‹ Leçons sur les modifications du sang sous l'influence des agents médicamenteux et des pratiques thérapeutiquesChapitre 77 sur 126 · CXXII · texte numérisé non relu

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précier les dimensions exactes n’étaient pas connues de Manassein.

Ainsi, c’est à des données fort discutables que se bornent nos connaissances sur les altérations globulaires dans les émissions sanguines. Et cependant, comme on sait actuellement que les globules sont, à l’état normal, en évolution continue, on ne peut concevoir aucun changement brusque dans le contenu des vaisseaux sans modification dans 1’évolution, et, par suite, dans la constitution de ces éléments. Ces modifications se traduisent par des altérations de forme, de diamètre, de couleur. Elles seraient incompréhensibles pour vous sans la connaissance préalable de la genèse, de l’évolution des globules rouges à l’état physiologique. Je dois donc au préalable vous indiquer quels sont les agents de la midtiplication des hématies dans les conditions normales.

L'histogénèse du sang est une des questions les plus obscures de la physiologie. D’après une théorie acceptée par la majorité des anatomistes, les globules rouges proviendraient de la transformation des globules blancs. Parmi les auteurs des traités d’histologie, Kôlliker surtout s’est fait le défenseur de cette doctrine; il a cru voir, chez des animaux inférieurs , les corpuscules lymphatiques passer à l’état de globules colorés avec noyaux, où la matière colorante se déposerait sous forme de granulations pour envahir ensuite l’élément entier. Kôlliker s’est surtout appuyé sur les expériences, souvent citées, de von Recklinghausen1. Cet histologiste, plaçant le sang de grenouilles, préalablement anémiées, dans des cellules et dans un air saturé d’humidité, aurait pu cultiver, en dehors de l’organisme, les globules, et suivre les transformations des leucocytes en hématies. Ce que Recklinghausen, et après lui Kôlliker, ont vu, ils l’ont bien vu ; leurs descriptions sont exactes ; mais les conclusions

cxxin.

ORIGINE DES HÉMATIES.

qu’ils ont tirées de ces recherches ingénieuses ne sont en aucune façon fondées, car ils n’ont pas assisté à l’évolution normale des hématies ; ils n’ont pu observer que les transformations des cadavres globulaires dont ils avaient pu empêcher la putréfaction dans les conditions où ils s’étaient placés.

Je dois m’élever également contre les assertions d’Erb 1 qui, dans le sang d’animaux auxquels il avait pratiqué des émissions sanguines plus ou moins abondantes, décrivit des éléments intermédiaires entre les globules rouges et les leucocytes , éléments qu’il considère comme des hématies en voie de développement. Jamais , malgré des recherches multipliées, je n’ai pu retrouver dans le sang d’éléments analogues à ceux qu’a décrits Erb.

Enfin divers auteurs ont signalé chez des leucémiques la présence dans le sang de globules rouges nucléés. Ces faits doivent être rapprochés des recherches de Neumann sur la moelle des os, concernant certains éléments intermédiaires entre les leucocytes et les hématies que ce tissu renfermerait à l’état normal. Nous aurons à revenir ultérieurement sur ces travaux. Dans notre prochaine leçon, je vous montrerai quelle est, selon moi, l’évolution des globules rouges.

ÉMISSIONS SANGUINES

Sommaire : Modifications quantitatives des hématoblastes à la suite des pertes de sang. — Modifications qualitatives des globules rouges 'et des hématoblastes. — Modifications de la richesse globulaire.

Messieurs,

C’est par une série d’étapes successives que je suis arrivé à suivre l’évolution des globules rouges, telle que je l’admets aujourd’hui, telle que je dois vous la faire connaître pour rendre intelligibles les altérations qualitatives du sang après les émissions sanguines .

Le premier fait qui m’a frappé lorsque j’entrepris mes études sur le sang, c’est l’existence dans ce liquide, dans certains cas, de petits globules ayant tous les caractères des hématies chez l’homme, mais mesurant environ 6 y., parfois 3 à 4 ^ seulement, éléments auxquels j’ai donné le nom de globules nains. On les observe dans les conditions les plus diverses, particulièrement quand le sang est en voie de rénovation, par exemple à la suite des hémorragies, entre autres de l’hémorragie physiologique qui constitue la menstruation. J’en conclus que vraisemblablement ces éléments, qui caractérisent un sang en voie d’évolution, étaient des globules jeunes, incomplètement développés.

