EXPOSITION DES FAITS
Quand on se trouve en présence (l*un état morbide aussi difficile à interpréter, au point de vue pathogénique, que l'affection syphilitique du biceps, et que Tanatomie pathologique ne nous vient pas en aide, il faut étudier et analyser minutieusement toutes les faces de sa symptomatologie, le suivre dans tous les moments de son processus, le surprendre dans sa coïncidence permanente ou temporaire avec d'autres manifestations de même origine^ démêler en lui les éléments essentiels et les distinguer de ceux qui sont accessoires, c'est-à-dire juxtaposés ou superposés, enfin employer toutes les ressources de l'observation clinique. Heureux encore si dans un sujet si obscur on parvient à entrevoir la vérité I
La nécessité de multiplier les cas, d'en donner toutes les variétés connues s'impose tellement ici^que je ne craindrai pas d'abuser de votre patience en vous exposant encore d'autres faits qu'il m'a été donné d'observer.
Vous avez vu que, dans sa phase décroissante,' raffection bicipitale du dernier malade avait présenté des rémittences et même des intermittences complètes. Chez celui dont je vais vous raconter l'histoire, cette circonstance, qui est d'une grande signification, devint prédominante dès le début et persista jusqu'à la terminaison, avec les allures d'un trouble purement nerveux, dans lequel l'altération matérielle qui le produit, s'il en existe une, ce qui n'est pas douteux, n'affecte aucun caractère de fixité comme durée, ni d'égalité comme action.
Douleurs dans les deux coudes, six semaines après le début du chancre infectant, pendant la première poussée des accidents consécutifs.
Au sixième mois de la syphilis y deuxième attaque d'arthralgie dans les coudes. — Douleur irradiante entre Volècrane et répitrochlée. — Extension complète de l* avant-bras gauche impossible, — Symptômes irrégulièrement intermittents de l'affection syphilitique du biceps gauche.
Obs. VI.— m. B. . . , âgé de 40 ans, dresseur, avait eu en 1853 un chancre phagédénique avec bubons suppures. En janvier 1869, il contracta un chancre infectant du méat, qui indura la plus grande partie du gland sans Tuicérer et n'y produisit qu'une érosion Irès-superficielle et à peine appréciable.
6 semaines après le début de ce chancre il survint une roséole papuleuse. On fit prendre environ 100 pilules de protoiodure qui n'empêchèrent pas une laryngopathie assez sérieuse et des plaques muqueuses de se déclarer au commencement de juin 1869 (^^ mois de la syphilis).
Puis, vers les premiers jours de juillet, le malade éprouva quelques troubles nerveux tels que obnubilation, diplopie, qui furent fugaces et sans hémiplégie.
Il entra une première fois dans mes salies lors de l'invasion des accidents consécutifs. À cette époque il commença à éprouver quelques douleurs dans les deux coudes. À la seconde poussée des accidents, eu juillet (6* mois de la ma-
ladie), il eut une nouvelle attaque d'arthralgie dans les coudes, et voici ce que je constatai quelques jours après son entrée, qui eut lieu dans mes salles, lit 10, le 15 juillet 1869 :
Il existait entre Tolécrane et Tépitrochlée du côté gauche une douleur peu vive, qui n'augmentait pas par la pression. Cette douleur irradiait à travers le pli du coude. L'avantbras avait été forcé à peu près tout h coup de se mettre dans la position demi-fléchie sur le bras. Son extension complète était impossible, La masse musculaire du biceps ne paraissait point violemment contracturée et il n'existait aucune altération matérielle appréciable dans Tariiculation. On aurait dit qu'une sorte de rétraction s'était produite dans les ligaments antérieurs péri-articulaires.— Peu de douleurs dans les mouvements de l'avant-bras sur le bras, qui étaient libres, sauf celui de Vextension complète. Rien dans le bras droit.
Quand on cherchait à faire l'extension forcée, une douleur vive se faisait sentir en arrière sur Tolécrane et en avant sur le tendon du biceps, qui se raidissait très-fortement, comme s'il eût subi un raccourcissement. (Traitement mixte.)
Un point très- important à noter, c'est que cette affection survint assez brusquement et disparut de même au bout de 3 ou 4 semaines.
EQe présenta même une marche irrégulièrement intermittente^ c'est-à-dire qu'elle cessa et revint plusieurs fois, mais toujours sans contracture bien appréciable du biceps.
Eh bien, messieurs^ que pensez-vous de ce fait? ne le trouvez-vous pas, comme mpi, très-significatif dans sa brièveté? Voilà un coude qui devient malade pendant les deux premières poussées de la syphilis. D'abord il n'est que douloureux; puis, outre la douleur, se produit rapidement une sorte d'ankylose dans le sens de l'extension. Et l'obstacle à ce mouvement était tel qu'on aurait pu croire que les ligaments antérieurs de l'articulation s'étaient raccourcis ou que Tolécrane ne trouvait plus à se loger dans sa cavité.
Puis tout à coup les choses reprenaient leur état naturel et Tobstacle à l'extension complète disparaissait comme par enchantement» N'est-ce pas là l'indice d'une perturbation dynamique? Quelle autre cause qu'une action musculaire entravée ou déviée et passant, avec la rapidité et la facilité qui lui sont propres, du fonctionnement physiologique au fonctionnement morbide et réciproquement, pourrait donner lieu à des résultats contraires si instantanés?
