QUINZIÈME LEÇON
tmS XERF« MOTEURS ET DE EELR ACTI01\.
17 mai 18C4.
SOMMAIRE. — Le nerf moteur a une vie propre dans l'ensemble du système nerveux. — Marche que suit dans le nerf moteur la disparition des propriétés vitales. — Le nerf moteur se nourrit par la cellule centrale. — Il s'empoisonne par l'extréniiié musculaire. — Distinction des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs par l'action du curare. — Élat d'un animal empoisonné par le curare. — Mécanisme de la mort sous l'influence de cet agent toxique, — Régénération des nerfs moteurs; sa marche. — Action du nerf moteur sur le muscle; influence nerveuse.
L'élément nerveux moteur fait partie du système nerveux, mais il occupe une place distincte entre le muscle et le nerf de sensibilité. Cette distinction s'établit, non-seulement anatomiquement par la diversité des origines, mais aussi physiologiquementpar la différence des propriétés nerveuses et par l'action
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variée des poisons sur elles. Les limites de cet élément moteur sont, d'un C(Mé, la fil)re musculaire dans laquelle il se termine, de l'autre, la cellule centrale doù il part. Cette cellule présenterait une forme et des caractères particuliers qui lui ont valu le nom de cellule motrice.
Le nerf moteur a une vie propre, parfaitement indépendante de celle des autres tissus, et. ])ar une conséquence naturelle, il jouit aussi d'une nutrition particulière, de telle sorte qu'il peut se nourrir sans ({ue les muscles ou les autres nerfs se nourrissent ])our cela. Cherchons d'abord à déterminer les conditions essentielles de cette nutrition.
L'origine du nerf moteur est une cellule placée dans la moelle et contenant un noyau, un nucléole et des granulations. De cette cellule partent des tubes nerveux plus ou moins longs, composés, comme nous l'avons dit, par un cylindre-axe qui en est la partie essentielle et qui est protégé par une enveloppe tubulaire remplie d'une substance albuminoïde opaque après la mort, mais transparente pendant la vie. ce qui empêche d'apercevoir le nerf. La nutrition du nerf moteur ne se fait point par toutes ses parties, telles que nous venons de les indiquer, mais seulement par la cellule centrale. Aussi, quand on pratique une section qui interrompt toute communication avec la cellule centrale, il y a [taralysie du nerf, et l'influence de la volonté ne peut plus se transmettre au muscle. Cependant, si l'on prend le bout périphé-
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riquc ilu nerf moteur et si on l'irrite avec des irritants mécaniques ou pliysico-chimiques ou obtient des mouvements dans le muscle, mais seulement pendant un temps limité. Ainsi, dans les premiers moments, on en obtiendra eu agissant sur une partie ({uelconque de la longueur du nerf moteur coupé; plus tard, l'effet ne se produira plus quand on opérera sur l'extrémité du nerf, près de la section ; et il faudra descendre de plus en plus vers l'extrémitc' périphérique, celle qui plonge dans le muscle, jusqu'à ce qu'on finisse par ne plus rien obtenir du tout, même en irritant le nerf à son entrée dans la substance musculaire. Le nerf moteur perd donc ses propriétés du centre vers la périphérie.
Ces phénomènes physiologiques sont dans une étroite corrélation avec des phénomènes anatomiques (pii suivent une marche parallèle. Ou observe, en etfet, après la section du nerf, une coagulation de la matière nerveuse entourant le cylindre-axe, coagulation qui se propage également de la périphérie vers le centre, et dont les progrès correspondent exactement à ceux de la disparition des propriétés vitales du nerf. Ainsi donc, si ces propriétés vitales persistent quelque temps encore après la section du nerf, c'est que ce nerf a conservé intact son milieu nutritif, la moelle qui remplit les tubes nerveux. Au fur et à mesure que ce milieu s'altère, ou disparaît, les propiiétés physiologiques disparaissent également.
Examinons maintenant le bout du nerf coupé nui
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tient à la cellule nerveuse centrale. Nous voyons qu'il s'est complètement conservé avec toutes ses propriétés. La nutrition du nerf moteur s'opère donc par la cellule centrale, puisc^ue le bout qui reste en communication avec elle conserve toujours sa constitution normale. Nous veri'ons plus tard qu'il y a une cellule nutritive particulière pour le nerf sensitif correspondant.
