INFLUENCE DU SYST. NERV. SUR LA NUTRITION
Laissons donc de côté la question des différents centres des actions réflexes, pour exposer des phénomènes beaucoup plus étudiés et surtout lieaucoup mieux connus.
Dans les leçons précédentes, vous avez vu que le système nerveux exerce une action aussi importante qu'incontestable sur tous les phénomènes de nutrition et de sécrétion qui se produisent dans l'organisme; son influence peut môme s'étendre jusqu'aux phénomènes chimiques. Ce sont là des faits extrêmement remarqualîles : aussi n'est-il pas inutile d'exposer nos idées sur ce point, en expliquant comment nous comprenons le mécanisme de ces différentes actions.
La première chose à dire, c'est que le système nerveux n'est pas indispensable à la production de ces phénomènes, auxquels il prend pourtant une part si considérable, dans l'état normal, chez les animaux supérieurs. En effet, la nutrition s'opère trèsbien chez l'embryon, quoiqu'il n'ait pas encore de système nerveux, et les végétaux qui ne possèdent jamais d'organes de ce genre n'en forment pas moins des principes immédiats distincts. Quel est donc précisément le rôle du système nerveux dans l'accomplissement de ces phénomènes ? voilà ce que nous tâcherons de faire comprendre tout à l'heure. .; On a cru longtemps que les végétaux seuls produisaient des principes immédiats, et que ces prin-
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cipes, une fois formés, passaient ensuite par les voies ordinaires de la nutrition, dans le corps des animaux qui se nourrissaient de ces plantes. Comme conséquence de ces idées, on comparait les végétaux à des appareils de réduction, et les animaux à des appareils de combustion ; les premiers préparaient toutes les substances que les animaux devaient brûler ensuite. Voilà des idées absolues auxquelles il faut renoncer, car elles ne sont plus admissibles aujourd'hui. Les animaux, comme les végétaux, préparent des principes immédiats : c'est un point bien démontré. Chaque être est complet en lui-même et ne dépend pas directement des autres pour accomplir les fonctions essentielles de la vie; chaque être, enfm, présente également ces deux parties de la fonction générale de nutrition, ces deux faces d'un même phénomène, qui s'appellent réciproquement et ne se conçoivent pas l'une sans l'autre, à savoir l'assimilation et la désassimilation.
Ce n'est donc pas un point de vue physiologique que de considérer les végétaux comme faits pour les animaux. Les végétaux sont faits pour eux-mêmes, tout aussi bien que les autres êtres, et ils vivent à leur manière, d'une façon autonome quoique dépendante. Cependant, dira-t-on, les plantes peuvent être et sont en fait utilisées par les animaux pour leur nourriture. — Sans doute; mais cela ne prouve rien. Il y a aussi des animaux qui servent à en nourrir d'autres, des herbivores qui sont dévorés par des
LES ANIMAUX FORMENT DES PRINCIPES IMMÉDIATS, /j07
carnivores : prétendrait-on en conclure que les premiers sont faits pour les seconds? Non, évidemment, au moins au point de vue physiologique. Eh bien, si de l'utilité que l'homme tire du miel des abeilles, par exemple, vous ne pouvez pas déduire raisonnablement cette conséquence que les abeilles ont été faites pour lui, comment vous serait-il permis d'affirmer que les betteraves ont été créées en vue des animaux, et vivent pour leur plus grand profit parce que ces animaux se nourrissent du sucre qu'elles produisent? Des deux côtés, la situation est identique. Chaque être vit pour son propre compte, et porte sa fin en lui-même, bien qu'il occupe sa place dans l'ensemble du monde sans en troubler l'harmonie. Mais, comme conséquence de son autonomie, tout être vivant, quel qu'il soit, peut produire les principes essentiels à son existence, au moins en général.
Ainsi, on avait soutenu bien des fois que les animaux ne produisaient jamais de graisse, et qu'ils n'en pouvaient fixer dans leurs tissus qu'autant que leur en fournissaient leurs aliments. Le rôle de l'organisme animal dans la formation de la graisse se réduisait donc, eu quelque sorte, à filtrer cette substance pour la séparer de toutes les autres qui s'y trouvaient mélangées; mais on le jugeait incapable de produire aucune combinaison nouvelle, et le beurre que nous retrouvions au milieu du lait avait dû nécessairement exister, sous la forme de matière
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grasse, dans le foin ou l'herbe mangée par la vache. Aujourd'hui cette théorie exclusive est tout à fait disparue, et l'erreur eu a été démontrée trop manifestement pour qu'elle compte encore un seul adhérent.
Il en est de même pour le sucre. On croyait aussi qu'il se formait exclusivement chez les végétaux. Mais c'était encore là une théorie trompeuse qui s'est écroulée devant les faits comme la précédente. Il ne serait plus possible de nier aujourd'hui que les animaux forment du sucre comme ils en détruisent. J'ai clairement démontré par mes travaux que les animaux forment du sucre, et qu'ils le font ensuite passer par toutes les transformations qu'il peut subir, jusqu'à sa décomposition en alcool et acide carbonique qui fait rentrer une partie de ses éléments dans le monde minéral. Le mécanisme de cette opération est fort analogue à celui qui amène la production de la pepsine, de la ptyaliue, de la pancréatine, ainsi que des autres humeurs spéciales aux sécrétions et jouant un rôle quelconque dans l'organisme. La formation du sucre a lieu du reste daus une cellule animale absolument comme dans une cellule végétale. D'un côté comme de l'autre, il se forme d'abord de l'amidon qui se dépose au milieu de la cellule , ainsi qu'on peut le voir notamment dans le foie des animaux; puis cet amidon se transforme en dextrine, et cette dextrine devient ensuite du sucre ordinaire.