‹ Leçons sur les modifications du sang sous l'influence des agents médicamenteux et des pratiques thérapeutiquesChapitre 57 sur 126 · CHIFFRES · texte numérisé non relu

CHIFFRES

des globules par

millimètre cube par millons.

Vous voyez qu’il n’y a pas eu de différences bien sensibles en ce qui concerne le poids spécifique et les parties solides du sang, mais qu’il s’est produit un abaissement de la richesse en hémoglobine, et une diminution notable du nombre des hématies ; il importe, d’ailleurs, de remarquer que la saignée avait été peu abondante. Une dernière observation : vous serez frappés comme moi du chiffre élevé des globules trouvés par Buntzen, puisque, d’après nos recherches, il ne monte en moyenne que de 6 à 7 millions chez le chien. (Cependant nous l’avons vu atteindre 8 millions.) Il s’est peutêtre glissé quelque erreur dans cette numération; mais les résultats généraux de cette expérience n’en sont pas moins, d’ailleurs, conformes à ceux que nous avons obtenus.

En résumé, on peut conclure de ces diverses recherches que le sang ne tarde pas à se diluer après les hémorragies. Cette dilution commence très probablement pendant la saignée même. Mais elle n’est très sensible ni à ce moment, ni immédiatement après, lorsque la perte de

< xc.

ÉMISSIONS SANGUINES

sang est peu considérable et que le liquide s’écoule très rapidement. Dans ces conditions, les différences que l’on observe ne dépassent pas la limite des erreurs possibles. En tout cas, la dilution s’accentue rapidement après la perte de sang, et atteint son maximum d’autant plus rapidement que la perle de sang a été moins abondante.

Les modifications que je viens d’indiquer sont bien plus sensibles lorsqu’on pratique une succession d’hémorragies à quelques heures ou à quelques jours d’intervalle. Sur ce point tous les observateurs sont d’accord, et les résultats obtenus par les divers procédés sont identiques.

Pendant que la proportion relative du sérum s’élève, la partie cruorique diminue; la différence est tellement accusée qu’elle frappe dès que le sang est coagulé et que le caillot se rétracte, soit de 24 à 36 heures après la saignée.

C’est ce que Magendie 1 avait déjà constaté.

Son expérience est très probante : 3 saignées sont faites à un chien à 3 jours d’intervalle :

De même Andral, Gavarret et Delafond2, pratiquant sur un cheval 7 prises de sang en 7 jours, ont vu tomber le poids des globules de 104 à 38 pour 1000, expérience qui montre bien la puissance des effets physiologiques de la saignée.

Enfin je me bornerai à mentionner ici les résultats absolument confirmatifs obtenus par de nombreux observateurs, tels que Marshall Hall, Becquerel et Rodier, Zimmermann, et tout récemment Tolmatscheff ei Jürgensen.

Pendant que la proportion relative du sérum augmente,

'XCVIl. — * xcviii,

|re

saignée, caillot 4/5, sérum 1/5

— sérum encore plus abondant.

MODIFICATIONS DU SÉRUM

celui-ci s'altère. Le fait ne saurait être contesté; mais la nature de ces modifications nous est peu connue, car sur ce point les renseignements sont peu précis.

Marshall Hall et après lui un grand nombre d’observateurs ont remarqué qu’ après s’èlre dilué, le sérum prend un aspect opalin. Cette modification, souvent très accusée, ne se produit d’ordinaire qu’après des pertes sensibles et répétées ; cependant, nous avons pu l’observer dès la seconde saignée, chez le chien, lorsque la première avait été très abondante.

Quoiqu’une étude d’ensemble sur les altérations du sérum n’ait pas encore été faite, il importe de vous indiquer les résultats des recherches entreprises sur cette question.

Plusieurs observateurs ont déterminé la densité du sérum avant et après les saignées. Ainsi J. Davy 1 l’a vu tomber chez des agneaux de 1024 à 1018, chez des bœufs de 1027 à 1021 . Nasse2 a trouvé, chez le chien, des chiffres analogues : 1018,5 avant; 1012,3, après la saignée.

Nous devons à Becquerel et àPiodier3 des recherches intéressantes, faites cette fois sur l’homme. 27 individus furent soumis à deux saignées successives. Au moment de la première, la densité du sérum était de 102G,9, au moment de la seconde de 1025,4 seulement. Chez sept d’entre eux on fit une troisième saignée qui détermina encore un abaissement de la densité.

Jürgensen1, dans des expériences nombreuses, a trouvé également une diminution de la densité et des parties solides du sérum, même chez des chiens à jeun. Cependant d’après Zimmermann5, le sérum contient moins d’eau que si les parties solides étaient remplacées par de l’eau.