Avant de terminer ces généralités sur le neii moteur, il convient d'exposer les expériences que nous avons instituées, pour démontrer par l'action des poisons la séparation des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs. Nous avons déjà dit bien des fois que le curare agit seulement sur les nerfs de mouvement et respecte le système nerveux sensitif; c'est là le point de départ de ces expériences, qui vont être répétées sous vos yeux.
Voici d'abord une grenouille (fig. 55) dont on a mis à découvert les nerfs lombaires en soulevant et en réséquant le sacrum. Puis on a passé un fd par-dessous, et l'on a lié fortement toutes les parties placées devant les nerfs lombaires, veines, artères, etc., de telle sorte que le train antérieur ne communique plus avec le train postérieur que par les nerfs lombaires : c'est absolument comme si l'animal était coupé en deux, et que les deux parties fussent réunies au moyen des nerfs lombaires. La ligature que nous avons pratiquée a arrêté toute circulation dans les membres postérieurs; mais si
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iitius empoisonnons le train antérieur, le sang, qui sert lie vélncule à l'action toxique, sera certainement
Fig. oi. — G^'enouille prépan'c pour montrer que le curare détruit les propriétés des nerfs moteurs sans atteindre celles des nerfs sensitifs.
AA. Nerfs lombaires au-dessus de la ligature. — B. Aorte au-dessous du fil et comprise dans la ligature.
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mis en contact avec tous les nerfs de la partie antérieure du corps au-dessus de la ligature : le système nerveux moteur y périra donc complètement. En sera-t-il de même dans le train postérieur? Non ; et voici pourquoi. L'action du curare sur le nerf moteur ne peut s'exercer qu'à la condition de faire toucher au poison l'extrémité périphérique de ce nerf, (]ui plonge dans le muscle lui-même. L'empoisonnement du nerf moteur ne se propage point parla moelle épinière au delà de la cellule motrice. Or, dans le train antérieur, le sang imprégné de curare sera mis en contact dans le muscle avec Textrémité périphérique du nerf moteur et pourra lui transmettre l'action du poison. Mais dans le train postérieur, la ligature, qui a interrompu la circulation, interdit tout accès au sang infecté par le curare; les nerfs moteurs ne pourraient donc être atleiuts que par leur origine dans la moelle épinière, et nous savons que l'empoisonnement ne se propage pas par cette voie.
On pourrait peut-être s'étonner que le nerf moteur s'empoisonne par son extrémité, tandis qu'il se nourrit par la cellule centrale. Les faits sont, du reste, bien étabhs et aussi incontestés qu'incontestables. Force est donc bien de reconnaître que la cellule centrale est Télément trophique du nerf moteur, et les expériences qui se font ici mettent hors de doute le tait que ce même nerf s'empoisonne exclusivement par la })(hiphéric. Il n'y a point là de contradiction,
conime on serait tenté de le croire au premier abord, car l'empoisonnement et la nutrition peuvent être deux faits d'ordre tout différent. Mais ([uand survient la régénération dn nerf, la cellule trophique n'y concourt pas; le tronçon isolé se régénère sur place et par toutes ses parties à la fois. Le développement, comme la régénération, se fait également sur place. Aussi, quand on greffe sous la peau d'un animal un morceau du nerf sciatique, je suppose, ce nerf perd d'abord ses propriétés anatomiques, pour les recouvrer ensuite par la régénération de ses éléments (pii s'accomplit très-bien en l'absence de la cellule centrale. Mais il ne peut recouvrer de même sa propriété physiologique, qui n'était au fond qu'un rapport, parce que les termes de ce rapport sont changés ou supprimés.
Après avoir expliqué le mode d'action du curare sur les nerfs moteurs, revenons maintenant à la grenouille qui vient d'être empoisonnée par cette substance. Si on lui pince les pattes de devant, aucun mouvement ne se produit dans ces pattes : elles ont l'air de ne plus sentir et d'être paralysées de la sensibilité comme du mouvement. Cependant la sensibilité n'y est pas atteinte ; mais comme le système moteur est détruit, elle ne peut plus se manifester par aucun mouvement de ces parties. Cet exemple nous montre combien le physiologiste doit être réservé dans les conclusions qu'il tire de ses expéliences. On ne doit jamais dépasser le fait observé ;