‹ Leçons sur les myopathies syphilitiquesChapitre 6 sur 19 · SECTION I · texte numérisé non relu

SECTION I

Causes constitutionnelles de la myopathie syphilitique du biceps : on ne Tobserve que dans la syphilis. — Absence de causes occasionnelles.

Périodes de la syphilis pendant lesquelles elle se manifeste : elle est habituellement précoce.

Ses rapports avec l'intensité et avec la forme de la syphilis. — Forme myo-7iévropathique.

Ses coïncidences syphilitiques. Elle n^est pas une émanation de la syphilose des centres, mais un des modes de la syphilose nerveuse périphérique.

Circonstances physiologiques qui favorisent la myopathie bicipitale. — Prédominance de cette variété de myopathie

dans les muscles fléchisseurs; mais les extenseurs en sont aussi atteints.

L'affection du biceps telle que je viens de vous la montrer et de vous la décrire ne se rencontre dans aucune autre maladie générale que la syphilis. Je ne l'ai jamais observée ni dans la scrofule, ni dans les dartres, ni dans Tarthritisme. Rien d'étonnant qu'il en soit ainsi pour les deux premières; mais le rhumatisme et la goutte, qui attaquent avec une prédilection si marquée le tissu musculaire et le tissu fibreux, pourraient en offrir des exemples. Il n'en est rien cependant; la syphilis est la seule cause constitutionnelle de cette affection; et Bile Test si exclusivement, que la seule constatation du phénomène morbide implique le diagnostic, même en l'absence de tout antécédent ou de toute circonstance pathologique de môme nature.

Sur ce point-là, Tétiologie est évidente et péremptoire, mais elle resterait incomplète si on ne pénétrait pas plus loin dans la recherche des causes secondaires et accessoires. Quoique d'un ordre moins élevé, elles ne doivent jamais être négligées, car lorsqu'on arrive à les découvrir, à pénétrer leur influence respective, la portée, la succession et l'enchaînement de leurs effets, on est bien près de connaître les conditions pathogéniques qui révèlent ce qu'il y a de plus spécial et de plus intime dans tout état morbide.

Malheureusement, messieurs, la nécessité de rechercher ces causes, si pénétré qu'on en soit, n'entraîne pas comme corollaire leur découverte. Aussi j'ai le regret de vous dire qu'en dehors de Torigine constitutionnelle de l'affection, je ne suis parvenu à déterminer d'une manière précise aucune circonstance étiologique de quelque valeur.

L*affection syphilitique du biceps peut se manifester à toutes les périodes de la syphilis. Néanmoins, elle me paraît appartenir plutôt à la période secondaire qu'à la période tertiaire, quoiqu'on Tait rencontrée quelquefois en même temps que les gommes ou les affections tardives du système osseux. Sur les 11 cas que je vous ai décrits, dans 8 j'ai pu déterminer la date de la myopathie bicipitale. Eh bien , dans ces 8 cas, le biceps est devenu malade au 7% au 3% au 9*, au 15®, au 6*, au 4®, au 12*, au 2* mois de la syphilis, en comptant à partir du début de l'accident primitif. La date moyenne, en s'en tenant à ces huit faits, serait donc 6 ou 7 mois. Mettons 10 mois, un an, si vous le voulez : l'affection bicipitale restera toujours classée par sa chronologie dans la catégorie des accidents précoces de la syphilis. Cette manière de voir s'éloigne de celle qui est généralement adoptée. Chaque fois que le système musculaire est louché, on croit que la syphilis est arrivée à sa période tertiaire. Je me suis élevé souvent contre cette division arbitraire des accidents en secondaires et tertiaires. Un accident peut être secondaire par sa date et tertiaire par sa nature, et réciproquement. Où est la limite?... M. Ricord se faisait une très-fausse idée de l'affection bicipitale : il la confondait avec les rétractions mus* culaires consécutives aux gommes ou aux rayosites diffuses ; aussi était-il tout naturel qu*il la considérât comme un phénomène de l'ordre tertiaire. M.* Notta, le seul qui l'ait bien étudiée et comprise, est arrivé à peu près aux mêmes conclusions : <3i Les accidents ^ dit-il, qui existaient en même temps que la rétraction étaient, dans 3 cas, des accidents tertiaires ; dans 1 cas, des accidents secondaires à

