‹ Leçons sur les modifications du sang sous l'influence des agents médicamenteux et des pratiques thérapeutiquesChapitre 95 sur 126 · PLAN D’ÉTUDE · texte numérisé non relu

PLAN D’ÉTUDE

introduisant dans le sang du transfusé des globules nouveaux, destinés à remplacer les éléments anciens, plus ou moins altérés, plus ou moins impropres à remplir leurs fonctions physiologiques, la transfusion doit servir à la reconstitution du liquide sanguin.

Dès lors, la première question qui se pose, celle qui domine en quelque sorte toute l’histoire de la transfusion, est celle-ci : Le sang peut-il être greffé? En d’autres termes, le sang nouveau fait-il partie intégrante de l’organisme, d’une manière temporaire ou définitive, est-il apte à jouer le rôle dévolu aux globules dans les phénomènes respiratoires ou nutritifs?

Seconde question : cette greffe sanguine, peut-on l’obtenir avec toutes les espèces de sang, sang complet, sangdéfibriné, sang de la même espèce animale ou d’une espèce différente? C’est ce point de vue qui doit nous préoccuper avant tout.

Disons immédiatement que, la greffe sanguine ne pouvant être espérée qu’avec du sang de la même espèce animale, nous aurons surtout à rechercher si la défibrination est un obstacle au but que l’on poursuit par la transfusion, ou si, au contraire, elle conserve au sangson intégrité complète ou à peu près complète.

Le sang défibriné a-t-il la même valeur que le sang complet ? Sous ce rapport les auteurs soat, comme je l’ai dit, divisés en deux camps.

Les partisans de la défibrination assurent que le sang ainsi modifié produit tous les effets qu’on peut obtenir du sang complet, et que, par conséquent, il doit lui être préféré, puisqu’il n’expose pas aux mêmes accidents. Au contraire, les adversaires de la défibrination, considérant le sang défibriné comme privé de ses qualités vitales essentielles, comme un sang mort, soutiennent que cette pratique enlève à la transfusion toute son efficacité.

On a fait valoir de part et d’autre un grand nombre

TRANSFUSION DU SANG

d’arguments tirés soit d’expériences sur les animaux, soit d’observations faites sur l'homme. Mais, au cours de cette discussion parfois passionnée, on n’a pas toujours apporté beaucoup d’ordre dans l’exposé des expériences; on a produit des faits trop complexes pour ctre probants, au lieu d’envisager séparément chacun des problèmes que celte étude soulève.

Pour qui veut procéder avec méthode, il importe avant tout de savoir comment le sang se comporte hors de l’organisme ; comment se fait la coagulation, quelles sont les parties du sang qui subissent à ce moment des modifications anatomiques ou physiologiques, sous quelles influences se produisent ces altérations, dans quelles conditions le sang conserve tout ou partie de ses propriétés? Voilà autant de questions préjudicielles qu’il s’agit de résoudre.

Nous sommes donc amené à rappeler, comme préambule à l’élude expérimentale de la transfusion, les conditions qui régissent la coagulation du sang.

Lorsque le sang est extrait du corps, et abandonné à l’air, il ne tarde pas à se prendre en une masse molle et tremblotante. Bientôt celle-ci se rétracte , en même temps que de sa substance suinte un liquide de plus en plus abondant ; et, lorsque la coagulation est achevée, le sang est ainsi divisé en deux parties: l’une, solide, rouge, 1 e caillot ; l’autre, liquide, incolore, le sérum.

Le temps que le sang humain sain met à se coaguler dépend de conditions multiples dont les principales sont relatives à la température et au contact avec les objets extérieurs. A la température ambiante, moyenne, la coagulation commence de 2 à 5 minutes après la sortie des vaisseaux et demande, pour que la rétraction soit complète, de 12 à 48 heures.

11 y a du reste sous ce rapport des différences indivi-

COAGULATION DU SANG

duelles assez étendues. On a dit en outre que le sang se coagule plus vite chez la femme que chez l’homme et que le sang artériel se solidifie plus vite que le sang veineux. La coagulation du sang veineux est d’autant plus retardée qu’il est plus riche en acide carbonique. MM. Mathieu et Urbain ont cependant prétendu que le sang privé de GO2 ne se coagule pas.

Nasse a fixé très exactement le délai nécessaire à la coagulation du sang veineux humain. Il distingue cinq temps : 1° formation d’une pellicule à la surface ; 2° formation d’une enveloppe qui descend le long des parois du vase et renferme le sang comme dans un manchon ; 3° transformation du sang en gelée ; 4° transformation du sang en un gâteau solide et séparation du sérum ; 5° expression complète de ce sérum.

