CLXXVIII
HAYEM
SANG
TRANSFUSION DU SANG
veau de façon à enlever tout le plasma sanguin. Il ajoute alors aux globules cinquante centimètres cubes de sang de bœuf et porte l’éprouvette à la température de 40°; au bout de quelques minutes, ce sérum se coagule. Heynsius constate que ce caillot lavé, desséché, est presque ■égal en poids au caillot fourni par une quantité égale de sang (globules et plasma).
D’un autre côté, il a montré que la quantité de fibrine fournie par le plasma seul est de beaucoup inférieure à celle que donne le sang complet. Ces deux expériences, dont la valeur a d’ailleurs été contestée, tendent à prouver que les globules rouges prennent une part importante dans le phénomène de la coagulation.
D’autres observateurs, Hoppe-Seyler, Landois, ont confirmé ce fait par des expériences qui ne permettent pas de douter de la présence dans les globules rouges, d’une substance analogue à la fibrine. Du reste, Denis (de Commercy) 1 avait déjà admis l’existence d’une substance qu’il appelait fibrine du globule.
Nous allons voir maintenant que l’étude histologique de la coagulation, mettant en relief certaines particularités de ce processus, conduit au même résultat.
Sur une préparation convenable de sang, on voit les globules rouges, flottant dans le liquide, en quelque sorte attirés les uns vers les autres et s’accolant par leurs faces, pour former des séries que depuis longtemps on a comparées à des piles de monnaie. Ces piles, en se réunissant, constituent des îlots; ceux-ci laissent entre eux des espaces libres, plasmatiques, qui communiquent entre eux de façon à simuler des mers.
Si, avec la pointe d’une aiguille, on exerce une légère pression sur la lamelle, immédiatement après que la préparation du sang est faite, les piles d’hématies s’étirent comme si elles étaient constituées par du caoutchouc
COAGULATION DU SANG
rouge. Dès que la pression cesse, la pile revient sur ellemême. Or, dès que le sang est coagulé, si on refait la même expérience, on voit les piles se désagréger et les globules se séparer définitivement les uns des aulres.
La disposition en piles des globules rouges semble donc due à une atmosphère visqueuse qui les entoure et qui provient vraisemblablement du corps globulaire, et non cà la régularité de leur forme. Chez certains animaux d’ailleurs, comme le chat, dont les hématies deviennent rapidement épineuses, l’empilement se produit aussi bien que chez ceux dont les globules sont plus réguliers.
L’étude du sang dans les phlegrnasies , où, comme vous le savez, la quantité de fibrine est augmentée, nous montre une exagération de ce processus (fig. 35).
Les piles d’hématies, confondues en partie, forment des
Fig. 3a.
Sang coagule dans un cas de pneumonie légère. a. Piles d’hématies.
I). Espaces plasmatiques dans lesquelles on voit le réticulum fibrineux épaissi. c. Amas d'hématoblastes modifies.
amas volumineux, reliés presque tous entre eux et circonscrivant de toutes parts des espaces plasmatiques irréguliers qui prennent l’aspect de véritables lacs. Le réticulum est beaucoup plus dense, formé de fibrilles
TRANSFUSION DU SANG
plus grosses que dans le sang normal et par suite plus visibles. Qu’on vienne alors à laver ces préparations et à les colorer par l’iode ou la fuchsine, on voit apparaître un lin réseau assez régulier dans les points primitivement occupés par les piles d’hématies.
Ces observations et quelques autres qu’il serait trop long de rapporter ici, m’ont conduit à admettre que les globules rouges prennent part au processus de coagulation, en s’entourant d’une matière visqueuse, qui parait se solidifier au moins en partie au moment où le sang se coagule.
On doit donc admettre, et je pourrais encore vous signaler à ce propos les recherches récentes de Dogiel, que le globule rouge participe au processus de coagulation, contribue à la formation de la fibrine1.
Restent les y lobules blancs; ici les données sont moins nettes, quoique, pour A. Schmidt et Mantegazza, ces éléments auraient un rôle prépondérant. Dans la théorie d’A. Schmidt, fondée sur une série de recherches qui ont duré vingt ans, la substance « fibrinogène » préexiste seule toute formée dans le sang ; au contraire, la substance qu’il a appelée fibrinoplastique et qui serait un des générateurs de la fibrine, ainsi que le ferment, ne se produiraient que dans le sang sorti des vaisseaux et aux dépens des matériaux de destruction des leucocytes.