Depuis cette époque MM. Lépine et Germont1 ont trouvé dans le sang, dans les premières heures après une saignée, des globules de coloration variable, ressemblant à de petites boules et mesurant de 3 à 6 y. Us les ont considérés comme des éléments spéciaux, analogues à ceux

« exxv.

MODIFICATIONS DES HÉMATOBLASTES. 267

que Masius etVanlair' et d’autres après eux ont décrits sous le nom de microcytes. Or, je puis affirmer qu’il y a là une erreur d’observation ; les prétendus microcytes ne sont que des globules modifiés par les agents extérieurs, ils ne préexistent pas dans le liquide sanguin, et leur apparition tient à une préparation défectueuse du sang.

Aussi, tout ce qu’on a écrit sur la microcythémie ne mérite aucune créance (1).

En poursuivant mes études, j’ai bientôt constaté que les globules nains ne sont pas les formes les plus jeunes des hématies et qu’il existe dans le sang des éléments particuliers, ayant des caractères et des propriétés distinctifs, éléments qui représentent la première phase évolutive des globules rouges. Ces éléments, auxquels j’ai donné le nom d 'hématoblastes, je les ai étudiés d’abord chez les animaux inférieurs, chez des ovipares, puis chez les animaux supérieurs et chez l’homme à l’état sain ou dans les processus morbides, en particulier à la suite des hémorragies2.

Pour se rendre compte des fluctuations dans la constitution du liquide sanguin, il fallait pouvoir faire le dénombrement des hématoblastes, aussi bien que des autres éléments anatomiques. Mes premières expériences de ce genre ont été entreprises sur la grenouille (1877).

Dans le but d’étudier les formes intermédiaires entre les hématoblastes et les hématies, j’ai fait subir à ces animaux des pertes de sang destinées à activer la régénération des globules rouges ; et à cet effet je pratiquai, suivant l’exemple de M. Vulpian, l’amputation d’un membre chez la grenouille. La rénovation s’opère chez cet animal, lentement il est vrai, et l’on peut constater qu’elle est due au développement progressif des hématoblastes.

(1) Voir à la fin de cette leçon une note complémentaire sur les déformations artificielles des hématies.

* CXXVI. — - GXXIX.

ÉMISSIONS SANGUINES

Pendant que le nombre des hématoblastes diminue, on voit apparaitre de nouveaux éléments décrits par divers auteurs et particulièrement par Golubew1 et M. Vulpian2, éléments qui doivent être considérés comme étant intermédiaires entre les hématoblastes et les globules rouges. Le disque des hématoblastes s’accroît et acquiert une quantité de plus en plus grande d’hémoglobine. Le sang présente alors deux variétés de globules rouges imparfaitement développés : les uns, doués de propriétés particulières, très vulnérables, se réunissant en amas dans le sang pur et formant les carrefours du réticulum ; ce sont les hématoblastes; les autres disséminés et devenus résistants quoique encore presque incolores, et comparables aux globules nains des animaux supérieurs.

Je dois ajouter que chez les grenouilles, la réparation sanguine se fait d’une manière très imparfaite quand l’hémorragie a été très abondante.

Ces recherches ont été complétées par celles que j’ai entreprises ultérieurement sur l’homme et les animaux supérieurs. En examinant ce qui se passe dans le sang pendant la menstruation, ou dans le cours d’affections hémorragipares, j’ai pu suivre les modifications de nombre des hématoblastes sous l’influence des pertes- de sang. Les courbes que je mets sous vos yeux vous montrent qu’il y a à un certain moment, après toute perte de sang, une augmentation dans le nombre des hématoblastes, une crise hématoblastique (fig. 23, 24, 25).

Elles se rapportent à trois femmes, qui eurent des métrorragies plus ou moins abondantes, et chez qui l’examen du sang fut fait à diverses reprises pendant et après les pertes sanguines (1).

(1) Résumé de la première observation. — Métrorragie abondante. — Anémie consecutive. — Crise hématoblastique.

C. L..., 24 ans. Pas d’antécédents morbides. Après son mariage qui eut

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