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NUTRITION DUS NERFS MOTEURS

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rique du nerf moteur et si on l’irrite avec des irritants mécaniques ou physico-chimiques on obtient des mouvements dans le muscle, mais seulement pendant un temps limité. Ainsi, dans les premiers moments, on en obtiendra en agissant sur une partie quelconque de la longueur du nerf moteur coupé; plus tard, l’effet ne se produira plus quand on opérera sur l’extrémité du nerf, près de la section ; et il faudra descendre de plus en plus vers l’extrémité périphérique, celle qui plonge dans le muscle, jusqu’à ce qu’on finisse par ne plus rien obtenir du tout, même en irritant le nerf à son entrée dans la substance musculaire. Le nerf moteur perd donc ses propriétés du centre vers la périphérie.

Ces phénomènes physiologiques sont dans une étroite corrélation avec des phénomènes anatomiques qui suivent une marche parallèle. On observe, en effet, après la section du nerf, une coagulation de la matière nerveuse entourant le cylindre-axe, coagulation qui se propage également de la périphérie vers le centre, et dont les progrès correspondent exactement à ceux de la disparition des propriétés vitales du nerf. Ainsi donc, si ces propriétés vitales persistent quelque temps encore après la section du nerf, c’est que ce nerf a conservé intact son milieu nutritif, la moelle qui remplit les tubes nerveux. Au fur et à mesure que ce milieu s’altère, ou disparait, les propriétés physiologiques disparaissent également.

Examinons maintenant le bout du nerf coupé qui

L ÉLÉMENT NERVEUX

tient à la cellule nerveuse centrale. Nous voyons qu’il s’est complètement conservé avec toutes ses propriétés. La nutrition du nerf moteur s’opère donc par la cellule centrale, puisque le bout qui reste en communication avec elle conserve toujours sa constitution normale. Nous verrons plus tard qu'il y a une cellule nutritive particulière pour le nerf se n si t i f correspo n d an t .

Avant de terminer ces généralités sur le nerf moteur, il convient d’exposer les expériences que nous avons instituées, pour démontrer par r action des poisons la séparation des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs. Nous avons déjà dit bien des fois que le curare aait seulement sur les nerfs de mouvement et

respecte le système nerveux sensitif; c’est là le point de départ de ces expériences, qui vont être répétées sous vos yeux.

Voici d’abord une grenouille (fig. 52) dont on a uns à découvert les nerfs lombaires en soulevant et en réséquant le sacrum. Puis on a passé un fil par-dessous, et l’on a lié fortement toutes les parties placées devant les nerfs lombaires, veines, artères, etc., de telle sorte que le train antérieur ne communique plus avec le train postérieur que par les nerfs lombaires : c’est absolument comme si ranimai était coupé en deux, et que les deux parties fussent réunies au moyen des nerfs lombaires. La ligature que nous avons pratiquée a arrêté toute circulation dans les membres postérieurs; mais si

nous empoisonnons le train antérieur, le sang, qui sert de véhicule à l’action toxique, sera certainement

Fig. oi. — Grenouille préparée pour montrer que le curare détruit ies propriétés des nerfs moteurs sans atteindre celles des nerfs sensitifs.

AA. Nerfs lombaires au-dessus de la ligature.

B. Aorte au-dessous

du fil et comprise dans la ligature.

L ELEMENT NERVEUX

mis en contact avec tous les neris de la partie antérieure du corps au-dessus de la ligature : le système nerveux moteur y périra 'donc complètement. En sera-t-il de même dans le train postérieur? Non ; et voici pourquoi. L’action du curare sur le nerf moteur ne peut s’exercer qu’à la condition de faire toucher au poison l’extrémité périphérique de ce nerf, qui plonge dans le muscle lui-même. L’empoisonnement du nerf moteur ne se propage point parla moelle épinière au delà de la cellule motrice. Or, dans le train antérieur, le sang imprégné de curare sera mis en contact dans le muscle avec l’extrémité périphérique du nerf moteur et pourra lui transmettre l’action du poison. Mais dans le train postérieur, la ligature, qui a interrompu la circulation, interdit tout accès au sang infecté par le curare; les nerfs moteurs ne pourraient donc être atteints que par leur origine dans la moelle épinière, et nous savons que l’empoisonnement 11e se propage pas par cette voie.

O11 pourrait peut-être s’étonner que le nerf moteur s empoisonne par son extrémité, tandis qu’il se nourrit par la cellule centrale. Les faits sont, du reste, bien établis et aussi incontestés qu’incontestables. Force est donc bien de reconnaître que la cellule centrale est l’élément trophique du nerf moteur, et les expériences qui se font ici mettent hors de doute le fait que ce même nerf s empoisonne exclusivement par ia périphérie. SI n’y a point là de contradiction,

comme on serait tenté de le croire au premier abord, car l’empoisonnement et la nutrition peuvent être deux faits d’ordre tout différent. Mais quand survient la régénération du nerf, la cellule trophique n'y concourt pas ; le tronçon isolé se régénère sur place et par toutes ses parties à la fois. Le développement, comme la régénération, se fait également sur place. Aussi, quand on greffe sous la peau d’un animal un morceau du nerf sciatique, je suppose, ce nerf perd d’abord ses propriétés anatomiques, pour les recouvrer ensuite par la régénération de ses éléments qui s’accomplit très-bien en l’absence de la cellule centrale. Mais il ne peut recouvrer de même sa propriété physiologique, qui n’était au fond qu’un rapport, parce que les termes de ce rapport sont changés ou supprimés.

Après avoir expliqué le mode d'action du curare sur les nerfs moteurs, revenons maintenant à la grenouille qui vient d’être empoisonnée par cette substance. Si on lui pince les pattes de devant, aucun mouvement ne se produit dans ces pattes : elles ont l’air de ne plus sentir et d’être paralysées de la sensibilité comme du mouvement. Cependant la sensibilité n’y est pas atteinte; mais comme le système moteur est détruit, elle ne peut plus se manifester par aucun mouvement de ces parties. Cet exemple nous montre combien le physiologiste doit être réservé dans les conclusions qu’il tire de ses expériences. On ne doit jamais dépasser le fait observé;

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