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MODIFICATIONS DES HEMATOBLASTES.
L’observation de C. L. est des plus instructives ; vous pouvez en effet constater sur les tracés (fîg. 23) l’aug-
Métrorragie. — Obs. I.
Juillet 1879. ' Août.
I Fig. 23.
10 juill., fin de l’hémorragie,
mentation considérable des hématoblastes qui se produit au moment où commence la réparation sanguine. Puis à mesure que le sang devient plus riche en hématies, le nombre des hématoblastes se rapproche de la normale.
lieu il y a 4 ans elle resta trois mois sans voir, puis eut une perte très abondante qui dura 7 semaines. Depuis lors, menstruation très irrégulière, avec caillots, mais sans douleurs, et état anémique croissant. 5 semaines avant son entrée qui eut lieu le 28 juin 1870, commença la perte qui dure encore. Signes d'anémie très nets. Rien d’anormal au toucher, traitement par l’ergotine, la glace, puis par le perchlorure de fer, enfin tamponnement le 4 juillet, qui arrête l’hémorragie.
Du 4 juillet au 21 juillet, perle beaucoup moins abondante ; retour lent des forces. La malade se lève une heure le 14 juillet.
Le 21 juillet, amygdalite phlegmoneuse qui s’ouvre spontanément le 25.
Depuis cette époque, retour progressif, mais lent des forces jusqu’au 5 août, jour où elle est transférée dans un autre service.
ÉMISSIONS SANGUINES
La seconde observation montre les mêmes faits ; elle se rapporte à une métrorragie moins ancienne et moins abondante (fîg. 24).
MODIFICATIONS DES HEMATOBLASTES.
Enfin la troisième observation concerne une jeune femme de 17 ans qui, atteinte de vaginite, fut prise au moment de ses règles d’une perte moyennement abondante, ménorragie qui dura 7 jours (fig. 25).
Métrorragie. — Obs. III.
ris-
+ Fin de la perte.
Je pourrai mettre sous vos yeux d’autres faits de ce genre; ils démontreraient tous que la crise hématoblastique est d’observation constante à la suite des hémorragies. Les tracés précédents suffisent pour faire voir que ce phénomène est d’autant plus manifeste que l’hémorragie a été plus durable et plus abondante.
Ces faits que la clinique m’avait appris, j’ai pu les reproduire expérimentalement. Lorsqu’on soumet un animal à des saignées uniques ou coup sur coup, on assiste toujours à une crise hématoblastique qui accompagne ou suit de près le minimum des globules rouges. On voit le nombre des hématoblastes doubler ou même
ÉMISSIONS SANGUINES
tripler : c’est ce que démontrent les expériences entreprises à notre laboratoire.
11 faut ici nous reporter aux tracés qui ont été mis sous vos yeux dans la leçon précédente.
Dans l’expérience XXXII, page 243, après une saignée de 1/44 du poids du corps, on voit les hématoblastes diminuer sensiblement après l’hémorragie, pour se multiplier ensuite pendant la période de réparation des globules et de venir avant la fin de cette période près de deux fois plus abondants qu’à l’état normal.
L’expérience suivante XXXIII donne un résultat analogue. Dans tous ces faits, malgré quelques irrégularités dans la marche du phénomène, on remarque que la courbe des hématoblastes présente toujours trois parties principales ; une ligne de descente qui suit celle des globules rouges, puis une ligne ascendante qui, en général, précède et annonce la multiplication des globules rouges, enfin une ligne de descente plus ou moins irrégulière qui correspond au retour progressif à l’état normal.
Les mêmes faits se retrouvent à la suite d’hémorragies multiples.
Dans les expériences XXXIV et XXXV, pages 247 et suivantes, le nombre des hématoblastes diminue au fur et à mesure que les chiens s’anémient.
Mais c’est surtout à propos de l’expérience suivante XXXVI, p. 251, qui a été l’objet d’observations plus multipliées, que nous pouvons décrire en détail les fluctuations des hématoblastes. Le tracé reproduit d’une manière frappante les trois phases d’évolution que nous venons de signaler. La période de descente n’est pas très accusée ; elle atteint son point le plus bas avant que les globules rouges soient tombés à leur chiffre le moins élevé.
Chaque nouvelle perte de sang fait d’ailleurs diminuer d’une manière plus ou moins sensible le nombre des hématoblastes. La période d’accumulation , ou plutôt
MODIFICATIONS DES IlÉMATOBLASTES.
d’augmentation du chiffre absolu des hémaloblastes, commence pendant que l’anémie atteint son plus haut degré, et elle annonce nettement la production de nouveaux globules rouges. Bientôt le nombre des hématoblastes devient considérable, le tracé présente une élévation subite et atteint un maximum qui représente près de 3 fois plus d’éléments qu’à l’état sain. L’accumulation des hématoblastes à peine arrivée à son apogée, phénomène qui constitue ce que nous avons appelé la crise hématique , ne tarde pas à faire place à la 3e période pendant laquelle le nombre des hémaloblastes redevient peu à peu normal.
