‹ Leçons sur les modifications du sang sous l'influence des agents médicamenteux et des pratiques thérapeutiquesChapitre 84 sur 126 · CRISE HÉMATIQUE DE LA CONVALESCENCE · texte numérisé non relu

CRISE HÉMATIQUE DE LA CONVALESCENCE

pendant les premiers jours de la convalescence; ils atteignent leur maximum, 9 000, 17 jours après la chute de la fièvre.

Mars 1872.

Fig. 29. (Suite.)

La courbe des hémaloblastes est très intéressante. Ces éléments atteignent un minimum de 62 000 six jours avant la fin de la défervescence ; ils dépassent à peine 100 000 lorsque la fièvre est complètement tombée ; leur ligne offre de grandes oscillations et n’arrive à son summum, 315 000, que 19 jours après que la défervescence a été complète. Quatre jours plus tard, au moment où le malade quitte l’hôpital en pleine convalescence, on ne compte plus que 190 000 hématoblastes ; le sang est encore en pleine période de réparation. C’est un exemple de renovation sanguine traînante, avec crise hématoblastique se faisant par poussées successives.

Malheureusement ces courbes ne sont pas complètes ; car il faudrait suivre la réparation du sang pendant toute la convalescence, à une période où les malades ont généralement quitté l’hôpital. C’est une étude que je recommande à ceux d'entre vous qui pourront fréquenter des asiles de convalescents.

Vous voyez que les faits pathologiques et les données

EMISSIONS SANGUINES

expérimentales, particulièrement celles qui concernent les hémorragies, établissent un rapport évident entre les hématoblastes et les globules rouges; et nous pouvons, en guise de conclusion, résumer en quelques mots l’évolution des hématies, telle qu’elle peut s’observer dans le sang. Cet exposé est d’autant plus à sa place ici que les hémorragies constituent le meilleur moyen de mettre cette évolution en relief. Sur ces planches vous pouvez suivre toutes ces transformations depuis l’hématoblasle le plus délicat, le plus petit, jusqu’au globule rouge parfait.

Le premier de ces dessins (fuj. 30) représente les divers types de globules rouges et d’hématoblastes que l’on trouve dans un cas de chlorose.

Fig. 30.

Globales rouges et hématoblastes du sang humain desséché dans un cas de chlorose.

a. Hématies adultes de diverses tailles, a'. Globule géant.

b. Globules nains non déformés.

c. d. Globules nains déformés, intermédiaires entre les hématoblastes et les hématies.

e. Hématoblastes.

é. Hématoblastes intermédiaires entre les hématoblastes et les globules nains.

L’évolution du sang étant soumise aux mêmes lois aussi bien dans les cas pathologiques que dans les faits expérimentaux, on observe dans la chlorose et udans les anémies chroniques d’origines diverses les mêmes modifications des éléments du sang. Que l’anémie soit spontanée ou traumatique, toutes les fois que les formes

ÉVOLUTION DES HÉMATIES.

primitives des globules rouges ne se transforment pas rapidement comme à l’état normal en globules adultes et parfaits, qu’il y ait entrave dans la formation des éléments adultes (formation des hématies) ou suractivité dans la production des éléments premiers, le sang présente ces formes inachevées et de passage qui permettent de faire plus aisément qu’à l’état normal l’étude de l’évolution des éléments. Or, dans toutes ces circonstances ce que l’on voit constamment, c'est une accumulation d’hématoblastes plus ou moins développés et de globules nains, de sorte qu’il est facile de constater dans la même préparation tous les types de cette évolution, depuis le plus petit et le plus délicat des hématoblastes jusqu’au globule rouge adulte.

Comparez à ce dessin celui qui représente les éléments du sang du chien rendu anémique par des hémorragies répétées (fig. 31) et vous serez frappés de la concordance

Fig. 31.

Globules rouges et hématoblastes du sang du chien desséché dans un cas d’anémie chronique post-hémorragique.

a. Hématies.

b. Globules nains plus ou moins déformés.

a' Globules nains intermédiaires entre les hématoblastes et les hématies.

c. Hématoblastes à divers degrés de développement.

parfaite entre les faits d’ordre pathologique et les faits expérimentaux. En d’autres termes, comme je vous le disais tout à l’heure, on peut reproduire expérimentalement

EMISSIONS SANGUINES

un état du sang analogue à celui qui prend naissance spontanément dans la chlorose.

