellement laisse intact, après elle, le pouvoir de sanguification, aggrave sensiblement les lésions du sang chez les chlorotiques et se termine alors par une convalescence traînante , difficile , réclamant l’emploi de tous les agents réparateurs.

c) Il ne nous reste plus, pour achever cet examen rapide, qu’à indiquer la valeur du fer dans les anémies symptomatiques liées aux affections les plus diverses (affections du tube digestif et de ses annexes, scrofulose, tuberculose , syphilis , cancer , cachexies cardiaque , rénale, etc.).

Le traitement de l’anémie occupe toujours ici un plan secondaire et, lors même que la médication martiale sera utile, elle ne remplira qu’une indication symptomatique souvent accessoire. Mais il est bien des circonstances pathologiques dans lesquelles on est réduit au traitement des principaux symptômes et, à cet égard, on n’a peut-être pas étudié d’une manière suffisamment précise

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les avantages qu’on peut retirer d’un réparateur aussi énergique que le fer.

Nous ne pouvons qu’attirer votre attention sur cette vaste et importante question des anémies secondaires, dont chacun des principaux types mériterait une étude distincte. Je me bornerai à énoncer sous la forme d’une proposition générale les résultats qui ressortent d’un certain nombre d’observations cliniques dans lesquelles le sang des malades a été examiné par les méthodes dont je vous ai parlé.

Dans tous les états pathologiques qui se compliquent d’aglobulie, le fer tend à produire les mêmes effets que dans les anémies primitives. Néanmoins, comme le plus souvent il ne peut en rien modifier l’évolution de la maladie principale, la lésion hématique se reproduit sans cesse. Il pourra cependant être utile en soutenant l’organisme dans cette lutte constante et en atténuant une des plus fâcheuses conséquences de la maladie (dyspepsie, tuberculose, cancer , intoxications chroniques, etc.).

En somme, l’action pharmacothérapique du fer ne fait jamais défaut, on peut compter sur elle toutes les fois qu’il existe de l’aglobulie ; mais tandis que cette action est curative dans les anémies primitives, elle reste palliative dans les anémies secondaires.

TABLE DES MATIÈRES

Avant-Propos

Bibliographie. .

INTRODUCTION

Des diverses branches de la thérapeutique et de la matière médicale, et des rapports de la science avec la pratique

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