Cette appellation de crise est d’autant plus exacte que l’accumulation des hématoblastes est toujours un phénomène rapide et temporaire. C’est ce que l’on peut voir non seulement sur les tracés relatifs à nos expériences, mais aussi sur ceux que nous avons recueillis chez l’homme.
Le point le plus élevé, le sommet de la poussée hématoblastique, coïncide avec la première partie de la réparation globulaire ; elle marque en quelque sorte le moment où la production de nouveaux globules acquiert sa plus grande activité. Quant à la ligne de descente, elle est traînante et le même fait se retrouve dans toutes les observations analogues. Le retour à l’état normal est d’ailleurs d’autant plus lent et plus difficile que l’hémorragie a été plus abondante.
Ces considérations sur les variations du nombre absolu des hématoblastes sont déjà très intéressantes. Cependant pour se rendre un compte plus exact des modifications quantitatives des éléments colorés du'sang, il ne faut pas s’en tenir aux valeurs absolues. Il est nécessaire d'établir le rapport entre les globules rouges et les hématoblastes.
C’est ce que nous avons fait pour un certain nombre de nos observations et en particulier pour la XXXVIe. Nous
HAYEJI.
SANG
ÉMISSIONS SANGUINES
avons représenté sous la forme d’un 4e tracé, que nous désignons sous la lettre R.’, le rapport entre les hématies et les hématoblastes N/H. Ce tracé, qui offre, comme nous le verrons dans la suite de ces leçons, un intérêt considérable, permet de faire quelques remarques nouvelles et complémentaires.
A l’état normal le rapport entre les globules rouges et les hématoblastes est ici de 20, c’est précisément le même que chez l’homme. Déjà pendant la période d’anémie, alors que le nombre absolu des hématoblastes diminue, ce rapport indique une augmentation relative de ces éléments. (Voir les chiffres du tableau, colonne R’, et la courbe, p. 252 et 253.)
Ainsi la saignée trouble immédiatement le rapport physiologique qui existe entre les globules rouges et les hématoblastes ; les premiers diminuent dans une proportion plus grande que les seconds. Ce défaut de proportionnalité s’accentuant progressivement, bien qu’il arrive à son summum au moment à peu près où le chiffre absolu des hématoblastes est le plus élevé, indique en quelque sorte que la crise hématique se trouve préparée de longue main. La suractivité dans la formation des éléments du sang suit de près la première hémorragie, fait capital qui nous montre la rapidité avec laquelle les phénomènes d’évolution sont suscités dans le sang et qui sera mis encore plus en évidence lorsque nous nous occuperons de la transfusion.
Quant au moment où les hématoblastes atteignent leur plus haut chiffre, il varie nécessairement suivant diverses circonstances. Cependant il nous a paru dépendre surtout de l’état de santé et de vigueur des animaux. Quelquesuns de nos chiens, malgré les mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles ils se trouvaient placés, ont montré une aptitude remarquable à la rénovation de leur sang, un pouvoir de sanguification considérable. Nous
MODIFICATIONS DES IlÉMATOBLASTES.
signalerons particulièrement sous ce rapport le chien de l’expérience XXXVIII auquel on pratiqua des saignées moyennes coup sur coup. Dès le lendemain de la ire saignée, le nombre des hématoblastes atteignait son maximum et il restait très élevé pendant tout le cours de la réparation sanguine.
Les chiens de race nous ont paru posséder sous ce rapport des qualités exceptionnelles.
Pendant que se produisent ces variations quantitatives, on constate aussi des modifications qualitatives des hématoblastes aussi bien que des globules rouges.
Vous ne pourriez suivre ces transformations des hématoblastes, si je ne vous indiquais, au préalable, d’une manière succincte leurs caractères anatomiques et physiologiques, que j’ai exposés avec détails dans les Archives de physiologie (1878-1879)'.
Les hématoblastes sont des corpuscules très petits, ayant chez l’homme environ 3 p. à 3 p. , 5 en moyenne. Ils sont pâles ou très faiblement colorés ; les plus petits sont habituellement incolores. Discoïdes et biconcaves comme les globules rouges, ils se déforment avec une facilité extrême et présentent, par suite, très fréquemment des pro longements déformés diverses, des festons plus ou moins prononcés sur les bords (1).
Particularité très importante à connaître : ils s’altèrent avec unegrande rapidité; ce qui explique pour quelle raison . ils n’ont été vus avant mes recherches que sous une forme plus ou moins modifiée. Dès qu’ils sortent des vaisseaux ils subissent des altérations physico-chimiques qui ont des rapports très étroits avec la coagulation. On peut cepen-
(1) En dehors de mon mémoire des Archives de physiologie, on peut consulter; sur celte question une note publiée, depuis que cette leçon a été laite, dans la Gazette médicale de Paris, n° 34, 18S1 ;