Et pourtant le biceps ne présentait aucune modification notable dans sa portion charnue. Son tendon seul subissait des alternatives de relâchement et de raideur. Il semblait qu'en lui seul résidait la force contractile qui tantôt limitait l'extension et tantôt lui laissait toute son amplitude.
Ici l'affection bicipitale était bornée à un seul côté. Le bicepsgauche était seul malade; comme dans notre première observation, les autres articulations étaient intactes. Il en est quelquefois ainsi. Mais souvent les deux coudes sont pris simultanément ou l'un après l'autre et les mêmes phénomènes ont de la tendance à se répéter sur les deux articulations du genou, toujours avec un état de l'extension qui la rend incomplète ou douloureuse. Des muscles isolés ou des groupes musculaires sont également en souffrance; enfin des nerfs, dans diverses régions, sont parcourus par des irradiations névralgiques, de telle sorte que l'affection bicipitale n'est plus qu'une des manifestations de l'état myopathique ou névropathique immédiatement produit par l'action syphilitique.
Il en a été ainsi dans les observations suivantes :
Affection syphilitique du biceps gauche survenue au quatrième mois d'une syphilis légère ; douleur en dedans du
tendon au niveau de l'insertion des fibres musculaires. — Douleurs dans le triceps correspondant à sa partie inférieure.
Névralgie faciale droite, — Douleurs dans les masses mus" culaires du membre inférieur gauche^ avec irradiations le long des nerfs.
Plus tard, mêmes phénomènes à droite^ mais à un moindre degré. — Affection syphilitique du biceps droit.
Guérison au bout de 50 jours.
Obs. VII —M. L..., Louis, âgé de 16 ans, épicier, entré le 26 juin 1869, dans mon service à rflôpital du Midi, salle 8, no 40, jouissait d'une excellente santé et n'avait jamais eu aucune maladie, lorsque vers la Qn de février 1869, il eut commerce avec une coureuse du boulevard Saint- Martin. 10 ou 12 jours après, apparition de 3 chancres infectants, dont 2 siégeaient sur la racine de la verge et le troisième sur le limbe du prépuce. Ce dernier avait produit un phimosis dont j'opérai le malade au commencement de mai 1869.
La première poussée des accidents consécutifs consista en une roséole érythémateuse et des plaques muqueuses de la gorge et de Tanus.
Une deuxième poussée eut lieu vers le quatrième mois du chancre, et le 28 juin le malade présentait l'état suivant : roséole papuleuse discrète, taches érythémateuses. Nouvelle éruption de plaques muqueuses à la bouche et à Tanus. Souffle systolique à la base du cœur; bruits continus avec redoublement dans les vaisseaux du cou.
Quelques jours auparavant, dans les premiers jours de juin, le malade avait été pris tout à coup d'une douleur occupant le tiers inférieur du bras gauche ; cette douleur paroxystique, plus forte la nuit que le jour, était exaspérée par les mouvements de l'avant-bras sur le bras. Son maximum d'intensité occupait le bord interne du tendon du biceps, au point d'insertion des fibres musculaires. De là elle irradiait jusqu'à Textrémité supérieure du muscle.
A ces phénomènes douloureux s'ajouta, au bout de quelques
jours, rimpossibilité d^étendre complètement Tavant-bras sur le bras. Quand on essayait d'obtenir par force l'extension complète, les souffrances devenaient intolérables. Je ne constatai pourtant aucune lésion dans le corps ni dans les extrémités du muscle biceps, qui ne paraissait point en contracture, du moins dans Tensemble de ses fibres.
Le tiers inférieur du muscle triceps brachial était aussi très-douloureux pendant la contraction musculaire.
Des explorations répétées ne me firent découvrir aucune lésion dans l'articulation ni dans les parties adjacentes.
La position demi-fléchie était celle pendant laquelle le malade souffrait le moins. Faiblesse, engourdissement, pesanteur dans tout le membre supérieur gauche, sans aucune modification de la sensibilité cutanée.
Névralgie faciale droite.
Le malade éprouvait aussi des douleurs très-vives dans les masses musculaires de la cuisse gauche en avant et en arrière, ainsi que dans les muscles du mollet. Ces douleurs descendaient jusqu'au pied gauche et se prolongeaient le long de leur plante jusqu'aux orteils. Elles étaient assez vives quelquefois pour empêcher la marche. On ne constatait aucune modification matérielle appréciable dans les parties douloureuses.
Ces douleurs musculaires des membres, qui siégeaient d'abord exclusivement à gauche, se produisirent aussi du côté droit, mais avec moins de violence. L'extension complète devint impossible dans le coude droit, sans qu'il existât de contracture apparente du biceps ni d'aucun autre muscle du bras. Les douleurs musculaires ou névraigiformes se produisirent aussi dans la plante du pied droit.
Je soumis le malade à un traitement mixte hydrargyrique et ioduré. Au bout de 15 jours, ces douleurs des membres avaient beaucoup diminué. Le malade sortit le 21 juillet n'ayant plus aucun accident. Cette myopathie musculaire syphilitique avait donc duré environ 50 jours.
