EXAMEN DU SANG PUR
avec celles qui réellement sont d’ordre pathologique, il faut faire une préparation convenable du sang, par les deux procédés que nous pouvons utiliser, soit l’examen du sang pur humide, soit l’examen du sang desséché.
1° Examen du sang humide. Il s’agit d’obtenir une préparation microscopique telle que la couche du sang ait une épaisseur très petite, soit partout uniforme, et que nulle part la lamelle ne vienne en contact avec la lame. Il faut, de plus, que le liquide qui encadre la préparation ne se mêle pas aux éléments anatomiques; en un mot, il est nécessaire que le sang soit bien isolé, à l’abri de tout traumatisme. C’est d’après ces données que j’opère, en me servant d’une lame argentée dont voici la disposition. Elle est creusée d’une rigole circulaire, qui, vue de champ, est représentée par deux crénelures. Au centre de la lame est un petit disque de 6mm de diamètre, au niveau duquel on a enlevé la couche d’argent qui couvre le reste de la lame. Sur ce disque, on dépose une goutte de sang, puis une lamelle bien planie, de sorte que la hauteur de la préparation est égale à l’épaisseur de la couche d’argent. Pour éviter l’évaporation, on a soin d’enduire à l’avance le bord externe de la rainure au moyen d’un corps gras, de la vaseline, par exemple. Il faut que la goutte de sang soit très petite pour que la lamelle ne soit pas soulevée, résultat auquel on arrive avec un peu d’habitude.
En opérant dans ces conditions, on a une bonne préparation, où les globules ne sont pas déformés. Il est facile de s’assurer ainsi qu’un grand nombre des soidisant altérations du sang n’existent pas en réalité ; tel est le cas pour les prétendus globules microcytiques, épineux, crénelés, en boule, etc.
2° Examen du sang par voie sèche. Ce procédé, de date ancienne, car avant Welcker il avait déjà été employé en France, est trop rarement utilisé. Et cependant il
ÉMISSIONS SANGUINES
peut rendre de grands services ; il donne des résultats exacts, et permet de conserver indéfiniment certaines préparations intéressantes de sang, il est fort simple d’ailleurs. Sur une lame de verre, bien lavée dans de l’acide sulfurique étendu, on recueille une gouttelette de sang, qu’on étale rapidement en couche mince au moyen d’un agitateur de verre qu’on fait glisser à plat sur la lame. En secouant énergiquement la lame par un mouvement rapide de va-et-vient, on obtient la dessiccation, et tous les éléments, en particulier les liématoblastes, sont fixés dans leur forme normale.
Ces deux procédés permettent d’étudier la forme, les dimensions, la disposition relative des éléments figurés, le processus de coagulation, mais ils ne nous donnent aucune notion sur la proportion de ces organites , sur leur nombre dans l’unité de volume de sang. C’est ici qu’interviennent les diverses méthodes de numération des globules sanguins, que l’on a employées depuis Vierordt1 qui, le premier, eut l’idée de dénombrer les éléments anatomiques du sang. Sans faire ici l’histoire de cette question, je me bornerai à vous indiquer le procédé que M. Nachet et moi avons imaginé en 1875 2.
Voici d’abord le principe de cette méthode : Il fallait trouver un procédé de numération, à la fois correct et pratique, c’est-à-dire applicable au lit du malade. Le sang étant mélangé avec un liquide spécial en proportion définie, on prend de cette dilution une quantité assez petite pour que la numération des globules rouges au microscope soit facile. Au lieu d’introduire ce liquide dans des tubes capillaires, comme dans divers procédés, celui de M. Malassez 3, entre autres, oùla répartition des hématies s’effectue d’une manière irrégulière, on le place dans une cellule ouverte ; on se rapproche ainsi des conditions où se font les préparations microscopiques ' XXXI - 8 XLIII. - 3 XXXVI.
