‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivants (volume 2)Chapitre 89 sur 159 · IRRITANTS PHYSIQUES DU NKRF MOTEUR · texte numérisé non relu

IRRITANTS PHYSIQUES DU NKRF MOTEUR

marche assez rapidement. Ainsi, mettons dans du sel marin, corps très-avide d'humidité, l'extrémité d'un nerf moteur de grenouille resté en communication avec son muscle : le muscle entre bientôt en tétanos; etceteflPet est dû à une dessiccation active, outie la soustraction de l'eau que subit le nerf moteur, car si l'on plonge ce nerf dans l'eau, le muscle cesse bientôt d'être en tétanos. On peut opérer de même sur un animal vivant. Ainsi, on peut placer une grenouille dans un courant d'air actif qui lui enlève son humidité : au bout d'un temps plus ou moins long, variable avec la rapidité de la dessiccation et qui va souvent jusqu'à vingt-quatre heures, la grenouille entre dans une espèce d'excitation tétanique comme le muscle isolé sur lequel nous opérions tout à l'heure. Quand on fait des expériences de vivisection sur des grenouilles, on est souvent embarrassé par des contractions dues à cette cause de dessiccation des nerfs, à laquelle on ne songe pas toujours dans ce cas.

Cette excitation par la dessiccation est déjà bien moins altérante que lexcitation mécanique. Mais l'irritant le plus employé et le meilleur à tous les points de vue, pour le nerf moteur comme pour le muscle, c'est l'électricité. Il faut nécessairement que cette électricité produise un changement physique dans le nerf moteur, sans quoi l'action ne sexpliquerait point : elle produit en effet un changement electri(iue particulier que nous examinerons plus

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tard. En elles-mêmes toutes les sources électriques sont bonnes pour cet usage; cependant il ne faut pas employer des appareils produisant des actions trop énergiques, qui pourraient agir directement et mécaniquement sur les nerfs, au lieu d'agir pliysiologiqueinent. Le plus souvent on se sert de courants d'induction.

Dès le commencement des expériences, on avait cherché à appliquer l'électricité aux nerfs ; mais on s'y prenait fort mal. Ainsi, on mettait le bout du fîl d'un des pôles de la pile sur l'origine du nerf, et le bout de l'autre sur son extrémité périphérique, c'est-à-dire sur le muscle. On avait cherché dans ces expériences à distinguer les racines antérieujcs des racines postérieures : mais on n'obtint rien et l'on ne pouvait rien obtenir, puisque l'électricité passait également dans les deux cas, et non pas seulement par le nerf mais aussi par les tissus voisins : d'ailleurs, le muscle était irrité directement, et dès lors les contractions qu'on obtenait ne signifiaient plus rien, puisqu'on pouvait toujours les supposer déterminées par cette irritation directe du muscle.

Millier montra qu'il fallait tout d'abord isoler le nerf, en le plaçant sur un morceau de verre, et faire ensuite passer le courant à travers une longueur restreinte, de manière à être bien sûr d'électriser le nerf tout seul. En opérant de cette manière, on distingua facilement les racines postérieures des racines antérieures; irritées dans leur bout périphé-

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i'i(iue, les premières ne donnent rien, tandis que les racines antérieures produisent une contraction à une grande distance. Pour obtenir ce résultat, il tant placer les deux pôles dans une certaine position. Si l'on place les deux pôles Tun en face de l'autre, de manière que le courant passe tout à fait transversalement, on n'observe pas d'excitation sur le nerf. Il faut doue que les deux pôles soient à des hauteurs inégales, que le pôle positif soit d'ailleurs en haut on en bas : le sens du courant n'exerce qu'une influence secondaire sur la production du phénomène.

Le changement physique lésultant de l'action de l'électricité n'est nullement en rapport avec l'intensité du courant, mais bien avec la rapidité du changement de force et de direction de l'électricité. Aussi les courants d'induction sont-ils les plus convenables pour ces sortes d'expériences. Ce n'est donc pas l'addition d'électricité dans le nerf moteur qui met en jeu ses propriétés physiologiques et amène la contraction du muscle, c'est exclusivement le changement brus que de l'état électrique qui se produit dans ce nerf. 11 en résulte que si nous faisons cesser l'action électri((ue en interrompant le courant, il y aura changement dans l'état électrique du nerf moteur, et par suite irritation, absolument comme si nous l'avions soumis à une nouvelleinfluence électrique. Vous voyez en effet que nous obtenons des contractions sur ces cuisses de grenouille cha([ue fois que le courant est supprimé ou rétabli dans le nerf moteur.

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c'est-à-dire à roiiverture et h la fcniietiire du circuit vol laïque.

Quand le courant passe constanimeut et régulièrement, il ne doit évidemment rien se produire, puisque nous avons un état physique constant. Si l'on veut obtetiir une irritation constante, il finit donc prendre un courant inconstant, ou, ce (jui est bien meilleur encore, un courant incessamment interrompu : il est facile alors de faire entrer le muscle en tétanos.

