MODIFICATIONS DE LA MASSE DU SANG
Numéros
des
expériences.
Saignée pour 100 du poids du corps.
Moment où après la saignée la dilution est à son maximum.
1 heure 3/4.
3 heures.
Plus de 2 heures. Cours d
24 premières heures.
Après 48 heures.
En admettant que le procédé employé par Buntzen soit correct, ces chiffres prouvent simplement que plus la saignée est abondante, plus le sang met de temps .à absorber le maximum de sérum qu’il emprunte à l’organisme; ils ne nous donnent aucune indication relative cà la masse du sang.
On pourrait être, il me semble, plus heureux en faisant des saignées mortelles après une perte sanguine préalable, plus ou moins abondante. Sans avoir entrepris des recherches méthodiques dans celte direction, nous avons toujours remarqué dans nos expériences que les chiens ayant subi des hémorragies, et même une seule perte de sang, mais abondante, succombaient lorsque la deuxième saignée avait été faite avant un mois d’intervalle, après avoir perdu moins de sang qu’on n’en recueille d’ordinaire dans les hémorragies mortelles. Au premier abord, on pourrait expliquer ce résultat en admettant qu’un certain degré d'anémie cérébrale relative, s’ajoute à l’anémie absolue ; mais cette interprétation tombe devant ce fait, que le cadavre ne contient pas plus de sang que dans les hémorragies mortelles d’emblée.
Il ne me paraît pas utile de vous énoncer les résultats que j’ai obtenus sur ce point, à cause de la variabilité si grande que présentent les divers animaux d’une même espèce, en ce qui concerne leur résistance aux hémorragies. Du reste les expériences que j’ai entreprises ne peuvent fournir qu’une présomption ; toutefois, elles conduisent à admettre que la masse
EMISSIONS SANGUINES
sanguine se répare lentement et qu’un animal, saigné préalablement une ou plusieurs fois no possède plus pendant un temps notable une aussi grande quantité de sang qu’à l’état normal.
Pour arriver à la certitude sur ce point, il faudrait une preuve directe. Le procédé que nous avons imaginé pour le calcul de la masse totale du sang, pourrait être appliqué avec rigueur à la solution de ce problème. Nos recherches sur ce point, ayant eu lieu pendant l’été, ont malheureusement été entravées par l’élévation de la température, et on sait que le sérum s’altère rapidement sous l’influence de la chaleur. Quoi qu’il en soit, voici les résultats obtenus dans une expérience :
Exp. XL Nous faisons subir, le 26 avril, à un chien pesant 6 kil. , 570 une saignée de 200 centimètres cubes, que nous remplaçons par du sérum. La masse du sang est de 511 centimètres cubes, c’est-à-dire le ^ du poids du corps. Le 6 mai, soit 10 jours plus tard, elle n’est plus que de 310 centimètres cubes, soit du poids du corps. On voit dans quelle forte proportion elle a diminué.
Ces résultats devront être confirmés et complétés par des recherches ultérieures; mais nous avons tenu à les citer pour montrer que la méthode dont nous nous servons pour le calcul de la masse totale du sang permet de résoudre, à l’aide d’un procédé direct, c’est-à-dire d’expériences faites successivement sur le môme animal, certains problèmes qui jusqu’à ce jour ne pouvaient être abordés que par une voie détournée.
Sommaire î Modifications dans la constitution du sang. (Suite.) — Modifications physico-chimiques.
Messieurs,
Nous avons vu, dans notre dernière leçon, que les recherches relatives à l'influence des saignées sur la masse du sang ne nous permettent pas encore de formuler des conclusions définitives. Nous en savons beaucoup plus sur les altérations que produisent les hémorragies dans la constitution de ce liquide.
Comme les premiers travaux dans cet ordre d’idées remontent à une époque où l’on n’employait guère que des procédés physico-chimiques, c’est sur les altérations physico-chimiques que nous possédons le plus de matériaux.
Les modifications dans la proportion du sérum sont connues depuis longtemps. Dès 1819, Thackrah 1 avait montré que les pertes de sang entraînent une diminution des éléments solides et que la proportion de sérum augmente même pendant la saignée. Ainsi chez un chien tué par hémorragie il constate que la proportion du caillot pour 100 de sérum se chiffre successivement sous l’influence de la saignée par 333, 309, 129. De même, elle tomba de 27 à 16 chez un bœuf soumis à une expérience identique.
En 1823, Prévost et M. Dumas2 ont repris ces recherches et confirmé les résultats obtenus par Thackrah.
Chez un chat robuste, après la première saignée, ils trouvèrent, en poids, 118 globules p. 1000; après la
4 xcii. - ^ XCIII.
deuxième, faite 12 minutes après, 116 p.1000; après la troisième faite au bout de 5 minutes seulement 93 p. 1000. Bien que la valeur des saignées n’ait pas été notée, de cette expérience il est permis de conclure que, pendant que le sang coule, il commence déjà à se diluer. Arrêtons-nous à ce premier fait qui, en soi, a une grande importance, et qui de plus offre un intérêt particulier pour l’application des saignées au calcul de la masse du sang.