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leur période de déclin, compliqués d'accidents tertiaires; enfin dans 2 autres cas des accidents secondîiires. De l'analyse que nous venons de faire, on peut conclure que la rétraction que nou^ avons en vue est une manifestation de 2a syphilis qui apparaît à une époque assez avancée de cette maladie, et qui appartient à la classe des accidents tertiaires. Cependant, comme dans quelques cas elle paraît appartenir à la classe des accidents de transiticm, je la rangerai volontiers à côté du testicule syphilitique, qui, comme on le sait, peut apparaître trèsr4;ardivement^ et d*autres fois se manifester pendant le cours des accidents secondaires (1 ). »

Malgré le grand cas que je fais de l'opinion d*un observateur aussi habile que M. Notta, je persiste à penser que l'affection bicipitale se rencontre plus fréquemment dans les premières que dans les dernières phases de la syphilis.

L'intensité de la maladie constitutionnelle ne semble avoir qu'une influence médiocre sur son apparition. Sans doute on Ta vue coïncider avec des syphilides ulcéreuses, comme dans ma première observation, ou même avec des lésions plus profondes, par exemple avec des gommes et des périostoses, etc.; mais plus souvent encore elle survient dans le cours régulier d'une syphilis légère ou d'une syphilis de moyenne intensité. Dans mes 9 observations, la syphilis était ulcéreuse et grave 1 fois; légère et très-ordinaire, 5 fois; moyenne, comme force, 3 fois.

La forme ne la syphilis joue un rôle étiologique plus con-

(1) Mémoire sur la rétraction musculaire syphilitique* Archives de médecine de 1850, décembre, y. 424.

sidérable que son intensité. Parmi les coïncidences pathologiques de l'affection bicipitale, je vous ai montré, en effet, que les plus communes étaient incontestablement les algies variées qui se promènent dans diverses parties du corps, mais qui s'emparent, avec une préférence marquée, des nerfs, des tissus fibreux et des masses musculaires. Je vous ai même donné un aperçu de cette forme de la syphilis que j'appelle névropathique, à cause de la multiplicité des déterminations qui se font sur le système nerveux périphérique. On pourrait peût-ôtre la caractériser plus exactement encore par l'épithète composée de rhyo-névr apathique y otr le système musculaire parait aussi atteint que les nerfs. Ajoutons que cette forme se complique quelquefois d'un autre élément morbide qui a toutes les apparences d'une manifestation rhumatismale ou goutteuse, puisque ce sont les articulations qui deviennent le siège de la détermination. Et pourtant, chez' les malades qui m'ont fourni le type le plus complet do la forme myo-névropathiquede la syphiliS; avec cette teinte plus ou moins accusée d'arthritisme, je n'ai presque jamais découvert d'antécédents de rhumatisme, soit chez l'individu lui-méme> soit dans sa famille. Mais la syphilis est bien capable de remuer assez profondément l'organisme pour faire sortir de son sein et germer les semences d'un vice constitutionnel qui, sans son intervention, n'aurait jamais atteint le degré de vie nécessaire à la spontanéité morbide.

Quant aux autres coïncidences pathologiques, je n'en vois aucune avec laquelle l'affeclion syphilitique du biceps ait quelque affinité particulière. Je l'ai rencontrée dans les formes sèches plutôt que dans les formes ulcéreuses des syphilides. Une seule fois j'ai noté la coexistence d'une

périostose précoce du front. Jamais je ne Tai observée dans la syphilis viscérale. J'ai recueilli et publié un grand nombre d'affections syphilitiques du système nerveux central, survenues pendant les premières phases de la maladie constitutionnelle, c'est-à-dire à l'époque la plus opportune, selon m#i, pour l'affection bicipitale. Eh bien, je ne l'ai notée dans aucun cas. C'est là une circonstance digne d'être remarquée. N'indique-t-elle pas, en effet, l'absence de toute intervention des centres nerveux dans la pathogéniê de cet état morbide? Je reviendrai sur ce point; mais d!avance, soyez assurés que ni le cerveau, ni la moelle n'en sont responsables. La lésion et le trouble fonctionnel ont leur siège et leur point de départ dans les fibres musculaires ou dans les filets nerveux qui les animent, peut-être dans tous les deux ; mais toujours est-il que l'influence syphilitique s'exerce, en pareil cas, sur la périphérie des nerfs et sur certains groupes de muscles, et qu'elle ne provient point des centres. Elle n'y aboutit pas non plus; je me crois autorisé à le dire, n'ayant pas encore vu d'encéphalopathie ou de myélopathie survenir chez les individus atteints de Taffection bicipitale et ne l'ayant pas trouvée non plus parmi les antécédents de la syphilose cérébrospinale.