Ce fait n est-il pas un exemple de l'état maladif qui peut frapper simultanément ou successivement une étendue plus ou moins considérable du système musculaire? Ici Taffection du biceps est sans doute encore le phénomène prédominant ; mais elle est précédée et accompagnée d'autres symptômes qui sont de même nature qu'elle, procèdent de la même origine, bien qu'ils n*aboutissent pas aux mêmes résultats. Ainsi il y a eu dans le bras gauche d*abord, puis dans le membre inférieur gauche, des douleurs névralgiformes, irradiantes et paroxystiques ; puis est venue l'impossibilité de l'extension complète et l'endolorissement de la moitié inférieure du triceps. J'ai déjà noté ce dernier fait dans quelques-unes de mes observations. Ne Toubliez pas, je vous prie. Il importe de savoir que quelquefois le biceps n'est pas malade seul, mais que son antagoniste, le triceps, est également touché, toujours à un degré moindre il est vrai.
Dans le membre inférieur gauche, la rayo-névropathie a été plus diffuse, plus vague et ne paraît pas avoir dépassé les limites d'une souffrance simple qui ne réagit pas directement ou par action réflexe sur la contractilité musculaire pour en troubler l'action d'une manière fugace ou permanente.
C'est encore le côté gauche qui a été le premier et le plus fortement atteint. Mais les mêmes phénomènes se sont reproduits aussi à droite sous une forme atténuée, et pendant quelques jours l'extension complète de Tavant-bras droit sur le bras a été également impossible.
Remarquez, messieurs, qu'au milieu de ces souffrances variées, qui ont leur siège dans les nerfs et dans les muscles»
la sensibilité de la peau n'est pas compromise. Elle Test bien rarement dans le cours de la syphilis. Je n'ai jamais observé Tanesthésie cutanée chez les hommes. Celle qu'on observe quelquefois chez les femmes dépend d'une névropathie hystérique latente qui est éveillée et mise enjeu par les modifications profondes que la syphilis fait subir atout l'organisme.
\oici un cas où l'élément névralgique était encore plus accusé que dans le précédent. La prédominance était môme telle que l'affection du biceps n'a été qu'un épiphénomène éphémère.
Affection syphilitique éphémère du biceps gauche, survenue comme épiphénomène, au douzième mois d'une syphilis légère^ en même temps qu'une attaque de névralgie brachiale du même côté occupant surtout le nerf circonflexe.
Marche intermittente, — Guérison au bout de iOjom^s,
Obs. VIII. — M. X..., avocat, âgé de 29 ans, contracta, le 25iuirj 1871, un chancre infectant qui fut suivi d'accidents consécutifs, légers et superficiels. Je le traitai dès le début de sa syphilis par des préparations hydrargyriques ; plus tard il prit aussi un peu d'iodure de potassium.
Ce malade n'avait eu aucune poussée depuis le mois de janvier 1872; et il avait cessé tout traitement depuis le mois de février, lorsque le 3 juillet de la même année (12« mois de la syphilis), il fut pris sans aucune cause, et tout à coup, étant à sa table de travail et écrivant, d'une lourdeur trèsgrande et d'une sorte de commotion douloureuse dans le membre supérieur gauche. Cette attaque, toute locale et qui n'avait point son origine dans le cerveau, rendit les mouvements difficiles; il lui était même impossible de lever le bras et de récarter du tronc* 2 ou 3 jours auparavant il était
survenu une douleur dans la jambe droite ; mais elle avait rapidement disparu. ^
Le 1, le 8 et le 9 les mêmes phénomènes persistèrent. Il n'existait aucune lésion apparente dans les articulations du membre malade. Des douleurs irradiantes, paroxystiques, plus vives la nuit que le jour, le parcouraient dans toute son étendue. Pendant les crises, qui étaient surtout nocturnes, f^ était parfois difficile et même impossible d'étendre et de fléchir complètement Vavant-bras sur le bras,
Lequatrièmeiour,lesphénomèness'atténuèrent. Le 10, j'examinai toutes les articulations avec le plus grand soin, sans y rien découvrir d'anormal. Le biceps n'était pas en état de contracture ni les autres muscles non plus. Il semblait au contraire, par moments, que tout le bras était paralysé. Le malade ne pouvait pas Técarter du tronc. Sensibilité cutanée intacte. La main serrait avec force. Les douleurs irradiantes se propageaient depuis l'épaule jusqu'à l'extrémité des doigts. Il n'existait aucune manifestation syphilitique.
Je fis prendre immédiatement des pilules d'hydrargyre et de riodure de potassium. L'amélioration fut rapide au bout de 4 ou 5 jours, le malade put se servir de son bras; au bout de 10 jours, il était guéri.
En analysant cette singulière névro-myopathie, je finis par démêler que la douleur avait débuté par le deltoïde et qu'elle y revint toujours très-intense. Elle s'y reproduisit encore vers le 2 ou le 3 août, c'est-à-dire un mois à partir du début de l'attaque. Cette douleur, qui était plus forte la nuit que le jour, n'était pas notablement augmentée par la pression. Elle paraissait suivre les divisions du nerf circonflexe.
