‹ Leçons sur les phénomènes physiques des corps vivantsChapitre 6 sur 24 · ABSORPTION CHEZ LES ANIMAUX ET LES VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

ABSORPTION CHEZ LES ANIMAUX ET LES VÉGÉTAUX

Les leçons précédentes , relatives aux phénomènes de la capillarité , de l'imbibition et de l'endosmose, avaient principalement pour but de vous préparer à l'étude des fonctions de l'absorption et de l'exhalation. Ce n'est pas à moi qu'il appartient de vous initier à la longue histoire des recherches faites spécialement dans le but d'établir quel est celui des divers appareils organiques qui est particulièrement chargé de ces fonctions : dans les traités de physiologie vous les trouverez attribuées , tantôt aux veines seulement, tantôt exclusivement aux vaisseaux lymphatiques .

On trouve difficilement à s'expliquer tant de discussions quand on réfléchit à la structure de tous ces différents tissus, à l'existence nécessaire des phénomènes de l'absorption et de l'exhalation chez une grande série d'animaux inférieurs privés de vaisseaux lymphatiques.

L'absorption , considérée comme fonction des animaux vivants , ne consiste pas seulement dans la seule imbibition d'un tissu quelconque par un liquide en contact avec lui , mais encore dans la transmission dans les vaissaux sanguins du corps avec lequel ce tissu est en présence. C'est dans le sang que doit, en dernier lieu, arriver la matière absorbée: c'est là le but définitif de ce phénomène. Distinguons donc deux choses dans l'absorp-

tion : l'introduction du corps qui doit être absorbé à travers les interstices d'un autre corps quelconque organisé ; et puis ensuite le passage du corps ainsi absorbé, dans le torrent circulatoire.

Il est facile de vous démontrer l'existence de la première des deux parties de cette fonction. Voici une grenouille qui a été immergée pendant quelques heures dans une solution de prussiate de potasse , mais seulement par les extrémités inférieures. Retirez-la du liquide, lavez-la avec soin au moyen d'eau distillée, coupez-la en morceaux , et il vous sera facile de prouver que la solution de prussiate a tout pénétré. Quel que soit le point de ses viscères ou de ses tissus, que l'on touche avec une baguette de verre imprégnée d'une solution de chlorure de fer, partout apparaît une tache bleue plus ou moins vive. J'insiste encore sur cette manière de vous démontrer la réalité de l'absorption , parce qu'elle nous révèle très- clairement les deux parties en lesquelles nous avons dit que consistait cette fonction. Une grenouille vivante, plongée seulement par ses extrémités inférieures dans une solution de prussiate de potasse , puis tuée bientôt après , et au sein de laquelle on recherche la présence du prussiate dans les viscères et les tissus , en laisse à peine apercevoir des traces dans la masse musculaire des jambes et des cuisses , tandis que le cœur ou le poumon, touchés avec le chlorure de fer, en fournissent les signes les plus marqués. Encore une expérience, et la conclusion sera évidente. J'immerge une autre grenouille, mais morte depuis quelques instants , dans la même solution de prussiate de potasse, et je l'y laisse plongée autant

lU QUATRIÈME LEÇON.

que je l'ai fait pour les autres. Soumise au réactif, le poumon et le cœur ne fournissent pas une quantité de prussiate plus considérable que toute autre partie de la grenouille. La solution s'introduit par simple imbibition dans le corps de la grenouille , et ce phénomène se réalisant sur la grenouille vivante comme sur la grenouille morte , ne peut certainement être regardé comme différent de l'imbibition que nous avons étudiée, qui appartient aux corps organiques et inorganiques , et que nous savons être la conséquence de leur structure cellulaire, vasculaire, etc. Mais il y a plus, dans le cœur et dans le poumon de la grenouille vivante on trouve une quantité de solution absorbée beaucoup plus considérable que dans les autres parties du corps quoique ces dernières fussent plus voisines du point d'immersion. Ces viscères sont le centre de tout le système circulatoire; en eux commencent ou se terminent les troncs sanguins. La solution de prussiate de potasse a donc pénétré dans les vaisseaux sanguins, s'est mélangée au sang, et est arrivée ainsi au cœur et au poumon.

On a discuté longtemps à l'eifet de savoir si les vaisseaux lymphatiques seuls étaient doués du pouvoir d'absorber, ou si cette fonction était dévolue aux veines seules; ou, pour parler plus clairement, si un corps peut s'introduire directement et pénétrer ainsi dans les vaisseaux sanguins à travers le tissu de leurs parois , ou si, pour arriver à ceux-ci , il devait passer d'abord par les lymphatiques. Puisqu'il n'est aucune portion d'un corps organisé qui ne se laisse plus ou moins aisément imbiber d'eau, de solutions salines, de sérum, il est clair que la

première partie de l'absorption peut avoir lieu aussi bien par les parois des lymphatiques que par celles des vaisseaux sanguins. L'anatomie microscopique, en dévoilant la manière dont se terminent les vaisseaux sanguins et lymphatiques, a confirmé la conclusion précédente. Je me bornerai ici à vous citer les principaux résultats des observations de notre compatriote Panizza.

Il n'y a aucun fait de nature à démontrer l'existence d'extrémités libres dans les ramifications vasculaires sanguines qui partout se présentent avec une texture réticulaire très-serrée et continue ; le réseau artériel se continue toujours et sans interruption jusque dans le réseau veineux , qui en général est prédominant par rapport au premier. Le système lymphatique également ne se termine jamais par des extrémités indépendantes , mais toujours aussi il s'offre à la vue sous l'aspect d'un treillis très-fin et très-serré. L'anatomie, d'accord avec l'expérience, nous conduit à conclure que la première partie de l'absorption ne peut s'effectuer qu'à l'aide des porosités propres à la structure des corps organisés. Par cette voie les corps absorbés arrivent à se mélanger au sang, au chyle , à la lymphe , et par leur mouvement commun , ils se distribuent par tout le corps . Je regarderais maintenant comme presque superflu de vous citer les expériences de Magendie, Ségalas, et les dernières de Panizza au moyen desquelles ils ont démontré jusqu'à l'évidence que l'absorption peut avoir lieu, et qu'elle a même lieu principalement par le seul intermédiaire des vaisseaux sanguins. Voici comment opéra le dernier de ces physiologistes : on fit une incision de 10 pouces de

longueur au ventre d'un cheval étendu par terre, on tira à soi une anse de l'intestin grêle oii prenaient source plusieurs petites veines, qui après un court trajet se réunissaient en un seul tronc assez volumineux du mésentère , avant qu'aucune petite veine venant des glandes vînt s'y décharger.

Cette anse de 9 pouces étant circonscrite par un double nœud de manière à ce qu'elle ne reçût du sang que par une artère seule , et ne pût renvoyer le sang au cœur qu'en le faisant passer par le tronc veineux que nous venons d'indiquer , on pratiqua un trou à cette anse même pour y introduire un tube de laiton que l'on fixa au moyen d'un fil , afin que la substance que l'on allait introduire ne pût jamais être en contact avec le rebord saignant de l'ouverture. Cela fait, on passa une ligature sous la veine qui recueillait le sang ramené de l'anse. La ligature fut serrée , et , pour que la circulation ne souffrît pas , on coupa immédiatement la ideine pour donner issue au sang revenant de l'intestin. Alors, au moyen d'un entonnoir de verre et du tube de laiton , on introduisit dans cette anse une certaine quantité d'acide hydrocyanique concentré, puis on boucha le tube. En recueillant immédiatement le sang veineux qui revenait de l'intestin on le trouva chargé d'acide hydrocyanique. Cependant, l'animal ne donnait aucun signe d'empoisonnement bien qu'on eût laissé intacts les ramifications nerveuses et les vaisseaux lymphatiques aboutissant à l'anse intestinale. Dans une autre expérience, également de Panizza, au lieu de lier et d'ouvrir le tronc veineux oii viennent se décharger les petites veines de l'anse, on se borna à le compri-

mer au moment où l'on introduisit l'acide hydrocyanique. Il n'y eut aucun symptôme d'empoisonnement, mais, peu de temps après la cessation de la compression, l'intoxication se manifesta , et la veine coupée on trouva que le sang contenait de l'acide. Enfin dans une troisième expérience , Panizza enlevait rapidement , avec soin , tous les vaisseaux lymphatiques et les nerfs de l'anse intestinale, et l'acide hydrocyanique versé ne tardait pas à faire périr l'animal , pourvu que la veine fût laissée intacte. L'absorption veineuse est donc prouvée par les expériences les plus exactes .

On trouve encore cité dans beaucoup d'ouvrages de physiologie le fait de la présence dans les urines des substances avalées , peu de minutes après leur introduction dans l'estomac, comme opposé à cette opinion que l'absorption a lieu par le moyen des vaisseaux sanguins. Mais cette objection tombe bientôt, si l'on réfléchit à la rapidité de la circulation sanguine.

D'autre part, que l'absorption puisse se faire aussi par les vaisseaux lymphatiques, c'est un fait trop connu et trop évident pour qu'il soit nécessaire de le démontrer. Tuez un animal quelconque , deux ou trois heures après lui avoir fait prendre des aliments , ouvrez-le , mettez à découvert les intestins et examinez avec attention le mésentère, et vous verrez que les chylifères sont pleins d'un liquide laiteux analogue à celui que vous verrez couler abondamment du canal thoracique, qui est le réservoir principal où se déchargent ces vaisseaux. Ce liquide est le chyle qui , par l'acte de la digestion , s'est formé dans l'intestin où il a été absorbé par les chylifères.

