‹ Leçons sur les propriétés des tissus vivants (volume 2)Chapitre 9 sur 159 · Tissu pileux · texte numérisé non relu

Tissu pileux

Les progrès de la science ont permis de relever des erreurs dans ce tableau, et bien des changements y ont été faits depuis. Mais ce qui caractérise l'œuvre scientifique de Bichat, c'est d'avoir étudié avec soin les propriétés de chacun de ces tissus, et d'y avoir localisé un phénomène vital élémentaire. Chaque tissu élémentaire représentait une fonction particulière. Toutes les propriétés vitales étaient donc ramenées à des tissus, et c'était une révolution analogue à celle que Lavoisier venait d'opérer quelques années auparavant dans l'étude des corps inorganiques. En effet, ces tissus n'étaient plus des organes, mais des parties élémentaires rendant compte de la constitution et des phénomènes des corps vivants, comme les corps simples de la chimie nouvelle expliquaient les phénomènes manifestés par les corps manimés. Depuis Bichat, le nombre de ces phénomènes élémentaires, et, par conséquent, des tissus qui leur correspondent, a été beaucoup réduit; mais nos idée fondamentale, à savoir, que toutes les manifestations de la vie sont attachées à des tissus

16 l'irritabilité.

divers, cette idée a survécu parce qu'elle était juste, et elle se développe tous les jours par de nouveaux progrès.

En Allemagne, un grand nombre d'anatomistes, tout en acceptant les idées de Bichat, modifièrent plus ou moins sa classification des tissus. Walter ne reconnaît plus que onze tissus élémentaires, et il émet déjà cette idée, alors bien avancée, qu'ils dérivent tous du tissu cellulaire par diverses transformations. Rudolphi, dans son traité De corporis humani partibus similaribus^ publié en 1809, réduit encore ce nombre : il admet seulement huit tissus simples avec trois tissus composés. Toutes ces tentatives indiquaient le besoin de simplifier la classification de Bichat, en faisant rentrer les tissus les uns dans les autres. Cependant la tendance contraire se fait jour, quoique d'une manière exceptionnelle, par l'admission de nouveaux tissus. Ainsi, on trouve dans les publications du temps un mémoire sur des vaisseaux d'absorption spermatique, que Bichat ne reconnaissait point. Ces travaux n'avaient du reste, pour base, qu'une notion fausse sur la génération ; mais cette idée physiologique entraînait l'admission d'un nouveau tissu, pour rendre compte de la nouvelle fonction qu'on supposait : c'était donc toujours une application de la théorie de Bichat.

En 1815, Meckel, dans son Manuel d'anatomie humaine, admet onze tissus élémentaires.

PÉRIODE DE l'histogenèse. 17

En 1819, Mayer publie son Traité sur l'histologie et une nouvelle division des tissus du corps de l'homme. C'est lui qui substitue le premier le nom d'histologie à celui (ïanatomie générale, et depuis lors ils ont été employés indifféremment l'un et l'autre pour désigner une classification méthodique des tissus élémentaires des corps vivants.

En ] 82*2, Ileusinger, dans son Système d'histologie, admet encore onze tissus, et sa classification ne présente guère qu'un trait caractéristique : c'est l'admission, à côté du tissu glandulaire, d'un tissu parenchymateux, dont le foie peut fournir le type, et dont il n'avait pas encore été question jusque-là.

En 1830, Ernest-Henri Weber distingue quinze tissus élémentaires qu'il divise en trois classes, suivant leur degré de complication. La première classe comprend les tissus corné et dentaire ; la seconde, les tissus cellulaire et nerveux ; et la troisième, qui en comprend dix à elle seule, se termine par le tissu érectUe.

Après 1830, s'ouvre une nouvelle ère pour l'anatomie générale : c'est le commencement de la période de y histogenèse. Jusque-là on s'était contenté de comparer les propriétés des tissus pour les ranger méthodiquement ; mais les nombreux essais de classification tentés à cette époque firent comprendre que ce que Bichat regardait comme l'élément primitif n'avait pas ce caractère, et qu'il fallait chercher

CL, BERXARD. 2

iS l'irritabilité.

plus loin encore : d'autres idées se firent donc jour.

Krause dit déjà, en 1833 (Manuel de l'analomie de V homme) ^ que tous les tissus doivent être considérés comme des modifications du tissu cellulaire, idée entrevue depuis longtemps, du reste, par Walter. Dutrochet et Mirbel s'occupent beaucoup de l'histogenèse, c'est-à-dire de l'origine des tissus; ils placent cette origine dans la cellule, et Dutrochet pose déjà cette loi, que la cellule conserve son activité vitale aussi longtemps que ses parois restent .-iolides et que son contenu est encore pur et fluide. En Allemagne, Brown, avec un de ses compatriotes, découvre le noyau de la cellule qu'il considère comme une condition primaire du développement organique. Schultz assimile les globules de sang à des cellules, et, en 1838, R. Wagner compare l'œuf lui-même à une cellule.

C'est alors, en 1839, qu'apparaissent Schleiden et Schwann, qui trouvent toutes ces idées préparées, et généralisent la cellule comme condition élémentaire de l'organisation, Schwann dans les animaux, Schleiden dans les végétaux. Ils montrent que les tissus se développent par des cellules. Alors s'ouvre pour l'histologie une nouvelle ère.

On a cherché à saisir, à travers le développement de l'embryon, la transformation des cellules dans d'autres éléments. On conserve encore les tissus, parce qu'en définitive ce sont des assemblages d'organ s primitifs ; mais aujourd'hui l'histologie s'entend

SCHLEIDEN ET SCIIWANN. 1'.)

surtout de l'étude des éléments extrômement ténus qui composent ces tissus, et qu'on appelle môme fort souvent éléments histologiques . C'est à cette époque que s'étaljlit la théorie cellulaire, qui considère tous les organes comme une dérivation de la cellule, l'œuf lui-même étant une cellule qui donne naissance à beaucoup d'autres.

Cependant, bien qu'on soit parfaitement d'accord sur le développement des végétaux, comme des animaux, par des cellules, il y a encore bien des dissidences. Ainsi, Schwann admettait que des cellules peuvent prendre naissance dans des liquides qui n'en contiennent pas encore, dans une liqueur albumineuso appelée hloslème (fig. 1). Celte idée est vive-

îc/*

\(à'.êr:'f'-}K:f:

Fig". 1 . — ronnalion de coilules dans un blaslèiiie.

ment combattue aujourd'hui en Allemagne par la plupart des physiologistes, qui n'y voient pas autre chose que la génération spontanée. Les cellules ne se développant pas spontanément, elles doivent donc procéder les unes des autres par le fractionnement ; et, en effet, on voit dans l'œuf une cellule primitive se îractionner en deux, puis en quatre parties, et ainsi

20 l'irritabilité.

de suite, pour donner naissance à autant de cellules dérivées (fig. 2, 3, ù, 5 et G).

Fig. 2. — Œiif-celliile [d'après Ley dig) .

'v') a. Membrane. — b- Coiiti iiii. — c. Noj au. — cl. Nucléole. 'Fort s,'rossisscmcnt.)

l'iS. 3.

lia-. 4.

Fis. 5.

Fi2f. 6.

Plusieurs stades du processus de segmentation qui rendent sensible la multiplication des cellules par division (d'après Leydig),

Page 1