XLIV
ÉMISSIONS SANGUINES
(fig. 4) ; mais dans quelques cas j’emploie une cellule de un dixième de millimètre. Grâce à ce dispositif, lorsqu’on dépose une gouttelette de liquide au centre de la cellule, qu’on recouvre d’une lamelle de verre planie, on obtient une couche d’une épaisseur uniforme d’un cinquième de millimètre, dont les surfaces sont parallèles.
Reste à vous indiquer comment on dispose le microscope pour la numération des globules rouges ou blancs (car je ne m’occupe pas ici de celle des hématoblastes qui exige un plus fort grossissement).
On a placé dans l’oculaire du microscope, entre le verre de champ et le verre de l’œil, une glace sur laquelle est gravé un carré divisé en seize parties égales; de plus, pour faciliter la numération, on a tracé dans ces seize petits carrés des lignes réciproquement perpendiculaires qui n’en atteignent pas les bords. Le tube rentrant
Fig;. 5.
du microscope est enfoncé dans sa monture jusqu’à un trait d’affleurement déterminé de telle sorte que le côté du carré ait avec l’objectif employé, le n° 2 de Nachet, une valeur égale à la hauteur de la cellule, soit un cinquième de millimètre. On a ainsi sous les yeux la projection d’un
NUMÉRATION DES ÉLÉMENTS DU SANG
cube d’un cinquième de millimètre de côté, et il suffira de compter les globules compris dans les seize petits carrés pour connaître le nombre d’éléments figurés contenus dans ce volume de liquide ( fig . 5).
Le principe de la méthode et les instruments nécessaires vous étant connus, voyons comment on doit procéder à cette mensuration, qui n’offre aucune difficulté, mais demande, pour être exacte, certaines précautions.
Pour prendre le sang du malade, on pique l’extrémité du doigt avec la pointe d’une lancette soigneusement nettoyée, et on obtient une petite plaie suffisante pour laisser échapper quelques gouttes de sang, dès qu’on comprime légèrement la pulpe. On aspire avec la pipette ad lioc deux millimètres cubes de sang, de manière que ce liquide, sans avoir le temps de s’épaissir à l’air, passe en quelque sorte des vaisseaux dans la pipette. Celle-ci portant un tube en caoutchouc, il suffit d’y souffler pour faire tomber le sang dans l’éprouvette où l’on a, au préalable, porté 500 millimètres cubes de sérum artificiel. En aspirant deux ou trois fois de suite un peu de sérum qu’on repousse aussitôt, on vide exactement le tube capillaire de la pipette. Au moyen d’un agitateur, terminé par une petite palette, on remue le mélange de sang et de sérum jusqu’à ce qu’il soit parfaitement homogène.
On dépose alors, comme nous le faisons sous vos yeux, à l’aide de l’agitateur, une goutte de celte dilution au centre de la cellule et on place sur le tout, doucement et sans la faire glisser, une lamelle de verre bien planie. C’est le moment délicat de l’opération, Il convient au préalable d’enlever avec un pinceau fin toute trace de poussière ; de plus il faut réunir la lamelle couvre-objet et la cellule avec un peu de salive. Ce liquide, s’infiltrant par capillarité entre les deux plaques, doit s’opposer au glissement de la lamelle et à l’évaporation de la goutte, isolée au centre d’un anneau d’air complet. A cet effet,
ÉMISSIONS SANGUINES
on déposé sur les bords opposés de la lamelle deux gouttelettes de salive que l’on fait pénétrer en appuyant légèrement sur les coins de la lamelle. Avec un peu d’habitude, on arrive à ne pas mettre un excès de salive qui soulèverait la plaquette et rendrait la préparation défectueuse.
Au bout de quelques instants, les globules de par leur densité tombent au fond de la cellule, y restent adhérents en présentant une forme parfaitement plane. 11 ne reste plus qu’à compter les globules compris dans le grand carré gravé sur l’oculaire.
Pour cela il faut s’habituer à suivre toujours le même ordre, en dénombrant d’abord ceux qui sont contenus dans l’intérieur du carré, puis ceux qui sont à cheval sur les bords. On ne compte que la moitié de ces derniers. Supposons que les premiers soient au nombre de 150 et les seconds au nombre de 10, on a pour chiffre total 155.
Il est nécessaire de faire plusieurs numérations successives, en ayant soin de choisir les régions de la préparation qui paraissent les plus différentes. Ces différences ne sont jamais considérables; quand il y a un écart très accusé entre deux des chiffres obtenus, cela tient à ce que le mélange n’est pas homogène ou que la préparation laisse à uésirer, et dans ce cas on ne doit pas hésiter à recommencer l’opération.
Je n’ai plus qu’à vous expliquer comment, avec ces données, on peut déterminer le nombre de globules contenus dans un millimètre cube de sang examiné.
Et d’abord, quel est le titre réel du mélange? Comme le mouillage de la pipette à sérum est de six millimètres cubes, on n’a en réalité déposé dans l’éprouvette que 494 millimètres cubes de sérum, ce qui, avec deux millimètres cubes de sang, fait au total 496 millimètres cubes. La proportion du sang dans le mélange est donc de 2/496 ou 1/248. Comme d’autre part un cube d’un millimètre de côté renferme 125 cubes d’un cin-
NUMÉRATION DES ÉLÉMENTS DU SANG
quième de millimètre, il faut multiplier par 125 le nombre des globules comptés dans le carré, pour savoir ce que renferme un millimètre cube du mélange; enfin pour connaître la valeur d’un millimètre cube de sang, il faut multiplier le dernier chiffre trouvé par le titre du mélange, 248. Or, 145 X 248 == 31 000 ; en multipliant donc par ce coefficient constant le nombre des globules comptés dans le carré on aura le contenu en globules d’un millimètre cube de sang pur *.