Combien d'exemples offre Faiiatomie pathologique dans lesquels ces vaisseaux ont été trouvés pleins de pus , à cause de leur proximité de parties atteintes d'abcès? Les vaisseaux chylifères et lymphatiques sont donc doués de la faculté d'absorber. En un mot, l'absorption s'opère toujours dans ces conditions-ci : un vase à parois organiques , un liquide extérieur qui puisse imbiber la matière dont sont formées ces parois, un liquide interne capable aussi de les imbiber et de se

mélanger avec celui-ci, et circulant dans le vase avec plus ou moins de rapidité. Rien, par conséquent, de plus physique qu'un phénomène ainsi constitué. Je veux vous démontrer par l'expérience la réalité de cette assertion. Voici un long morceau de veine pris sur un gros animal : il est fixé par une extrémité à un tube qui se termine dans l'ouverture ménagée à la base d'un récipient en verre; l'autre extrémité est liée à un tube de verre petit et recourbé, muni d'un robinet. Je remplis d'eau le récipient, et par conséquent le tronc veineux aussi; je dispose les choses de manière qu'une portion du tronc veineux soit baignée dans de l'eau acidulée avec de l'acide sulfurique ou hydrochlorique. D'abord le liquide du récipient n'indique pas la présence

de l'acide ; mais après un certain temps elle devient manifeste. Si au lieu d'attendre quelque temps et de laisser les liquides en repos, j'ouvre le robinet, je ne tarde pas à découvrir des signes d'acidité dans le liquide qui s'épanche; d^ns le récipient, on n'en trouve pas encore des marques. Ce qui se passe avec une portion de veine arriverait de la même manière avec un tronc artériel, un tube d'argile, de carton, de bois. Si la solution acide était contenue dans l'intérieur de la veine, et si dans le liquide de la capsule où plongent les parois extérieures de celle-ci on versait de la teinture de tournesol, le même phénomène aurait encore lieu, c'est-à-dire que l'acide passerait en dehors, entraversant l'épaisseur de la veine , et cela avec une facilité d'autant plus grande que l'écoulement du liquide serait plus rapide. Les conditions du phénomène sont toujours les mêmes : deux liquides capables de se mélanger, séparés par une membrane qui se laisse imbiber par tous deux, et le mouvement du liquide interne qui transporte, dans une direction donnée, le liquide qui a pénétré à travers la membrane.

Imaginez pour un moment que la direction de la circulation sanguine marche en sens inverse de celui qu'elle a réellement, mais sans que la structure et la disposition des vaisseaux sanguins aient varié ; nous ne dirons plus dans ce cas que les veines absorbent, nous devrons dire, au contraire , que l'absorption a lieu par les artères. Tel est le phénomène physique assez simple de l'absorption. Je veux encore vous exposer les lois de cette fonction ) qui furent découvertes par la physiologie expérimentale >

et vous verrez aisément qu'elles sont une conséquence nécessaire des principes que nous avons énoncés.

« 1® Plus les matières sont solubles , divisées et aptes à entrer en combinaison avec les sucs organiques , et à devenir parties constitutives du sang, plus elles sont facilement absorbées. »

Malgré le langage peu scientifique de la rédaction de cette loi , j'ai voulu vous la communiquer telle qu'elle se trouve dans les ouvrages les plus accrédités et les plus modernes de physiologie. Cette loi est une conséquence évidente de la manière dont nous avons exposé le phénomène de l'absorption. Il importerait aux physiologistes d'étudier avec exactitude les divers degrés de puissance avec lesquels différents liquides imbibent les tissus organiques; cette étude aurait certainement des conséquences très-importantes pour la thérapeutique.

Voici quelques faits qui peuvent mettre sur la voie de ces recherches. Vous voyez ici deux lapins : dans l'estomac de l'un on a introduit de l'eau , il y a environ deux heures; dans celui de l'autre on averse de l'huile. Dans l'estomac du premier il n'y a pas traces du liquide qu'on y avait porté; dans l'autre, au contraire, on y trouve toute l'huile, et on l'aurait trouvée encore en tardant plusieurs heures à l'ouvrir. Si au lieu d'eau pure on s'était servi d'un mélange d'eau et d'alcool, l'absorption aurait été encore plus rapide. Une solution acide ou saline aurait également été absorbée, mais moins rapidement que l'eau pure.

» 2" L'intensité du pouvoir absorbant des divers or-

ganes est déterminée principalement par l'abondance de leurs vaisseaux , la flaccidité de leur tissu et la faculté conductrice des parties qui les recouvrent. "

Je continue à reproduire mot pour mot ce que je trouve dans les ouvrages de physiologie. Il est évident que, par flaccidité de tissu et faculté conductrice des parties qui les couvrent, on n'entend et on ne peut entendre autre chose que la texture des solides organiques plus ou moins propre à favoriser l'imbibition. Le plus grand nombre des vaisseaux ne signifie que le plus grand nombre de points de contact entre le corps qui doit être absorbé et le liquide avec lequel il doit être mélangé et transporté . C'est pour cette raison que les poumons, comme nous l'avons vu, sont plus aptes à l'absorption, et qu'ils sont les premiers à manifester la présence du corps absorbé. En eifet , l'anatomie enseigne que les poumons possèdent à un plus haut degré que toutes les autres parties de l'économie animale, une structure propre à l'imbibition et un système vasculaire très-développé. Le tissu cellulaire est également très-perméable aux liquides; mais étant moins pourvu de vaisseaux sanguins que le poumon, l'absorption s'y opère plus lentement. La peau, au contraire , étant recouverte par l' épidémie qui est de texture très-compacte et privé de vaisseaux, se prête difficilement à cette fonction , ce à quoi l'on remédie en enlevant l'épiderme.

" S'' L'absorption varie suivant la quantité de liquide qui existe dans l'organisme; elle est en raison inverse de l'état de pléthore plus ou moins considérable de l'animal. "

Souvenez-vous du phénomène de l'imbibition, et il vous sera facile de comprendre cette loi de la fonction que nous étudions. Une masse de sable déjà imbibée d'un liquide cesse de s'en imprégner davantage , et au contraire , elle s'en imbibe d'autant plus rapidement qu'elle est plus loin de sa limite extrême de saturation. Dutrochet a laissé une plante exposée à l'air jusqu'à ce qu'elle eût perdu par l'évaporation 0,15 de son poids, et ensuite, en la plongeant dans l'eau, il trouva que, dans chacune des quatre premières heures de l'immersion, elle absorbait 1^^,05 (20 grains) et en perdait 0^'',40 (8 grains); plus tard elle n'en absorbait plus que 0^'",45 ( 9 grains) , et en perdait autant par l'exhalation. Edwards a vu les grenouilles absorber d'autant plus rapidement l'eau qu'elles avaient perdu davantage de leur poids par la transpiration. Magendie rapporte qu'un chien auquel il avait enlevé beaucoup de sang mourut rapidement empoisonné par la strychnine , tandis que chez un autre dans les veines duquel il avait introduit une grande quantité d'eau, l'empoisonnement n'eut pas lieu.

«« 4" L'absorption doit varier entre certaines limites proportionnellement à la température du corps absorbant et à celle du corps absorbé. »

Chacun sait que les boissons chaudes opèrent plus rapidement que les froides. C'est ainsi que nous avons vu l'imbibition varier beaucoup avec la température. Je vous ai dit que cette variation ne pouvait s'effectuer qu'entre certaines limites, parce qu'au delà de celles-ci la structure du corps organisé serait altérée.

« 5^ Selon Fodera, le courant électrique favoriserait l'absorption. "

Si l'on veut admettre les expériences de ce physiologiste, il n'est pas facile de s'en rendre compte, d'autant plus que si l'on applique le courant électrique dans les cas d'imbibition, on ne remarque pas cette influence. Le fait cité par Porret seulement , et qui consiste dans le transport de l'eau du pôle positif au pôle négatif d'une pile , pourrait en quelque façon expliquer les résultats de Fodera.

" 6^ Enfin l'absorption varie selon la rapidité avec laquelle le liquide se meut dans le vase où doit être introduit le liquide à absorber. "

Il n'est pas nécessaire de dire comment cette rapidité sert à porter à une distance donnée , plus ou moins vite , le corps absorbé. Il est également facile de comprendre que les molécules du liquide contenu dans le vase se renouvelant plus souvent, les actions d'affinité qui tendent à faire passer le corps à absorber dans l'intérieur du vase seront plus énergiques. C'est probablement pour cette raison que l'absorption se fait beaucoup plus lentement par les chylifères et les lymphatiques que par les veines. C'est pourquoi beaucoup de substances colorantes , de liquides alcooliques, de solutions salines introduites dans l'estomac, se trouvent dans le sang, sans qu'on puisse les découvrir dans les chylifères et le canal thoracique. Les frictions exercées sur la peau, les mouvements péristaltiques du canal intestinal , aident de cette façon l'absorption, en favorisant le mouvement des liquides dans les vaisseaux.

La fonction de l'exhalation s'opère , en général , par le même mécanisme, et est régie par les mêmes lois que celles que nous venons d'étudier. A travers les parois d'un vase imbibé par un liquide qui y est contenu , sort , s exhaie constamment une portion de ce liquide. La portion qui s'échappe variera selon la nature du liquide, c'est-à-dire selon la facilité plus ou moins grande qu'il possédera à imbiber la matière même du vase. Selon que les parois de ce vase sont plus ou moins humides à l'extérieur, le liquide interne sortira plus ou moins difficilement; l'exhalation augmentera si, par la plus grande masse de liquide contenu, il supporte une plus forte pression, et l'exerce sur les parois du vase. Toutes ces particularités de l'exhalation, qui résultent de ce que nous la regardons simplement comme im phénomène physique et dépendant des mêmes principes que l'absorption, sont démontrées par la physiologie expérimentale.