De son côté Mantegazza2, dans un travail qui n’a pas la même autorité que celui de Schmidt, fait de la fibrine un produit de sécrétion des globules blancs; sans leucocytes, point de fibrine, point de coagulation sanguine. Mais la doctrine de Schmidt et celle de Mantegazza ont été l’objet de vives critiques, et l’examen histologique nous donne à l’égard des globules blancs des renseignements moins décisifs que pour les autres variétés d’éléments figurés.
1 CXXX, 2° mém. - 2 CLXXX.
COAGULATION DU SANG
Dans une préparation de sang pur, faite avec le plus grand soin, on voit les globules blancs tétanisés par les agents extérieurs, se contracter sous forme de boules; on distingue alors à leur surface de petites vésicules transparentes, qui semblent sortir du globule et finissent par crever dans le milieu ambiant, en laissant échapper un liquide. Puis les leucocytes se déforment, se déplaceni au milieu des fibrilles sans paraître y adhérer, sans faire corps, comme les hématoblastes, avec le réseau fibrineux. Toutefois, dans les cas pathologiques, lorsque le réticulum est épaissi, j 'ai vu parfois ces éléments gonflés, plus granuleux, moins mobiles ; il m’a semblé qu’ils adhéraient pendant un certain temps aux filaments fibrineux, mais pour se dégager bientôt.
Enfin, en colorant la préparation après l’avoir soumise au lavage, on trouve quelques globules blancs sous forme de plaques étoilées adhérant à leurs angles à des prolongements fibrineux.
Ajoutons que dans tous les processus s’accompagnant d’une augmentation de la fibrine, les globules blancs sont plus nombreux qu’à l’état normal; il en est ainsi dans les phlegmasies comme la pneumonie, dans les suppurations. D’un autre côté, le froid, qui retarde les transformations des hématoblastes et paralyse les globules blancs, retarde aussi la coagulation et en modifie profondément le processus.
La participation des leucocytes au phénomène que nous étudions n’est certes pas établie d’une manière absolue ; mais, tout au moins, l’ensemble de ces données doit nous faire incliner vers une solution affirmative.
Vous voyez, Messieurs, que, même en nous limitant au point de vue anatomique, la coagulation du sang est un processus extrêmement complexe, auquel prennent part tous ses éléments figurés. Pendant que les hématies et probablement aussi les leucocytes fournissent au cail-
TRANSFUSION DU SANG
lot certains matériaux, les hématoblastes, clans le sang qui se coagple spontanément, sont profondément modifiés et font corps avec le réticulum.
Il en résulte que dans le sang dont on a enlevé la fibrine par le battage (celui qui sert à la transfusion), il n’y a plus cf hématoblastes. Ceux-ci ont été entraînés avec les filaments de fibrine. D’autre part, la défibrination diminue également le nombre des globules blancs; quelques-uns d’entre eux sont détruits par le battage ; un grand nombre d’autres sont emprisonnés dans la fibrine. A ces deux titres, le sang défibriné diffère anatomiquement d’une manière très sensible du sang complet.
Il s’agit de rechercher maintenant — et c’est de cette question que se sont exclusivement préoccupés les expérimentateurs — si les éléments qui restent sont modifiés par les manœuvres auxquelles on soumet le sang pour le défîbriner.
On a eu recours à plusieurs procédés différents. On a fait la défibrination en vase clos, de manière à empêcher l’évaporation du sang, en l'agitant avec des fragments de verre, de silice, une petite pelle ou un peigne ; mais ce modus agendi a été rarement employé. Le plus souvent, c’est à l'air libre , dans un vase de verre ou de porcelaine, que l’on bat le sang, avec un petit balai formé par une substance flexible, auquel les parties solides viennent adhérer. D’ailleurs, dans l’un et l’autre cas, pour empêcher que le sang ne renferme de petits caillots, on le passe à travers un linge fin, aussi propre que possible, un drap ou un papier à filtre.
Ces manœuvres, ainsi que le séjour hors de l’organisme, ne font-elles subir aucune modification aux éléments du sang et particulièrement aux globules rouges?
Nous aborderons l’exposé de cette importante question dens notre prochaine leçon.