C’est la marche du phénomène, sa durée, son évolution qui différencient l’un de l'autre ces deux cas d’origine très différente. Mais tous les deux mettent en évidence au point de vue physiologique des faits de même ordre, parce que les globules rouges sont soumis, eu égard à leur rénovation, aux mêmes lois générales.

Dans l’un et l’autre de ces dessins et dans les préparations histologiques qui vous seront soumises à la fin du cours, au milieu de ces éléments divers, on peut reconnaître trois types principaux qui se rencontrent souvent l’un à côté de l’autre : 1° l’hématoblaste pâle, incolore, délicat, réfractant faiblement la lumière, s’altérant avec une extrême facilité dès qu’il est sorti des vaisseaux, tel que je vous l’ai décrit brièvement dans les leçons précédentes (fig. 30, e; fuj. 31, c ).

2° L’hématoblaste plus avancé dans son développement, plus épais, plus coloré, réfractant par suite plus fortement la lumière, se rapprochant déjà beaucoup par l’aspect général du globule rouge légitime. Cet élément est encore très vulnérable, il se déforme encore facilement après être sorti des vaisseaux et il prend la même part au processus de coagulation que l’hématoblaste ; mais il s’altère plus lentement que lui et conserve plus longtemps son individualité dansles amas do sang pur (fig. 30, é; fig. 31, les plus gros de ceux qui sont marqués c).

3° Les globules nains, plus ou moins colorés, souvent aussi colorés que les adultes et représentant déjà une hématie légitime complète. Dans les préparations faites par dessiccation, ces éléments se déforment encore facilement à la façon des hématoblastes, et les plus petits ne diffèrent de ces derniers éléments que par l’intensité de leur coloration (fig. 30, cl; fig. 31, a').

A défaut des preuves pathologiques que j’ai souvent

ÉVOLUTION DES HEMATIES.

invoquées, l’étude des modifications du sang après les hémorragies suffirait pour mettre en lumière d’une manière saisissante la filiation entre les hématoblastes et les globules rouges (1).

J’arrive maintenant à une question délicate, obscure entre toutes, que je ne puis me dispenser d’aborder, car elle est le complément naturel de notre étude sur l’évolution du sang. Nous savons comment se fait cette évo-

(1) M. Pouchet 1 est le seul auteur qui ait vérifié l’exactitude de notre description des hématoblastes chez les animaux supérieurs. Pour les ovipares, il croit encore à la transformation des globules blancs en globules rouges.

Mais tout en acceptant pour les animaux supérieurs notro opinion sur la signification des hématoblastes, il a donné de ces petits éléments une description qui diffère notablement de la nôtre. A son dire, les hématoblastes auraient les mêmes qualités histo-chimiques que le proloplasma des globules blancs ; en grossissant, ils deviendraient des corps ovoïdes, avant de passer à l'état d’hématies. Enfin les globules rouges auxquels j’ai donné le nom de globules nains seraient non des hématies jeunes, mais des hématies en voie de régression. Chacune de ces assertions me paraît inexacte.

En premier lieu, les réactions des hématoblastes, absolument distinctes de celles des leucocytes, se rapprochent au contraire de celles des globules rouges.

En second lieu, l’apparence ovoïde n’existe pas en réalité ; comme les hématoblastes sont relativement très petits, lorsqu’ils nagent dans un liquide, ils sont animés d’une sorte de mouvement brownien, et ils se voient tantôt à plat, tantôt de champ ou sous une légère obliquité. Dons ces deux derniers cas seulement, ils ont l’apparence ovoïde ou en grains de riz prise pour une forme propre par M. Pouchet.

C’est toujours, ainsi que nous l’avons déjà dit, dans les cas où le sang se répare, ou bien encore dans ceux où la formation des hématies est languissante, qu’on voit augmenter le nombre des globules nains, comme celui des hématoblastes intermédiaires. C’est lorsque le sang se rapproche du type physiologique que les globules nains disparaissent. Il est donc impossible d'attribuer à une usure exagérée des globules rouges des éléments qui apparaissent au moment de toute rénovation sanguine, et sont suivis ou accompagnés, dans ces cas, d’une augmentation des globules rouges.

Tout au contraire de M. Pouchet, nous croyons que les plus grands globules sont les plus anciens ; mais leur mode de destruction ne nous est pas connu.

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