Edwards a prouvé que l'exhalation cutanée est, dans quelques cas, dix fois plus considérable dans l'air sec que dans l'air humide, et qu'elle double en passant de 0' à + 20°. La transpiration augmente encore, si au lieu d'être en repos l'air atmosphérique est agité autour du corps de l'animal. Evidemment ces résultats obtenus par Edwards sur l'exhalation cutanée sont les conséquences très-naturelles de principes de physique trop connus pour que je doive les rappeler ici.

Quelques phénomènes de l'absorption et de l'exhalation des corps vivants s'accomplissent en transformant le corps absorbé ou exhalé. Le liquide dont une membrane est imbibée, et qu'elle exhale de sa face opposée, n'est

pas identique avec celui qui a été mis en contact avec cette membrane absorbante. C'est là ce qui arrive dans le plus grand nombre des cas d'exhalation, et principalement dans les sécrétions.

Nous sommes bien éloigné d'espérer trouver dans les connaissances physico-chimiques actuelles l'explication du phénomène des sécrétions. On doit l'avouer, elles forment encore un des sujets les plus obscurs de l'économie animale. Quant à l'exhalation, nous ne pouvons vous laisser ignorer qu'il doit intervenir un phénomène analogue à celui de la filtration. Un liquide qui contient en suspension des parcelles insolubles, lorsqu'il est filtré se divise en deux portions : la partie liquide imbibe la matière du filtre et coule; la partie solide reste sur le filtre. Les anatomistes savent qu'en poussant dans les veines ou les artères une solution de gélatine colorée avec du vermillon réduit en poudre très-fine , on voit la solution gélatineuse devenir incolore quand elle traverse les parois vasculaires. Chaque contusion faite sur la peau produit une tache, dont le centre est dun bleu noirâtre, et la périphérie d'une couleur verte entourée de jaune. Dans ce cas , le caillot de sang extravasé se sépare du sérum dont s'imbibent les tissus voisins.

N'oubliez pas le fait qui vous a été exposé à propos de Timbibition : l'eau salée qui traverse une couche de sable devient eau douce ; une solution de carbonate de soude , filtrée dans les mêmes conditions, devient plus dense. L'imbibition , la capillarité , le simple jeu des attractions moléculaires, peuvent vaincre les affinités; ce n'est donc pas une supposition à dédaigner entièrement que celle

faite si anciennement, et qui consistait à considérer les organes sécrétoires comme de simples appareils de fil" tration.

Dans une autre leçon nous verrons comment les membranes, et en général tous les tissus organisés , sont aptes à se laisser traverser par des corps gazeux. Fodera a prouvé le premier que l'hydrogène sulfuré, renfermé dans une partie du tube intestinal , se répand par tout le corps de l'animal et produit la mort.

Encore un mot sur l'absorption dans les végétaux. Voici dans ces petits verres un grand nombre de plantes plongées toutes, plus ou moins, dans une solution aqueuse d'acétate de fer très-étendue : quelques-unes de ces petites plantes sont des haricots , d'autres des fèves. A quelques-unes on a enlevé les feuilles , d'autres ont été coupées à moitié , et ainsi immergées par la tige seule ; à celles-ci on a ôté l'extrémité des racines, chez celles-là on a d'abord laissé les racines se faner, puis on les a plongées dans le liquide ; d'autres enfin ont été mises dans un état de dessiccation complète. Si l'on cherche, au moyen du prussiate de potasse , à s'assurer si réellement cette solution ferrugineuse s'est élevée dans l'intérieur de la plante au-dessus du niveau du liquide dans lequel elles sont baignées, on s'aperçoit bientôt que cette solution a pénétré dans la plante et en a imbibé une portion qui se trouvait plus ou moins élevée au-dessus du liquide. On voit que dans la plante vivante et garnie de feuilles et déracines, le liquide a monté davantage ; dans celle qui était fanée et qui a retrouvé la fraîcheur dans la solution aqueuse , l'absorption a été plus grande ; enfin , elle se trouve être

la plus abondante dans celles auxquelles on a enlevé les racines .

Quel que soit le liquide employé, il est toujours absorbé par le végétal , excepté quelques solutions acides , alcalines , ou salines trop concentrées qui , en altérant et détruisant la structure de la plante , ne peuvent plus l'être.

Tout ce que nous savons de mieux relatif à ce sujet se borne à ce que nous trouvons dans le célèbre ouvrage de Saussure : Recherches chimiques sur la végétation. En voici le résumé : V les racines des plantes absorbent les substances salines dissoutes dans l'eau ; mais en proportion beaucoup plus petite que l'eau. 2° L'ablation des racines , leur altération , et en général tout ce qui affaiblit la force de végétation, favorisent l'introduction des sels dans la plante. S'' Une plante n'absorbe pas dans la même proportion tous les sels contenus dans une même solution. Ce dernier résultat est confirmé par le fait de l'existence constante de certains sels dans quelques plantes. Le professeur Piria a toujours trouvé du manganèse dans les graines du lupinus albus.

Examinons maintenant si l'absorption des sucs nutritifs qui a lieu au moyen des racines de la plante et le mouvement de ces sucs dans les plantes mêmes, peuvent être considérés comme de simples phénomènes de capillarité ou d'imbibition.

Au commencement du printemps , la sève monte des racines aux feuilles par la partie centrale du tronc , et pendant ce temps , un liquide , d'une composition différente de celle de la sève , appelé suc j)'^opre , se meut

en direction contraire , des feuilles aux racines en passant par les tissus corticaux. Si l'on pratique un trou qui arrive jusqu'au centre du tronc dans une plante en végétation , on peut recueillir une abondante quantité de sève, qui est plus dense à mesure qu'on la prend plus haut vers les feuilles. Si au contraire on passe une ligature autour du tronc , ou si on enlève une couche circulaire d'écorce , le renflement que l'on verra bientôt se former au-dessus du nœud ou de Tanneau du côté des feuilles , prouvera l'existence du courant descendant du suc propre. Haies a prouvé que la quantité de liquide qu'une plante en végétation absorbe croît en proportion de la superficie de ses feuilles , fait qu'il interprétait en l'attribuant à l'évaporation opérée au moyen de celles-ci. Le double mouvement des sucs dans l'intérieur des végétaux est chose inexplicable avec les seules forces capillaires et d'imbibition. Mais il y a plus. Chacun de vous a vu, qu'en taillant le tronc d'une vigne au printemps, il en découle une énorme quantité de liquide. Haies, en appliquant sur cette section un tube de verre recourbé , ouvert à l'autre extrémité, et dans lequel il versait du mercure, vit ce liquide se soulever de 38 pouces dans la partie ouverte du tube , au-dessus du niveau du liquide de l'autre côté de la courbure , ce qui prouve quelle pression supporte le mercure à l'autre extrémité, pression qui ne peut être attribuée qu'au liquide aspiré par la plante et chassé au dehors. Cette /orce d'impulsion, l'écoulement du liquide de la plante par une entaille , sont des faits incompatibles avec les effets de la capillarité et de l'imbibition. Un liquide montant dans un tube capillaire ne

peut pas , par l'effet de la même force qui le soulève , s'épancher en dehors du tube. Dutrochet a démontré, par une expérience assez simple, que la force d'impulsion qui opère l'ascension du suc d'une plante a son siège dans les dernières extrémités des racines. Ce physiologiste distingué , en taillant successivement le tronc d'une vigne, en s'approchant toujours plus des racines, et enfin en coupant même les racines enfoncées dans le sol , vit continuer l'écoulement. Un des derniers filaments radiculaires plongé dans l'eau, laissait encore s'échapper le suc. C'est donc dans les spongioJes que réside la force d'impulsion. Dutrochet ajoute qu'il a découvert dans les cellules corticales de la spongiole, un liquide plus dense que l'eau et coagulable par l'acide nitrique. Il croit par conséquent voir dans la spongiole, ou mieux dans ses cellules pleines de ce liquide plus pesant que l'eau dont elles sont entourées, un groupe d'endosmomètres ; le phénomène de l'ascension du liquide dans la plante est donc un fait d'endosmose. Je dois avouer que je désirerais voir l'identité de ces phénomènes mieux démontrée qu'elle ne l'est par les observations de Dutrochet. Quoi qu'il en soit, l'explication de cet auteur est celle qui, dans l'état actuel de la science, est la moins improbable.

Comment arrive l'ascension du suc dans une plante à laquelle on a enlevé les racines, et qui est plongée dans l'eau par sa partie inférieure? La grande hauteur à laquelle un liquide peut arriver dans le tronc d'un arbre , s'oppose à l'explication qu'on pourrait donner du phénomène en le considérant comme un effet d'imbibition ou de capillarité,

phénomènes que nous savons agir dans des limites beaucoup plus bornées que celles qui se présentent dans les troncs des plantes.

Haies s' étant aperçu que la quantité de suc qui montait dans une plante était proportionnelle à la superficie de ses feuilles, en concluait que le liquide des cellules superficielles des feuilles s' évaporant, celles-ci, au moyen de leur capillarité, l'absorbaient par les cellules inférieures, et que par ce moyen la succion arrivait à s'effectuer de proche en proche par l'extrémité coupée. En faisant dessécher à divers degrés quelques plantes de mercuriale , Dutrochet a prouvé que l'absorption de plantes ainsi desséchées ne croît pas proportionnellement à leur état de dessèchement ; en effet, une de ces plantes qui avait perdu un tiers de son poids par l'évaporation, absorbait beaucoup moins qu'une autre qui n'en n'avait perdu qu'un dixième. Malgré son plus grand état de sécheresse, l'absorption fut plus petite, et certainement la plante n'avait pas été desséchée au point d'en avoir sa texture altérée. L'évaporation ou la transpiration par les feuilles n'est donc pas la cause de l'ascension du liquide dans le tronc d'une plante plongée dans l'eau, ou, ce qui revient au même, ce n'est pas le vide des cellules superficielles qui occasionne l'ascension du suc. Cette dernière ne s'effectue pas sans qu'il y ait dans le tissu végétal une certaine quantité d'eau qui agit peut-être par adhésion sur la nouvelle eau qui doit monter, comme il arrive pour une éponge qui s'imprègne plus rapidement d'eau quand elle est humide que quand elle est sèche. Dutrochet a encore essayé de dessécher une

plante, de lui faire reprendre l'eau perdue et de la plonger de nouveau dans l'eau : il vit que l'ascension n'avait plus lieu toutes les fois qu'en reprenant l'eau elle n'arrivait pas à regagner cet état de turgescence qui lui était naturel. Cette turgescence des cellules des feuilles aurait lieu, suivant Dutrochet, par une action d'endosmose par laquelle le liquide serait transpiré par les feuilles, d'une manière active et bien différente de celle d'un liquide qui s'évapore à l'air. Je rappellerai enfin que Dutrochet a démontré que l'influence de la lumière sur l'ascension de la sève dans les végétaux, s'exerce sur la respiration et sur la fixation de l'oxygène dans le tissu végétal.