Sommaire : Du sang défibriné. (Suite.)— Modifications quantitatives et qualitatives des globules rouges de ce sang. — Des propriétés physiologiques du sang défibriné. — De l’hémoglobinurie prise comme critérium de la dissolution globulaire. — Expériences de Landois. — Accidents causés par la transfusion du sang défibriné. — Expériences de Magendie. — Discussion de ces faits.
Messieurs,
Continuons l’examen critique des prétentions des partisans de la défibrination. Dans notre précédente leçon, l’étude du processus de coagulation nous a appris que le sang défibriné diffère du sang complet, d’une part par l’absence des hématoblastes, de l’autre par la diminution du nombre des leucocytes.
Ignorant le premier fait, n’attachant au second qu’une importance secondaire , les expérimentateurs se sont attachés à établir que la défibrination ne produit aucun changement appréciable dans les caractères tant anatomiques que physiologiques des éléments principaux du sang , des globules rouges. C’est cette assertion qu’il s’agit maintenant de discuter.
L’examen microscopique du sang avant et après la défibrination fournit à ce sujet quelques renseignements. Lorsque celle-ci a été faite en vase clos, avec toutes les précautions nécessaires, la numération des globules rouges n’indique pas une différence sensible ; et même on trouve parfois plus de globales après la défibrination parce que la masse du sang a un peu diminué.
Quand on opère à l’air libre, et aussi promptement que possible pour que le sang ne puisse subir un commencement de dessiccation, on trouve cependant une augmenta-
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tion dans le nombre des hématies. La filtrationaccroîtd’une manière plus sensible encore la proportion des globules rouges. On peut en conclure que la défibrination et la filtration ne détruisent pas un nombre sensible de globules rouges puisque le dénombrement des hématies fait constater les effets inévitables de l’épaississement du sang. Mais il faut reconnaître que ces manipulations altèrent toujours les caractères extérieurs de quelques-uns de ces éléments.
Un certain nombre d’entre eux, déformés, sphériques ou mûriformes, sont plus vulnérables qu’avant la défibrination. Cependant lorsque le sang est conservé à la température ambiante ordinaire, la plupart des globules rouges continuent à présenter pendant plusieurs jours des caractères anatomiques à peu près normaux. Les altérations anatomiques, imputables à la défibrination, ne sont donc pas très accusées et ne paraissent s’accentuer que lentemen'. Mais on pouvait admettre que si la défibrination ne modifie pas les globules rouges au point de vue morphologique, elle en facilite la dissolution après réintégration du sang dans l’organisme.
Les partisans de la défibrination ont cherché à démontrer que lorsque le sang est convenablement conservé hors de l’organisme , les globules ne se dissolvent pas après la réinjection du sang.
A cet effet on a choisi un critérium dont la valeur est discutable.
Vous connaissez sans doute cette singulière affection, caractérisée par la présence dans l’urine, à certains moments, du pigment sanguin peu ou point modifié, V hémoglobinurie paroxystique. Elle est généralement attribuée à la destruction rapide, dans certaines conditions étiologiques mal connues, telles que le froid, des globules rouges et tà la mise en liberté d’un excès d’hémoglobine qui est éliminé par les appareils excréteurs.
PROPRIÉTÉS DU SANG DÉFIBRINÉ
Or, Landois voit clans l’hémoglobinurie le critérium de la destruction globulaire.
Il considère les globules rouges retirés du corps comme morts, lorsque après avoir été introduits dans la circulation, ils se dissolvent rapidement, et que le plasma se colore par l’hémoglobine dissoute tandis que la matière colorante apparaît dans les diverses sécrétions.
Pour reconnaître la coloration du plasma , Landois soumet le sang à l’épreuve du sel de Glauber. Il prend à l’opéré un échantillon de sang, de 1 à 2CC, et le mélange à volume égal avec une solution concentrée de sulfate de soude. On remue et on filtre. Les globules rouges restent sur le filtre et le plasma non coagulé mais étendu de moitié est recueilli et examiné.
On peut aussi laisser le sang se coaguler et noter si le sérum prend une coloration rouge laquée.
Enfin, pour estimer la proportion des éléments dissous dans le plasma coloré, Landois se sert d’un procède chromométrique analogue à l’échelle liquide de Welcker.
