‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivants (volume 2)Chapitre 88 sur 159 · SEIZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

SEIZIEME LEÇON

IRRITAIST.S DKS IWERF.S MOTEURS.

21 mai imii.

SOMMAIRE. — Le nerf moteur est l'excitant du muscle. — L'action nerveuse se propage par le cylindre de l'axe. — Irritants des nerfs moteurs. — Irritants mécaniques. — Dessiccation. — Electricité. — Les irritants du nerf moteur agissent sur lui en modifiant son état physique. — Le nert moteur agit également sur le muscle en changeant son état physiologique. — Les nerfs excitants et les nerfs paralysants produisent au fond la même action. — Expériences sur les tissus d'un lapin à sang froid.

Le nerf moteur est caractérisé anatomiquement par sa terminaison dans la fibre musculaire, terminaison qui a lieu par contiguïté et non par continuité. Son caractère physiologique, c'est d'agir sur le muscle pour déterminer le mouvement. Du reste, il ne fait qu'exciter le muscle : là se borne le rnle qu'il

CONDITIONS d'activité DU NERF MOTEUR. 265

joue dans l'acte moteur; mais ce rôle est nécessaire, carie muscle, comme toute matière vivante, ne peut se contracter que sous une intluence qui lui soit extérieure, c'est-à-dire sous l'influence d'un irritant, et le nerf moteur est l'irritant normal du muscle. Mais le nerf moteur lui-même a besoin d'influences extérieures ([ui mettent en jeu ses propriétés vitales. Voyons donc comment le nerf moteur entre en fonction et quels sont les irritants qui l'y déterminent,

Haller avait déjà dit que la fonction du muscle est (le se contracter, tandis que celle du nerf est de l'exciter pour provoquer cette contraction. Mais pour suivre cette chaîne d'influences successives subordonnées les unes aux autres, il faut dire maintenant quel est l'excitant du nerf moteur et quelles sont les conditions dans lesquelles ce nerf peut exercer son action sur le muscle.

Il faut d'abord que le nerf moteur soit intact dans toute son étendue, pour que l'influence de la volonté puisse se transmettre. Si l'on pratique une section et qu'on excite le bout central, on n'obtient rien; mais si l'on excite le bout périphérique, on a une contraction. C'est même le moyen ordinaire pour reconnaître le nerf moteur dans une vivisection; c'est son caractère prati([ue. Du reste, le fait n'a rien ([ue de très-naturel : puisque l'élément sur lequel agit le nerf moteur est placé à son extrémité périphérique, son influence ne peut se manifester que dans ce sens. L'influence nerveuse, ainsi que nous allons le

i2G6 l'iïlkment nerveux.

voir, se transmet avec une vitesse qui ne dépasse pas 50 ou 60 mètres par seconde, vitesse fort modérée si on la compare à celle de certains agents physiques, électricité et lumière. Elle se propage le long du cylindre de l'axe qui est ainsi le véritable nerf, comme nous l'avons déjà dit, car, tant qu'il n'est pas attaqué, la fonctiondu nerf s'accomplit régulièrement.

M. Helmholtz a mesuré la vitesse de la propagation de l'intluence nerveuse avec un appareil (fig. 5;^)

Fig. 53. • — Appareil de M. llelmlioltz pour mesurer la vitesse de la transmission nerveuse.

.1. Pile fournissant le courant qui sert à irriter le nerf. — B. Pile fournissant le coiu'ant chronométrique, — M. Muscle. — N. Nerf. — Ij. Galvanomètre. — t. Pince servant à maintenir le nmscle. — a. Cuve remplie de mercure pour établir la communication des courants électriques. — d. Aiguille attachée au muscle et qui plonge dans le mercure de la cuve a lorsque le muscle est en relàclienient, — aS-y^. Disposition servant de commutateur pour obtenir une irritation instantanée.

analogue à celui qui lui a servi pour étudier la rapidité du courant irritatif dans les muscles (voyez

VIÏKSSE DE l.A TRANSMISSION NERVEUSE. 2G7

fig. ko, page 195), et qui est fondé sur les mêmes principes. On irrite le nerf d'abord à son extrémité au point e, puis vers son entrée dans le muscle, au point e'; le courant met un temps plus long à s'établir dans le second cas que dans le premier; et il est facile de voir que cet excès correspond précisément au temps qu'a mis le courant à parcourir le nerf du pointe au point e^ : on peut donc en déduire la vitesse de la transmission nerveuse. Celte vitesse dépend de l'activité des phénomènes physico-chimiques, et elle n'est pas la même chez tous les animaux. M. Helniholtz l'a trouvée égale à 50 ou 60 mètres chez l'homme, tandis qu'elle ne serait que de 15 à 20 mètres chez la grenouille.

Les irritants du nerf moteur se divisent en trois classes : irritants chimiques, irritants physiques, irritants physiologiques ou vitaux.

Nous laisserons de côté, pour le moment, les irritants physiologiques, qui nous occuperont longuement plus tard, quand nous parlerons du nerf de sentiment et de la moelle épinière. Ce sont eux, du reste, qui sont les excitants normaux pendant la vie.

Les irritants chimiques comprennent à la fois des acides et des alcalis. Tous les acides irritent plus ou moins le nerf moteur; mais il en est qui produisent plus particulièrement cet effet, et qui le produisent avec une énergie bien plus considérable.

Les irritants physiques comprennent notamment les excitations mécaniques, par exemple celle (pi'on

968 l'élément nerveux.

produit en pinçant le nerf. Seulement, quand le nerf a été ainsi broyé, il est bien irrité au moment où se produit l'action, mais il ne peut plus transmettre ensuite l'influence nerveuse par l'endroit comprimé. Kn effet, si l'on pince le nerf au-dessus de cet endroit, c'est-à-dire plus près de la cellule centrale, on n'obtient plus rien; au contraire, en le pinçant audessous, on a une contraction. On peut donc aller successivement depuis le centre jusqu'à la périphérie, mais non pas inversement . c'est, du reste, l'inconvénient ordinaire des excitants mécaniques qu'on ne peut presque toujours employer qu'une seule fois. La potasse caustique et les autres agents chimiques énergiques qui détruisent le nerf sont dans le môme cas. C'est avec cette méthode imparfaite que Charles Bell a fait ses expériences sur les racines des nerfs dans la moelle épinière.

A coté des irritants mécaniques, il faut placer certains irritants physiques et chimiques. Les agents physico-chimiques produisent dans le nerf moteur un changement physique permament ou momentané. C'est toujours ainsi que l'action s'opère, car s'il n'y avait pas de changement dans l'état du nerf moteur et dans celui du muscle, on ne comprendrait pas la contraction : ce serait un effet sans cause. Par exemple, quand on broie le nerf moteur, on opère évidemment un changement physique permanent. Tous les agents qui enlèvent de l'eau produisent aussi une irritation du nerf moteur, pourvu que la dessiccation

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