Le phénomène de l'ascension des liquides dans les végétaux n'est donc pas dû à la capillarité et à l'imbibition seulement : la cause réside principalement dans les racines, et en second lieu dans les feuilles. Il est probable qu'il arrive dans l'extrémité des racines une action d'endosmose, et il n'est point étrange de supposer qu'une semblable cause produisît le mouvement du chyle et de la lymphe dans les vaisseaux lymphatiques et chylifères, mouvement que nous savons se prolonger quelque temps après la mort.

L'existence et la conservation d'un animal sont soumises à la condition qu'il introduise constamment dans son corps certaines substances particulières que l'on nomme aliments. Ces substances, ordinairement solides, éprouvent dans l'appareil de la digestion une série de modifications , au moyen desquelles elles sont divisées en matières fécales qui sont rejetées hors de l'animal, et en d'autres qui se mêlent au sang et deviennent sang elles-mêmes. Le but final de la digestion est la conservation de l'intégrité de l'organisme en rendant au sang les principes immédiats qu'il perd constamment dans l'acte de la nutrition; le raisonnement nous porte à croire que toutes les parties de l'organisme se transforment et se renouvellent avec une rapidité plus ou moins grande. Il y a , en physiologie expérimentale , un certain nombre d'expériences , qu'il serait bien désirable de voir variées et étendues , qui conduisent à cette conclusion.

Diviser, rendre solubles les substances alimentaires et par là faciliter leur absorption , voilà sommairement ce qui se passe pendant la digestion. Rien de plus physique par conséquent qu'une fonction qui ne fait que modifier l'état de la matière. Il importe, cependant, de voir ce caractère de la digestion vérifié dans ses particularités.

Avant de commencer à parler des phénomènes physico-chimiques de la digestion , je dois vous exposer brièvement quelques généralités.

Toutes les substances alimentaires peuvent se réduire , quant à leur composition chimique, à trois catégories bien caractérisées : dans la première sont comprises les substances azotées neutres, c'est-à-dire l'albumine, la fibrine et la caséine ; dans la deuxième sont les matières grasses ; dans la troisième entrent la gomme, l'amidon, le sucre dont la composition peut être représentée par eau et carbone. L'expérience a démontré que les substances alimentaires des deux dernières catégories ne suffisaient pas à l'alimentation d'un animal, et qu'il était nécessaire qu'elles fussent toujours unies à celles de la première.

Nous verrons plus tard combien est distincte la part que prennent, dans les fonctions de l'économie animale, les substances alimentaires de ces catégories.

Quant aux substances de la première classe, je ne puis passer sous silence les découvertes importantes faites ces derniers temps par Mulder et Liebig. L'albumine, la fibrine et la caséine sont identiques par leur composition; dans toutes trois la proportion du carbone à l'azote est de 8 équivalents du premier à 1 équivalent du second ; elles ne semblent différer entre elles que par la petite quantité de phosphore et de soufre qui les accompagne ; ces deux corps enlevés , il reste un principe commun que Mulder a nommé protéine , et dont la formule , adoptée par Liebig , est :

Nous devons donc considérer ces substances, quoique

douées de propriétés physiques assez différentes, comme isomériques et comme des modifications de la protéine. L'autre fait important trouvé par Dumas et Liebig consiste en ce que V albumine végétale est identique à Y albumine animale, que dans la farine des céréales il existe une substance analogue à la caséine, et que dans le gluten il s'en trouve une semblable à la fibrine animale. Il n'y a donc pas de différence essentielle entre les aliments des animaux herbivores et des animaux carnivores, si ce n'est que les premiers les retirent des plantes , et les seconds d'autres animaux.

Et puisque la composition du sang, aussi bien que celle du plus grand nombre des tissus et des liquides animaux, est analogue de celle des substances organiques neutres que je viens de citer; puisqu'elles n'éprouvent, en faisant partie de l'organisme animal, aucun changement de composition chimique , qu'elles ne font que contracter pen= dant la nutrition une forme nouvelle, il est naturel, il est juste d'admettre que, dans l'acte de la digestion, les substances alimentaires azotées neutres ne font que se dissoudre pour passer sans autre altération dans le sang.

L'isomerie de ces substances est également démontrée par la belle découverte de Denis , que la fibrine se convertit en albumine quand on la dissout dans une solution saturée de sel de nitre. Ce fait est d'autant plus curieux, qu'il paraît ne se vérifier que pour la fibrine du sang veineux, et que celle du sang artériel ne se dissout pas dans le sel de nitre, et ne se change pas en albumine. Scherer a essayé de tenir la fibrine du sang veineux exposée dans une

atmosphère d'oxygène, et il vit l'oxygène se convertir en acide carbonique , et la fibrine perdre ainsi la propriété de se changer en albumine avec la solution de sel de nitre.

Quelques expériences de physiologie ont depuis longtemps prouvé que la digestion de pareilles substances alimentaires est un acte purement physique, et qui s'opère indépendamment de l'organisme vivant. Il n'est personne de vous qui ignore les célèbres expériences de notre compatriote Spallanzani : la viande, le gluten, l'albumine coagulée, introduits dans l'estomac dans des tubes métalliques troués , se dissolvent , se digèrent comme s'ils étaient libres dans l'estomac. Cette dissolution s'opère, comme nous le verrons, par une de ces actions dont nous parlions dans la première leçon, et qu'on appelle catalytiques ou de contact.

Les récentes expériences de Melsens , et particulièrement celles de Bernard et Barreswil, ont démontré que le suc gastrique contient un acide libre , qui serait l'acide lactique, et qu'il y a en dissolution une substance particulière nommée pepsine, que l'on est parvenu à obtenir suffisamment pure. C'est cette même substance que Payen a étudiée dernièrement, et qu'il a nommée gasterase. L'acidité de ce suc gastrique est plus ou moins grande, selon la qualité des aliments : dans l'estomac à jeun, l'acidité est moins forte; elle augmente au contact des aliments, et elle est aussi grande que possible quand ils sont composés de fibrine, d'albumine, etc. Je vous présente dans quelques verres une infusion de pepsine, à laquelle on a ajouté quelques gouttes d'acide hydrochlorique. Dans un de ces petits verres on a mis de l'albumine

coagulée; dans un autre de la fibrine. Les petits verres, ainsi préparés, ont été tenus pendant dix ou douze heures dans une atmosphère chauffée à 30", et l'albumine et la fibrine sont déjà en grande partie disparues : il n'en reste plus que de petites traces déjà transparentes sur les bords, qui, elles aussi, ne tarderont pas à disparaître totalement. Si je neutralise l'acide et que j'évapore la solution, je peux facilement reproduire l'albumine et la fibrine qui n'ont point changé de nature et n'ont fait que se dissoudre au contact de l'infusion acide de pepsine. Cette substance agit donc dans la dissolution de fibrine et d'albumine comme un corps doué de propriétés cataly tiques , et c'est par une action de contact qu'est opérée leur dissolution. Ce n'est que dan^ l'estomac , ou par certaines glandes qui sont situées dans la membrane muqueuse de l'estomac , que la solution acide de pepsine ou le suc gastrique est séparé. J'ai tenté de tenir des morceaux d'intestin grêle ou de gros intestin dans une solution très-faible d'acide hydrochlorique : la solution n'acquiert jamais de propriété dissolvante ; elle ne devient suc gastrique qu'au contact de la membrane de l'estomac.

La propriété dont est douée la pepsine exige constamment la présence d'un acide libre, minéral ou organique. Nous verrons plus tard combien est modifiée l'action catalytique de cette substance , si au contraire on la dissout dans un liquide alcalin. Je noterai enfin que la pepsine perd ses propriétés et devient insoluble, si on la chauife au delà de 50° centig.

Les substances neutres azotées, dissoutes dans l'estomac par le liquide acide ou par l'action catalytique de la

pepsine , pénètrent dans le sang par la seule imbibition des parois des capillaires sanguins de l'estomac; l'eau, les boissons alcooliques colorées, introduites dans l'estomac, sont aussi absorbées; elles ne dépassent pas ce viscère, ne se trouvent pas dans le chyle, et cependant elles arrivent dans le sang. Bouchardat et Sandras ont nourri des animaux avec de la fibrine colorée avec le safran ou la cochenille, et dans leur chyle on ne trouva jamais la matière colorante de la fibrine. Ils ont fait plus : des animaux nourris de fibrine, et d'autres laissés à jeun, puis tués, ont toujours donné un chyle identique; la matière trouvée dans les intestins ne différait pas : seulement, dans les animaux alimentés avec la fibrine on trouva une portion de celle-ci contenue dans l'estomac et incomplètement dissoute. On sait aussi, par les célèbres expériences de Tiedeman et Gmelin , que la quantité de fibrine trouvée dans la lymphe et le chyle, après un long jeûne, n'est pas plus petite que celle qui y existe après la digestion. Les résultats sont les mêmes en se servant d'albumine coagulée, de gluten ou de matière caséeuse, au lieu de fibrine. La digestion de ces substances azotées neutres se réduit donc à leur simple dissolution , opérée par une action de contact, et à l'absorption de cette dissolution, absorption qui a principalement lieu dans l'estomac.