Pour la recherche de l’hémoglobine dans l’urine, il a employé le procédé de Heller. On ajoute à l’urine de la potasse caustique, on chauffe à l’ébullition; les phosphates se précipitent et l’hémoglobine se dépose avec une belle coloration rouge. Ce procédé serait encore sensible à 1/2048.
Avant d’aller plus loin dans cette étude, il y aurait lieu bien certainement de rechercher dans quelle mesure l’accès d’hémoglobinurie peut servir de critérium de la fonte globulaire. Rien ne prouve en effet qu’une certaine quantité d’hémoglobine ne puisse se dissoudre, sans qu’il survienne des phénomènes pathologiques , sans que cette substance soit éliminée en nature par les reins et les urines. Bientôt, à propos de nos expériences nous aurons l’occasion de revenir sur ce point.
Ces réserves faites sur le principe de la méthode de
TRANSFUSION DU SANG
Landois, les résultats que cet auteur a obtenus n’en sont pas moins fort instructifs. Il a surtout étudié l’influence de la température sur la dissolution du sang'.
D’après lui, les phénomènes de dissolution de l’hémoglobine et d’albuminurie se manifestent quand le sang a été chauffé de 50° à 60° C.
Pour examiner les effets d’une température élevée, il soumet l’animal à une saignée veineuse; le sang est défibriné, filtré, chauffé au bain-marie et maintenu pendant 20 minutes au degré voulu ; puis il est ramené à la température du corps et réintroduit dans la circulation.
Voici les chiffres de Landois, variables pour les diverses espèces animales.
Sang du lapin 51°
— • porc 52° à 58°
— chat 53° à 56°
— cobaye 52° à 55°
— mouton. . 52° à 60°
— veau 60°
— cheval 50° à 58°
— chien 52° à 55°
Quoi d’étonnant d’ailleurs que les phénomènes du sang dissous s’observent à ces températures, puisque l’on sait depuis longtemps que dans ces conditions, et même qu’après congélation, les globules rouges sont, sinon complètement détruits, du moins singulièrement altérés ? Max Schultze1, etaprès lui beaucoup d’observateurs parmi lesquels je citerai M. Hénocque2, dans un travail fait en collaboration avec moi, ont observé la déformation et la dissolution des globules rouges aux mêmes températures.
Défait, les recherches de Landois ne prouvent qu’une chose, cà savoir que les solutions d’hémoglobine, obtenues par la chaleur ou la congélation, produisent les effets du sang dissous.
clxxxi. — 2 C.LXXXU
PROPRIÉTÉS DU SANG DÉFIBRINÉ
Dans ces mêmes conditions, on a observé chez les animaux, mis en expérimentation, des phénomènes intéressants. La température est toujours abaissée, ce qui peut s’expliquer soit par l’insuffisance des oxydations, soit par la formation de caillots.
Naunyn1, Plosz et Gyorgyai2 avaient observé laproduction de caillots quand on injecte du sang dissous par congélation ; pareille chose a lieu quand on se sert de sang surchauffé. Ces coagulations intra-vasculaires, qui peuvent menacer sérieusement l’existence, sont elles-mêmes dues soit à une action non définie encore du sang altéré sur le sang du transfusé, soit aux squelettes, aux débris globulaires qu’il renferme; on comprend, en effet, que les stromas globulaires peuvent jouer le rôle de corps étrangers et devenir le centre d’un caillot.
Lorsqu’un animal meurt, la température s’abaisse jusqu’au terme fatal. Lorque au contraire il se rétablit, à celte chute thermique succède une élévation, produite par un mouvement fébrile.
Étant ainsi connue, l’action d’une température soit trop élevée, soit trop basse sur le sang défibriné, une seconde question se pose. Peut-on conserver quelque temps le sang hors de l’organisme sans qu’il s’altère ? Il est d’autant plus important d’être fixé sur ce point, que parfois un certain temps s’écoule entre la saignée et la transfusion.
Landois a fait également quelques expériences à ce sujet, avec son élève Du Cornu3, il a vu que le sang défibriné du lapin paraît se conserver pendant 35 à 36 heures tà la température de 12 à 15° R., sans que les globules perdent leur vitalité. Au delà de ce temps, ils commencent à s’altérer. Mais par le refroidissement on peut retarder cette décomposition, comme le prouvent les expériences déjà anciennes de Polli4.