‹ Leçons sur les phénomènes physiques de la vieChapitre 27 sur 43 · DIX-NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-NEUVIÈME LEÇON

Messieurs ,

Je ne reviendrai pas sur le rôle important que l’élasticité des parois vasculaires joue dans le grand phénomène de la circulation. Que le sang traverse les artères, les veines ou le réseau capillaire, toujours il est mu par l'impulsion que lui impriment les contractions du cœur. Quoi de plus admirable que cet appareil hydro-dynamique , qui préside à la nutrition de nos organes. Si le système circulatoire était disposé comme le veulent certains physiologistes , au lieu d être une merveille en mécanique, ce serait une véritable absurdité. Or, vous le savez , ce n’est pas dans le jeu de l’organisme , mais bien dans les interprétations que l’esprit humain enfante, qu’on peut rencontrer des conceptions stupides et erronées.

Ce qui prouve encore l’influence du cœur dans le cours du sang dans les vaisseaux, c’est la manière dont ce fluide circule au sein de quelques parenchymes. Voyez ce qui se passe pour le tissu osseux. Les artères, après s’ètre divisées et subdivisées dans son épaisseur, ne viennent pas directement s’aboucher dans les veines, mais le sang

qu’elles apportent est reçu dans des petits canaux inflexibles , creusés dans les aréoles même de l’os. C’est à peine si l’on peut suivre dans l’intérieur de ces petits canaux les rudiments d’une pellicule membraneuse. Quelle autre puissance que la contraction ventriculaire est capable de faire mouvoir le sang dans ces tuyaux à parois inflexibles? Aussi remarquez que quand on vient à intéresser un os dans le point où ce liquide est contenu dans un canal , on observe un jet saccadé, non - continu. En effet, comment ce jet pourrait-il être continu , puisque vous n’avez pas là les conditions d’élasticité indispensables pour réagir sur le sang lancé par une cause intermittente ?

Il existe plusieurs organes dans l’économie, dont le parenchyme n’est point parcouru par des tuyaux vasculaires , mais qui offrent de nombreuses cellules, où le sang vient s’épancher. Telle est la texture de la rate. Si vous incisez son tissu sur l'animal vivant , vous voyez le sang s’écouler en nappe et ne point former de jet ; vous voyez aussi sous l’influence du cœur, des efforts, l’organe se dilater et se resserrer alternativement. Il est évident que dans ce cas ce n’est que par l’élasticité dont est doué son parenchyme, qu’on peut expliquer ces phénomènes d’expansion et de contraction, de même que les tuniques artérielles, distendues par le sang , reviennent sans cesse sur ellesmêmes. Il existe une disposition anatomique assez curieuse dans la disposition des vaisseaux que reçoit la rate, relativement à la manière dont ils se

- comportent. Ainsi , line injection poussée par les artères revient facilement par les veines , tandis que poussée par les veines , elle ne pénètre pas dans les artères. A quoi tient cette différence? Le voici. Le tissu de la rate est spécialement constitué par des cellules , sorte de petits réservoirs où le sang est versé par les artères. Mais celles-ci ne viennent s ouvrir dans ces cellules que par un petit pertuis très délié, après avoir parcouru un trajet oblique, à la manière des urètres , qui rampent dans les parois de la vessie, avant de s’aboucher dans 1 organe. Et de même que l’urine ne peut refluer dans 1 urètre , dont l’orifice forme soupape ; de même le liquide injecté ne peut pénétrer dans ces pertuis artériels. Les veines, au contraire, communiquent très largement avec les cellules de la rate, d où la facilité avec laquelle vous faites parvenir dans ces vaisseaux l’injection que vous poussez par l’artère.

Il paraîtrait aussi que pour le cerveau il y a une partie dans cet organe , où le sang marche , non plus dans des vaisseaux, mais bien dans des canaux creuses au sein de la pulpe nerveuse. Ainsi on ne peut suivre à une certaine profondeur les prolongements de la pie mère, et il semble que, comme le tissu osseux, le sang n’est plus ici contenu dans des parois vasculaires. On conçoit très bien d ailleurs , que l’élasticité du cerveau soit assez prononcée pour pouvoir, étant mise enjeu, suffire au cours régulier du sang.

Maintenant que nous connaissons le rôle immense que joue lclasticité dans la circulation, il

nous reste à jeter un rapide coup-d’œil sur une question de la plus haute importance. Les artères, avons-nous dit , sont de véritables tuyaux ; aussi du moment que vous lésez leurs parois, le sang s’échappe par l’ouverture, C’est à ce dernier phénomène qu’on a donné le nom d’hémorrhagie , et comme les moyens qu’on a proposés pour suspendre cet écoulement de sang , intéressent à la fois et le physiologiste, et le médecin , nous allons consacrer quelques instants à leur étude et leur appréciation. Il est bien entendu que je n’envisagerai cette question que sous le point de vue purement physique; quant à ce qui concerne la formation ultérieure du caillot et l’oblitération du tuyau artériel; cela ne ressort point du sujetquinousoccupe.

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