L'impossibilité de l*extension et de la flexion de Tavantbras sur le bras a été intermittente et n'a duré qu'un ou deux jours; de telle sorte que si le biceps et le triceps ont été particulièrement atteints à an certain moment, leur
souffrance s'est perdue dans l'ensemble et n'a été, comme je vous le disais^ qu*un épiphénomène presque insignifiant dans le cours de cette névralgie brachiale.
Le fonctionnement du cerveau pendant cette attaque a toujours été intact. Le malade ne s'était point refroidi. Il n'a jamais eu aucune manifestation rhumatismale et il n est pas de race arthritique.
Le traitement spécifique paraît avoir eu beaucoup d'efficacité sur cette affection. Je faisais prendre chaque jour 0,12 centigrammes de protoiodure d'hydrargyre et 8 grammes d'iodure de potassium. Je suspendis ces médicaments quelques jours après la cessation des douleurs.
Je suis persuadé que cette névralgie brachiale était d'origine syphilitique. Vous m'objecterez peut-être qu'elle est survenue 6 mois après la guérison de la première poussée, qu'elle n'a été ni précédée, ni accompagnée, ni suivie d'aucune manifestation sur la peau ou sur les muqueuses et qu'en l'absence de tout renseignement, il eût peut-être été impossible de songer à la syphilis. Je reconnais qu'il n'a existé aucun caractère intrinsèque dans la modalité phénoménale qui soit particulièrement propre à la syphilis. Mais à quelle autre cause rapporterez- vous cette affection? Les spécifiques n'ont-ils pas agi avec une promptitude et une sûreté qu'on pourrait invoquer comme un argument péremptoire? D'ailleurs des cas analogues où les coïncidences syphilitiques évidentes ne laissent aucun doute sur la nature des accidents névralgiques sont loin d'être rares.
Le cas suivant rentre encore mieux dans notre sujet que le précédent, parce que la myopathie syphilitique y était plus prononcée.
Myo-névropathie brachiale gauche survenue au deuxième mois (Tune syphilis légère ; névralgie cubitale gauche avec affection syphilitiqvie du biceps.
Douleurs paroxystiques dans les deux creux poplités. — Guérison au bout d'un mois et demi,
Obs. IX.— Le malade, âgé de 20 ans, garçon marchand de vin, d'un tempérament lymphatique, d'une bonne santé antérieure et n'ayant jamais eu aucune maladie vénérienne ou autre, contracta un chancre infectant qui débuta vers les premiers jours de septembre 1869. Il entra dans mon service le 18 du même mois, salle 6, n<» 3. Le 10 octobre, apparition d'une syphilide à papules petites, acuminées, trôs-confluentes, surtout au front et à la figure, céphalalgie violente.
Je fis donner d'abord des pilules de potassium pendant la durée du chancre ; puis je fis faire des frictions mercurielle pour combattre la syphilide.
Au milieu de novembre (2«mois 1/2 du chancre), le malade fut pris, sans cause appréciable, d'accidents névro-myopathiques consistant :
1» En une douleur trùs-vive occupant le côté externe de Tolécrùne gauche, sans aucun gonflement, se propageant le long du nerf cubital et accompagnée d'une sensation d'engourdissement, d'une anesthésieet d'un abaissement notable de la température dans le doigt auriculaire.
2° En une impossibilité d'étendre complètement l'avantbras sur le bras.
3^ En douleurs siégeant dans le creux poplité, vers son angle inférieur, des deux côtéS; paroxystiques et assez fortes pour causer parfois de la claudication.
Ces accidents survenus^ en pleine poussée syphilitique sur la peau diminuèrent au bout d'un mois et demi de durée. Mais vers la fin de janvier 1870, l'anesthésie et l'abaissement de la température dans le doigt auriculaire gauche persistaient encore.
Ici encore l'affection bicipitale ne paraît avoir été qu'un phénomène accessoire. Le symptôme prédominant, c'était la névralgie du nerf cubital, à laquelle il faut rapporter
MAURIAC. i
Vanesthésie et V abaissement de température de l'auriculaire. Sans être aussi accusés qu'au bras gauche, des phénomènes névralgiformes de même nature se produisent aussi dans les extrémités inférieures.
Vous trouverez cette observation un peu courte; ce n'est en effet qu'une simple note. Mais je vais vous décrire avec plus de détails un cas complexe de myo-névropathie syphilitique, avec détermination matérielle sur une articulation.
Syphilis à forme névropathique. Dès le deuxième mois du chancrCt douleurs névralgiformes dans les extrémités, surtout dans le bras droit. — Arthropathie des gros orteils.
Au quatrième m^is, affection syphilitique du biceps gauche, légère, de peu de durée, accompagnée de douleurs et sans lésions du coude,
Syphilide papulo-crustacée discrète. — Intensité et persistance des phénomènes névropathiques douloureux. — Amaigrissement et perte dts forces.
Obs. X. — D... (Louis), âgé de 45 ans, chapelier, entré dans mon service le 5 janvier 1870, salle 8, n° 18, s'était toujours bien porté et n'avait eu d'autre maladie qu'une petite vérole confluente,à Fâge de 26 ans, dont sa figure est restée toute couturée. Je ne découvris dans ses antécédents aucune affection vénérienne, ni aucune maladie constitutionnelle héréditaire ou acquise.
