‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivants (volume 2)Chapitre 86 sur 159 · CL. BtR.NARU · texte numérisé non relu

CL. BtR.NARU

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si évidente que paraisse la déduction qu'on en tire, elle ne peut avoir la prétention de se poser en vérité démontrée, observée; elle ne sera jamais qu'une interprétation plus ou moins juste, mais toujours sujette à l'errenr, et, par conséquent, toujours susceptible clètre changée ou modifiée. Ainsi, dans l'exemple que nous avons ici, il ne faut pas se hâter de dire : céKe grenouille empoisonnée est privée du senlimenl et du mouvement : cela serait faux ; il faut se contenter d'exprimer par le langage les phénomènes observés : cette grenouille est empoisonnée de manière à ne plus manifester aucun mouvement. Maintenant, la suppression complète du mouvement dans une partie suppose-t-elle nécessairement la perte de la sensibilité? C'est une question qui reste à part, et qui va se résoudre par les expériences qui suivent.

Sur la grenouille telle qu'elle a été préparée ici, nous avons un moyen bien simple de mettre en évidence la persistance de la sensibilité, malgré la destruction du nerf moteur par l'action du curare. Si nous pinçons les pattes postérieures, il est tout naturel que nous obtenions un mouvement dans ces pattes, puisque, grâce à la ligature qui a été faite au miheu du corps, tout le train postérieur a été préservé de l'action du curare. Mais pinçons maintenant les membres antérieurs en observant les membres postérieurs, et nous verrons ceux ci remuer. Il est donc bien évident par là que la sensibilité persiste dans la partie antérieure du corps qui a subi l'action

toxique. L'irritation produite par la pince se transmet à la moelle épinière, et de là au train postérieur qui lui est resté uni au moyen des nerfs lombaires ; et les pattes de derrière peuvent remuer sous celte influence, parce que le système moteur n'y est pas détruit, comme dans la partie antérieure du corps. Au lieu de préserver de l'action du curare toute une moitié du corps, nous aurions pu conserver seule ment un seul muscle, comme le muscle soléaire, en liant l'artère qui s'y distribue, ou même une seule fibre, si nous parvenions à l'isoler convenablement; et ce muscle ou cette fibre nous auraient seuls manifesté par leurs contractions la persistance de la sensibilité dans le reste du corps. Il y a donc une distinction très-nette et très-complète entre ces divers ordres de phénomènes, malgré la grande complication des actions vitales et leur enchevêtrement inextricable qui paraît si peu se prêter à l'analyse du physiologiste.

Comme point de comparaison, nous pouvons prendre maintenant cette grenouille qui a été empoisonnée par le curare sans qu'aucune ligature vienne préserver certains membres. Tout mouvement est perdu chez elle. Nous avons beau la pincer, elle paraît complètement insensible, bien que la sensibilité ne soit perdue nulle part, comme nous venons de le montrer.

Mais comment concevoir que la mort arrive par suite de la suppression des nerfs moteurs? C'est ce

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(jiii nous reste à expliquer; car, si tous les poisons produisent un menie résultat final, la cessation de la vie, ils diffèrent beaucoup dans leur mode d'action, et ils donnent chacun, pour ainsi dire, un mécanisme particulier de la mort. Voyons donc comment les choses se passent dans le cas qui nous occupe.

Tous les nerfs moteurs n'ont pas la même sensibilité à l'action du curare. Les plus sensibles sont les nerfs moteurs cérébro-spinaux. Aussi, (piand on n'administre qu'une petite dose de curare, les nerfs moteurs des membres sont atteints plus vite que les autres ; or les nerfs respiratoires ne le sont pas encore à ce moment : la vie continue donc dans ce cas; et si l'empoisonnement n'augmente pas, au bout d'un certain temps, l'animal élimine le poison qu'il avait absorbé : ses nerfs moteurs se régénèrent, il recouvre l'usage de ses membres, et continue à vivre comiïie auparavant. Mais si la dose est plus forte, les nerfs respiratoires sont atteints comme les autres, et l'animal périt purementet simplement par asphyxie. Cela estsi vrai, que, si l'on a recours à la respiration artificielle, on peut donner à l'animal le temps d'éliminiM' le poison, et il échappera ainsi à la mort qui n'am'ait point manqué de l'atteindre rapidement.

Après cette démonstration de l'isolement physiologique du nerf moteur et du nerf sensitif, reprenons l'histoire du nerf moteur. Le nerf moteur peut se régénérer dans certaines conditions. Quand la paralysie du nerf moteur arrive à la suite d'uiie section, le nerf

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