Donc, rien de plus physique que cette partie de la digestion. La mastication des aliments imprégnés d'un liquide légèrement alcalin et chaud est cette opération entièrement physique qui se pratique dans nos laboratoires , à l'effet de diviser, de briser un corps pour rendre sa dissolution plus facile. Le suc gastrique que l'estomac

sécrète surtout au moment de la digestion est une infusion de pepsine dans l'eau acidulée , et si on la fait agir sur l'albumine coagulée , sur la fibrine ou sur la caséine , la dissolution de ces substances a lieu dans l'estomac, comme dans un récipient quelconque convenablement chauffé.

Le mouvement des parois de l'estomac favorise l'action de l'infusion de pepsine sur les substances à dissoudre, comme toute agitation aide à la réaction de deux corps quelconques dissous , ou à la dissolution d'un solide dans un liquide. Ce mouvement des parois de l'estomac vient encore en aide , parce que , renouvelant sans cesse les points de contact entre eux et la matière contenue , l'absorption de la portion liquide de cette substance s'opère plus facilement. L'influence qu'a sur les troubles de la digestion la section des nerfs de la huitième paire , doit être en partie attribuée à la cessation de ces mouvements de l'estomac, qui certes sont soumis à l'action de ces nerfs. En outre encore leur section porte une grande perturbation dans d'autres fonctions indispensables à l'intégrité de l'économie animale.

Je vous parlerai maintenant de la digestion des matières amilacées qui a reçu tant d'éclaircissements d'une belle expérience de Sandras et Bouchardat.

Cette expérience est assez facile à exécuter. Quelques gouttes de suc pancréatique ajoutées à une certaine quantité de fécule cuite ou de colle d'amidon à la température de + 35*^ à 40" ne tardent pas à la dissoudre ; le liquide devient transparent; et ensuite toute trace d'amidon a disparu.

Le même effet se passera si , au lieu d'humeur pancréa-

tique , on se sert de quelque portion du pancréas de pigeon ou d'un autre animal. Je prends le pancréas d'un pigeon , je le pile et j'ajoute la substance du pancréas ainsi trituré à la fécule et je chauffe jusqu'à 40°. La fécule se dissout et se convertit en dextrine ou sucre. C'est à cet état que passent les substances féculentes avant d'être absorbées. Il existerait donc dans le suc du pancréas et peut-être même aussi , ainsi que le prétend Magendie, dans la salive, une substance qui agit sur l'amidon comme la diastase.

Il est singulier que cette action exige la présence d'un alcali libre; si le suc pancréatique est rendu acide, il cesse d'agir sur la fécule, et, selon Bernard et Barreswil , il acquiert la propriété d'agir sur les substances neutres azotées. Il faudrait donc conclure qu'une seule substance organique serait douée de la propriété de dissoudre la fécule et les matières azotées neutres , sinon que , pour opérer sur les premières, on devrait ajouter un alcali libre, sur les secondes , au contraire, un acide libre. Il resterait à s'assurer maintenant si les fécules ainsi converties par la salive et le suc pancréatique, en dextrine et sucre, passent en cet état dans le sang, ou plutôt converties en acide lactique. Ce n'est que dans le sang de quelques diabétiques que le sucre a été retrouvé ; la supposition que la conversion de la fécule en dextrine et sucre aboutit à l'acide lactique qui serait absorbé et passerait dans le torrent de la circulation, semblerait être plus d'accord avec les faits. N'oublions pas la découverte importante faite par Fremy, de la propriété que prennent certaines membranes animales tenues au contact de l'eau pendant un certain

temps , de convertir en acide lactique de grandes quantités de sucre.

Ces mêmes substances azotées , qui dans de certaines conditions sont aptes à exciter la fermentation lactique , prises à un autre état que j'appellerai état de transformation plus avancé , et dont jusqu'à présent la nature est ignorée, ne produisent plus d'acide lactique par leur action sur le sucre ; elles agissent au contraire en aidant la fermentation alcoolique , en le transformant en acide carbonique et en alcool. En outre, nous savons qu'une solution de sucre injectée dans les veines d'un animal ne tarde pas à se montrer dans les urines.

On peut donc conclure en restant d'accord avec les connaissances de la chimie organique et en s' appuyant sur les résultats bien connus du simple jeu des actions de contact, que l'amidon peut se convertir dans les intestins en acide lactique , en passant probablement d'abord à l'état intermédiaire de dextrine et de sucre.

Il ne serait nullement étonnant , ni en opposition avec les connaissances actuelles , de penser qu'une portion du sucre, en lequel l'amidon a été converti, non-seulement éprouve dans les intestins la fermentation lactique , mais qu'elle y subit encore quelque autre transformation analogue à celle au milieu de laquelle nous savons maintenant que prennent naissance les animaux infusoires.

Les nouvelles expériences de Gruby et Delafond ont mis hors de doute qu'un très-grand nombre de ces animaux se trouve spécialement dans l'estomac des herbivores.

Je ne veux pas abandonner ce sujet sans vous dire

quelques mots des recherches faites pour découvrir la cause du diabète et les moyens curatifs de cette maladie.

Bouchardat, le premier, a émis l'opiDion, qui a été généralement adoptée , que dans cette maladie la fécule était convertie, dans les intestins, en sucre, et que dans cet état il passait dans le sang et les urines.

On prescrivit pour cela , comme remède du diabète , un régime diététique absolument privé de fécule et composé principalement de substances neutres azotées. On cite des cas de guérison obtenue par ce moyen.

Cependant, tout ce que nous venons de dire serait démenti par les nombreuses expériences du docteur Capezzuoli, qui tendent à prouver que la quantité de sucre trouvée dans les urines des diabétiques n'est aucunement en rapport avec celle de la fécule donnée pour aliments; et que même sous l'empire d'une alimentation entièrement composée de substances neutres azotées, il y a eu formation de la même quantité de sucre que quand les aliments contenaient beaucoup de fécule.

Le docteur Capezzuoli a trouvé le sucre dans les matières des intestins et dans celles vomies par des diabétiques, et cela seulement après un repas composé de substances féculentes ; cependant cette quantité de sucre fut la même chez un homme sain que chez un diabétique. Ce fait conserverait toujours une grande importance pour la théorie de la digestion , la transformation de la fécule en sucre venant ainsi à être démontrée par l'expérience.

Enfin, le docteur Capezzuoli a trouvé des traces de sucre dans le sang et les matières en suppuration d'un abcès d'un diabétique. Il reste donc toujours à expliquer

ces abondantes productions de sucre de raisin dans ces maladies qui paraissent être constamment accompagnées d'une grande maigreur.

Nous devons enfin vous entretenir de la digestion des matières grasses , qui arrivent en si grande quantité dans l'estomac des carnivores, et qui, presque sans subir de modifications dans leur composition , sont portées dans le tissu adipeux de ces animaux. A ce propos, je vous dirai quelques mots de la question importante agitée dans ces derniers temps par les chimistes, relativement à l'origine de Ja graisse dans les herbivores. Liebig a soutenu qu'elle se produisait au moyen d'une transformation de la fécule qui perdait une portion de son oxygène, qui était chassé par l'organisme en combinaison avec le carbone. Dumas, Boussingault et Payen ont pensé , au contraire , que la quantité de substance grasse existant dans le foin, dans la betterave et dans la paille, suffisait pour se rendre compte de celle que l'on trouve dans les animaux nourris avec ces aliments. Boussingault a démontré la vérité de cette assertion en déterminant sur une vache convenablement soumise à l'observation que, pendant que la quantité de matière grasse existant dans les aliments dont elle se nourrissait était de 1614 grammes , celle trouvée dans son lait était de 1413 grammes. Cette expérience prouve qu'il reste un excédant de 201 grammes dans la graisse des aliments ^ relativement à celle fournie par les produits de l'animal.

Le même chimiste a encore trouvé , au moyen d'expériences faites sur les cochons et les oies , que chez ces animaux il se produit une quantité de graisse plus consi-

dérable que celle contenue dans leurs aliments. Persoz était arrivé au même résultat.

On ne peut donc nier que l'économie animale possède la faculté de transformer en graisse une portion des substances qui servent à sa nourriture. Les connaissances chimiques ne nous sont d'aucun secours, dans cette circonstance, pour expliquer cette transformation.

D'un autre côté, il ' est prouvé par un très-grand nombre d'observations physiologiques que les animaux nourris de substances grasses fournissent un chyle plus abondant, plus laiteux qu'il ne l'est ordinairement, et dont on peut extraire ces mêmes matières dont ils ont été nourris , et qui , examinées au microscope, laissent apercevoir de petits globules de graisse.

Les expériences de Sandras et Bouchardat ont mis cette conclusion hors de doute. En nourrissant des animaux avec de l'huile d'amandes douces, ces chimistes retrouvèrent l'huile dans le chyle; on obtint le même résultat en se servant de suif. Avec la cire , on ne trouva qu'une petite quantité de cette substance dans le chyle ; il est vrai qu'elle augmenta quand on l'introduisit dissoute dans l'huile.

Ces mêmes chimistes ont examiné les matières de l'estomac et des intestins d'animaux nourris exclusivement avec de la graisse, et ils se sont assurés qu'une grande portion de celle-ci, solide à froid, se trouvait dans l'estomac au milieu d'un liquide très-acide, et que, tant dans les gros intestins que dans les intestms grêles, il existait une espèce de bouillie épaisse dont on pouvait retirer avec l'éther une grande quantité de graisse.