Je serais fort empêché de vous parler des causes occasionnelles ; il m'a été impossible, malgré mes recherches, d'en découvrir chez mes malades une seule dont on dût tenir compte. Je ne vous dirai rien non plus de l'âge, du sexe , du tempérament , des causes hygiéniques et de toutes les autres conditions étiologiques communes. Je ne crois pas qu'elles prennent une part bien active au développement de Taffection bicipitale.

Je n*en dirai pas autant des circonstances physiologiques. C'est un point qui a été étudié avec beaucoup de perspica-> cité par M. le D^Notta, et il y avait d'autant plus de mérite. ài le faire que personne ne s*en était occupé avant lui. c D'après les faits observés jusqu'à ce jour^ écrivait ce médecin en 1850, on peut dire que ce sont toujours les fléchisseurs qui sont atteints de rétraction syphilitique. Est-ce parce qu'ils déploient une énergie de contraction plus fréquemment répétée et bien supérieure à celle des extenseurs, ou bien est-ce parce que l'antagonisme des extenseurs n'est pas assez puissant pour s'opposer à leur raccourcissement? Enfin, si les extenseurs n'en sont jamais atteints, car je n'en ai pas rencontré une seule observation bien probante, esl-ce parce qu'ils sont dans des conditions diamétralement opposées à celles que nous venons d'indiquer pour les fléchisseurs ? Quoi qu'il en soit, on est en droit de penser qu'il y a là, pour ces derniers, une cause prédisposante de rétraction.

a Dans tous les casque nous avons observés^ la maladie ayant son siège à un des membres thoraciques, nous avons dû nous demander si l'usage plus fréquemment répété de ce membre avait pu favoriser le développement de l'affection. Sur cinq de nos malades qui étaient droitiers, la rétraction existait 3 fois au bras droit, S fois au bras gauche ; un seul était gaucher, et elle s'était développée au bras gauche : ainsi, sur 6 malades, 4 fois la maladie a envahi les muscles du membre qui agissait le plus souvent. Ce résultat tendrait à nous faire croire que la contraction fréquemment répétée d'un muscle peut être une cause prédisposante de la rétraction syphilitique ; cependant nous ferons nos réserves en attendant que de nouveaux faits viennent juger définitivement celte question (i). »

(1) Nolta, /oc. cit., p. 422.

Je confessa que j'ai eu ie tort de ne pas m'informer si mes malades étaieni droitiers ou gauchers. Hais l'affectioa t'est montrée avee une prédominance marquée du côté gauche : 6 fois sur 9 cas. Dans les 3 autres , elle siégeait à droite ou des deux côtés. Je suis donc forcé de m'abstenir à ce sujet de toute conclusion. Quant à la prédilection do cet état morbide pour les fléchisseurs , elle est înconitestable. Il ne faudrait pas croire pourtant que les extenr seups ne soient jamais atteints. J'ai eu soin de vous faire remarquer, dans plusieurs de mes observations, que le triceps brachial en particulier souffrait de la même façon que le biceps et présentait les mêmes phénomènes que Taffec-^ Uon foicipitale, mais en sens inverse ; c'est-à-dire qu'il met- ' tait un obstacle à la flexion complète qui, à un certain degré, était entravée, douloureuse et même impossible. Quelle que soitJ'interprétation qu'on tente pour expliquer ces bizarreries, il faut reconnaître qu'il n'est pas possible, pour le moment, de résoudre ce problème d'une manière s^tisfmsante.

Ce qu'on peut affirmer, c'est que le biceps brachial est \p véritable lieu d'élection du phénomène. Tous les auteurs sont d'accord sur ce point. Alors même que les autres muscles sont touchés, c'est toujours dans une proportion et à un degré incomparablement plus faibles que le biceps. f Chez nos 6 malades, dit M. Notta, la rétraction avait son siège 2 fois dans le biceps brachial seul, 2 fois dans le biceps brachial et le long supinateur, 1 fois dans le biceps brachial et dans les muscles postérieurs de \^ cuisse, enfin , 1 fois dans les 0éc|iiss6urs des doigts (1). »

(1) Loe. cit., p. 421.

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