Dans le tableau suivant Nasse a indiqué le temps nécessaire pour l’apparition des quatres premiers phéno-

menes.

Moyenne

Moyenne

Au plus tôt.

Au plus tard.

(homme).

(femme).

Ces données ont été confirmées par Panum .

Chez les animaux, et c’est là un détail intéressant au point de vue expérimental, on trouve, à cet égard, de grandes variations ; en général le sang de ceux qui servent à nos expériences se coagule plus vite que celui de l’homme ; et j’ai eu déjà l’occasion de vous dire que la grande coagulabilité du sang chez le chien constitue souvent une réelle difficulté opératoire. Un animal fait exception à cette règle; c’est le cheval, dont le sang se coagule très lentement.

L’élévation de la température hâte la coagulation qui n’est jamais plus rapide qu’entre 39° et 45° (Hew-

TRANSFUSION DU SANG

son) ; d’où le danger d’une température extérieure élevée et de l’emploi d’instruments chauds. Au contraire une température basse, voisine de 0°, ou inférieure à 0° retarde ou même empêche la coagulation. Il en est de même d’une température qui dépasse 52°. D’ailleurs, ainsi que nous le verrons ultérieurement, les températures excessives, au-dessous de 0° ou au-dessus de 50", produisent une altération profonde du liquide sanguin.

D’un autre côté le contact du sang avec les agents extérieurs et les corps étrangers de toute sorte exerce une influence considérable sur la coagulation. Celle-ci est accélérée par l’air extérieur et l’oxygène, et, inversement, l’absence d’air ou d’oxygène la retarde. Cependant elle se produit dans le vide barométrique.

L’influence des corps étrangers a été mise en évidence par les expériences de Brücke, Lister, etc., et celles toutes récentes de M. Glénard. Hewson, jetant une ligature sur les deux extrémités d’un vaisseau, a constaté que le sangreste liquide, tant qu’on n’y injecte pas d’air, mais se prend alors rapidement en masse. Brücke obtient le même résultat, soit en projetant du mercure dans le courant circulatoire, soit en plongeant une aiguille fine dans le cœur ou un vaisseau. Enfin le sang altéré est lui-mème une cause de coagulation. Nous verrons par exemple que, d’après Naunyn, lorsqu’on introduit dans l’organisme du sang dont les globules ont laissé échapper leur hémoglobine sous l’influence de la congélation, on détermine chez l’animal transfusé des coagulations intra-vasculaires.

Vous comprenez, Messieurs, l’intérêt de ces faits au point de vue du manuel opératoire de la transfusion ; nous aurons d’ailleurs à y revenir.

Les causes de la coagulation sont encore fort obscures, malgré les nombreux travaux faits sur ce sujet, et il n’entre pas dans notre cadre d’exposer les différentes opinions autrefois ou actuellement régnantes sur ce point, ni d’en

COAGULATION DU SANG

discuter la valeur. Il nous importe cependant de savoir aussi exactement que possible en quoi le sang défibriné diffère du sang complet.

La fibrine ne préexiste pas toute formée dans le sang ; il résulte des travaux d’Alexandre Schmidt 1 qu’au moment où elle se forme, il se produit très vraisemblablement un phénomène chimique analogue à celui d’une fermentation. Le sang contiendrait deux substances, le fibrinogène et la fîbrino-plastique , qui formeraient la fibrine sous l’influence d’un corps particulier agissant à la façon d’un ferment. Quoi qu’il en soit de cette théorie chimique, il y a lieu de se demander si les éléments figurés du sang prennent part à cet acte important et aussi de chercher quelles modifications anatomiques ou physiologiques ils éprouvent au moment où se produit la séparation de la fibrine.

L 'examen histologique du processus de coagulation fournit à cet égard des renseignements du plus haut intérêt en ce qui concerne surtout les hématoblastes et les globules rouges.

Cet examen doit être pratiqué avec la cellule argentée, d’après la méthode que je vous ai déjà exposée (Leçon 6, p. 89). Quand la préparation est correcte, c’est-à-dire que la couche de liquide sanguin est d’une minceur convenable et partout égale, ou peut suivre la coagulation dans tous ses détails.

Étudions d’abord la part qu’y prennent les hématoblastes.

Dans toute préparation de sang pur, on voit, au sein des espaces plasmatiques qui séparent les îlots de globules rouges, un certain nombre d’hématoblastes isolés ou en amas. Au moment où la coagulation commence, il se détache des hématoblastes quelques traînées filamenteuses peu nombreuses qui se perdent en s’effilant à une petite

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