Il résulterait de ces faits , de la réalité desquels j'ai pu moi-même m'assurer, que les matières grasses n'éprouvent dans l'estomac aucune altération , et qu'elles s'écoulent dans l'intestin sans avoir subi de modifications, mais seulement liquéfiées ou presque liquéfiées par le degré de chaleur de cet organe ; et dans le fait, en faisant réagir hors de l'estomac du suc gastrique sur un corps gras, il ne paraît s'opérer aucun changement. L'alcali de la bile et du suc pancréatique sature, dans les intestins, l'acide du suc gastrique; voilà encore une nouvelle preuve que dans les intestins cesse l'action dissolvante sur les matières neutres azotées. Il est difficile de pouvoir préciser avec le secours d'analogies, déduites de faits chimiques , ce qu'il arrive des substances grasses quand elles ont dépassé l'estomac. Il est certain que ces matières y sont absorbées et que les chylifères peuvent être considérés comme presque uniquement chargés de cette fonction.

Voici quelques expériences au moyen desquelles j'ai cherché à diminuer l'obscurité qui règne dans cette partie de la digestion. Je verse dans un matras une solution formée de 300 grammes d'eau distillée et de 25 grains (1"'',30) de potasse caustique. Cette solution n'a pas sensiblement de saveur alcaline , et agit faiblement sur le papier de tournesol ; c'est un liquide moins alcalin que la lymphe et le chj^le. Je chauffe au bain-marie ce matras jusqu'à une température de 35" à 40" centig.; j'y ajoute quelques gouttes d'huile d'olive et j'agite : à l'instant je vois le liquide devenir laiteux et prendre les apparences du lait au point d'être confondu

avec lui. Le liquide ainsi obtenu, abandonné à lui-même, conserve son analogie avec le lait, se sépare en deux couches , dont l'une plus opaque au-dessus , et dans laquelle il y a évidemment de petits globules de matière grasse , et l'autre plus inférieure est moins opaque , quoique conservant toujours l'aspect laiteux. J'ai rempli un morceau d'intestin avec cette espèce d'émulsion et je l'ai plongé dans la solution alcaline décrite, maintenue à la température de + 35" à 40'' centig. Après un certain laps de temps, celle-ci s'est troublée, a pris les caractères de l'émulsion intérieure, et certainement on doit croire qu'une portion de celle-ci a traversé la membrane et s'est épanchée au dehors.

Je vous rapporterai une autre expérience qui me paraît plus concluante. J'ai rempli un endosmomètre d'une solution très -faiblement alcaline, et je l'ai plongé dans l'émulsion que je vous ai montrée. La membrane employée était, comme à l'ordinaire, une vessie urinaire de bœuf, et les deux liquides étaient à la température de + 30'' centig. au commencement de l'expérience. Il y eut endosmose , et l'émulsion pénétra dans la solution alcaline en soulevant une colonne liquide de 30 millimètres en très-peu de temps.

Voici des phénomènes physiques qui , sans résoudre toutes les particularités de la digestion des corps gras, contribuent néanmoins à la rendre moins obscure. Les vaisseaux chylifères , terminés par des extrémités en culde-sac , enveloppés par la muqueuse intestinale , sont surtout dans l'animal à jeun pleins d'un liquide alcalin très-analogue à la lymphe. Après la digestion, surtout

si l'animal s'est nourri de matières grasses, le liquide des chylifères ne diffère de ce qu'il était auparavant que par l'adjonction des corpuscules gras qui lui donnent l'apparence laiteuse. 11 est naturel d'admettre que cette affinité chimique qui produit le liquide laiteux dans le mélange de la solution alcaline et de l'huile, a également lieu à travers la membrane des vaisseaux chylifères, qui certainement se laisse imbiber, tant de la solution alcaline que du liquide laiteux formé par l'action de l'alcali sur les corps gras.

Le phénomène d'endosmose dont je viens de vous parler peut encore être admis avec probabilité au nombre des causes qui produisent l'absorption qu'opèrent les vaisseaux chylifères. Il est certain que l'absorption ne saurait physiquement avoir lieu, si les parois internes des intestins n'étaient pas baignées par im liquide avec lequel les corps gras auraient de l'affinité. Il est facile de démontrer par l'expérience combien l'état alcalin des parois intestinales favorise cette absorption.

Remplissez deux entonnoirs avec du sable également tassé dans chacun; versez sur l'un de l'eau pure, sur l'autre une solution alcaline : les liquides écoulés , arrosez d'une même quantité d'huile les deux filtres. Pendant même plusieurs heures l'huile restera à la surface du sable imprégné d'eau pure ; dans l'autre , au contraire , elle disparaîtra rapidement par l'imbibition du sable mouillé avec la solution alcaline.

Les substances neutres azotées qui pénètrent dans le sang après avoir été dissoutes par le suc gastrique détruiraient rapidement l'état neutre ou légèrement alcalin

nécessaire à la conservation des qualités de ce liquide : l'alcali du chyle de la lymphe , de la bile et de l'humeur pancréatique conserve cette neutralité du sang.

Le chyle , la lymphe contiennent en suspension un grand nombre de petits grains qui ont de 1 à 2 millièmes de ligne de diamètre, et qui paraissent formés d'une substance grasse enveloppée d'une membrane; tout porte à croire que celle-ci consiste en un corps analogue à la protéine. Ces mêmes granulations existent dans le jaune d' œuf, le lait, le chyle, la lymphe, et dans tous les liquides exsudés dans des cas pathologiques ou destinés à de nouvelles formations. On a vu ces granulations élémentaires se réunir et former un globule , une cellule analogue à ceux du sang, et c'est pourquoi on les a regardés comme les éléments morphologiques de tous les tissus animaux. Dans ces derniers temps , Donné a vu qu'en ajoutant du lait dans les vaisseaux sanguins les globules du lait disparaissaient au bout d'un certain temps, en se couvrant d'une couche albumineuse comme d'une vessie , qu'alors ils se réduisaient à l'état des globules blancs du sang , et qu'à la fin ceux-ci disparaissaient aussi transformés probablement en globules rouges, et qu'ensuite tout le sang revenait au même aspect qu'il avait avant l'injection du lait.

L'élément organique semble donc se réduire à une vésicule constituée par une couche de matière albumineuse qui se rassemble, s'organise autour d'un noyau formé principalement de substance grasse. Je veux vous rendre témoins d'une expérience importante faite par Ascherson ; elle consiste à mettre une graisse liquide en contact

avec l'albumine; cette dernière se coagule à l'instant, comme vous le voyez. Si vous mélangez le tout ensemble, et que vous portiez une goutte du mélange au microscope , vous verrez un groupe de vésicules , dont chacune est formée d'un grain de graisse enveloppé d'une membrane albumineuse en quelque sorte coagulée, et il vous semblera avoir sur le porte- objet de véritables cellules adipeuses. On peut mieux voir ce fait, en déposant sur une plaque en verre une goutte d'huile et une autre d'albumine, et en opérant lentement le contact; il est curieux d'observer au microscope la formation presque instantanée d'une membrane très-délicate , élastique , qui ne tarde pas à se recouvrir de nombreux replis. Ascherson a prouvé que cette formation opérée par l'albumine et l'huile était réellement de nature celluleuse, et cela en ajoutant un peu d'eau à une goutte de cette formation : il vit les cellules se gonfler, et en même temps en sortir de petites gouttes d'huile. En se servant d'acide acétique étendu au lieu d'eau, les cellules lui parurent devenir si volumineuses qu'elles se rompirent. Dans l'huile, au contraire, elles se comprimaient et diminuaient de volume. Evidemment ces faits, qui toutefois devraient être variés et étendus , appartiennent au phénomène de l'endosmose, et ne peuvent être compris sans admettre la formation cellulaire. Voilà donc une opération physico-chimique , qui conduit à la découverte du mécanisme de la formation des granulations élémentaires. Des corps gras et des combinaisons de protéine sont constamment introduits dans l'organisme ; ils se trouvent dans tous les liquides animaux ; les globules de la graisse,

qui pénètrent dans les tubes chylifères, et s'y trouvent ainsi au milieu d'un liquide albumineux , ne peuvent tarder à être enveloppés de membranes analogues , et doivent par cette raison former des vésicules semblables à celles que l'observation microscopique découvre dans le chyle , la lymphe et le sang.

Pour terminer cette leçon , je n'ai plus qu'à ajouter quelques mots des gaz de l'estomac et des intestins, ainsi que des substances inorganiques , qui forment plus ou moins directement partie intégrante de l'organisme animal.

L'observation a prouvé que l'oxygène ne se rencontre presque jamais dans les gaz de l'estomac , et surtout dans ceux des intestins; mais que dans ces cavités ils se composent principalement d'azote, d'acide carbonique, d'une certaine quantité d'hydrogène carboné, et quelquefois de traces d'hydrogène sulfuré. Evidemment une grande quantité d'air atmosphérique est introduite dans l'estomac , pour ainsi dire avalée en même temps que les aliments. L'oxygène de l'air disparaît dans l'estomac en s' infiltrant peut-être par les membranes , et arrivant jusqu'au sang, ou, plus probablement encore, en prenant part à ces modifications que nous savons avoir lieu pour transformer les substances albumineuses azotées en ferment. L'acide carbonique paraît se développer trèsabondamment dans cette circonstance , et on cite à ce propos des dégagements de volumes énormes de ce gaz chez quelques ruminants nourris d'herbes fraîches et humides. Il est curieux d'observer que la production et la disparition de cette abondante quantité de gaz dans l'es-

tomac et les intestins ont lieu, et se succèdent quelquefois avec tant de rapidité, que l'on peut avoir recours aux réactions chimiques pour s'en rendre compte. La présence de l'hydrogène ne peut , jusqu'à présent, se rattacher à aucun des changements physico-chimiques que nous avons vus avoir lieu dans la digestion.