Il y a lieu de se demander ce que deviennent l'albumine et les sels du sérum? Question importante qui méi xcix, — * c. — 5 ci, — ■* xc, — 5 xcv.

ÉMISSIONS SANGUINES

riterait d’étre reprise en utilisant, comme point de départ, les données actuelles sur la composition chimique du sang.

Nous ne savons rien de la richesse relative en sels du sérum avant et après .la saignée. En ce qui concerne V albumine, nous n’avons à vous signaler que des travaux contradictoires dont les conclusions ne sauraient être considérées comme définitives.

Voici d’abord les chiffres de Prévost et M. Dumas1, obtenus dans des expériences sur un chat(l). Le sang de la

carotide, recueilli lors d’une lrc

saignée, a la composition

suivante :

Sérum.

Sang.

Eau

Eau

Albumine, etc. . .

Globules

Albumine

Le sang obtenu

à la 2e saignée, faite deux

minutes

après par la jugulaire, a la composition suivante

Sérum.

Sang.

Eau

Eau

Albumine, etc. . .

Globules

Albumine

Cinq minutes après, les expérimentateurs retirent de nouveau du sang par la jugulaire et obtiennent les chiffres suivants :

Sérum.

Sang.

Eau

Eau

Albumine, etc. . .

Globules

Albumine

l)Même expérience que celle qui est citée p. 207. * XCI1I.

MODIFICATIONS DU SÉRUM

Il y a, vous le voyez, augmentation sensible de l’eau, et en même temps de l’albumine. *

Les résultats de Becquerel et Rodier sont tout différents ; car sur dix personnes saignées trois fois, ils trouvent pour poids de l’albumine, après la première, la seconde et la troisième perte de sang les chiffres 65, 63,7 et 64,6. Ce sont, évidemment, des oscillations à peine sensibles et qui, vu les causes d’erreur, peuvent être considérées comme nulles.

Enfin voici les chiffres deJürgensen1 : après une saignée de 1,8 0/0 du poids du corps l’albumine s’élève à 48,7 pour 1000 ; après 72 heures à 49,8. Après une saignée de 2, 2 pour 1000, on obtient pour le même principe 26,6 ; 24 heures après, 39,5.

N’avais-je pas raison de vous dire, Messieurs, que nos renseignements sur cette question sont absolument insuffisants? D’ailleurs on sait aujourd’hui qu’il existe dans le sang plusieurs variétés d’albumine, présentant des réactions différentes et, par suite, échappant à certaines méthodes de dosage. Il faudrait donc, au point de vue de la science contemporaine, reprendre la question en recherchant les altérations, non seulement quantitatives , mais qualitatives des principes albuminoïdes. Incompétent à cet égard, nous espérons que la solution de ce problème séduira quelque jour ceux qui s'intéressent à la chimie biologique.

Nous tenons cependant à signaler, dans cet ordre de recherches, un travail récent, fort intéressant, de M. d’Arsonval2, Cet observateur a constaté que le sang du chien, qui à l’état normal est très pauvre en peptones, en renferme après les hémorragies une quantité considérable. Il semble contenir, en outre, une proportion notable de ferments digestifs. Le sang agit alors, pour me servir de l’expression de M. d’Arsonval, à la manière d’une infusion

' XC. — s GII.

ÉMISSIONS SANGUINES

de pancréas. D’après lui, ces peptones ne proviendraient pas des glandes de l’appareil digestif, mais des cellules de l’organisme qui, dans certaines conditions, seraient aptes à produire des peptones et des ferments digestifs. On peut, en admettant la réalité du fait, conserver des doutes sur son interprétation.

Telles sont les données que nous possédons sur les mû' difications qu’éprouve le sérum à la suite des hémorragies. Reste à savoir d’où elles proviennent. Comme le sang prend, à la suite de saignées abondantes, un aspect trouble, laiteux; comme, d’autre part, la lymphe et la chyle se déversent directement dans le torrent circulatoire, il était naturel d’attribuer ces altérations du sérum au passage rapide de ces sucs dans le courant sanguin, par un mécanisme analogue à celui du siphon, lorsque la tension s’abaisse dans les vaisseaux. Comme corollaire, on peut supposer qu’après les hémorragies il se produit une suractivité dans le travail de production de la lymphe.

Mais le sang puise-t-il la lymphe dans les tissus qu’il baigne ou directement dans les vaisseaux de la circulation blanche? C’est cette question que Lesser» a cherché à résoudre en étudiant la constitution du sérum chez des animaux saignés après ligature du canal thoracique. Il a constaté que, dans ces conditions, le sérum était dilué, quand il s’écoulait de 20 à 25 secondes entre deux prises de sang. Voici, du reste, ses chiffres :

POIDS

des panies solides du sérum du sang; normal.

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