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MODIFICATIONS DE LA TEMPÉRATURE
produit, mémo dans les saignées mortelles, au moment des grandes convulsions. Elle a même été dans ce cas de 0°,3, c’est-à-dire plus forte que dans les saignées non mortelles, ce qui doit être sans doute rapporté à la violence des grandes convulsions observées chez l’animal qui a été le sujet de cette expérience.
Passons maintenant aux recherches qui concernent Y homme. Elles ont naturellement donné des résultats variables, suivant qu’il s’agissait d’individus sains ou de fébricitants.
Dans le premier cas, Bàrensprung tantôt a trouvé un abaissement léger, 0°,5 à 0°,6, tantôt a constaté que la température n’était pas modifiée. Lorsqu’il y avait syncope, la température s’élevait de 0°,5 à 0°,7.
Wunderlich1 s’est assuré qu’en général les saignées ne produisent que des effets peu marqués ; mais que les hémorragies abondantes déterminent une chute de la température. Ce dernier fait a été relevé par beaucoup d’autres auteurs.
J’ai remarqué, de mon côté, que quelque temps après la saignée, la température s’élève parfois au-dessus du chiffre primitif; que dans les hémorragies répétées, il se produit un abaissement de quelques dixièmes de degré, et qu’enfm on observe une chute plus marquée, de plusieurs degrés, quand l’anémie est profonde et que les animaux succombent par affaissement graduel.
Chez les fébricitants, les résultats sont, ainsi qu’il est facile de le prévoir à priori , fort inconstants. Traube2, Maurice3, Billet4 ont constaté que la saignée amène un abaissement thermique, souvent très faible, toujours passager. De même, Thomas 3, dans ses recherches sur la saignée dans la pneumonie, a noté une chute de la température, bientôt suivie d’une ascension. Dans la même
1 LXXXII. — 2 LXXXIII. - 3 LXXXIV. — 4 LXXXV. — s LXXXVI.
ÉMISSIONS SANGUINES
maladie, Bleuler et Niemeyer 1 ont obtenu des résultats encore moins marqués.
Les faits de Lorain 2 ont une plus grande portée; car ils concernent des individus dont l’état général était bon, soit des éclamptiques soumises à d’abondantes saignées, soit des femmes atteintes de métrorragies puerpérales. Lorain a constaté que les pertes considérables de sang entraînent un refroidissement très accusé des parties périphériques, pendant que la température centrale est surélevée de quelquesdixièmesde degré. Dans quelques cas, cependant, il l’a vue tomber au-dessous de la normale ; mais cet abaissement a toujours été passager, et parfois suivi d’une ascension.
Pour nous résumer, la température est influencée par les pertes de sang, le fait est hors de doute. Toutefois les hémorragies peu abondantes, — et la saignée pratiquée dans un but thérapeutique rentre dans cette catégorie — n’abaissent jamais la température que dans de très faibles proportions. La chute thermique n’acquiert une réelle importance qu’à la suite d’hémorragies abondantes ou répétées.
Chez les fébricitants, les pertes de sang semblent avoir encore moins d’action, et de plus leurs effets sont toujours passagers. Aussi pour obtenir un abaissement quelque peu accusé de la température, une saignée unique est-elle généralement inefficace et l’expérimentation explique pourquoi les médecins, qui employaient la phlébotomie à titre de médication antiphlogistique ou antipyrétique, ont été entraînés à pratiquer des saignées coup sur coup pour obtenir l’effet voulu.
Avant de quitter ce sujet, je dois faire une remarque importante pour vous prémunir contre une erreur d’interprétation. Il ne faudrait pas, Messieurs, que dans votre esprit, l’étude de la température se confondît avec
4 LXXXVII. - 2 LXXI et LXXXVIII.
MODIFICATIONS DE LA TEMPÉRATURE
celle delà calorification. Lesrecherches, dont nous venons d’exposer les résultats, ne sauraient en aucune façon nous renseigner sur les modifications que les saignées impriment aux processus de calorification. Car ceux-ci peuvent être profondément altérés, sans que le thermomètre placé dans une cavité naturelle, telle que le rectum, le vagin, puisse l’indiquer. Il est fort possible que la température centrale soit assez élevée, alors que le nombre des calories produit par l’économie est abaissé, parce que la répartition du calorique se fait d’une manière anomale. Et en effet, chez certains animaux qui présentent une température centrale supérieure au chiffre physiologique, le bout du nez, les oreilles, les pattes sont froides. La circulation est ralentie, la chaleur ne s’échappe plus au dehors , ce qui peut être une cause d’élévation de la température centrale. C’est la calorimétrie seule qui pourrait, à cet égard, fournir des renseignements que le thermomètre est impuissant adonner. Si l’on songe à l’atteinte profonde que subit, comme nous allons le voir, la nutrition générale sous l’influence des saignées, on est porté cà croire que celles-ci retentissent d’une façon très notable sur la calorification.
Nous pouvons entreprendre maintenant l’étude des troubles nutritifs produits parles perles de sang. C’est la partie la plus importante de notre sujet; car nous sommes en mesure de vous démontrer que, contrairement à 1 opinion de quelques auteurs anciens, l’organisme est profondément éprouvé par les saignées.
Comme le sang est le vecteur des principes nutritifs et aussi des déchets de la vie organique, en un mot, le milieu de la nutrition par excellence, c’est par l’étude des modifications du liquide nourricier qu’il est logique d’entrer en matière. D’ailleurs nous essayerons de compléter sur ce point les renseignements encore pou précis, quoi-
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que assez nombreux, qui ont jusqu’à ce jour été recueillis.
Celte élude se scinde naturellement en deux parties, car il faut rechercher d’abord les modifications que subit le sang dans sa masse, puis les changements qu’il éprouve au point de vue de sa constitution anatomique et physicochimique.
Et d’abord que devient la masse du sang après des hémorragies plus ou moins abondantes? Les auteurs ont admis, en se fondant sur des données fort hypothétiques, fort vagues, qu’elle se répare avec une grande facilité. Quelques-uns môme ont été jusqu’à prétendre qu’à la suite des saignées il se fait une sorte de poussée séreuse dans les vaisseaux; c’est ainsi que l’on a vu des cliniciens, comme Beau *, interpréter la période de réaction dans le sens d’une prétendue pléthore aqueuse.
Toutes ces assertions ont été, je crois, émises un peu à la légère, car les preuves expérimentales font absolument défaut. Nous ne pouvons, en effet, mentionner sur ce point que les recherches de Panum2. Ce physiologiste a constaté qu’à la suite d’une perte de 1 à 2 pour 100 du poids de corps, équivalant, d’après lui, au quart de la masse sanguine, celle-ci se rétablit dans l’espace de quelques heures; si la perte dépasse 4 0/0, cet effet n’est obtenu qu’au bout de 24 heures. Mais le procédé que Panum a employé dans ses expériences pour estimer la masse du sang n’est pas assez correct pour qu’on puisse accepter sans réserve ces quelques estimations.
Sur le môme sujet Jürgensen 3 cite des chiffres de Buntzen ■* relatifs à la dilution successive du sang chez le chien après les saignées. Vous trouverez dans le tableau suivant les résultats obtenus par Buntzen (1).
(14 Le procédé do Buntzen consiste à faire le dénombrement des globules; on n’en peut rien conclure relativement à la reproduction intégrale delà masse sanguine.