J'ai démontré par l'expérience que l'oxygène n'est pas nécessaire pour Taction dissolvante que le suc gastrique exerce sur la fibrine et l'albumine coagulée, ainsi que paraît le supposer Liebig. Un morceau de l'estomac d'un porc fut mis, dans de l'eau légèrement acidule, avec de la fibrine et de l'albumine coagulée : l'eau avait bouilli plusieurs heures , et le liquide préparé fut recouvert d'une épaisse couche d'huile. La fibrine et l'albumine furent dissoutes dans ce bain tout aussi bien que dans un autre semblable, mais laissé librement au contact de l'air.

Les substances inorganiques qui se trouvent dans l'organisme y sont évidemment introduites et font partie des aliments ; elles ne peuvent pénétrer jusqu'à la masse sanguine qu'à la condition d'avoir été dissoutes dans l'eau et dans le suc gastrique de l'estomac. Tout ce qui ne rentre pas dans ces conditions est nécessairement rejeté avec les excréments; les médecins n'oublient jamais cette vérité quand ils doivent choisir et préparer les substances qu'ils administrent aux malades. L'expérience a prouvé aujourd'hui qu'il n'y avait pas lieu de s'étonner si de grandes doses de certains sels inorganiques, introduites dans l'estomac, ne produisaient aucun effet; ils étaient rejetés dans les matières excrémentitielles.

o RESPIRATION. —ENDOSMOSE GAZEUSE.

L'action de Toxygène de l'air atmosphérique sur le sang veineux , les changements qui surviennent dans l'air respiré introduit dans les cellules pulmonaires, les modifications éprouvées par le sang qui parcourt le réseau capillaire existant sur les minces parois des vésicules bronchiques, tels sont les phénomènes principaux qui constituent la fonction de la respiration et qui feront le sujet de cette leçon.

11 n'existe aucun animal, même parmi ceux qui occupent les degrés les plus inférieurs de l'organisation, dont la vie ne soit essentiellement liée aux modifications qu'apporte dans sa substance l'oxygène de l'air. Selon leur structure , les organes au moyen desquels cette action a lieu sont plus ou moins développés et ont une forme et une organisation différentes, relativement au milieu dans lequel l'animal vit habituellement. Dans les poissons, par exemple , l'organe de la respiration est une membrane muqueuse repliée plusieurs fois sur elle-même, divisée en filaments ou en lames , pleine de vaisseaux sanguins ; elle se trouve constamment en contact avec l'eau qui s'introduit par la bouche de ces animaux et qui est rejetée par les fissures branchiales. Tout chez eux est disposé de manière à ce que ce contact entre l'eau, dans laquelle est

112 SJXIÈME LEÇON.

dissous l'air atmosphérique, et les parois vasculaires, ait lieu sur une surface aussi étendue que possible. Dans la raie commune, les branchies ont une superficie de 2250 pouces carrés.

Chez les reptiles, les oiseaux, les mammifères , l'organe respiratoire consiste en une expansion des bronches, qui se ramifient comme un arbre , et dont les extrémités les plus déliées se terminent par un grand nombre de vésicules sphéroïdales adossées les unes aux autres et entourées de petits vaisseaux sanguins. La respiration de quelques reptiles, du moins dans les premiers temps de leur vie, participe à la fois de celle des poissons et de celle des mammifères, c'est pourquoi ils ont simultanément branchies et poumons.

Les mouvements nécessaires à cette fonction sont : des mouvements dont quelques-uns sont involontaires, etd'autres sont soumis à notre volonté ; ils peuvent se réduire à un acte par lequel l'air est introduit, à un autre par lequel il est rejeté. Toutes les voies aériennes se dilatent pendant Y inspiration, toutes se resserrent pendant \expiration. L'action réunie de la force musculaire, de l'élasticité des parties osseuses et cartilagineuses du thorax , celle qui est propre aux parois des vésicules aériennes, enfin les propriétés physiques de l'air, telles sont les causes des mouvements de la fonction respiratoire. Toute la cavité thoracique se dilate pendant l'inspiration, et l'air se précipite dans les bronches; pendant l'expiration, cette cavité se resserre , les cellules du poumon, au moyen de leur élasticité, reprennent leur volume primitif, et l'air, ainsi comprimé, et doué d'une élasticité plus

grande à cause du degré de chaleur que lui a communiqué le poumon, est rejeté. Le simple jeu d'un soufflet vous représente tout le mécanisme des mouvements respiratoires.

Dans les poissons ce mouvement a lieu sans le concours des côtes ; les arcs branchiaux s'ouvrent, les lames se séparent, le contact entre eux et l'eau a lieu, puis ils se referment et l'eau s'échappe par la fissure branchiale qui reste ouverte jusqu'à ce que l'opercule tombe. Dans les animaux inférieurs la respiration est moins énergique , et les mouvements de la fonction respiratoire sont presque involontaires. Chez les annélides , les mollusques , le courant de l'eau, dans laquelle l'air est dissous , semble aidé par les mouvements vibratiles des cils qui sont implantés sur les branchies de ces animaux.

L'homme, en une inspiration, introduit dans les poumons environ un tiers de litre d'air atmosphérique ; l'air rejeté contient de 3 à 5 pour 100 d'acide carbonique, et dans une expiration très-profonde on en trouve jusqu'à 6 ou 8 pour 100. En même temps l'air introduit a perdu de 4 à 6 pour 100 de son oxygène.

Les nombres que je vous cite sont choisis parmi une grande quantité que nous avons , comme étant ceux qui m'ont paru les plus dignes de foi. Avec ces données il est facile de calculer la quantité d'oxygène qu'absorbe un homme dans la respiration dans l'espace d'un jour, en admettant qu'il y ait de 15 à 20 inspirations par minute. D'après Lavoisier et Séguin, l'oxygène consumé par la respiration d'un homme adulte est en poids de 1015 grammes. L'oxygène qui disparaît dans la respira-

tion de l'homme et des oiseaux est à très-peu de chose près égal en volume à l'acide carbonique qui est rejeté. Des observateurs très- scrupuleux ont trouvé que le volume de l'oxygène absorbé dans la respiration est plus considérable que celui de l'acide carbonique produit. Cette différence est surtout marquée dans les carnivores, chez lesquels Dulong a trouvé que l'oxygène disparu est quelquefois double en volume de l'acide carbonique formé.

Dulong et Despretz ont mis hors de doute qu'en faisant respirer un animal dans un volume déterminé d'air, il se produit toujours une notable quantité d'azote. Ce fait démontre que l'azote ainsi exhalé en excès provient des aliments, et peut-être aussi de cet azote que nous avons dit se trouver dans l'estomac et dans les intestins, comme résidu de l'air qui s'y est introduit avec les aliments. Et si la quantité d'azote contenu dans l'air est invariable , Boussingault a démontré que cela provenait de ce que quelques plantes absorbaient de ce gaz.

Les mêmes changements que produit la respiration sur la composition de l'air atmosphérique respiré, ont lieu également sur l'air dissous dans l'eau. On sait que dans l'eau commune et l'eau de mer il existe une certaine quantité d'air atmosphérique dissous, qui se dégage soit en portant cette eau à l'cbullition , soit en la mettant en contact avec des gaz autres que ceux qu'elle retient, dissous, ou bien en lui enlevant cet air au moyen du vide. Ces phénomènes tout à faitphysiques s'opèrent suivant les lois bien connues de l'absorption des gaz par les liquides , lois qui ont été trouvées par Dalton .

Les expériences de Morren ont également prouvé qu'il

y a une certaine quantité d'acide carbonique dissous dans ces eaux , laquelle semble varier en raison inverse de l'oxygène y existant en même temps. La proportion d'oxygène trouvée dans un volume déterminé d'air dissous dans l'eau, surpasse celle dans laquelle on la trouve dans l'air atmosphérique. Humboldt et Gay-Lussac ont trouvé dans l'air provenant d'eau douce 32 pour 100 d'oxygène. D'après Morren, la quantité d'oxygène semble varier dans l'eau de mer dans les diverses heures de la journée, et atteindre le maximum vers midi ; le contraire existerait pour l'acide carbonique.

Les poissons absorbent une portion de cet oxygène dissous et rendent de l'acide carbonique qui se trouve ainsi absorbé par l'eau, et ce n'est que par la dissolution continue de nouvelles portions d'air atmosphérique que la respiration de ces animaux peut continuer à avoir lieu. C'est pourquoi les poissons cessent rapidement de vivre dans l'eau privée d'air par l'ébullition ou couverte d'huile. Je rapporterai ici une expérience qui m'est propre et que j'ai faite à une époque déjà éloignée, sur la respiration de la torpille. L'air dissous dans l'eau de l'Adriatique prise près de la plage, se composait, pour 100, de 11 d'acide carbonique, de 60,5 d'azote et de 29,5 d'oxygène. Une grosse torpille fut tenue pendant quarante-cinq minutes dans un peu plus de 4 litres de cette eau. La torpille fréquemment excitée, on en obtint beaucoup de secousses, et elle mourut bientôt. L'air dissous dans l'eau ne contenait plus trace d'oxygène, et au contraire il s'y trouvait 36 pour 100 d'acide carbonique et le reste d'azote.