Vers la fin de novembre 1869 , 10 jours après le dernier coït avec une femme qu'il voyait habituellement, il survint un chancre dans la rainure balano-préputiale. Quand il entra
dans mes salles, il avait des adénopathies spécifiques multiples, une roséole érythémateuse qui disparut assez yite sous rinfluence du traitement.
Le 20 ou le 25 janvier (2« mois du chancre), ce malade fut pris de douleurs vives dans le bras et dans Tépaole du côté droit, sans raideur dans les mouvements, et sans gonflement au niveau des articulations. Ces douleurs , plus intenses la nuit que le jour, empêchaient tout sommeil; elles consistaient en élancements qui irradiaient tout le long du bras, de Pavant-bras jusqu'au poignet ; elles étaient accompagnées d'une sensation de lourdeur et de brisement, sans crampes ni paralysie. Les mouvements calmaient ces phénomènes douloureux.
8 ou 10 jours après, il survint dans les deux jambes, principalement vers la partie moyenne des cuisses, et dans le mollet, des douleurs crampoïdes, surtout nocturnes et assez violentes pour empêcher la marche. Outre ces accidents, il se produisit de la tuméfaction au niveau des- gros orteils, sans rougeur et sans œdème, comme si le périoste ou les éléments fibreux eussent été seuls intéressés. (Pas de goutte dans la famille.) Les douleurs musculaires et articulaires persistèrent avec beaucoup de violence pendant 8 ou 10 jours.
Il y eut du mieux vers le milieu de février; mais à la fin du mois, les douleurs revinrent dans les bras et dans les jambes, sous forme d'élancements nocturnes, et il se produisit, sur la peau, une poussée discrète de papules plates caractéristiques. *
Le 3 mais (4® mois révolu de la syphilis), je constatai l'état suivant: sommeil agité, ou insomnie. C'est vers 10 heures du soir que commencent les douleurs et l'engourdissement des bras et des jambes ; ils durent presque toute la nuit.
Il existe du côté gauche l'affection syphilitique du biceps, caractérisée par l'impossibilité d'étendre complètement l'avant-bras sur le bras, sans provoquer une très-vive douleur, il n'y a du reste aucune lésion du coude.
Le gros orteil droit est le siège d'une tuméractioD notable et douloureuse, avec gonflement des tôtes osseuses, mais sans empâtement périphérique. Syptiiiide papuleuse discrète.
Cette situation se prolongea plusieurs jours, malgré le traitement spécifique. Après des alternatives variables , les douleurs étaient encore très-vives dans tout le membre supérieur droit, le 5 avril (5® mois de la syphilis). Elles partaient de la pointe de l'omoplate, du creux de Taisselle et de la partie antérieure de l'épaule, et se propageaient le long du bras et de Tavant-bras, en avant et en arrière, jusqu'à l'extrémité des doigts en s'accompagnant là d'une sensation de pesanteur, d'engourdissement presque continuelle. Pas de points douloureux à la pression, pas d'anesthésie cutanée. Affaiblissement de la force musculaire.
Vers celte époque, quelques-unes des papules plates étaient devenues croûteuses, il existait de l'agitation nocturne, de l'insomnie; et, comme le malade éprouvait en même temps de l'obnubilation, des étourdissements, de la tendance à la lipothymie, des vomissements, je craignais qu'il ne se fît une détermination syphilitique du côté de l'encéphale; heureusement qu'il n'en fût rien. L'attaque névropathique se borna à cette névralgie brachiale droite, qui ne présentait pas d'exacerbations nocturnes bien franches, ni une localisation précise sur telle ou telle branche nerveuse, mais qui n'en était pas moins assez violente pour troubler la santé géuérale et provoquer des phénomènes sympathiques éloignés.
Remarquez la forme et la ténacité de ces accidents syphilitiques. Ils se traduisent principalement par des phénomènes douloureux contre lesquels échouent toutes les
tentatives de médication spécifique ou autre. Ils se calment un moment; mais c'est pour revenir bientôt. Ainsi, vers le milieu du mois de mai (6^ mois 1/2 de la syphilis), les douleurs se reproduisirent dans les deux bras, avec irradiations dans les avant-bras et dans les doigts^ principalement cette fois dans l'annulaire et dans Tauriculaire de la main gauche, et autour de l'articulation du coude qui resta toujours intacte. Maigreur très-considérable allant presque jusqu'à l'atrophie musculaire ; syphilide crustacée en voie de guérison.
En juin, la santé de ce malade s'améliora un peu, et il sortit de mon service.
Ce cas, messieurs, est un bel exemple de cette forme de la syphilis qu'on pourrait appeler névr apathique . Elle est assez rare chez l'homme, tandis qu'on la rencontre fréquemment chez la femme. Notre malade ne paraissait y être prédisposé par aucune maladie constitutionnelle antérieure à rintoxication syphilitique. C'est donc celle dernière qu'il faut seule accuser ; mais il est à croire aussi qu'elle trouvait là un terrain propice et que le même virus, introduit dans un autre organisme, aurait manifesté ses effets d'une façon différente.