NUMÉRATION DES ÉLÉMENTS DU SANG
ordinaires. Enfin, grâce à un dispositif spécial, on arrive à circonscrire un volume mathématiquement déterminé du sang sans modifier la répartition des globules dans la préparation.
Passons successivement en revue les instruments qui sont employés pour pratiquer le mélange du sang, ceux qui servent à la numération, avant de décrire le dispositif de cette petite opération et la manière d’opérer.
Pour faire le mélange, nous nous servons de deux pipettes graduées, une pour le sang, une autre pour le sérum ( fig . 2). La première planie d’un côté, pour que
les lectures soient faciles et à l’abri des erreurs causées par l’aberration de sphéricité, porte des divisions qui permettent de recueillir 2; 2, 5; 3; 4; 5 millimètres cubes de sang; la seconde est calibrée de façon qu’on puisse prendre 500 millimètres cubes de sérum. Les deux li-
A B Fig. 2.
A. Pipette pour le sérum,
B. Pipette pour le sang.
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quides sont introduits dans une petite éprouvette (fig. 3).
Mais quel liquide employer pour diluer le sang? Celui de M. Malassez est très défectueux pour le lapin, le chien, précisément pour les animaux sur qui il a fait les expériences consignées dans sa thèse. Ainsi j’ai pu constater qu’il peut détruire jusqu’à un million et demi de globules rouges dans le sang du lapin. Pendant longtemps j’ai employé le sérum amniotique de la vache, traité par l’iode, excellent liquide, connu sous le nom de sérum iodé de Max Schultze. Mais comme on ne peut se le procurer facilement, j’ai dù chercher à fabriquer
Fig. 3.
un sérum artificiel et, après beaucoup d’essais, je me suis arrêté à la composition suivante, que je vous ai d’ailleurs déjà donnée.
Em distillée 200 gr.
Chlorure de sodium pur 1 —
Sulfate de soû le pur 5 —
Bichlorure d’hydrargyre 0,50
Ce liquide, que j’appelle liquide A, s’applique à la numération des globules chez l’homme ; car il ne les détruit jamais, même dans les anémies extrêmes, et, de plus, il fixe et durcit le stroma globulaire, ce qui permet de mesurer le diamètre de ces éléments.
Mais quand le sang renferme un excès de fibrine, par
NUMÉRATION DES ÉLÉMENTS DU SANU
exemple, dans les phlegmasies, ilia précipite et dès lors il ne peut plus être employé pour la numération. Aussi, chez certains animaux, dont le sang est très riche en fibrine, comme le chien, il détermine, par ce mécanisme, des agglomérats de globules qui empêchent tout dénombrement exact. Déplus, il ne permet pas défaire la numération des hématoblastes. Il faut donc, pour les recherches sur les animaux, employer un autre liquide. Cet autre liquide, je l’ai trouvé dans l’urine diabétique, renfermant plus de 40 grammes de sucre par litre, liquide qui ne dissout, comme j’ai pu m’en assurer, aucun des éléments figurés du sang. On peut le conserver pur et transparent, au moyen de l’eau oxygénée, dont l’emploi antifermentescible a été récemment recommandé par M. Regnard Aussi, l’urine diabétique, additionnée de 5 à 6 0/0 d’eau oxygénée à 12°, constilue-t-elle un excellent sérum artificiel, liquide B , qui m’a permis d’effectuer des numérations des trois variétés de globules.
Fig. 4.
Pour faire la préparation, nous avons imaginé, M. Nachet et moi, une cellule spéciale. Elle est formée par une lamelle de verre mince, perforée à son centre (de manière à présenter un trou d’un centimètre de diamètre), et collée sur une lame de verre porte-objet parfaitement plane. Cette lamelle est usée à l’émeri de manière à former une cavité dont la hauteur est déterminée avec précision à l’aide du sphéromôlre. La hauteur que nous avons choisie est celle d’un cinquième de millimètre