DE LA MOELLE ÉPBAIÈKE
h juin 18(M.
SOMMAIRE. — La moelle épinière n’est pas la simple continuation des nerfs rachidiens. — Elle n’a ni sensibilité ni faculté locomotrice. — Examen des expériences invoquées en sens contraire.— Des mouvements réflexes; leur nature. — Us supposent une action des nerfs sensitifs sur les nerfs moteurs. — Travaux de M. Jacubowitch sur la constitution de la moelle épinière. — Cellules nerveuses. — Commissures des cellules sensitivçs et des cellules motrices. — Substance blanche et substance grise : c’est dans la substance grise qu’est le centre des actions réflexes; la substance blanche est simplement conductrice. — Généralisation des actions sensitives : il n’en est pas de même des actions qui portent sur le système moteur.
11 y a relativement à la physiologie de la moelle épinière un fait aujourd’hui bien établi : c’est que les racines antérieures président à l’influence motrice,
PROIMULTÉS DK LA MOLL LE. 301
et. les racines postérieures à la sensibilité. Maintenant on considère surtout la moelle épinière comme un centre nerveux, quoiqu’elle serve aussi à conduire la sensibilité et le mouvement. On trouve tout à la fois dans la moelle épinière de la substance blanche et de la substance grise, et nous verrons que cette dernière, formée de cellules, est caractéristique des centres nerveux, tandis que la substance blanche, formée de fibres, est spécialement conductrice de l'influence nerveuse.
Charles Bell supposait que les faisceaux postérieurs de la moelle épinière, continuant les racines de sensibilité, étaient eux-mêmes très-sensibles, tandis que les faisceaux antérieurs , conducteurs exclusifs de l’influence motrice, ne l’étaient pas du tout. Mais des expériences récentes ont appris que la moelle épinière est insensible, c’est-à-dire indolore, dans toutes ses parties.
Le premier fait à établir, c est que la moelle épinière n’est pas la continuation des nerfs.
Lorsqu’on met la moelle épinière à découvert sur un animal vivant, on distingue facilement les deux séries de racines, racines postérieures d’un côté, racines antérieures de l’autre. Si nous coupons quelques-unes de ces racines postérieures, nous ne trouverons plus de traces de sensibilité dans les parties où se distribuaient les nerfs ainsi coupés. Les racines postérieures jouissent donc exclusivement de la fa-
L ÉLÉMENT NERVEUX
go?
culte de transmettre la sensibilité; on ne peut pas interpréter autrement ces résultats de l’expérience. Mais les propriétés de ces racines se continuent-elles dans les parties correspondantes de la moelle? voilà ce qu’il faut voir.
Si l'on pique les faisceaux postérieurs de la moelle épinière, une vive sensibilité se manifeste aussitôt pai* des mouvements précipités et convulsifs , indices non équivoques de la douleur. Au contraire, si nous irritons les faisceaux antérieurs, nous obtiendrons seulement des mouvements modérés, sans manifestation de souffrance chez l’animal. Cela semble donc bien, au premier abord, justifier la théorie de Charles Bell. Mais, quoique les faits soient exacts en eux-mêmes, les expériences étaient mal interprétées, et elles ne prouvent pas du tout ce qu’elles avaient la prétention d’établir. En effet, les racines postérieures pénètrent dans la moelle épinière par des filets qui s’étalent plus ou moins et se terminent chacun dans une cellule, laquelle ne jouit
plus des mêmes propriétés, et constitue un élément histologique différent. Mais jusqu’à cette cellule, origine véritable du nerf sensitif, toutes ces propriétés persistent. Or, en piquant ou en irritant la moelle épinière d’une manière quelconque, on irrite en même temps ces filets nerveux des racines postérieures, et l’on attribue à l’une ce qui ne convient qu’aux autres. Cette confusion arrive toujours quand on opère sur des animaux chez lesquels les racines
PROPRIÉTÉS DE LA MOELLE. oOb
postérieures sont fort rapprochées les unes des autres, par exemple des lapins, et aussi des chiens. Mais si nous prenons le cheval pour sujet de nos expériences, comme les racines postérieures sont beaucoup plus espacées, nous pourrons alors, en ayant soin de nous placer exactement entre deux racines consécutives, éviter cette cause d’erreur. La piqûre ainsi faite dans la moelle épinière n’atteindra plus que la moelle seule, et les filets des racines postérieures restés à l’abri de toute blessure ne viendront plus troubler l’expérience par des phénomènes étrangers. En opérant ainsi, on ne trouve plus de sensibilité dans la moelle épinière, comme quand on pique non loin de l’origine des racines postérieures.
On pourrait arriver au même résultat en prenant des animaux qui survivent assez longtemps à la section des racines postérieures, par exemple des grenouilles. On coupe les racines postérieures à leur entrée dans la moelle, ne pouvant les couper plus avant, et l’on détache ainsi le ganglion intervertébral, qui est, nous l’avons dit, la cellule trophique du nerf sensitif. Les filets des racines postérieures restés engagés dans la moelle ne peuvent donc plus se nourrir, et dépérissent au bout de quelques jours. Quand ce dépérissement s’est propagé jusqu’à la cellule, origine des racines postérieures, ou peut piquer la moelle et l’irriter d’une manière quelconque, sans obtenir le moindre indice de douleur,
L ÉLÉMENT NEKVKUX.
car ou ne rencontre pins de filets nerveux sensitifs que les blessures faites à la moelle épinière puissent atteindre en même temps qu’elle. L’insensibilité de la moelle épinière est donc un fait établi par les expériences et tout à fait incontestable.
Ainsi, c’était une erreur de croire que les propriétés des racines postérieures se continuaient dans les faisceaux correspondants de la moelle épinière. Cette opinion de la continuité des racines et de la moelle aura-t-elle plus de force pour ce qui concerne les racines antérieures, et devrons-nous admettre que les propriétés motrices de ces racines persistent dans les faisceaux antérieurs de la moelle? Lu aucune façon. L’expérience va également la condamner.
Cependant, en irritant les faisceaux antérieurs de la moelle, on peut obtenir des mouvements trèsnets. Mais ces résultats, vrais comme faits bruts, sont entachés de la même erreur d’interprétation (pie les expériences relatives aux faisceaux postérieurs. Ici encore on a commis une confusion dans f interprétation des phénomènes. S’il se manifeste des mouvements, c’est qu’en piquant la moelle épinière, on a piqué en même temps les filets des racines antérieures, qui ont produit des mouvements directs, ou bien des filets sensitifs qui, sous l’influence de cette irritation, ont produit des mouvements réflexes, et l’on a pris ces mouvements