Mais ce que nous avons dit à propos de l'action de Télectricitésur le nerf moteur, nous pourrions le répéter aussi pour Faction du nerf moteur sur le muscle. En etfet le nerf moteur agit sur le nuiscle pour changer son état physiologique actuel : autrement il n'y produirait rien. Si le muscle est en repos, l'action du nerf moteur le fait entrer en mouvement, et s'il esta l'état de contraction, l'action du nerf moteur peut le faire entrer en relâchement. Voici une patte de grenouille dont on a isolé le nerf : on met l'extrémité de ce nerf dans du sel marin qui l'irrite en lui enlevant son humidité; et la patte, jusque-là flasque et^pliée en deux, se redresse aussitôt pour entrer en tétanos. Mais faisons maintenant agir sur ce même nerf, toujours soumis à l'action desséchante du sel marin, un courant électrique : nous l'irritons encore, et il irrite à son tour le muscle; seulement, trouvant celui-ci dans un état de contraction constante, il fait cesser cette contraction, et le té-

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taiios disparait pour être remplacé par un complet relâchement. Dans un cas comme dans l'autre, l'état physiologique du muscle a donc été changé sous l'influence du nerf moteur, et, suivant les circonstances, l'électricité peut produire le tétanos, ou le faire cesser sil existait déjà.

Ces considérations semblent nous montrer (|uc les nerfs irritants et les nerfs paralysants ne présentent pas de différence essentielle: au fond, c'est la même chose. D'un côté comme de l'autre, l'action du nerf moteur c'est de changer l'état physiologique du muscle. Seulement les nerfs irritants excitent des nmsdes en repos, et leur influence a pour résultat de les faire entrer en contraction; au contraire, les nerts paralysants excitent des muscles en activité, et quand ils sont irrités, leur action sur ces muscles se traduit encore par un changement de leur état physiologique, c'est-à-dire par un arrêt de leur état de contraction. Ainsi, ce qui varie, ce n'est pas l'action du nerf moteur, c'est l'état initial dans lequel cette action trouve le muscle.

11 est facile de vous doimer des exemples de cette action paralysante des nerfs moteurs, et nous allons montrer que rinfluence de Télectricité sur les nerfs moteurs détermine notamment un arrêt nmnifeste dans les mouvements du cœur.

Voici un lapin qui a été préparé de manière a rendre visible de loin les mouvements du cœur. Sur un animal niammifère on ne peut, dans l'état ordi-

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naire, les moiilrer directement en ouvrant le tlioiax, parce que la mort suit immédiatement cette opération. Mais on peut appliiiuer un manomètre sur une artère, ce qui permet de consbiter chaque impulsion du sang dans cette artère ; et l'on voit alors cpie le pouls cesse de battre au moment où agit l'irritant électricpie. On peut aussi, comme nous l'avons fait, enfoncer une aiguille, non pas dans le cœur, ce (jni occasionnerait des désordres qu'il faut (hiter, mais dans les parties qui avoisincnt cet organe, de telle sorte que chacune de ses pulsations se traduise par un mouvement de Ya-et-vient de l'aiguille, ([u'on rend, du resle, plus visible en fixant un petit moiceau de papier a son extrémité.

Pour observer plus facilement les mouvements du cœur, nous avons préparé un lapin à sang froid, c'est-à-dire que nous avons fait subir à un lapin des mutilations (pii ont modifié considérablement chez lui l'activité des fonctions vitales, el l'ont placé dans une situation analogue à celle d'un animal à sang froid. Ce résultat a été obtenu sur ce lapin en cou[)ant la moelle épinière dans la légion inférieure du cou, de manière à ne plus lui laisser (ju'un seul des nerfs respiratoires. La respiration s'est ainsi considérablement ralentie, les mouvements son devenus de plus en plus lents, de plus en plus rares, et la combustion respiratoire, qui a son siège principal dans les nuiscles, a diminué au point de ne pouvoir plus entretenir la chaleur aniniale à son niveau

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ordinaire. La température intérieure de ce lapin a donc diminué progressivement, et elle est actuellement de 2o degrés seulement au lieu de 38 ou /lO degrés, comme ii l'état normal. La température la plus basse à laquelle on puisse descendre ainsi, est 20 degrés ; au delà de cette limite, l'animal meurt par suite d'une réfrigération trop énergique i{ui lui rend impossible l'exercice des fonctions vitales.

Nous avons donc un véritable animal à sang froid, ([ui nous permettra de répéter les expériences que nous avons dû faire jusqu'ici sur des grenouilles. — Nous préparons un nuiscle de la cuisse, avec \(H[ue\ nous pouvons reproduire ainsi tous les résultats obtemis pi'écédemment sur les muscles de grenouille. En ouvrant le thorax, on voit le cœur qui continue à battre (il hMait encore à la fin de la leron), tandis ([ue chez un lapin tué à l'état ordinaire, le cœur cesse de battre quelques minutes après la mort. En éleclrisant le nerf pneumogastrique, on suspend aussitôt ces mouvements du cœur. Voici une grenouille dont le cœur est également mis à découvert, et l'on voit ([ue l'électrisation du nerf pneumogastrique y arrête aussi les contractions du cœur. Enfin, voici un lapin à l'état ordinaire chez lequel on a lié un des nerfs pneumogastriques — un seul suffit presque toujours " de manière à pouvoir l'électriser ; puis on a placé l'aiguille ([ui indique par ses oscillations les mouvements du cœur, et l'on constate facilement ({u'ils s'arrêtent pendant que le nerf pneumogas-

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trique est excité par l'électricité. Ainsi donc — et c'est là surtout ce que nous voulions prouver — on peut répéter sur un lapin à sang froid toutes les expériences que nous avons faites sur les grenouilles, et les résultats que nous avons obtenus sont véritablement dune application générale, puisque nous pouvons les constater sur les animaux supérieurs toutes les fois que nous nous mettons dans des conditions convenables pour pouvoir observer le jeu des fonctions vitales dans des conditions identiques chez ces animaux.

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