Quoi qu'il en soit des causes d'un pareil état, sachez qu'il se caractérise habituellement par les phénomènes suivants :
1** Par des douleurs vagues, par un endolorissement général des membres ou par des irradiations qui se propagent le long des principaux nerfs jusqu'aux extrémités dés doigts ou des orteils. En général, ces douleurs sont spontanées, mobiles, paroxystiques, ce qui les distingue des douleurs ostéocopes profondes qui ont un caractère beaucoup moins névralgique. Elles affectent quelquefois la forme de crampes, quoique la contractilité musculaire ne soit pas
atteinte; ou bien celle de brisement, de courbature dans les grandes masses musculaires, avec quelques douleurs pongitives plus ou moins répétées et disséminées çà et à, qui tranchent par leur acuité sur le fond de cette souffrance sourde et continue. Dans la tête, les douleurs sont peut-être plus franchement névralgiformes que dans les bras et surtout que dans les extrémités inférieures. En classant toutes ces algies d'après leur ordre de fréquence et d'intensité, on trouve dans la forme névropathique de la syphilis : les névralgies fronto- cervicales, les névralgies cubitales, et puis les névralgies axillaireset intercostales;
2° Par un amaigrissement qui porte sur toutes les parties du corps, mais en particulier sur le système musculaire oii'il s'élève jusqu'à l'émaciation et à l'atrophie. Cet amaigrissement se produit malgré l'intégrité apparente des principales fonctions organiques ;
3® Par quelques phénomènes arthropathiques qui ne sont pas constants et n'entraînent que peu de changements dans les parties molles ou dans les parties des artir culations;
4® Par des troubles nerveux de la circulation tels que palpitations, spasmes respiratoires, oppression, tendance aux lipothymies, etc.;
5® Quelquefois par des périostoses disséminées sur le péricrâne, sur le sternum, les côtes, ou sur divers autres points du système osseux.
Je ne vous donne là qu'une esquisse de cette forme fort intéressante de la syphilis. C'est en définitive autour des douleurs névralgiformes multiples que se groupent tous les autres accidents; la souffrance du système nerveux périphérique dans ses filets sensitifs, rarement dans ses filets moteurs, en constitue l'élément essentiel.
Dans l'observation précédente, Taffection syphilitique da biceps est tout à fait accessoire. Elle a été légère et de courte durée. Sa coïncidence avec les algies brachiales qui tourmentèrent ce malade pendant plusieurs mois ne doit pas être prise pour un rapport de cause à effet, car ces algies avaient existé longtemps avant Taffection bicipitale et ont persisté après sa disparition. Et puisque s'est-elle pas développée dans le bras gauche qui a toujours été moins douloureux que le droit ?
Dans le cas suivant, la syphilis a évolué en toute liberté et sans être influencée par aucun traitement.L'affection du biceps est survenue vers le quatrième mois; elle a été précédée et accompagnée de douleurs rhumatismales et névralgiques nombreuses, dont quelques-unes, celle de la tête, avaient pour point de départ une périostose épicrânienne.
Syphilis à forme névropathique , évoluant pendant 8 moiSy sans être soumise à aucun traitement. — Céphalée névralgiforme ayant pour centre d'irradiation une tumeur fronto-pariétale gauche survenue au troisième mois de la syphilis. — Accidents douloureux myalgiques et rhumatismaux. — Affection syphilitique du biceps , au cinquième mois de la maladie.
Obs. XI. —M. F.., cocher, âgé d'une vingtaine d'années, d une bonne santé habituelle , et n'ayant jamais eu aucune maladie vénérienne ou autre, entra dans mon service à rhôpital du Midi, pour des chancres infectants suivis au bout de 3 mois d'accidents constitutionnels insolites: douleurs de tête très- violentes, la nuit principalement, occu-
pant tout le cràDe, paroxystiques et plus iolenses à gauche qu'à droite ; au-dessus de Fœil gauche, bosse surveQue sans cause extérieure, à base plus large qu'une pièce de cinq francs en argent, sans adhérences à la peau qui était intacte à son niveau, peu sensible à la pression, non fluctuante, point de départ des irradiations né.vralgiques temporo-pariétales.
Cette tumeur dura 10 à IS jours environ et disparut spontanément. La céphalée névralgiforme persista pendant 1 mois. Ce fait de périostose survenant à une époque si rapprochée de l'accident primitif a été rapporté et commenté dans mon mémoire sur les Affections syphilitiques précoces du système osseux^ p. 16-18. Cette manifestation n'est pas la plus importante à notre point de vue actuel. Je vous prie de remarquer surtout les suivantes :
Vers la même époque, cet homme fut pris de crampes
occupant la partie antérieure de la poitrine, au niveau des attaches costales du grand pectoral. Elles étaient si douloureuses qu'elles empêchaient de rapprocher les bras du tronc et leur enlevaient toute force, si bien, disait le malade, qu'il lui eût été impossible de casser un œuf en joignant les deux mains. Il existait en outre un sentiment habituel d'oppression, s'élevant jusqu'à Torthopuée pendant la nuit.
Quelques temps après, les deux épaules furent prises de douleurs qui envahirent tous les muscles de Tomoplate. Elles étaient exaspérées par les mouvements et plus prononcées lejourquela nuit; elles durèrent 1 S jours environ. L'articulation était intacte.