L'expérience a prouvé que ces changements survenus dans l'air atmosphérique, au contact d'un animal vivant, ont lieu non-seulement dans les poumons , mais encore que toute la superficie du corps de l'animal peut opérer, à différents degrés, de semblables modifications. Les grenouilles auxquelles ont été enlevés les poumons, ou dont on a empêché la respiration d'une manière quelconque, continuent à vivre, et placées dans une quantité d'air déterminée , on trouve , après un certain temps , qu'une portion de l'oxygène a disparu, et que de l'acide carbonique l'a remplacé. Humboldt et Provençal ont vu les tanches vivre sans grandes souffrances, quoiqu'elles eussent la tête et les branchies hors de l'eau, et le corps seul immergé. Spallanzani et Edwards ont de plus prouvé que la respiration cutanée est indispensable chez les batraciens , en sorte que les grenouilles vivent plusieurs jours sans poumons, et qu'au contraire elles périssent après peu d'heures si elles sont écorchées ou ont la peau vernissée. Sorg tint plongé dans du gaz oxygène un de ses bras pendant quatre heures; après ce temps il trouva que les deux tiers environ de ce gaz avaient disparu. Davy, analysant l'air injecté dans une des plèvres d'un chien, trouva qu'au bout de peu de temps il ne contenait plus que de légères traces d'oxygène.

Le mécanisme de la respiration, les changements chimiques qui accompagnent cette fonction ont donc lieu dans tous les animaux de la même manière. L'oxygène disparaît en présence des organes respiratoires des animaux, en même temps l'acide carbonique s'exhale de

ces mêmes organes; il y a un excès d'azote dans l'air expiré sur celui qui a été inspiré; le volume d'acide carbonique rejeté n'est jamais supérieur à celui de l'oxygène absorbé ; dans certains animaux il est moitié moins abondant que celui-ci; l'air rejeté est saturé de vapeur d'eau.

Pendant que l'acte respiratoire opère dans l'air atmosphérique les changements dont je viens de vous entretenir, qu' arrive- t-il dans l'organisme? Il n'est personne de vous qui ignore que, dans la respiration, le sang veineux , poussé dans le poumon abandonne sa couleur noire et passe à une belle couleur vermillon, devient artériel, est renvoyé au cœur, et que de cet organe il passe dans toutes les parties du corps. L'interruption de cette transformation occasionne rapidement la mort.

Je pourrais vous citer un grand nombre d'expériences propres à vous démontrer que le changement du sang veineux en sang artériel a lieu dans le poumon pendant l'acte de la respirati on. Bichat coupa à un chien la trachée et une artère, et appliqua rapidement un robinet à l'ouverture de chacun de ces vaisseaux ; en fermant le robinet de la trachée , peu après une inspiration , le sang artériel commençait à devenir noirâtre, et avant qu'une minute fut écoulée il était complètement veineux. Répétant l'expérience en fermant le robinet de la trachée aussitôt après une expiration, le sang artériel s'écoulait peu de secondes après et coloré en noir. Si on enlevait avec une pompe convenablement disposée l'air du poumon , le sang sortait de l'artère immédiatement noir, et si, au contraire , on poussait un peu d'air dans le poumon , le

sang conservait plus longtemps sa couleur vermeille. En ayant soin d'ouvrir de temps en temps le robinet de la trachée , on voyait alternativement une ondée de sang rouge succéder à celle de sang noir. Voici un lapin à la trachée duquel est fixé un robinet; observez le péritoine qui a été mis à découvert , vous verrez la couleur rouge de ses vaisseaux se changer en rouge foncé si le robinet reste fermé quelques instants, et reparaître avec sa couleur naturelle, quand le robinet est ouvert de nouveau. Les tissus de toutes les parties du corps, les reins, les muscle's , la langue , les lèvres , prennent une couleur noirâtre chez les asphyxiés. Coupez les deux nerfs pneumo-gastriques à un animal quelconque, les mouvements respiratoires ne tarderont pas à être troublés , et en même temps le sang conservera sa couleur noirâtre, et les lèvres, les narines, l' arrière-bouche de l'animal perdront leur coloration rouge.

Si au lieu d'introduire dans le poumon d'un animal l'air atmosphérique, on le fait respirer dans le gaz azote, dans l'hydrogène carboné, dans l'hydrogène pur, l'oxyde de carbone, l'acide carbonique, le deutoxyde d'azote, l'hydrogène sulfuré, la mort arrivera plus ou moins promptement et par tout le corps vous ne trouverez que du sang noir. Outre l'air atmosphérique, l'oxygène et le gaz protoxyde d'azote sont aptes à maintenir la respiration pendant quelques instants. Peut-être que dans l'oxygène cette fonction pourrait se maintenir longtemps ; mais en respirant ce gaz les mouvements respiratoires sont plus fréquents, les pulsations artérielles s'accélèrent, et le sang se colore partout en rouge très-vif. Dans le pro-

toxyde d'azote la respiration se prolonge quelques instants sans graves inconvénients; mais, ainsi que dans l'oxygène, le mouvement respiratoire est accéléré, les fonctions cérébrales sont troublées, et il survient une espèce d'ivresse.

Nous connaissons maintenant les phénomènes qui ont lieu pendant la respiration tant dans l'air lui-même qu'au sein de l'organisme : oxygène absorbé, acide carbonique exhalé, sang noir veineux changé en sang rouge artériel ; et ces deux modifications se passent dans Un même organe, dans lequel, par sa structure particulière, l'air atmosphérique , qui abandonne de son oxygène , et le sang veineux, qui devient rouge , se trouvent presque en contact ou séparés par une membrane extrêmement mince.

Ces modifications de l'air et du sang sont-elles des phénomènes qui ne s'opèrent que dans le corps vivant.*^ Remarque-t-on que des changements analogues à ceux qui arrivent pendant la respiration aient lieu encore pour quelque temps entre l'oxygène de l'air atmosphérique et le sang veineux extrait d'un corps vivant? L'expérience la plus simple répondra bientôt à ces demandes, et ne vous laissera aucun doute sur la nature absolument physico-cJiiniique de cette fonction.

Voici une masse de sang coagulé depuis quelques heures; vous voyez qu'elle est rouge à sa superficie, et d'une couleur noirâtre à la surface du morceau que je détache avec le couteau. Avant que peu d'instants se soient écoulés , vous verrez également qu'elle contractera aussi la couleur rouge. Je fais arriver de l'acide carbonique sur la surface rouge de ce caillot; elle devient presque im-

médiatement noire. Je fais passer un courant de ce gaz à travers un liquide formé de sang dissous dans l'eau , et bientôt vous voyez qu'il se colore en noir. Ce liquide noirâtre, versé dans un flacon plein d'oxygène, agité quelques instants , change , perd cette couleur foncée , et devient vermeil. Il n'y a que l'hydrogène sulfuré qui, ayant agi sur le sang , même en très-petite quantité , enlève à l'oxygène la propriété de le ramènera l'état de sang artériel.

Depuis Priestley on savait que si ce sang, devenu noirâtre par l'action de l'acide carbonique, était mis dans une vessie humide tenue en contact avec de l'oxygène, le sang devenait également rouge , et que la membrane interposée n'empêchait pas le changement de couleur. Il est donc prouvé par l'expérience que le changement de la couleur du sang de noir en rouge, qui accompagne constamment l'introduction de l'oxygène dans les vésicules aériennes de l'animal vivant dans des circonstances identiques à celles que je viens d'indiquer, est un phénomène entièrement de nature physico-chimique, consistant dans l'action de l'oxygène sur un liquide qui prend naissance dans l'organisme vivant.

Quelle est donc la nature de ce changement.^^ Quelles sont les lois qui y président? Voici les particularités dont nous devons encore nous occuper, et dans ces investigations nous nous appuierons sur les belles recherches de Magnus.

Si l'on recueille le sang veineux qui sort de l'ouverture d'une veine d'un animal vivant , qu'on le reçoive dans un récipient qui contient du gaz hydrogène pur, qu'on l'y

agite, on y trouve une certaine quantité d'acide carbonique qui , certes , ne peut être le résultat d'aucune combinaison chimique de l'hydrogène avec les éléments du sang, et que l'on ne peut prétendre non plus avoir été chassé du sang par l'affinité de l'hydrogène pour le corps avec lequel on pourrait supposer être combiné l'acide carbonique. Il existe donc de l'acide carbonique dissous dans le sang lui-même , et il est mis en liberté par l'hydrogène par l'action qu'a un gaz sur un autre gaz de nature différente dissous dans un liquide. Si l'on eût opéré sur le sang artériel au lieu de se servir de sang veineux, on aurait trouvé une quantité moindre d'acide carbonique fournie par le sang. L'azote, également employé au lieu de l'hydrogène , produit par son contact avec le sang un dégagement d'acide carbonique dont la quantité aurait été plus que double dans le sang veineux, de celle qui provient du sang artériel. Par l'emploi de cette méthode, on n'obtient pas seulement l'acide carbonique, mais encore l'oxygène et l'azote qui se dégagent avec lui . Les résultats obtenus par Magnus méritent tant de confiance et sont si importants , que je crois devoir vous communiquer les nombres trouvés par ce chimiste. Magnus a extrait et analysé les gaz dissous dans le sang avec un appareil particulier, au moyen duquel il faisait le vide sur le sang même , et l'on recueillait ainsi les gaz qui se dégageaient. Si j'introduisais une certaine quantité de sang, au moment où il est tiré de l'animal, sous le vide du baromètre , vous verriez la colonne de mercure s'abaisser considérablement, et par ce moyen on pourrait égalementtecueillir les gaz du sang.

Voici le tableau dans lequel sont rapportés les nombres obtenus par les expériences, de Magnus :

Centimètres cubes.

Sang artériel d'un cheval , 125 ont donné

Sang veineux d'un cheval , 205 ont donné. . . .

Sang artériel d'un cheval , 130 ont donné. ....

Sang veineux d'un cheval , 170 ont donné

Sang artériel d'un veau , 123 ont donné. . .

Sang artériel d'un veau , 108 ont donné

Sang veineux d'un veau, 253 ont donné. . . . .

Sang veineux d'un veau , 140 ont donné

9,8 de gaz.

12,2 de gaz.

16,3 de gaz.

18,9 de gaz.

14,5 de gaz.

12,6 de gaz.

13,3 de gaz.

7,7 de gaz.

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