Ces conclusions ont ete confirmées par Woltersom 1 (1850), que nous citons d’après Donders. Il fit à un chien quatre saignées à 20 minutes d’intervalle; à la quatrième la proportion des parties solides qui, au début de l’expérience, s’élevait à 21,7 0/0, était tombée à 18,6 0/0 ; malheureusement nous ignorons quelle fut la quantité de sang extraite, ce qui enlève à ces données un peu de leur valeur.
Zimmermann 2 a obtenu des résultats analogues, mais cette fois en dosant les globules rouges ; il s’est assuré que le chiffre des globules diminue à mesure que la saignée se prolonge. En pratiquant trois saignées à quelques jours d’intervalle il obtint les chiffres suivants :
l'e saignée, au commencement. 1 10 globules pour 1000.
— à la fin 106,7
2e — au commencement . 97,3
— à la fin 89,8
3e — au commencement. 76,1
à la fin 56
Vous voyez dans quelles proportions considérables s’était modifié le rapport des éléments figurés à la partie liquide du sang ; le chiffre des globules diminue déjà pendant la saignée, et d’une façon plus accusée chez les animaux anémiés par des pertes de sang antérieures. Ajoutons que les résultats sont identiques, que la saignée soit artérielle ou veineuse.
> XCIV, — 2 xcv.
MODIFICATIONS DU SERUM
Je ne ferai que vous mentionner le travail de Tolmatscheff *, qui est arrivé aux mêmes conclusions en dosant l’hémoglobine par un procédé chimique dont l’exactitude n’est pas établie.
Arrivons au travail intéressant de Lesser^qui, lui, s’est servi de la chromométrie pour doser l’hémoglobine. Il a surtout cherché à déterminer l’influence de la rapidité de l’écoulement du sang sur sa richesse en matière colorante. Ses expériences démontrent que celle-ci demeure stationnaire, ou présente des oscillations passagères, jusqu’à ce que la perte de sang ait atteint un certain degré. Elle ne s’abaisse pas proportionnellement à la quantité de sang extrait. La chute a lieu brusquement, quand la perte sanguine représente en moyenne les 3/5 de la saignée mortelle, et peut atteindre 5,1 0/0 de la richesse initiale en hémoglobine. Enfin cette chute est d’autant plus tardive que l’hémorragie est plus rapide.
Mais il existe dans ces expériences une cause d’erreur que Lesser a lui-mème signalée. Cette diminution de la matière colorante n’est pas imputable à la saignée seule ; car il suffit de maintenir des chiens attachés dans la position horizontale pendant un certain temps pour obtenir des variations relativement très étendues dans la richesse de leur sang en hémoglobine. Au bout d’une demi-heure, il peut se produire un abaissement du chiffre de l’hémoglobine aussi grand qu’à la suite d’une forte hémorragie.
Enfin, pour résoudre la même question, on s’est servi de la numération des globules.
C’est Vierordt5 qui est entré le premier dans cette voie et d’autres l’y ont suivi. Malheureusement tous ces expérimentateurs employèrent des procédés défectueux et se servirent de sérums artificiels qui dissolvent une notable quantité de globules rouges, surtout chez certains ani-
xcvi. - - xxxvii. — 3 xxxi.
HAYEM. — SANG
ÉMISSIONS SANGUINES
maux, comme le lapin. Nous ne saurions donc considérer les résultats ainsi obtenus comme exacts; et si je vous rapporte une expérience de Vierordt, c’est parce que ces recherches, les premières en date, marquent le début d’une phase nouvelle dans l’histoire physiologique du sang. Vierordt soumit un chien à sept saignées dans l’espace de deux heures ; à la septième, le chiffre des globules était tombé de 4 612 000 a 2 371000.
J’ai fait quelques recherches du même ordre. Ainsi, en 1877, en tirant à un chien une quantité de sang correspondant à du poids du corps, j’ai trouvé entre le nombre des globules au commencement et à la fin de la saignée une différence en moins de hjh En présence de cette énorme diminution, je dois me demander aujourd’hui s’il ne s’est pas produit quelque erreur dans l’expérimentation. Mais je puis ajouter que, dans quatre cas de saignées faites chez l’homme depuis 1875, j’ai obtenu une différence encore plus sensible entre le chiffre des globules avant la saignée et en moyenne une demi-heure après.
Dans des expériences faites plus récemment, chez le chien, j’ai obtenu des écarts moins considérables, mais constamment dans le môme sens. La saignée produit toujours un abaissement immédiat du chiffre des globules.
Exp. XII. Chien bien portant pesant 20 kilogr. Saignée par la fémorale de 450 grammes. du poids du corps.)