Au commencement de juin (S® mois de la syphilis), une douleur vive se produisit dans le bras gauche, des deux côtés de Tolécrane, en arrière et en avant, sur le côté externe du tendon du biceps, au niveau du pli du coude, exaspérée par les mouvements et accompagnée
d*uae seûsatioQ de pesanteur dans les bras. L'extension complète de Tavant-bras sur le bras était impossible, bien qu'il n'existât aucun changement matériel dans Tarliculation du coude, si ce n'est la tension du tendon du muscle biceps. Dans le pli du coude à droite il y avait également aussi un peu de douleur, mais sans affection bicipitale.
Aux extrémités inférieures il y eut aussi des phénomènes douloureux dans la partie interne et antérieure des deux cuisses, dans les jarrets et au pourtour de l'articulation du genou qui était exempte de toute inflammation ainsi que les gaines tendineuses qui la côtoient.
Lorsque ce malade entra dans mon service, il avait une éruption papuleuse extrêmement confluente qui datait de 2 mois. Il éprouvait encore des douleurs intolérables dans plusieurs des points précédemment indiqués. Quoiqu'il eût beaucoup souffert, sa santé générale n'avait pas été très-altérée, ce qui permit d'instituer un traitement mixte énergique qui le guérit à peu près de tous ces accidents au bout de 2 mois. Il sortit à la fm d'août. Son chancre avait débuté en février.
Cette première phase de la vérole, abandonnée à sa marche naturelle, avait donc été caractérisée, comme chez le malade précédent, par une détermination spéciale sur le système musculaire et sur le système fibreux. Il y avait eu, tour à tour ou simultanément, des douleurs dans les muscles de la poitrine et des extrémités, surtout des supérieures, douleurs qui avaient toujours présenté le type myalgique, plutôt que le type névralgique. L'affection syphilitique du biceps s'était produite dans sa forme ordinaire du côté gauche, et n'avait eu là aussi qu'un rôle pour ainsi dire épisodique. Enfin le péricrâne s*était tuméfié dans la région frontale, sous forme d'une large périostose d'où s'élançaient dans diverses directions du crâne, des
ilouleurs névralgiformes. Contrairement à ce qui avait eu lieu^ dans le cas précédent, cette syphilis, malgré sa forme névropathique, n'avait pas déterminé un amaigrissement considérable. Mais il est rare, je vous le répète, que l'organisme ne soit pas touché d'une manière très-sensible par cet ensemble d'accidents douloureux.
Tels sont, messieurs, les principaux cas d*affection syphilitique du biceps que j'ai pu recueillir. Ils ne sont pas nombreux dans la science, sans doute parce qu'on ne s'est pas donné la peine d'en prendre note. J'en ai trouvé trois, très-sommairemenl exposés dans la Gazette des hôpitaux de 1842, p. 98. Ils sont dus à M. Ricord. En voici le résumé :
1. A la troisième année d'une syphilis traitée par le mercure, les muscles fléchisseurs de l'avant-bras droit perdirent leur élasticité, et furent pris de douleurs nocturnes comparables aux douleurs ostéocopes. — Avantbras coudé à angle droit sur le bras. Les tissus de la région affectée offraient une dureté et une raideur trèsremarquables ; mais ils ne paraissaient point altérés. — Hyperostose du tibia gauche. Guérison au bout de 20 jours avec Tiodure de potassium, à la dose de 3 grammes par jour.
2. Chez un second malade, la rétraction musculaire se montra à la suite de chancres indurés au gland, qui avaient persisté longtemps, malgré le traitement hydrargyrique. — Elle constitua le seul symptôme syphilitique en tout
semblable au précédent et guérit au bout de 15 jours de traitement par l'iodure de potassium.
3. Syphilis avec une première poussée d'accidents secondaires traités par le mercure. Un an après, tubercules ulcérés de la gorge, et presque en même temps la rétraction musculaire se manifesta dans les fléchisseurs de l'avant-bras; elle présenta absolument les mêmes caractères et suivit la même marche que dans les deux cas précédents. Guérison au bout de 6 semaines par l'iodure de potassium.
Dans un quatrième cas la rétraction musculaire des fléchisseurs de l'avant-bras n'eut lieu qu'au bout de 10 ans et fut guérie en 5 semaines par l'iodure de potassium.
Une des observations les plus intéressantes et les plus complètes de l'affection syphilitique du biceps est celle qui a été publiée par M. le D' Notta, dans le Moniteur des hôpitaux de 1883, p. 17o. En voici le résumé.
4. Chez une femme âgée de 26 ans, à une époque rapprochée de l'accident primitif, au déclin d'une première poussée de manifestations syphilitiques du côté de la peau et des muqueuses (croûtes dans les cheveux, syphilide érythémateuse, tubercules plats de la langue, des joues et des parties génitales), apparition de douleurs nocturnes dans les membres, sur le trajet des os et dans les articulations.
Dans les deux jarrets, empâtement, tuméfaction prononcée du tissu cellulaire sous-cutan^'. Épanchement dans l'articulation gauche radio-carpienne. Sur le cubitus droit, deux tumeurs du volume d'une noisette, dures, douloureuses à la pression, sans changement de couleur à la peau.
