‹ Leçons sur les phénomènes physiques de la vieChapitre 8 sur 43 · SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LEÇON

Messieurs,

Il est un certain nombre de maladies qui se transmettent par la voie de contagion; l’examen de celte transmission rentre naturellement dans le cercle de nos études sur l’imbibition. En effet, on ne peut concevoir un semblable phénomène qu’en admettant l’existence d’une substance morbide qui, émanée du corps d'un individu malade, est capable de développer le môme mal sur un individu sain. Or, aucune substance solide, liquide ou gazeuse ne peut pénétrer dans l’économie vivante par une autre voie que celle de l’absorption, quelle que soit d’ailleurs la surface où celle-ci s’effectue. Et comme ces maladies se transmettent, non pas par des influences à distance, mais bien par le contact direct, soit du malade lui-même , soit des matières qui lui ont appartenu , il faut bien demander aux lois physiques l’explication du mécanisme de ce mode de transmission. Telle est la question qui doit nous occuper aujourd’hui.

Mais avant de nous enna.^er dans cette reeherche , il n’est pas sans intérêt de bien spécifier quelles sont les' maladies réellement contagieuses, car il en est un certain nombre qui, réputées telles, ne le sont assurément pas. Ouvrez notre Code

sanitaire. N’est-ce pas une chose affligeante devoir que ces questions , essentiellement du ressort de la médecine , ont été résolues par des hommes étrangers à cette science , et que notre législation médicale repose encore sur les assertions les plus erronées? Ainsi la loi reconnaît cinq maladies contagieuses et elle punit de mort tout individu qui viendrait à enfreindre les réglements qu’elle a tracés pour prévenir leur introduction. Eh bien! sur ces cinq maladies, quatre au moins devraient être rayées de la liste. Vous voyez quelles conséquences déplorables découlent de semblables lois ; aussi je n’hésite pas à regarder comme urgente et indispensable une révision complète de notre Code sanitaire. Jetons un rapide coup-d’œil sur ces maladies, et discutons les principaux arguments sur lesquels on s'appuie pour prouver leur nature contagieuse.

Typhus. Lors de la désastreuse retraite de Russie, l’armée française décimée par un typhus meurtrier venait d’atteindre nos frontières. L’épouvante qu'inspirait aux populations cette maladie que l’on considérait alors comme contagieuse , fit prendre toutes les mesures qu’on supposait propres à prévenir l’invasion du fléau ; des commissions médicales parcouraient le pays , formulaient des instructions , des cordons sanitaires étaient disposés de distance en distance, et cependant le typhus avançait, partout il moissonnait de nombreuses victimes, bientôt même il sévit au milieu de la capitale. C’est alors que nos hôpitaux encombrés ne purent suffire au nombre des militaires

que la maladie frappait; car celle-ci semblait se jouer des précautions que l’on imaginait pour se mettre à l’abri de ses atteintes. Qu’est-il résulté de cet ensemble de faits, de cette série de tristes résultats ? c'est qu’aujourd’hui personne ne viendrait proposer la formation de cordons sanitaires. En effet, on sait d’une manière positive dans quelles circonstances et par quelles voies le typhus se transmet. Ce n’est point, comme on l’avait cru, par le contactdes vêtements, du linge, des tissus laineux, ayant touché le corps d’un individu affecté, que la maladie se communique , mais c’est par la voie de la respiration. Supposons un nombre quelconque de personnes atteintes de typhus, renfermées dans une salle peu spacieuse, dont l’air n’est point facilement renouvelé, vous pouvez impunément les toucher ; mais si vous respirez au milieu de cette atmosphère chargée de particules animales, provenant de l’exhalation pulmonaire et de la transpiration cutanée , c’est alors que vous courez de grandes chances de contracter la maladie. J ai vu des étudiants en médecine, au sortir de 1 hôpital ou ils étaient venus une seule fois suivre ma visite , frappés par le fléau , succomber en peu dejours, sans jamais 1 avoir transmise dans leur habitation. Ainsi j admets volontiers un principe contagieux dans le typhus , mais je nie le mode de transmission indiqué par la loi. Car, d’une part, celle-ci ne prévoit point le transport de miasmes délétères par 1 air atmosphérique, et, d’une autrepart, 1 expérience a prouvé (pi on peut en toute sécurité toucher les malades, pourvu toutefois que l'épi-

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