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DES BRUITS NORMAUX DU COEUR

Le cœur dans son état normal, chez un sujet qui jouit de la santé la plus parfaite, produit presque toujours des bruits ; je dis presque toujours, car vous verrez qu’il est des circonstances où ces bruits cessent d’être appréciables. C’est surtout depuis les travaux de Laënnec , que leur étude a fixé l’attention des médecins. Toutefois les mots de battements de cœur, d e palpitation , si usités dans le monde, vous indiquent assez (pie depuis long-temps on sait que l’organe central de la circulation fait entendre des bruits , souvent recon-

naissables à l’oreille , placée à distance. Personne n’ignore qu’une émotion subite, des impressions morales vives, augmentent leur intensité. Voyez sur la scène ces acteurs qui portent sans cesse la main vers leur cœur pour exprimer la nature des sensations qu'ils éprouvent.

Laënnec, le premier, distingua dans chacune des pulsations du cœur, deux bruits successifs, mais distincts : arrêtons-nous un instant sur les caractères physiques de ces bruits. L'oreille appliquée médiatement ou immédiatement sur la poitrine perçoit une sorte de tic-tac , c’est-à-dire , deux sons brusques, courts, instantanés, ne se prolongeant pas. Or, telle est, vous vous le rappelez, la nature des bruits qui résultent du choc de deux corps solides. Ainsi donc nous constatons ce premier fait : que les deux bruits du cœur dépem dent d’un choc, puisque physiquement parlant, il est impossible de leur attribuer une autre origine.

Poursuivons. Je vous disais qu’il est certaines circonstances où ces bruits viennent à manquer. Ainsi, par exemple, si vous prenez un chien dont le thorax est spacieux , et que vous le couchiez sur le dos, vous n’entendez plus le tic-tac du cœur; quand , au contraire , vous- avez remis l’animal sur ses quatre pattes, les bruits sont manifestes. Qu’avez-vous fait dans ce cas? Vous avez éloigné des parois pectorales le cœur , qui , par son propre poids et la laxité de ses attaches membraneuses, s’est porté vers la colonne vertébrale. l)'où il faut conclure que les relations des organes ren-

fermés dans la poitrine , avec les parois de celte cavité, sont fort importantes pour le développement et la transmission des bruits du cœur.

Ce qui arrive sur des animaux dont le thorax a beaucoup d’étendue dans le diamètre sterno-vertébral, s’observe quelquefois chez l’homme, sous l’influence de causes morbides. Ainsi il m’est arrivé de rencontrer des individus dont les battemens du cœur avaient complètement disparu. Et cependant la circulation était libre , la respiration facile, tous les grands appareils fonctionnaient comme à l’état normal. Il faut donc qu’il y ait là une raison physique et mécanique qui s’oppose à la production de ces bruits. Si, en effet, tantôt ils existent, et tantôt n’existent pas, pourquoi cette différence ? La théorie va nous l’apprendre.

Voici maintenant comment je crois pouvoir me rendre raison de la production de ces sons cardiaques. Occupons-nous d’abord du premier bruit.

Premier bruit . Le cœur placé dans la cavité de la poitrine est maintenu dans une certaine position, au moyen du péricarde et des vaisseaux nombreux qu’il émet et qu’il reçoit. Chaque fois que ses ventricules se contractent, la pointe de l’organe vient, par une sorte de mouvement de bascule, heurter la paroi thoracique. C’est là un premier fait sur lequel tout le monde est d’accord. Tous les observateurs ont parlé de clioc du cœur à la hauteur du cartilage de la cinquième ou sixième côte. Ainsi donc voilà un organe très dur et très élastique , par suite de la contraction énergique de ses fibres, qui vient frapper contre la face interne des

parois pectorales. Or, ces parois sont-elles susceptibles d’entrer en vibration? Personne ne pourrait le nier. Il suffit de jeter un coup-d’œil sur les propriétés physiques des os et des cartilages , qui en constituent la charpente, pour s’assurer qu elles réunissent les conditions les plus favorables à la production du son.

N’est-ce pas d’ailleurs sur cette sonoréité des parois thoraciques qu’est basée toute la théorie de la percussion ? Quand votre doigt vient frapper la poitrine, vous obtenez un son ; de même quand lé cœur vient choquer cette même poitrine , vous devez également percevoir un son. Je ne vois aucune différence entre ces deux modes de percussion , par cela même je ne pourrais m’expliquer que les résultats fussent différents. Qu’importe , en effet , que ce soit la face interne ou externe de la paroi pectorale contre laquelle ce choc soit produit. Supposez une membrane tendue , et frappez-la pardessus ou par-dessous , le son que vous obtiendrez ne sera-t-il pas .toujours semblable à lui-même ? Ainsi , du moment qu’on admet que la pointe du cœur vient heurter le thorax, et aucun physiologiste n’a jamais nié ce phénomène, il faudra bien reconnaître qu’il doit nécessairement en résulter un bruit. Mais nous avons vu que les sons cardiaques sont doubles, qu’ils constituent un véritable tic-tac. Eh bien ! c’est au moment même où la pointe du cœur frappe la paroi thoracique que le premier bruit, le tic, se fait entendre. Nous verrons plus tard quelles explications on a proposées pour rendre compte de ce phénomène ; ce que je

veux seulement vous faire bien constater maintenant, c’est la coïncidence parfaite de ce premier bruit avec le choc de la pointe de l’organe.

