‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivants (volume 2)Chapitre 37 sur 159 · CRITIQUE DES IDÉES DE BICHAT · texte numérisé non relu

CRITIQUE DES IDÉES DE BICHAT

contrait pas dans le système de la vie organique. Mais c'était une erreur, car le cœur, qui appartient évidemment àla vie organique, possède des fibres striées, et chez certains animaux, la tanche par exemple, les intestins en ont également. Il y a donc des fibres striées dans les deux systèmes, et l'on ne peut plus soutenir cette distinction, ni physiologiquement, ni anatomiquement.

Il en est de même de la distinction tirée du système nerveux. On ne peut prétendre qu'il y en ait un exclusivement réservé à la xic animale, et un autre complètement propre à la vie organique, car on trouve à chaque instant des filaments nerveux du grand sympathique, ou vaso-moteur, se rendant dans un organe de la vie animale, et réciproquement.

On peut en dire autant du système glandulaire : il n'est pas plus permis du soutenir que les glandes se montrent exclusivement dans les organes d'une des deux vies, et sont étrangères à l'autre, car s'il y a de nombreuses glandes annexées au canal digestif, il y en a aussi dans les organes des sens, dans la peau, et bien autre part encore.

Ainsi la classification de Bichat ne peut être admise en physiologie générale, parce qu'elle établit des distinctions qui n'existent plus pour cette science. Mais on peut très-bien la conserver en physiologie spéciale, dans la physiologie humaine notamment, et dans celle des animaux élevés. Ainsi les fibres musculaires de l'utérus qui concourent

jlO 1.' IRRITABILITÉ.

à la vie tie l'espèce, n'ont évidemment rien de imi'ticulier au point de vue de la physiologie générale; mais il peut élre intéressant de les distinguer dans la physiologie humaine. Celte classification est, en effet, généralement adoptée, parce qu'elle est commode ethonne dans ses traits généraux. On y a cependant apporté quelques modifications peu importantes, et dans le détail desquelles il serait trop long d'entrer. Citons seulement les principaux essais de classifications des phénomènes de la vie postérieurs à Bichat.

Gûnther classait ainsi les phénomènes fondamentaux de la vie :

r Imbibition, 2" Endosmose.

3° Affinité chimique.

li° Chaleur propre.

5° Phénomènes électriques.

6" Mouvements vibratiles et mouvements musculaires.

7° Influence du système nerveux.

Cuvier et Dugès proposèrent de distinguer : IMes fonctions vitales, communes à tous les êtres vivants, animaux ou végétaux, et T les fonctions animales appartenant aux animaux seulement. Mais il est facile de voir que cela revient exactement à la divi-

CLASSIFICATION DK LEVDIG. 111

sioi) de Bichat en phénomènes de la vie (jiganique et phénomènes de la vie animale.

Puisque la classification de Bichat ne peut convenir à la physiologie générale, nous avons maintenant à chercher des classifications propres à cette science. Il y a eu plusieurs tentatives dans ce sens, et nous devons les indiquer sommairement.

Bemarquons tout d'abord qu'il est naturel aujourd'hui d'aller chercher les propriétés vitales dans les éléments histologiques, tandis qu'il était non moins naturel que Bichat se contentât de les chercher dans les tissus, puisqu'il les considérait comme les éléments primitifs des organes. Nous devrions donc faire une classification des éléments histologiques ; sans doute, ce n'est là qu'une classification anatomique, et non une classification physiologique proprement dite ; mais elle doit toujours arriver au même résultat, puisque en définitive les fonctions vitales résident dans les éléments organiques.

A ce point de vue, Leydig distinguait quatre espèces d'éléments ou de tissus, qui sont :

1" Le tissu nerveux;

T Le tissu musculaire ;

'6" Le tissu des cellules restées autonomes, comprenant surtout les épithéliums et les glandes^ et qui sert particulièrement à l'accomplissement des fonctions d'absorption et de sécrétion ;

112 1. IRUITABILITÈ.

h" I.e tissu de la substance conjonctive, qui a ties fonctions physiologiques beaucoup moins «''levées, et sert en quelque sorte de sputicn aux autres tissus plus spéciaux.

(^ette classitîcation a déjà été exposée plus haut avec détail. (Voy. pag. 27 à o5 et lig. 8 à 23.)

Nous aurions donc à suivre les propriétés de chacun de ces éléments, et nous obtiendrions ainsi une classification fondée sur l'anatomie générale. Mais cette manière de procéder présente des inconvénients, car fort souvent on laisse échapper des faits qui ne se rattachent étroitement à aucun des tissus élémentaires. Ainsi Haller, qui veut fonder la physiologie entière sur la fibre sensible et la fibre contractile ou musculaire, est amené à négliger tout ce qui ne rentre pas dans cette donnée trop étroite, et sa définition de la physiologie, anatomia animata, n'est pas toujours vraie. Les physiologistes solidistes, qui s'y attachèrent exchisivement, laissèrent de côté l'étude des liquides de l'organisme, comme on l'a reproché à Brown et à Broussais. Les humoristes tombent dans l'excès contraire. Mais, à notre point de vue, il est certain que les anatomistes ne tiennent pas assez de compte des liquides divers, et en général des phénomènes physico-chimiques qui jouent pourtant un rôle notable dans les manifestations vitales.

Aussi je pense qu'il faut d'abord étudier les fonctions dans leurs apparences, c'est-à-dire lem^s maiii-

Y A-T-IL DES PHÉiVOMÈNliS VITAUX? 413

Icstations, pour en chercher ensuite l'expUcation déduite de l'expérimentation. L'anatomie ne présente ({ue les rapports des fonctions avec les organes, el les phénomènes physico-chimiques ne peuvent se comprendre que par l'étude des conditions extérieures à l'organisme, c'est-à-dire du milieu, mais non par la seule connaissance des organes. Ce point de vue, le plus complet de tous, a donné naissance à des classifications dont nous devons parler un instant.

L'action de la vie donne lieu à trois ordres de phénomènes : d'abord des phénomènes physiques et des phénomènes chimiques, qui se passent là comme ils se passeraient autre part dans la nature brute, et qu'on ne doit pas considérer comme opposés à la vie et sans cesse en lutte avec elle, mais au contraire, comme concourant à sa manifestation ; puis des phénomènes vitaux propres aux êtres vivants, et qui ne se produisent que là. Il n'est pas toujours très-facile de distinguer ces différents ordres de phénomènes les uns des autres, car ils sont souvent connexes et intimement unis. Tel phénomène, vital à un moment donné, devient ensuite chimique. Aussi a-t-on prétendu qu'avec les progrès de la physiologie, tous les phénomènes vitaux disparaîtraient pour rentrer dans la classe des phénomènes physico-chimiques. Quelques explications sont indispensables pour bien indiquer ce cju'on entend par là.

Il se produit d'abord dans les corps vivants des phénomènes évidemment chimiques, que personne

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