Extension complète de Tavant-bras droit empêchée par le raccourcissement du biceps, dont le tendon fait saillie sous les téguments. L'avant-bras forme alors avec le bras un angle de 70° environ. L'articulation du coude est saine et ne renferme pas de liquide. Le muscle biceps est souple, bien contractile. Extension forcée douloureuse. Tendon du biceps également douloureux à la pression, mais ne présentant aucune altération.
Depuis quelques jours l'extension des doigts ne se fait pas aussi bien qu'auparavant. Pour la main gauche, le fait est peu marqué, un peu plus cependant pour le médius et l'annulaire que pour les autres doigts. Pour la main droite, cette lésion est très-sensible à l'annulaire et au médius ; et les phalanges de ces doigts, au lieu de former une ligne droite, lorsqu'elles sont à l'extension, forment une courbe prononcée. On ne peut vaincre la résistance qui s'oppose à l'extension.
Les muscles fléchisseurs des doigts ne sont pas douloureux à la pression ; ils sont souples. On ne détermine de douleur à la pression que sur la face antérieure et les parties latérales de la deuxième phalange des doigts annulaire et médius de chaque main. Les mains ne présentent ni rougeur, ni tuméfaction. Aucun changement matériel dans les parties atteintes.
Traitement mixte. Guérison de la rétraction et des autres troubles musculaires. Quelques mois après, iritis syphilitique.
Le côté le plus remarquable de cette observation, c'est évidemment l'obstacle à l'extension des doigts survenu des .deux côtés, surtout à droite. Il n'est pas douteux que la cause qui avait déterminé la flexion forcée de l'avant-bras droit sur le bras, sortant de ses limites ordinaires, avait aussi envahi les muscles extenseurs des doigls, sans lais-
ser ni dans leur partie charnue ni dans leurs tendons fiucune trace matérielle de son action.
Pour terminer Texposé clinique qu'il importe de faire aussi complet que possible, dans ce sujet obscur, je vais vous résumer les observations qui servent de base au mémoire de M. Notta.
5. Femme de 23 ans. Jamais de rhumatismes. Bonne santé antérieure. Accident primitif inaperçu. Syphilide superficielle sèche, alopécie; douleurs dans les membres et en particulier au pli des deux coudes. Au 7® mois environ de ces accidents, fièvre typhoïde, pendant Ja convalescence de laquelle la malade s'aperçut pour la première fois qu elle ne pouvait plus étendre le bras droit. Augmentation progressive de la maladie. Aucun traitement antisyphilitique.
Amaigrissement, cachexie, psoriasis. Douleurs nocturnes sur le trajet des os des membres. Douleurs dans les genoux et les pieds ; pas d'exostose. La malade est droitière L*avant-bras droit ne peut être étendu sur le bras que suivant un angle obtus de 13S°. Douleur aux idiertions radiale et coracoïdierne dans l'extension forcée, et par la pression, sans aucune lésion appréciable du muscle ni de ses tendons. Le long supinateur est un peu rétracté ; il est légèrement douloureux en un seul point, à son insertion humérale. Traitement spécifique ; guérison au bout d'un mois. Récidive immédiate, guérison rapide. Il y a toujours eu une douleur vive à la pression et dans l'extension forcée, au niveau de l'insertion radiale.
6. Femme de 22 ans. Accident primitif inaperçu. Petite tumeur à la partie inférieure du triceps brachial gauche
survenue sans manifestations antérieures appréciables et accompagnée de douleurs vagues dans le bras. Au bout de 18 mois, la tumeur avait doublé de volume et Tavant-bras gauche s'était fléchi peu à peu sur le bras. Traitement pendant plusieurs mois avec du mercure et de Tiodure de potassium. Amélioration, mais pas guérison complète ; persistance de la tumeur, extension complète impossible.
Près de deux ans après le début de cette affection, le bras gauche offrait à sa partie postéro -inférieure une tuméfaction qui paraissait avoir son siège dans le triceps et présentait tous les caractères d'une tumeur gommeuse, sans changement de couleur à la peau et avec douleurs sourdes vespérales. lîlpanchement dans rarliculation du coude.
Symptômes ordinaires de l'affection syphilitique du biceps avec douleur au niveau de l'insertion radiale par la pression et l'extension forcée.
Résorption du liquide, persistance des symptômes de l'affection du biceps, puis guérison au bout de 2 mois obtenue par Tiodure de potassium.
7. Homme de 23 ans, d'une bonne santé habituelle. An* lécédents vénériens obscurs. Deux ans avant l'affection du biceps, balano-posthite ; 8 mois avant, bleunorrhagie de 2 mois de. durée, puis syphilide ulcéreuse superficielle ayant laissé des cicatrices caractéristiques.
C'est trois mois après la guérison de cette éruption que débuta l'affection syphilitique du biceps gauche (le malade était gaucher), qui se développa lentement et présenta ses symptômes habituels. Un peu en avant et au-dessous de répitrochlée existait une tumeur assez régulière, ayant rétendue d'une pièce de cinq francs à sa base, molle, fluctuante sans changement de couleur à la peau, indolente, contenant du pus séreux. Guérison au bout de quelques semaines «