Pourquoi, quand vous voulez ausculter, êtesvous obligé d'appliquer médiatement ou immédiatement l’oreille sur la région précordiale ? Parce que les vibrations produites par cette percussion du cœur contre le thorax , sont des vibrations solidiennes , non susceptibles d’être transmises par l’air. Or, remarquez que c’est au niveau de l’intervalle de la cinquième et de la sixième côte que ce premier bruit a son maximum d'intensité, c’està-dire, à l’endroit même où le choc s’effectue. Plus vous vous éloignez de ce point, plus le son décroit; puis il finit enfin par s’éteindre. \ous voyez donc qu’il suit les lois de la propagation du son : il s’affaiblit en se propageant.

Ces vibrations solidiennes, qui dans les circonstances ordinaires, sont inappréciables à distance , peuvent quelquefois passer à l’état de sons aériens. C’est surtout chez les sujets maigres, chez les jeunes femmes dont les côtes sont minces et les cartilages fort élastiques , qu’on peut constater ce phénomène. Vous connaissez tous ces battemens tumultueux du cœur, que l’on désigne sous le nom de palpitation. Il n’est pas rare , dans ces cas , de voir la paroi pectorale fortement soulevée à chaque contraction ventriculaire. Telle est même quelquefois l’énergie de ces chocs de l’organe contre la poitrine , que la couche du malade en est ébranlée, que les parois de l’appartement résonnent, et que les personnes placées à une assez grande dis-

lance, entendent parfaitement ces bruits cardiaques.

Vous n'avez qu’à entrer dans une des salles de nos hôpitaux, où se trouvent des phthisiques, pour constater ces faits au moment de l’exaspération de la fièvre hectique. Ainsi , à l’état sain comme à l’état pathologique, il suffit que l’intensité du choc du cœur contre la poitrine augmente, pour que des sons solidiens se transforment en vibrations aériennes.

N’allons pas plus loin aujourd’hui. Ce que je veux bien vous faire constater, c’est que le premier bruit est lié intimement avec le choc de la pointe du cœur sur la paroi pectorale. Je vais maintenant appuyer ces assertions sur quelques expériences. Nous n’allons pas prendre de mammifères, car ces animaux ne sont pas dans des conditions physiologiques favorables pour la démonstration de ces faits; car, à peine le thorax est ouvert que la respiration se trouble, les mouvements du cœur deviennent désordonnés, et la vie cesse immédiatement. Les oiseaux, au contraire, sont très propres à ce genre d’étude. Chez eux , en effet , l’air au lieu de rester emprisonné dans le poumon, comme chez les mammifères, ne fait, pour ainsi dire, que franchir ces organes pour aller dans de larges cellules abdominales et thoraciques qui lui servent de réservoir. Aussi on peut impunément ouvrir la poitrine d’un oiseau, il ne survient dans les grandes fonctions qu’un, trouble léger, et la vie peut encore se prolonger long-temps.

Nous allons faire nos expériences sur cette pie.

En appliquant la main et mieux l’oreille sur le thorax de cet animal , on distingue parfaitement le double tic-tac du cœur. Voyons maintenant ce que nous observerons quand le sternum aura été enlevé. Voilà le cœur mis à nu. Vous l’apercevez s’agitant dans la cavité pectorale, et à chaque contraction ventriculaire, sa pointe est énergiquement projetée en avant. J’ai beau maintenant ausculter, je n’entends plus les deux bruits ; on ne perçoit qu’un léger frôlement provenant des frottements que l’organe exerce contre les membranes avec lesquelles il est en contact. \ient-on à remettre le sternum en place, oh! alors , et plusieurs d’entre vous peuvent s’en assurer , le tic-tac réparait et devient de nouveau parfaitement appréciable à l’oreille.

Si je substitue un morceau de carton au sternum , le phénomène deviendra encore plus sensible. En effet, vous voyez que chaque fois que la cœur se contracte, sa pointe vient heurter le carton, le soulève avec force, et quand j’applique le stéthoscope je distingue un bruit parfaitement manifeste, moins clair il est vrai, que pour le sternum, parce que les conditions physiques ne sont pas aussi favorable pour la production de la vibration solidienne. Si vous exposez au choc de l’organe durant la systole des ventricules des corps sonores, tel par exemple, qu'un petit tambour de basque, ainsi que je le fais maintenant, vous entendez de l’extrémité de l'amphithéâtre des sons manifestes.

Maison a voulu nous faire une objection, et

l’on a dit : « Si on applique le stéthoscope sur » le cœur ainsi mis à nu , et qu’on écoute , on » entend très-bien le tic-tac. » Sans doute on l’entend , et comment pourrait-il en être autrement? Le stéthoscope étant un excellent conducteur des sons solidiens , doit nécessairement transmettre à l’oreille le choc du cœur contre son extrémité. Vous avez là les conditions les

plus heureuses pour le développement d’un bruit, et pour sa transmission prompte et facile.

On a dit aussi : « Si vous placez une mem- » brane souple entre le cœur et le stéthoscope » et que vous auscultiez , vous distinguerez en- » core le tic-tac de l’organe. » L’explication de ce phénomène est aussi simple que pour le fait précédent. Partout en effet où la pointe du cœur pourra frapper sur une surface capable de produire un son, partout vous obtiendrez des résultats identiques. Mais comme les vibrations déterminées par ce choc sont de la nature de celles que nous avons nommées solidiennes, jamais vous ne pourrez les entendre à distance , à moins toutefois que l’intensité dans l’impulsion du cœur, ou la sonoréité très-grande de la surface cju il vient heurter ne transforme ces vibrations en sons aériens. Mais ce n’est là qu’un cas exceptionnel qui, bien loin de détruire la loi générale, ne tend au contraire qu’à la confirmer.

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